Je dois avouer que malgré son scénario assez convenu (tout est dans le titre) et son petit budget, Obsession est un film profondément dérangeant. Pourquoi ? Parce qu'on est en plein dans ce nouveau sous-genre de l'horreur, qui se développe depuis quelques petites années, je parle de l'incel horror.
L'incel horror, au lieu de jouer simplement sur les codes classique du film d'horreur classique, va en permanence questionner la réalité par un scénario instaurant une double lecture extrêmement inconfortable, car touchant des cordes sensibles pour beaucoup de personnalités - un malaise primal, en somme.
Si la première lecture de la narration du film, son premier degré, est simple - un jeune homme raide dingue d'une jeune femme va devenir la cible d'une obsession permanente et maladive de celle-ci, le second niveau de narration s'insinue très rapidement dans le film, d'abord par des détails, puis par des indices de plus en plus flagrants que le spectateur ne peut plus, logiquement, cacher sous le tapis : on peut penser évidemment à la scène présentée comme une possession en pleine nuit, qui peut-être lue comme l'emprise réelle et renversée de Bear sur Nikki.
À mon sens, l'inconfort profond ressenti au visionnage est lié au tiraillement entre ces deux lectures contradictoires, qui déchirent littéralement le spectateur. À l'instar de films comme Saint Maud, auquel le mécanisme narratif peut se rapprocher, Obsession nécessite une remise en question permanente de ce qui est présenté - l'analyse de ce qui n'est pas dit clairement mais sous-tendu.
À noter un final particulier - à la différence de Saint-Maud où le final guide clairement le spectateur vers une des narrations, Obsession préfère rester fidèle à lui-même et conserver sa double lecture. Mais le spectateur est déjà piégé, et de façon un peu vicieuse. En effet, le fil de la narration l'a déjà obligé à privilégier la narration alternative (c'est-à-dire la narration féministe, celle où l'emprise vient bien de Bear et non de Nikki). Comble de son aveuglement et de sa lâcheté, il préférera en finir plutôt que d'affronter sa vérité.
De façon personnelle, je trouve cet incel horror beaucoup plus malaisant, et au final, beaucoup plus éprouvant, qu'un film d'horreur classique au scénario convenu. Celui-ci en constitue un exemple particulièrement réussi et troublant.