Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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Après le vaste échec que fut le DC Extended Universe, c'est au réalisateur James Gunn qu'incombe la tâche de faire table rase de ce passé honteux afin de recommencer à zéro la franchise dans un tout nouvel univers, chargé d'être le succès ce que le précédent ne put jamais réellement devenir. Fort de ses réussites chez Marvel avec la très bonne trilogie des Gardiens de la Galaxie (2014-2023), ainsi que d'un OVNI inattendu chez DC avec le génial The Suicide Squad (2021), Gunn était peut-être la personne la plus à même de concrétiser ce rêve de ramener sur le grand écran un univers partagé entre les icônes de l'univers de DC qui soit cohérent et maîtrisé. Déjà habitué aux oeuvres de super-héros, dans lesquelles il adore traiter de figures marginales, il s'essaie aujourd'hui à une oeuvre sur un personnage beaucoup plus imposant, qu'il ne doit désormais plus légitimer, mais réinventer. Ainsi, ce travail titanesque est amorcé par un premier film centré sur le super-héros originel, le mythe à l'origine de tous les autres, Superman.


Ce film se caractérise par la coupure nette qu'il installe immédiatement avec son itération précédente, celle proposée par Zack Snyder dans Man of Steel (2013), avec Henry Cavill dans le rôle titre. Si cette incarnation du héros se voulait plus sombre et "réaliste" (si tant est qu'une telle démarche soit sensée dans un film de super-héros), la version créée ici par Gunn avec David Corenswet en acteur principal assume directement son côté plus fantaisiste et coloré, affirmant immédiatement se dérouler dans un monde de science-fiction au sein duquel les êtres dotés de super-pouvoirs sont apparus il y a déjà trois siècles. Cela nous oblige à nous immerger au sein d'un monde déjà bien développé, où les figures super-héroïques font déjà légion. Mais dans un univers où les justiciers sont nombreux, où se situe la vraie force du plus grand d'entre tous? C'est ce que nous allons voir ici.


En ce qui concerne le protagoniste lui-même, Corenswet en livre ici une interprétation solaire et irradiante de positivité. Ironiquement, il modernise son personnage en le ramenant à ses racines, celles d'un héros plein d'espoir et d'optimisme, une figure inspirante pour l'humanité mais jamais détachée de celle-ci, à laquelle il revendique son appartenance avec force. Il s'agit bien là de la thèse du film : Après une décennie marquée par des réinterprétations déshumanisant ce mythe moderne, que ce soit des adaptations directes de Superman ou encore des satires de ce dernier telles que Omni-Man de Invincible ou Homelander de The Boys, il est désormais temps de revenir à l'idée qui définit l'essence même du personnage : Il est un être humain dans l'âme, un simple homme comme les autres qui se trouve être né avec des pouvoirs grandioses. Un homme qui possède des principes moraux forts, inculqués par ses parents adoptifs, peut-être idéalistes, mais non moins sincères. Il s'agit bien là de ce qui le sépare de ses congénères.


Là où d'autres seraient prêts à faire des compromis pour le bien commun, Superman n'en fait aucun. Avec lui, pas de demi-mesure, chaque vie mérite d'être protégée. Cela est représenté par l'accent sur toutes les formes de vie dans le film et notamment l'accent sur les animaux, souvent chers à l'oeuvre de Gunn. Bien sûr, le chien Krypto est un élément important pour cette thématique : Superman cherche toujours à le protéger malgré le fait que l'animal, très turbulent, lui soit insupportable... De même, il prend le temps de sauver un petit écureuil lors d'une bataille contre un monstre géant, à la fois excellente représentation de la différence d'échelle mais aussi magnifique démonstration de l'altruisme sans bornes du héros. ll s'agit d'une perspective qui, selon moi, est d'autant plus pertinente en 2025, à une époque où la valeur de la vie devient difficile à évaluer devant l'ampleur des tragédies se déroulant aux quatre coins du monde. Privilégier la protection de tous devient un acte de rupture du status-quo, une révolution face à la perspective volontiers nihiliste du reste du monde - En d'autres termes, c'est punk rock. Cette façon d'être et cette mentalité un peu naÏves vaudront à Superman de vives critiques. Régulièrement, il échoue, il perd, il se trompe, il commet des erreurs - Gunn nous montre qu'il ne désire plus ériger son héros en tant que mythe, mais qu'il souhaite le distinguer uniquement par son caractère profond.


Mais James Gunn n'oublie pas le conflit régulièrement au coeur du personnage de Superman - La dichotomie entre son identité en tant qu'humain, représentée par le journaliste Clark Kent, et son identité en tant que rescapé de la planète Krypton, Kal-El. (Ces deux personnages sont d'ailleurs bel et bien représentés comme des entités distinctes, qu'un individu lambda ne pourrait en aucun cas confondre. Cela se ressent jusque dans le jeu d'acteur de Corenswet, qui jongle parfaitement entre les deux facettes de son protagoniste)


Gunn le revendique : Superman est un immigré, et son histoire est fondamentalement politique. Ce qui, bien évidemment, ne manquera pas d'agacer des personnes fort peu recommandables, n'ayant guère compris que leur héros favori avait toujours été woke (mais nous y reviendrons après.). Superman affirme lui-même dans le film n'avoir jamais dissimulé son identité extraterrestre : Il est un Kryptonien élevé sur Terre, un homme imprégné d'un héritage culturel d'une autre planète trouvant ses valeurs et sa façon d'être sur notre planète bleue. Or, cela pose un problème que nous allons voir en zone spoiler.

Seulement, que devient Superman si ses origines extraterrestres se révèlent dangereuses? C'est la question que se pose le film alors que notre héros découvre les intentions conquérantes de ses parents biologiques vis-à-vis de la Terre. Si James Gunn se sert de cette réflexion pour redéfinir les actions de Superman comme étant non pas le fruit de la volonté de ses parents, mais de ses propres choix, je trouve que l'on touche là l'un des défauts du film. En effet, si le but de l'oeuvre est bien de représenter l'immigration comme une force, il apparaît thématiquement douteux que les origines de notre protagoniste soient montrées comme un danger, ce qui implique qu'il trouverait son caractère bon et altruiste des valeurs inculquées par la Terre, et donc, qu'il n'est une personne respectable que parce qu'il est un "bon" immigré, bien intégré. Cela apparaît comme une dissonance avec le message politique voulu comme progressiste de James Gunn. Nous pourrions affirmer que ce n'est pas son héritage alien que rejette Superman, mais bien les desseins sombres de ses parents, en effet, il conserve toujours en lui de nombreuses traces de sa planète natale, que ce soit sa relation avec sa cousine et son chien extraterrestres ou encore sa Forteresse de la Solitude, qu'il doit à la technologie Kryptonienne. Néanmoins, cela donne la sensation que le message de Gunn est confus voire un peu contradictoire, malgré son apparente sincérité.

Le film brille également de par son cast secondaire, dont le personnage se distinguant le plus est bien évidemment la journaliste Lois Lane, avec lequel Clark entretient une liaison amoureuse depuis trois mois au début du film. Le traitement de Lois dans ce film est intéressant car il en fait non seulement une figure indépendante et légitimement émancipée (qui vient même au secours du héros), dont la personnalité nettement moins optimiste complète bien celle du protagoniste, mais elle permet également de souligner les difficultés relationnelles de ce dernier, qui accepte difficilement d'être mis face à ses propres contradictions. Les scènes de dialogue entre les deux fonctionnent à merveille et forment essentiellement le coeur du film, il s'agit des moments lors desquels il brille le plus et illustre le plus sa remarquable capacité à rendre son intrigue touchante lorsque nécessaire. Ce duo fonctionne à merveille, l'alchimie entre David Corenswet et Rachel Brosnahan semblant tout à fait naturelle, il s'agit probablement de la plus grande réussite du film. Quant aux autres héros, ils fournissent un contraste intéressant avec la vision évoquée plus tôt de Superman. Tous parviennent à avoir au moins un petit moment permettant bien de les définir de manière unique et de les distinguer - Mention spéciale bien sûre à la scène d'action en musique du super-héros Mr. Terrific, particulièrement caractéristique de la mise en scène de James Gunn. Ces personnages secondaires possèdent tous suffisamment de potentiel pour que l'on ait envie de les revoir dans de prochains opus, ce qui est exactement ce que l'on pouvait attendre de ce film introductif; qui s'avèrera sans doute, sur le long terme, comme une pierre angulaire d'un univers riche et fascinant.


Quant aux antagonistes, un se distingue bien évidemment beaucoup plus que les autres. Il s'agit bien sûr de la némésis éternelle de Superman, le milliardaire Lex Luthor, excellemment interprété par Nicolas Hoult. L'acteur dépeint ici un Luthor rongé par une haine presque puérile pour le Kryptonien, ce qui est particulièrement divertissant. Dès les premières secondes de son apparition, on comprend qu'il ne s'agit de sa seule motivation, bien qu'il tente plus tard de la rationaliser avec ses idées tout à fait nauséabondes et racistes. C'est un antagoniste qui fonctionne à merveille : On comprend qu'il ne fera pas de concession dans son dévouement à sa haine du super-héros. Il n'y a aucune tentative de le faire paraître plus complexe qu'il ne l'est : C'est un être détestable, mais que l'on prend du plaisir à détester. Il s'agit là pour moi de l'héritage du précédent antagoniste dans un film de super-héros par Gunn : Le Maître de l'évolution dans les Gardiens de la Galaxie vol. 3 (2023), un personnage d'autant plus convaincant parce que sa cruauté est tout à fait unilatérale et dépourvue du moindre bon sentiment. Cela s'applique également à Luthor, dont la malveillance n'est pas remise en question, ce qui permet de l'explorer sous tous ses aspects et à Hoult de proposer une richesse dans son jeu d'acteur qui lui fait crever l'écran, avec une palette d'émotions et des dialogues qui ajoutent un relief bienvenu au récit. Il est le méchant parfait pour cette version de Superman et je comprends tout à fait que certains puissent le qualifier de personnage le plus réussi de l'oeuvre, bien que je ne partage pas ce point de vue.


Toutefois, si Luthor est une nette réussite, les autres ennemis introduits dans l'oeuvre sont beaucoup plus quelconques. Outre une caricature évidente d'un homme politique que l'on évoquera après, les personnages engagés par Luthor pour combattre le Kryptonien sont peu mémorables voire relativement ennuyeux, bien qu'ils permettent de placer Superman dans des positions et des conflits généralement intéressants. En ce sens, ils remplissent leur fonction, mais ces personnages sont assez plats et rarement très pertinents en eux-mêmes. Le twist de l'identité d'Ultraman est un exemple de développement dans l'intrigue qui sent tout à fait le réchauffé : S'il parvient à se montrer pertinent, il est terriblement prévisible et particulièrement peu innovant.


Venons en désormais aux enjeux politiques de l'oeuvre. Je serais claire là-dessus : J'y vois-là une représentation claire du conflit se déroulant actuellement au Moyen-Orient (j'ignore si j'ai ici le droit de nommer les pays, mais vous saurez de quoi je parle...). Je ne vais pas ici m'amuser à lister les parallèles avec la tragédie en cours tant ils sont nombreux et évidents, mais le fait qu'un grand nombre de spectateurs, même dans une ère de dépolitisation des masses, aient compris les enjeux et à quoi ils faisaient référence, est rassurant. Même les coupables des exactions en cours, pourtant jamais nommés dans le film, reconnaissent volontiers que c'est d'eux qu'il s'agit, et cherchent à boycotter le film. Ils seront d'ailleurs ravis de découvrir que le président cherchant dans le film à envahir son pays voisin, est une caricature évidente de leur premier ministre, jusque dans sa gestuelle et sa façon de s'exprimer. Gunn niera bien évidemment cette connexion, connaissant bien sûr l'allégeance d'une grande majorité d'Hollywood, qui conduirait à un boycott de son oeuvre. Néanmoins, le fait que de telles thématiques soient abordées par une oeuvre mainstream de super-héros, où l'incarnation du bien fait le choix de défendre les opprimés tout en sachant que le gouvernement américain est complice de ce qu'ils subissent, est rafraîchissant et réconfortant. Cela montre que certains croient encore en la justice, suffisamment pour la représenter dans l'art, suffisamment pour condamner les horreurs de ce monde avec clarté dans cette même oeuvre. C'est particulièrement satisfaisant de revoir la figure du super-héros embrasser ses racines politiques, le personnage de Superman étant souvent qualifié de "Champion des Opprimés" ce qui est un message particulièrement explicite... Superman est redevenu woke, et il n'y a rien de plus agréable que cela.


Enfin, il est temps d'aborder l'élément le plus important du film : Son aspect artistique. Visuellement, le film est globalement une réussite. Sa direction artistique colorée (même si parfois un peu timide sur cet aspect) est très jolie et assez soignée, malgré certains cafouillages au niveau des effets spéciaux pas toujours très agréables à l'oeil, qui le font tomber dans les écueils habituels des films de super-héros. En ce sens, le film est un franc succès dans sa direction artistique. Quant à la mise en scène, bien que globalement compétente, j'aurai plus de reproches à lui faire. Je trouve qu'elle peine à véritablement iconiser son héros titre, ou à produire un plan véritablement inoubliable, qui le rendrait d'autant plus spécial parmi tous les autres super-héros du film. On sent une tentative de créer ce plan à de multiples reprises, ce que je respecte tout à fait : Mais je trouve que ce n'est pas forcément un franc succès à ce niveau-là. De plus, je trouve les transitions entre les différents actes du film assez mal gérées, étant simplement séparés par des fondus au noir, là où il était apparemment prévu que le film utilise des écrans titres indiquant les jours de la semaine, ce qui aurait été d'autant plus cinématographique selon moi, se rapprochant notamment de l'idée des chapitres utilisée précédemment par Gunn dans The Suicide Squad (2021). Cela provoque également une sensation de rythme mal géré à l'oeuvre, qui collectionne les intrigues secondaires dans un temps assez réduit, le film dépassant à peine les deux heures. C'est franchement peu pour tout ce que Gunn essaie de traiter ici, ce qui peut donner une sensation d'oeuvre un peu confuse dans certains aspects, ses différentes parties s'enchaînant avec assez peu de naturel.


Néanmoins, pour traiter les points positifs, le film sait se montrer réellement beau lorsqu'il le faut. Pour exemple : La discussion entre Clark et Lois dans l'appartement, avec le combat de nuit du Justice Gang en arrière plan, sait installer savamment une mise en scène intimiste et chaleureuse pour un moment sincèrement touchant entre les deux personnages, à un point où la bataille contre l'extraterrestre se déroulant derrière la fenêtre ne semble que peu intéressante voire banale, ne permettant alors que d'éclairer la conversation du couple, ce qui est une vraie réussite. Le film n'a pas peur de se poser pour des scènes de dialogue à coeur ouvert (ce qui lui fait parfois défaut également, puisqu'il a tendance à dire à voix haute des choses évidentes). Superman est un film qui possède de réels instants de beauté sincère, qu'il sait instaurer lors des scènes qui comptent le plus - Et, malgré ses défauts, il s'agit peut-être là de sa plus grande réussite.


Pour conclure, je trouve que Superman de James Gunn est un début honnête et solide à ce nouveau DCU. Il sait instaurer un souffle moderne à son univers et donne réellement envie d'en voir plus de ce monde ainsi que des personnages qui le peuplent... Il est bien loin du chef-d'oeuvre, mais il ouvre potentiellement la voie pour en créer un à l'avenir, et c'est tout à fait respectable. C'est un film qui possède des imperfections et quelques erreurs, mais il provient d'une intention sincère qui favorise l'attachement envers l'oeuvre, en dépit de tout cela. L'ayant vu deux fois, je ne vais pas bouder mon plaisir lors des deux visionnages, et en ferai volontiers un troisième lorsque le film sera disponible en Blu-Ray. C'est un film qui a une âme dans un genre qui a perdu la sienne depuis longtemps et sait lui redonner sa vitalité avec une sincérité peu vue depuis les années 2000. En globalité... Une réussite! Ce sera pour moi un 7.5/10.

tencross
7
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Créée

le 29 juil. 2025

Modifiée

le 29 juil. 2025

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tencross

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