Wow, quel jeu que ce Cairn.


Après avoir été subjugué par sa démo, je plaçais énormément d’espoirs en lui. Je l’ai d’ailleurs acheté dès sa sortie, ce qui ne m’arrive quasiment jamais ! (tema la taille du rat). C’est dire si je l’attendais avec impatience.


Bien sûr, il y a le gameplay. Il est assez particulier et, de tête, il ne se rapproche d’aucun autre jeu auquel j’aurais pu jouer. Son originalité vient du fait de déplacer chaque membre de l’héroïne, un par un lors de l’escalade, avec finalement très peu d’indication sur la qualité de notre ascension, si ce n’est le souffle d’Aava. Ça pourrait être laborieux, mais c’est au contraire plus que fluide. La qualité des prises que l’on saisit, le poids porté sur chaque partie du corps d’Aava, la position dans laquelle elle est, le temps depuis lequel elle n’a pas pas fait une pause, on sent que d’innombrables détails sont pris en compte, tout en étant parfaitement logique et instinctif. Pas besoin de marqueurs, de couleurs, de stats : l’escalade n’est évidemment pas simple, mais sa mécanique se comprend aisément, et permet d’avoir un HUD relativement épuré. A ce titre, je vous recommande de jeter un œil à cette vidéo "debug" du jeu, montrant le fonctionnement et le nombre de paramètres pris en compte : https://www.reddit.com/r/Cairn_Game/comments/1qwzlpt/i_accessed_the_hidden_climbing_debug_overlay_and/


Vous l’aurez compris, le résultat est bluffant ! Quelles sensations ! C’est simplement moi et la roche, sans paramètres parasites à l’écran, de la simple logique. Je ne joue pas un personnage qui grimpe, non, JE grimpe ! On se crispe sur sa manette quand Aava commence à trembler, les doigts transpirent sur les joysticks quand on n’a pas planté de piton depuis 20 mètres, la nuque est douloureuse quand on approche d’un sommet mais que le chemin choisi semble impraticable, et le soulagement est immense quand on met enfin pied à terre. Bien sûr, les premières falaises se grimpent les mains dans les poches (mais c’est quand même mieux de les avoir sur la roche), mais Cairn compte bien mettre votre dextérité à rude épreuve. Quelques passages sont vraiment corsés, mais rien qui ne m’a frustré durant l’aventure. L’aspect survie du jeu apporte un vrai plus, avec inventaire en vrac dans le sac, cuisine pour tester diverses recettes, et bandages des doigts les plus douloureux. Bref le jeu ne pourrait n’être qu’une simulation de grimpette qu’il serait déjà génial.


Mais Cairn, ce n’est pas qu’une simulation sportive, c’est une histoire. Et de cela, on ne savait pas grand-chose. C’est sur sa narration que j’attendais un peu ce jeu, et j’ai bien failli être déçu sur ce point. Durant la première moitié de l’aventure, j’ai eu du mal à accrocher. L’héroïne apparait assez imbuvable, les dialogues sont souvent clichés, l’exploration permise par le jeu est intéressante, mais en ce qui concerne son intrigue, j'avais du mal à rentrer dedans. Mais la deuxième moitié rattrape finalement le tout. Je préviens que ça va être dur d’évoquer cet aspect du jeu sans SPOILER, alors vous êtes prévenus, je SPOILE !

Pour moi, Game Bakers fait d’Aava une héroïne solitaire et égoïste, parce que c’est quelque part forcément le cas pour ce type de grimpeurs, et ils n'avaient pas à faire de concessions simplement pour rendre le personnage plus cool. Mais pour compenser cela, l’idée de lui faire rencontrer Marco est géniale, et met d’autant plus en perspective cette vision et approche différente qu’ils ont chacun de l’escalade.

C’est une passion pour Marco, mais c’est une raison de vivre (ou mourir) pour Aava. Marco sert de miroir, plus "humain", plus "fun", auquel le joueur aurait plus de raison de s'identifier car il ne voit ça que comme un hobby. Il va d'ailleurs bien plus loin qu’il ne l’aurait voulu, simplement poussé par Aava, qu’il accusera même de vouloir « le tuer ». Car Aava est différente. Et bien sûr que pour faire ce genre de choses, il faut être particulièrement égoïste, ou du moins se forcer à l’être. Quelle personne se mettrait en péril de telle manière, en laissant derrière elle autant de gens qui l’aiment, qui vivent constamment la peur au ventre en espérant que chaque nouveau défi ne sera pas qu’un aller simple ? Elle maintient cette façade froide, car elle sait qu’y penser la ferait renoncer. Le jeu nous le rappelle fréquemment durant l'aventure (les appels de gens qui l'aiment, les souvenirs, la vie qu'elle sait possible en bas), voulant créer cette vision grise que l'on a d'Aava. Une héroïne égoïste, obnubilée par son objectif, presque une extrémiste de l'escalade. Mais nous, manette en main, ne poursuivons-nous pas le même but qu'elle ? En dépit de tout ce que le jeu nous montre, combien d'entre-nous feront demi tour lorsque le jeu nous le permet ? Aava est comme ça, et je pense que n’importe qui souhaitant aller au bout de l’escalade du mont Kami serait de la même trempe. Elle ne craquera jamais durant l’aventure, si ce n’est lors d’un passage majeur du dernier acte (encore une fois un peu cliché mais tout de même réussi), lorsqu’elle ose enfin s’admettre qu’elle ne sait pas pourquoi elle le fait. Pourquoi cette recherche de sensations, ce sentiment d’insatisfaction constante qui la pousse à faire tout ça, à viser toujours plus haut et dangereux. J’ai l’impression que toute l’aventure fait sens et remet en perspective toute notre vision d’elle lorsqu’on atteint ce passage. Nous revient alors le choix de continuer ou revenir avec Marco. A noter aussi le choix final, concernant le sauvetage ou non du Climbot. Dans n’importe quel autre jeu je l’aurais évidemment sauvé, mais ici cela faisait plus que sens pour moi de l’abandonner. Car tout chez Aava depuis le début du jeu pousse à penser qu’elle prendrait cette décision à ce moment-là, du moins si on l'a poussé à aller au bout.

La fin est d’ailleurs très libre à interprétation (le Climbot peut-il vraiment à lui seul sauver Aava de l’avalanche ?) mais la dernière séquence, onirique et surprenante, est magnifique et l’une des plus belles que j’ai vécue (impossible de ne pas penser à GRIS, autant sur le plan des émotions que de la scène en elle-même).


Enfin, un mot sur l’image. Cairn est particulièrement beau, et prouve s’il en est besoin, que la direction artistique est 1000 fois plus importante que la qualité des graphismes. Et que les paysages n’ont pas à être photo-réalistes pour être à couper le souffle. Cette sensation de voir une BD animée sous nos yeux est tellement plaisante. Cairn invite énormément à la contemplation entre deux séquences d’escalades, rien que par le fait que notre héroïne ne puisse sprinter sur plus de 5-6m sans s’essouffler, et qu’elle perd de la vie si vous activez la marche rapide. Et on ne boude pas son plaisir devant les différents panoramas que le jeu nous offre, ses jeux de lumières, ses levers de soleil, ses couchers, ses aurores boréales en pleine nuit, ses cascades, ses glaciers, ses intérieurs. Comme souvent avec cette patte graphique très « peinture », le reproche que je peux lui faire vient des personnages, avec un charadesign loin d’être heureux, et plus particulièrement les visages, assez inexpressif.

Je lui reprocherais aussi le comportement du Climbot parfois étrange, le "choix" étrange de tirer au fusil ou non qui ne sert à rien (ou alors je n’ai pas compris une quelconque métaphore ?), et quelques passages encore capricieux au niveau de l’escalade : des imprécisions persistent notamment sur les zones d'arrivées, Aava ne sachant pas toujours quand elle peut se lâcher, ou au contraire grimper sur la terre ferme.


Un mot aussi sur l'OST, grandiose, qui accompagne la plupart de mes récents footings :D


J’ai très envie de me relancer dans une partie en mode Free Solo, mais je vais attendre de digérer cette première ascension, aussi belle que destructrice pour Aava. Quelle sensation ressent-elle finalement une fois le sommet atteint : la satisfaction, le soulagement, ou le vide ? Et toi, manette en main, qu’as-tu ressenti ? Quel est ton sommet ? L'adresse directe au joueur à la fin du générique, en clin d'oeil, vous fera peut-être repenser aussi bien à l'aventure, qu'à votre propre vie :)


Créée

le 2 avr. 2026

Critique lue 11 fois

BenjiDeRiv

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