**Un Superman qui vient chambouler l'ancienne vision du personnage. Pour le meilleur... et pour le pire.**
Les fans de comics vont soit adhérer à cette vision décomplexée du personnage et de son lore, soit rejeter ce parti pris plus humain, plus imparfait et volontairement boursouflé.
Je dois commencer cette critique par un aveu, en guise de préambule : je n'aime pas Superman.
J'ai pourtant apprécié les films mettant en scène le personnage incarné par Christopher Reeve — enfin, surtout celui réalisé par Richard Donner —, tout comme j'ai plutôt aimé cette espèce de soft reboot, pourtant largement décrié (à croire que c'est une constante), proposé par Bryan Singer avec *Superman Returns*. C'est d'ailleurs ce film qui m'a fait prendre conscience de la force du personnage lorsqu'il est ramené à son humanité, à sa solitude existentielle et à ses états d'âme.
Malgré tout, je n'y arrive pas.
Autant dire que lorsque Snyder — « mes poses font 80 % du métrage » — est arrivé sur le projet, avec en prime la promesse d'un traitement flambant neuf à la Nolan, j'étais d'emblée sur la défensive.
*Man of Steel* fut alors pour moi un long chemin de croix. Je ne voyais dans ce film qu'une version sous stéroïdes d'un personnage qui ne m'intéresse réellement que lorsqu'il est ramené à son humanité et au conflit qui l'habite entre ses racines rurales et son rôle de protecteur d'une métropole. La suite de cette vision du personnage ne m'a guère davantage convaincu.
Arrivé ce stade, un énième long-métrage sous l'égide de James Gunn, un metteur en scène qui a toujours assumé le coté ado puéril et le kitsch nanardesque au point de l'élever au rang d'art me faisait dire "ce sera sans moi, ce coup-ci"... Oui, mais. Mais James Gunn, c'est aussi une certaine idée du super-héros : profondément humaine. C'est un cinéaste attaché à ses personnages, capable d'insuffler de la gravité à des récits qui, en apparence, semblent relever du pur divertissement. Et surtout, un cinéaste de la surprise; jamais là où ses spectateurs l'attendent. Ce métrage ne fait pas exception à la règle. Je n'aurais jamais cru qu'un film Superman pouvait autant me toucher, et pas juste car il met en scène Superman face à un monde aux enjeux politiques trop complexes pour ses épaules. Tout le film s'échine à ramener Superman à ce qu'il est au départ: un gosse du Kansas perdu face à son trop grand pouvoir.
Alors, j'ai bien conscience que les fans de Snyder sont sur les dents que cette version "déglingue" leur vision du personnage, mais honnêtement, je me pose la question: "Superman est-il un personnage si sacré?"