Je ne m'attendais à rien avec Obsession mais j'ai été plutôt agréablement surpris.
Déjà par la capacité du film à créer une ambiance, à prendre son temps pour installer la situation et à mettre le spectateur mal à l'aise face aux changements de comportement progressifs de Nikki. Sans tomber dans le culte du jumpscare, Barker accepte de ne pas se hâter et de bien nous dresser le tableau des relations, de la vie des personnages... Le rythme est globalement bien géré, autant le long du film qu'au sein-même des scènes.
On sent aussi un vrai talent dans l'utilisation de la lumière et du son pour angoisser l'audience et faire passer les idées du scénario. Le fond et la forme se marient bien, on a un début de film avec une Nikki rayonnante, avec la lumière qui se concentre sur elle, pour progressivement plonger son visage dans l'ombre, comme pour symboliser la disparition de son individualité et une mauvaise action que Bear souhaiterait oublier. La scène dans la chambre est brillante en ce sens, franchement bien agencée.
L'écriture est simple mais relativement efficace, toujours mise en avant par les éléments visuels et une direction d'acteurs convaincante (du moins pendant 3/4 du film). Barker dissèque bien les relations de jeunes adultes, entre gossips, malhonnêteté, pensées obsessives et ego projeté sur les autres. Les prémisses du script sont excellentes, cette idée de contre-emprise où la personne n'ayant rien demandé se retrouve à la fois victime de l'obsession d'un homme frustré et elle-même démoniaque est intéressante et posée de façon plutôt moderne. Le déroulement en lui-même est prévisible mais c'est pas bien grave, le film n'en fait pas trop et se concentre sur l'essentiel.
Et surtout, Obsession ne tombe pas dans l'écueil de ne soigner que ses séquences "choc". Même les moments de plat sont travaillés, apportent leurs petites pierres à l'édifice et acceptent de se poser et de faire ressentir la durée du cadre et de ne pas se concentrer uniquement sur ce qu'il se passe dans la maison.
Maintenant, il y a tout de même de vraies limites, on sent que c'est un film américain : quelques grossièretés dont on se passerait (le chat, la lettre ouverte après la mort de la femme... bon...), une musique un peu trop présente, et un manque de tripes (au sens propre comme figuré) qui fait qu'on a un film un peu trop léché et contrôlé manquant d'un vrai sens du crade et du désespoir. Les cadres fixes / géométriques manquent un peu de personnalité notamment ; et si on pourrait se dire que cette rigidité embrasse la notion d'obsession, je trouve quand même qu'il manque d'une certaine maestria à filmer les recoins de la maison pour créer une angoisse constante liée aux espaces clos.
J'ai aussi eu du mal avec le dernier acte qui tombait dans une certaine exagération : trop de cris, les dernières séquences dans la maison sont un poil risibles, et là où le film parvenait à créer un malaise palpable et mesuré pendant la plupart de son développement, les abus des dernières minutes ont un peu gâché le tout pour moi.
Mais bon, essai plutôt sympathique, fond et forme manquent de personnalité mais parviennent quand même à créer un ensemble envoûtant. Un peu plus de relâchement, un peu moins de tropes américains et les qualités du cinéaste ressortiraient davantage.