Obsession s’inscrit dans un goût manifesté par le film de genre pour la satire de la vie de couple, explorée et minée de bout en bout depuis l’angoisse d’une conjugalité collante qui menace l’intégrité individuelle (Together, Michael Shanks, 2025) jusqu’au jeu de massacre des planifications d’un mariage perçu comme injonction sociale (The Drama, Kristoffer Borgli, 2026). Lui investit les paradoxes d’un amour d’emblée non réciproque qu’un objet magique rendra possible, quoiqu’en rétablissant un déséquilibre : en faisant le vœu que sa meilleure amie tombe amoureuse de lui, Bear, jeune homme ordinaire, superpose sur celle-ci une autre personne, fruit de son imaginaire et de ses désirs, dont l’action produit un effet de possession similaire à l’hypnose conçue par Jordan Peele pour Get Out (2017). Dans les deux cas, il s’agit bien de recourir à la possession comme à une métaphore de l’enfouissement d’un traumatisme partagé par une communauté sur une période longue : le racisme pour Peele, la misogynie pour Baker, en ce que le remodelage permanent de la femme à partir des exigences masculines constitue bien une haine de son sexe. James Baldwin disait fort bien dans ses Chroniques d’un enfant du pays que « l’image qu’a l’Amérique du Noir vit aussi dans le cœur du Noir » ; il en va de même pour la gent féminine, qu’incarne une Nikki placée sans son consentement en sommeil et témoin, par sursauts, d’une existence qui n’est plus la sienne.
La mise en scène intègre ce dérèglement au sein d’espaces familiers et suscite un sentiment d’étrangeté bienvenu : les déplacements inversés, les apparitions et disparitions improbables dans la chambre à coucher, le figement des expressions faciales, rappelant celles de Companion (Drew Hancock, 2025), le détournement de l’usage ordinaire fait de certains corps et matières (chat, aluminium…) sont pris en charge par une réalisation précise qui prend son temps. Une petite réussite, que desservent toutefois quelques excès finaux et des répétitions.