Sammy Fabelman, un HPI chez les prolos

Ah Spielberg, l'enfant prodige du cinéma. Le réalisateur capable de faire de l'horreur, de la science-fiction, du film historique, du biopic, de mettre en scène une saga iconique, de se laisser tenter par du scénario dystopique. Le bougre touche à tout et excelle très souvent, peu importe le genre. Alors du respect pour ce monstre du cinoche qui s'attaque avec The Fabelmans à un film s'inspirant de sa jeunesse. Un film retraçant l'enfance de Sammy Fabelman, un ado pas comme les autres.


L'oeuvre s'ouvre sur un Sammy juvénile accompagné de son père et de sa mère pour une sortie familiale au cinéma du coin. Le dépucelage cinématographique du bambin, qui sera un traumatisme pour ce dernier, autant qu'une révélation. Ça m'avait fait le même effet pour le mien, de dépucelage.

Un Sammy inquiet de ce qui l'attend à l'intérieur de ce bâtiment et deux parents aimants qui se lancent dans un dialogue pour convaincre leur enfant qu'il n'a rien à craindre et que le cinéma, c'est trop chouette. Les deux dans un style différents afin de marquer la dualité les opposants.

Le père d'abord, mettant l'accent sur l'aspect technique du cinéma. Ce coté cartésien pédagogue d'un prof expliquant à son élève par quelle prouesse technologique un film peut voir le jour.

La mère, douce comédiennes dans l'âme préférant les émotions à la technique et souhaitant transmettre à son fils son profil artistique.

Sammy se retrouve donc devant un grand écran à regarder un accident de train qui le hantera jusqu'à en rejouer la scène une fois qu'il aura de quoi filmer. Voilà le topo, c'est ainsi que naquit la légende du petit Steevie, euh Sammy.


S'en suit une présentation des personnages secondaires qui n'auront pas le droit à une intrigue. Des soeurs invisibles de Sammy, plus figurantes qu'actrices. Leur présences a le merite cela dit de nous montrer à quel point le petit Sammy est mature et intelligent pour son âge. Pas très sympa pour les soeurs donc. De la grand-mère paternelle aigri. Du meilleur ami du père, le "tonton" de Sammy, cool et geek avant l'heure et un des rares personnages avec une histoire secondaire dans le film. Un père qui nous confirme qu'il est un technicien scientifique tandis que la mère est bel et bien une artiste maudite dissimulant une folie à peine perceptible. Elle devait être Poisson. Puis le petit Sammy donc, génie précoce à la sensibilité ultra développée. Les psy de nos jours diraient que c'est un enfant HPI. Et tout ce jolie monde évolue dans un milieu modeste, nous en rappelle cette scène d'un repas avec une nappe de table en papier jetable et les couverts en carton. On grandit pas dans le luxe chez les Fabelman, mais on est heureux.


D'ailleurs, la dualité prononcé des deux parents peut représenter les deux parts du Spielberg réalisateur. Son père lui aura donné le gout de la technique, du savoir scientifique de la caméra. Tandis que sa mère aura développé son côté créatif et artistique. Parce que oui, Spielberg c'est les deux faces d'une pièce à la fois. C'est le Ying et le Yang. C'est Nolan avant l'heure. C'est un technicien du cinéma parmi les artistes et un artiste parmi les techniciens du cinéma.


On avance dans le film qui semble être une ode au surdoué Sammy. On comprend que la mère a un pète au casque bien qu'elle ne soit pas méchante. D'ailleurs, Michelle Williams qui joue le rôle de la mère, est plutôt redondante dans son acting, pas très subtile dans l'interpretation d'une mère sur un fil entre la raison et la folie. Et puisque l'on parle d'acting, dommage de voir un Paul Dano en père, lymphatique et ennuyant, lui qui est si bon d'habitude. L'écriture des personnages n'aidant probablement pas.


Bon, Sammy grandit et il se découvre une véritable passion pour la caméra. Il réalise très vite des projets personnels pour ses écoles, tout en leadership et en visionnaire. Faut le voir ado, en train de diriger un acteur qui se découvre afin de lui faire ressortir le meilleur de lui-même. Méticuleux et exigeant, le jeune Steevie, euh Sammy, est d'une rare maturité pour son âge. Moi à son âge, je jouais à Pokémon Jaune et je réfléchissais à comment composer mon équipe de six pokémon pour aller chercher le badge Volcan à Cramois'île. C'est vraiment un champion ce Sammy !


Bon y'a du conflit familial qui arrive quand Sammy explique à son père qu'il veut devenir réalisateur alors que son père préfère qu'il se penche sur les études pour avoir un avenir stable. La mère l'encourage, elle. Puis y'a l'arrivée de l'oncle perché de la famille, celui qui a réussi à vivre de sa passion artistique. Un speech pour expliquer à Sammy qu'il va finir artiste esseulé et génial. Ok, tout est un peu grossier dans l'écriture du scénario, pas énormément de finesse dans le déroulé de l'action et le caractère des personnages. On a l'impression de voir des caricatures dans un film jolie esthétiquement mais trop léger dans l'écriture.


Puis le "game-changer" du film. Sammy découvrant l'infidélité de sa mère avec le meilleur ami de son père en regardant les rush de son film de vacance. Musique triste, séquence émotion, Sammy se lève de sa chaise, c'est terrible, on tremblote, on se mord les ongles, mais qu'est-ce que c'est que ce poulet comme dirait les jeunes en 2023. C'est épique comme moment et Spielberg veut nous le faire comprendre dans sa réalisation légèrement lourde.


S'en suit la nouvelle vie de Sammy partageant ce secret avec sa mère et le cachant à son père. Un déménagement également, une nouvelle vie, une nouvelle école avec deux frères antisémites, l'un mal dans sa peau, violent et aimant humilier ses camarades. L'autre étant le gars le plus populaire de son lycée, excellent sportif et sortant avec la coqueluche de l'école. Encore une fois, dans l'écriture des personnages, c'est pas du Dostoïevski.


Bref, Sammy va devenir Steven avec le temps et les épreuves de la vie. La séparation de ses parents, l'antisémitisme, la folie de sa mère, la réticence de son père, la transparence de ses soeurs, son oncle qui se tape sa mère, son traumatisme d'enfance d'avoir vu un film interdit au moins de dix ans alors qu'il en avait huit.


À la fin, Sammy réussit finalement à intégrer le milieu du cinéma, provoquant même un entretien avec le réalisateur mythique John Ford ( joué par David Lynch pour l'anecdote ). Un conseil mythique sur le rôle de l'horizon dans un cadre. Un Sammy sûr de lui quittant le bureau de John pour se promener entre les studios Hollywoodien. Un dernier plan ou Steven, corrige son cadre en fonction de l'horizon histoire de rappeler que ce que John Ford lui a dit quand il était petit, bah ça l'a marqué à vie. Finesse quand tu nous tiens.


Pour conclure, The Fabelmans est un bon film techniquement parlant. Une belle lumière, une atmosphère respectée, du décor aux costumes. C'est beau, c'est du Spielberg. Mais dans le travail d'écriture, c'est faible et ça nous laisse penser que le film aurait pu être moins long même si le rythme est plutôt bon. L'acting n'est pas le point fort du film non plus malgré un beau casting. Et là ou Babylon est un film ( sortie la même année ) rendant hommage au cinéma, The Fabelmans lui, est un film rendant hommage au génie juvénile de Steven Spielberg. Différence de point de vue et d'égo probablement.



Albatu
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le 27 sept. 2023

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