J'ai eu peur. Car, il faut le lui reconnaître, Curry Barker sait faire peur. L'angoisse, le malaise diffus, les jumpscares, tout cela est plutôt bien réussi dans Obsession. Mais pour aller vraiment jusqu'au bout du spectateur, pour le tenailler d'angoisse jusqu'au bout de la nuit, la peur ne peut pas prendre place que dans le cadre du film. Pour se transformer en véritable terreur, elle doit nous confronter à nos angoisses existentielles, aux mystères du monde et de l'humain. Et pour se faire, même si elle prend place dans un film fantastique, elle doit amener une certaine crédibilité et aborder des questions profondes, qui par leurs natures mêmes pourront alors peut-être empêcher le sympathique et crédule cinéphile de redescendre sur Terre et trouver le sommeil. Backrooms nous montre l'immensité du vide et de l'infini ; les films de John Carpenter nous opposent à des figures diaboliques, incarnant un mal absolu décidé à venir à bout de notre espèce ; Psychose nous plonge dans les mystères de la psyché humaine, lorsque la violence prend le pas sur la conscience. Et Obsession ? Pas grand chose, au final, tant son histoire semble éloignée à la fois de toute possibilité et de toute portée métaphorique. Tous ses éléments sont mis au service d'une mécanique horrifique, certes plutôt efficace. Il n'y a pas de fioritures ici, aucun élément qui ne serve directement la construction narrative. Toutes les scènes sont soit de l'exposition, soit là pour faire avancer l'histoire, soit utilisées pour distiller la montée en tension. Et, il faut le reconnaître, cela marche très bien.
C'est à la fois le charme et la limite du film : ne pas vraiment parler de son monde, ou plutôt effleurer et utiliser des thématiques extrêmement contemporaines et ancrées dans le réel pour servir sa mécanique bien huilée. Car oui, Obsession, et c'est là une des principales raisons de son succès, s'ancre dans les tourments amoureux aux relents toxiques de membres de la jeunesse actuelle (ou GenZ si vous êtes vous même un membre de la GenX). Mais, et c'est précisément le cœur problématique du film, il se contente de s'y ancrer. Le consentement ? Le poids de la parole des femmes ? L'absence de communication dans le couple ? Outil narratif, outil narratif, outil narratif. Oui, Bear (Michael Johnston) est un gros macho, même s'il n'en a pas l'air au premier abord. Mais c'est surtout un gros nul. Et c'est la seule chose que le film explore vraiment : la nullité absolue de son personnage principal, dont l'idiotie confine à la parodie. C'est ce qui le fait tenir sur quasiment deux heures, et ce qui relègue au second plan tout ce dont Curry Barker pourrait avoir envie de nous parler. Le milieu social et amical de Bear et Nikki (Inde Navarette) est plutôt bien décrit, et il correspond probablement peu ou prou au mode de vie d'un nombre important de personnes. Mais il n'est jamais vraiment observé, ou mis en perspective. Il est simplement utilisé. Et il en va de même de tous les éléments qui pourraient amener une vraie profondeur au film. Et Barker se retrouve donc à ne parler de rien.
C'est d'ailleurs un problème qui n'en est un que dans une certaine mesure : Obsession compense par un formalisme séduisant et une efficacité indéniable. Inde Navarette livre une performance magistrale, sur lequel le film s'appuie d'ailleurs beaucoup. Et le tiraillement entre la vraie et la fausse Nikki est réellement flippant. Mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que Barker livre tout de même un concept un peu creux. Il n'y a, au bout du compte, pas tellement de choses à dire sur Obsession.