Les principes minimalistes, ce sont des marottes plutôt classiques pour le cinéma d'horreur et d'épouvante. Et l'on se souvient immédiatement du buzz avant l'heure porté par le choc du Projet Blair Witch. Ou encore, un peu plus tard, des caméras de surveillance de Paranormal Activity.
Soit des oeuvres qui essayaient de coller les chocottes avec trois fois rien. Voire encore un peu moins.
C'est dans ce domaine que semble se fondre Undertone : la suggestion de l'effroi par le son et les silence qui fait retenir son souffle. Comme s'il fallait actualiser le concept de found footage en le faisant évoluer vers le found audio. Et là, c'est devant la précision du mixage sonore et de la composition de l'ambiance funèbre qu'il faudra s'incliner. Entre les pulsations, les légers râles, les grésillements inquiétants, les paroles de comptines a priori anodines et les coups sourds dans les murs, prêter l'oreille pour décrypter la nature de la menace et la traquer dans ses pauses sombres n'aura jamais été aussi ludique.
Mais le dispositif menaçait, à l'évidence, de tourner assez rapidement en rond. Et Ian Tuason de convoquer, afin de varier les plaisirs, des concepts plus traditionnels : la veillée d'un corps aux accents religieux dans la veine de The Vigil, le huis-clos étouffant à la Buried ou Locke, le grand âge comme matière à effroi, comme dans Relic, ou encore les longs plans animant et scrutant les espaces vides, comme dans La Proie d'une Ombre ou le récent L'Elue.
Le mal de ce podcast horrifique à épisodes contamine peu à peu la réalité d'Evy, ses doutes, sa culpabilité, le deuil qu'elle ne peut pas encore faire. Dans un dérèglement progressif. Trop sans doute pour les fans du spectacle immédiat. Et traversé de pistes un peu faciles, comme passer les enregistrements à l'envers où les voix en couvrant une autre.
Pas que Undertone soit décevant dans son concept. Il y aura seulement à déplorer qu'il est beaucoup trop vendu sur son apparente originalité alors qu'elle ne constitue qu'une simple toile de fond. Car au-delà de sa composante horrifique, le film semble d'un intime absolu, dans un décor à la fois familier et mortifère, en forme de réflexion sur le renversement des liens entre parent et enfant et le douloureux chemin vers la mort de celle qui donne la vie.
Loin de tout grand spectacle et autre artifice faisant sursauter dans une mécanique calculée, Undertone s'insinue, Undertone murmure longtemps sa frousse insidieuse. Dans le casque d'Evy, dans son esprit. Dans ce que l'on croit entendre. Comme un mauvais génie ou une mauvaise conscience. Et s'il déforme le son pour mieux convoquer sa malédiction, c'est paradoxalement dans le silence et la perte du regard dans ses images fixes qu'il brille comme un diamant.
Qui aurait juste besoin d'être un peu poli pour susciter le même enthousiasme qui entoure Obsession et Backrooms.
Behind_the_Mask, qui ne l'entend pas de cette oreille.