Je sors de la séance avec la banane, ravie de ma série B du vendredi soir qui coche toutes les bonnes cases. L'idée de changer complètement le paradigme de la saga, en se centrant sur un Predator en difficulté dans son clan et dans sa chasse exotique, fonctionne bien et permet d'éviter le piège de l'iconisation ratée (cf tous les opus précédents après le 2) en plus de raconter quelque chose d'autre. Le prégénérique est génial d'efficacité et de mise en situation concise des enjeux culturo-familiaux, avec en plus de la chouette musique Yautja. L'arrivée sur la planète permet de démarrer d'emblée les hostilités, avec plein d'idées sympas de créatures agressives et même une petite vibe Spirou dans la vallée des bannis.
Le film pourra décevoir ceux qui s'attendraient à une pure aventure extraterrestre reproduisant le canevas habituel du chasseur alpha testostéroné ; Badlands préfère en effet bifurquer vers une sorte de buddy movie, incluant même une créature rigolote. Un pari risqué qui a pourtant complètement fonctionné sur moi, tant l'équilibre est tenu entre action badass et contre-point légèrement humoristique qui permet de rappeler qu'il faudrait arrêter de trop se prendre au sérieux avec ce genre de récit, sans pour autant déconsidérer la mythologie traitée. Et qui m'a régulièrement fait marrer quand il le fallait. Cette dynamique nouvelle est également le point de départ d'une réflexion thématique sur l'émancipation du carcan socio-familial et la reconsidération de l'attachement, certes loin d'être originale mais ici plutôt bien menée. Les chafouins se plaindront sans doute qu'avec cette déconstruction, on veut wokiser leur Predator qu'ils fantasment en mascu-darwinien, mais moi ça me va.
Surtout que le protagoniste reste montré comme un paria au sein de son clan et que ça n'empêche pas de charcler à tout va, de faire des bastons avec des méchas (oui, comme dans Aliens, mais en plus mastoc et avec une scie circulaire géante) et de rhabiller le Predator à la mode locale. Le film pousse parfois un peu loin ses plaisirs bis (les jambes kung-fu) et certains FX peuvent piquer les yeux au début (mais on s'y habitue rapidement, ou alors ils s'améliorent, je ne sais pas), mais cela conforte son statut de série B qui ne cherche pas à péter plus haut que son cul. Et puis l'ultime réplique a achevé de me convaincre qu'on tenait là un super ride.