« The broken are more evolved. » THE BEAST

En octobre 1977, Billy Milligan a été arrêté pour avoir violé trois femmes sur le campus de l’Ohio State University. Pendant la préparation de sa défense, Milligan a subi un examen psychologique qui a diagnostiqué son état comme une schizophrénie aiguë. Il a ensuite fait l’objet de recherche et au cours de ces examens, on apprend que Milligan souffre d’un trouble dissociatif de l’identité (TDI). Maladie encore inconnue à l’époque. Les avocats de Milligan ont plaidés la folie, et il a été transféré dans une clinique psychiatrique jusqu’à ce que sa santé mentale lui revienne.

Billy Milligan échappe à une condamnation pour les trois viols qu’il a commis.

Selon les rapports des hôpitaux psychiatriques, Billy Milligan a signalé la présence de dix personnalités différentes. Plus tard, les psychiatres découvrent quatorze autres personnalités étiquetées comme indésirables (pour un total de 24 !). Milligan a été libéré en 1988 après une décennie dans des hôpitaux psychiatriques, et a été disculpé de ses crimes par le système de santé mentale de l’Ohio.

C’est de cette histoire vrai que M. Night Shyamalan va s’inspirer pour le scénario de son Split prévu en 2016. Le scénariste et réalisateur explique avoir été fasciné par cette histoire et par la pathologie de Billy Milligan.

Le personnage principal, qui lors du pré-générique, enlève trois jeunes filles, souffre du TDI : ses personnalités sont au nombre de 23 ! Dans les dialogues, ces personnalités sont évoquées comme étant assises sur des chaises disposées en cercle autour d’une lumière, que chacune tente d’attraper. Quand l’une des personnalités attrape la lumière, elle prend possession du corps de Kevin, l’hôte de ces vingt-trois personnalités. L’une d’entre elle, Barry, était arrivée à prendre possession de la lumière de manière prolongée, s’imposant comme un leader. Mais une autre, Hedwig, possède un don particulier : celui de pouvoir attraper la lumière quand elle le souhaite. Avec son aide, deux personnalités ostracisées par le groupe : Dennis et Patricia, sont parvenues à prendre le contrôle du corps de Kevin. Ces trois personnalités dominantes s’apprêtent à accueillir une vingt-quatrième personnalité, un être surnaturel qu’ils nomment The Beast. C’est pour les offrir en guise de nourriture à The Beast que Dennis a kidnappé les trois jeunes filles.

James Mac Avoy signe une performance d'acteur hors du commun et orchestre tout le déroulement du film à travers toutes les vestes qu'il arrive à enfiler. Ce Norman Bates moderne incarne Dennis le maniaque de la propreté, Patricia la matriarche, Hedwig l’enfant de neuf ans avec son cheveu sur la langue, et encore d’autres personnalités.

Sur les trois jeunes filles, seule Casey Cooke interprétée par Anya Taylor-Joy offre une lecture intéressante. Casey et Kevin partagent quelque chose en commun: ils ont tous les deux été victimes de violences. Tout comme Kevin, Casey n’est pas à sa place dans ce monde. Elle est méprisée par Claire et Marcia. Si il y a une victime dans l’histoire c’est Casey. Qu’il s’agisse de Kevin ou de son oncle, elle est pourchassée par le pédophile ou la bête. Pire, elle est libérée par un monstre pour être rendue aux griffes d’un autre. Prisonnière d’un cercle vicieux, elle n’est pas encore sortie de sa cellule. Elle représente la défaillance des parents, l’échec des thérapeutes et plus globalement le désintérêt du monde pour ceux qui souffrent dans leur coin. On s’intéresse volontiers à ceux qui sortent de l’ordinaire comme Kevin. Par contre, on préfère ignorer celles et ceux qui souffrent en silence.

Le Dr. Fletcher est présente pour nous expliquer le fonctionnement du TDI et le coté surnaturel qu’il lui apporte M. Night Shyamalan avec les changements physiques et psychiques.

Le lieu principal de l’action, le sous-sol, reflète les difficultés que peut avoir Kevin, à se frayer un chemin dans sa psyché tortueuse. Les interminables couloirs parcourus par les trois filles qui cherchent désespérément une issue à la lumière du jour sans jamais y arriver rappellent Dennis et Patricia qui les empêchent de sortir, empêchant également d’autres personnalités de prendre la lumière. Une sorte de coup d’état sur la psyché de Kevin, et un rapt de son physique. 

En plus du TDI standard, M. Night Shyamalan veut que les différentes personnalités soient capable de modifier leur physique, leur structure chimique, à la seule force du mental. Cette idée trouve peu à peu son sens à mesure que nous découvrons les différentes personnalités. Hedwig est un garçon de 9 ans physiquement faible, Jade est atteint de diabète contrairement aux autres, et The Beast… Nous y reviendrons dans un instant. 

Dans le dernier acte, riche en révélations, nous apprenons d’abord que The Beast existe vraiment. L’avènement de cette vingt-quatrième personnalité a vraiment lieu, confirmant et même extrapolant les théories selon chaque personnalités possèdent des facultés physiques non seulement propres, mais aussi surnaturelles. Le film prend un tournant surnaturel, s’inscrivant dans la filmographie de M. Night Shyamalan, qui aime créer des histoires inscrites dans le monde réel mais jouant avec les limites du fantastique. 

Split est une apologie de l’empathie, de l’ouverture à l’autre, et de la communication. Mais, même si Split aurait très bien pu s’arrêter là, le vrai twist final se cache juste le générique de fin. Un peu comme les scènes post-générique des productions MARVEL.

Les plus attentif l’ont reconnu dès les premières notes de piano composées par James Newton Howard, alors qu’il n’est pas crédité au générique. Le thème de Unbreakable est lentement déroulé, alors qu’on nous révèle que le meurtrier, désormais connu sous le nom de The Horde, a pris la fuite. Dans un bar, un client évoque une affaire similaire survenue il y a 15 ans avec Mister Glass tandis que David Dunn incarné par Bruce Willis (également non crédité au générique), est présent dans ce même bar.

Ce qui, au final, est complètement cohérent avec tout ce que nous venons de voir. En quelques instants, nous comprenons que nous ne venons pas d’assister à un simple thriller, mais aux origines du prochain vilain que David Dunn aura à affronter, 15 ans après Unbreakable.

Split est la suite de Unbreakable. L’affiche même du film le révèle, miroir de celle de Unbreakable. Le nom du film, Split, qui signifie fracturé, est l’antithèse de Unbreakable. Mister Glass, atteint d’ostéoporose, se trouvait à l’opposé du spectre d’invincibilité par rapport à David Dunn, et le parallèle est flagrant entre ses brisures physique et les brisures psychiques de The Horde. 

On retrouve dans Split les thèmes chers à M. Night Shyamalan, ainsi que des techniques de narration qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Cela fonctionne plutôt bien car, au-delà des effets de style et du caractère un peu outrancier de l'ensemble, l'auteur s'intéresse à ses personnages et porte un véritable regard sur eux.

StevenBen
7
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Créée

le 21 févr. 2023

Critique lue 56 fois

Steven Benard

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