Tenet est un film bluffant sur le plan technique, mais extrêmement froid. Visuellement, la colorimétrie très marquée par des teintes bleutées renforce cette impression. Le film est beau, très bien filmé, mais paradoxalement aucun plan ne m’a véritablement marqué par sa beauté. Je ne me suis pas arrêté pour le dire « wow c’est magnifique ».
Sur le plan émotionnel aussi le film est très froid. Les personnages sont peu développés et finalement assez opaques. On les connaît à peine et n’ont aucune personnalité. Or, un film d’action fonctionne lorsque l’on souhaite voir les protagonistes réussir parce qu’on les aime. Si l’on se fiche de ce qui peut leur arriver, alors même les scènes d’action les plus impressionnantes perdent leur intensité. C’est exactement ce que j’ai ressenti. Malgré la qualité technique, je n’étais pas investi. Le protagoniste aurait pu mourir au milieu du film que ça ne m’aurait pas dérangé.
La première heure est pourtant vraiment réussie. L’aspect espionnage fonctionne bien, les premières scènes d’action sont efficaces et Nolan n’en fait pas trop. Le concept d’inversion de l’entropie est intéressant et reste encore compréhensible. À ce stade, mon intérêt était encore très fort. Mais par la suite, certaines scènes d’action m’ont paru confuses. Il était parfois difficile d’identifier qui est qui, notamment lors du climax, qui m’a assez déçu. Même dans ce qui constitue le moment le plus important du film, je ne ressentais ni tension ni véritable engagement émotionnel, en grande partie à cause du manque de clarté et d’attachement aux personnages. La bataille finale est spectaculaire et les scènes d’affrontement dans les couloirs sont les meilleures scènes d’action du film, mais là encore, je ne ressentais presque rien. La seule scène qui m’a véritablement touché reste la dernière entre les deux protagonistes.
Pendant tout le film, je me suis demandé : pourquoi ? Pourquoi construire un film d’action autour de l’inversion de l’entropie ? En quoi ce concept sert-il réellement le développement des personnages ? Quel message l’œuvre cherche-t-elle à transmettre par cet intermédiaire ? Au final, il ne se dégage pas grand-chose. Nolan privilégie bien trop son scénario au détriment de tous les autres points qui font la qualité d’un film. Techniquement, rien à redire. Nolan est exceptionnel dans la mise en scène et les mécaniques narratifs. Mais ici, cette complexité apparente finit par noyer le spectateur. D’ailleurs, je qualifie cette complexité d’«apparente» car après une bonne nuit de sommeil j’avais bien compris les enjeux du film et le fonctionnement de l'entropie inversée. Si Nolan l’avait voulu, il aurait sans doute pu le rendre plus clair directement dans le film. Là, il semble un peu vouloir se la péter avec un film ultra complexe mais qui, au final, ne l’est pas tant que ça… Je repense d’ailleurs à cette réplique du début où une scientifique dit au protagoniste : « n’essayez pas de comprendre, ressentez ». Cela fonctionne au départ, mais à mesure que le film devient de plus en plus dense, l’expérience devient presque indigeste, même sans chercher à tout comprendre en profondeur. D’ailleurs, cette première proposition est assez paradoxale sachant que par la suite Nolan donne énormément d’explications par les dialogues. À plusieurs reprises, j’ai pointé de possibles incohérences qui ont immédiatement été corrigés par les explications des personnages.
Au final le grand défaut du film est le suivant : il est parfait dans sa mécanique, mais manque d’âme. Un film impressionnant, ambitieux, et cohérent jusqu’au bout mais profondément froid.
Mention spéciale à Pattison qui crève l'écrant et à la musique, absolument GOATESQUE, qui fait partie des plus grandes réussites du film.