Superman version James Gunn ressemble, par bien des aspects, à Joker: Folie à deux (Todd Phillips, 2024), partageant avec lui son ambition iconoclaste à même de raccorder un mythe à sa fragilité humaine, quand bien même le protagoniste n’est-il pas reconnu comme être humain à part entière. En cela, il prend le contrepieds de la représentation viriliste et conservatrice de Zack Snyder : les coups blessent, les cœurs se brisent, les actions ont des conséquences que s’empressent de déformer puis de relayer les réseaux sociaux. Un tel retour de la fragilité subie, et non portée comme un prétexte derrière lequel cacher l’absence de talent et d’intelligence (Thunderbolts* de Jake Schreier, sorti aussi en 2025), conduit à une réflexion sur l’adoption entendue dans un sens élargi : l’individu se définit par ses choix et par les écarts qu’il marque avec la destinée tracée par ses parents. L’altération du message par hologramme constitue une métaphore habile, en ce que le sens dépend de celui qui le reçoit : cette étude de la subjectivité comme rapport au monde et force d’attraction amène logiquement à une critique acerbe de la politique-spectacle et de la volatilité de l’opinion manipulée par des médias eux-mêmes sous influences, puisqu’ils empêchent la formation de l’esprit critique en transformant les êtres en singes haineux.
Le Superman de James Gunn n’existe que par sa relation avec les autres tel le Thor de Taika Waititi, et le burlesque omniprésent – très bien pesé d’ailleurs – participe de cet éloge du droit à l’erreur comme marque essentielle de notre humanité : après deux heures d’errances foisonnantes et riches en rebondissement se voient consacrées des émotions aussi banales que la peur, la joie et l’incertitude. La froideur du couple parental inaugural fond à la chaleur des parents adoptifs et des tranches de vie énumérées à terme. Une éclaircie dans le paysage sinon désolé du blockbuster contemporain.