Predator : Badlands confond deux films de John McTiernan, projette la créature du premier Predator (1987) dans l’univers de Medicine Man (1992), puisque notre extraterrestre apprend, au contact d’une humanoïde au caractère opposé, à tirer profit des ressources offertes par l’environnement naturel dans lequel il évolue. En cela, il offre une suite tout à la fois cohérente à Prey (Dan Trachtenberg, 2022) et en décalage avec la saga, quoiqu’il s’agisse là d’une saga particulièrement hétérogène, aucun des épisodes n’ayant de continuité diégétique ou visuelle. L’intelligence du présent long métrage réside ainsi dans sa constante réinvention : à un premier arc narratif axé sur la quête d’une proie succède à mi-parcours, une fois ladite proie capturée, un second arc collaboratif au cours duquel la vengeance du frère mute en recomposition d’une famille à partir de marginaux adoptés.
Cette rectification, surprenante au sein d’un blockbuster alternant mécaniquement les séquences d’actions et celles de blablas, permet au film de gagner en autonomie, voire de s’affranchir de toute dépendance à l’égard des univers convoqués, mimétique en cela de la trajectoire émancipatoire de ses personnages : nul hasard si un robot jaune articulé ressemblant à celui utilisé par Ellen Ripley dans Aliens (James Cameron, 1986) et à ceux des antagonistes d’Avatar (James Cameron, 2009) devient un ennemi à combattre, déclinaison offerte au père, à la mère, à la sœur qui ne cessent de contraindre nos héros et dont il faut se débarrasser. La mise en scène de Trachtenberg assure une action trépidante et constamment lisible, bénéficiant d’effets spéciaux soignés. Une réussite.