L'été 2026 a donc été marqué par plusieurs gros succès en salles (et c'est tant mieux !). Dont deux films d'horreur indépendants, aux budgets riquiquis, qui ont cassé la baraque. "Backrooms" et ses presque 400 millions de dollars de recette pour un budget d'environ 10 millions. Battu néanmoins par l'odyssée incroyable de cet "Obsession" : autour de 500 millions de dollars de recettes à l'heure où j'écris ces lignes... pour même pas 1 million de budget !
J'avoue néanmoins avoir du mal à comprendre cet engouement faramineux, semble-t-il tiré par la génération Z (et c'est tant mieux !). Car le point de départ de "Obsession" n'est pas particulièrement neuf : un célibataire déprimé trouve le moyen de faire un vœux, et souhaite que la fille pour qui il craque devienne folle amoureuse de lui. Evidemment tout va déraper.
Le film de vœux qui partent en sucette, c'est du déjà vu. D'autant que la trame globale de "Obsession" est assez prévisible, surtout dans le dernier acte.
Mais le film frappe juste sur des thématiques modernes. Le portrait d'un couple toxique, où l'on ne sait plus qui obsède qui, et qui est la victime. Le portrait d'un incel vingtenaire, frustré sentimentalement, particulièrement égocentré et surtout très lâche (excellent Michael Johnston). Ou une allégorie (pas forcément subtile) sur l'usage de la drogue.
Et puis sur la forme, c'est un vrai tour de force au vu du budget. Curry Barker utilise une image presque carrée pour pleinement enfermer ses personnages. Je parlais de la très bonne prestation de Michael Johnston, mais c'est Inde Navarrette qui crève indubitablement l'écran. Capable en une fraction de seconde de passer de la petite amie attentionnée à la possédée bien flippante. Créant le malaise en permanence car, même si la trame est prévisible, on ne sait jamais comment son personnage va s'exprimer.
Le réalisateur est aussi particulièrement à l'aise avec les ombres, jouant sur les éclairages de visage, ou la pénombre des recoins de pièce. Avec en prime quelques effets sanguinolents très réussis, j'ai vraiment du mal à croire le budget annoncé !
Pour autant j'ai davantage rigolé que tremblé. Curry Barker injecte pas mal d'humour noir, et fait preuve d'une certaine misanthropie qui, couplée au côté exubérant de certaines scènes, m'a fait voir une comédie macabre plutôt qu'un pur film d'horreur (et c'est tant mieux !). Il y a tout de même de vrais effet horrifiques réussis, entre mouvements soudains et montage violent, sans passer par du jumpscare à deux sous.
En tout cas cela fait plaisir de voir les salles se remplir, a fortiori avec du cinéma indépendant. Un succès qui va certainement propulser la carrière de Curry Barker, et de son tandem d'acteurs. A l'heure où j'écris ses lignes, ils ont déjà chacun décroché un rôle dans un blockbuster au budget centuple.