Film hégélien, à l'évidence ! Le maître fait réaliser par l'esclave et en retire toute la jouissance. Mais la passivité n'est pas du côté que l'on croit. Et l'aliénation conduit à la libération. Non pas du rapport masochiste, mais du masochiste qui maîtrise désormais son masochisme. Tel est le propos du film qu'il serait hasardeux de classer dans un genre.
Alexander Skarsgård crève l'écran jusqu'à l'indécence, même habillé. Et Harry Melling campe remarquablement un personnage infantile, soumis puis qui découvre que sa fonction d'esclave lui ouvre des possibilités d'agir sur le réel.
Techniquement abouti (on apprécie l'épure et l'aspect conceptuel des séquences de moto où les deux protagonistes sont assis l'un derrière l'autre par exemple), le film met en œuvre un rythme, une élégance certaine dans le montage et un choix de musiques judicieusement utilisées. Un rien d'audace dans la crudité de certaines scènes vient ajouter une sensation de voyeurisme qui fait partie de l'expérience.
Et le titre est fort bien trouvé...
On ne tient pas là un grand chef-d'œuvre du cinéma mais une œuvre maline, coquine, sans insolence ni provocation gratuite et qui joue avec ses spectateurs comme elle joue avec ses personnages. Avec des relents pasoliniens tout à fait appréciables. Quant au personnage de Ray, la fin lui réserve des aspects fantomatiques qui participent sans doute à l'enthousiasme critique concernant le scénario. Retour au conceptuel.