Plus grand, plus riche et avec beaucoup (trop) de classes : ainsi s’achève la génération 8‑bits des Final Fantasy. Matériellement, on sait que les dernières générations de cartouches NES ont considérablement augmenté en capacité (FFIII pèse 326 kb, soit quasiment le double de FF I et II). On a donc très vite l’impression d’être face à une version “maximaliste”, avec plus de villages, de donjons et de PNJ, mais surtout beaucoup plus de dialogues, au point que l’on en vient à ressentir (presque) les émotions des personnages.
Pourtant, le début de FFIII est très proche de FF I : on crée soi‑même toute son équipe de quatre héros anonymes (on est les Guerriers de la Lumière, et puis c’est tout) et l’on évoque rapidement quatre cristaux à restaurer. Du classique, donc.
Mais très vite, FFIII casse les codes du quasi “dungeon crawler” qu’étaient les deux premiers épisodes. On se retrouve à devoir fuir un boss, utiliser des sorts pour rapetisser, rencontrer des sortes de clowns qui se font passer pour nous, ou encore invoquer des chocobos géants qui nous servent de banque. FFIII a de l’humour et un côté léger qui tranche avec l’ambiance très tragico‑tragique du deuxième épisode. Il y a même eu un moment où j’ai eu l’impression que le jeu ironisait sur la fameuse quête des cristaux (le passage du cristal d’or).
Il y a surtout un côté “fast‑pace” : on enchaîne toutes sortes de micro‑aventures pour faire avancer l’histoire. Ne vous attendez pas à un grand scénario bien ficelé ; l’intrigue part littéralement dans tous les sens — on dirait mes élèves TDAH qui me racontent leurs vacances.
Cet aspect morcelé du scénario va de pair avec un autre rythme de jeu. Finis les donjons de dix étages (sauf peut‑être sur la fin) qui nécessitaient une préparation minutieuse des ressources. Pour souligner cela, deux objets clés disparaissent ici : la tente (qui permettait de restaurer HP et MP en dehors d’un donjon) et les potions d’Éther (qui restaurent les MP). Et, à vrai dire, cette absence ne se fait jamais vraiment sentir tant tout va plus vite dans ce jeu. Est‑ce que ce serait là le début du JRPG tel qu’on le connaît ? Je pose prudemment la question comme hypothèse.
Côté combats, on voit apparaître les fameux “jobs”, qui permettent de changer de classe à la volée. Après chaque grand boss, on acquiert de nouveaux jobs qui transforment nos personnages en véritables couteaux suisses. Il y a un côté puriste du RPG en moi qui tiquera toujours — non, un mage blanc ne devrait pas pouvoir se transformer en mage noir ou en viking. C’est intéressant, mais on est vite dépassé par le nombre de classes. Et surtout, il faut les faire monter en niveaux ! La magie offensive n’est d’ailleurs pas vraiment à la fête dans cette version : les attaques physiques des classes de corps à corps deviennent tellement puissantes (elles "scalent" énormément avec les armes du end-game= qu’on abandonne rapidement les lanceurs de sorts. Dommage. D’autant plus que si vous décidez, au milieu d’un donjon, de changer le job de votre guerrier en mage noir, par exemple, celui‑ci arrive avec 0 MP… et comme il n’existe pas de potion de MP dans le jeu, l’opération devient totalement inutile.
On sent surtout que FFIII se veut un jeu accessible — et par là, j’entends qu’il est vraiment très facile. Certes, j’ai activé l’expérience ×2, mais les combats restent excessivement simples. Contre les mobs, toute l’équipe “attaque” ; contre les boss, tout le monde attaque sauf le soigneur (qui soigne). J’ai fait la plupart des combats de boss en combat automatique. Je ne cherchais pas spécialement un défi, mais là, c’était quand même trop facile.
Cela clôt donc ce premier volet NES de la série. Et même si FFIII est clairement plus abouti (il y a un effet wow quand on découvre l'ampleur de la carte du monde) que ses prédécesseurs, il n’a ni le côté tragique de la narration de FFII (que je trouve plus réussi), ni l’aspect plus tactique — mais âpre — de la gestion des ressources de FF I. Content, toutefois, de l’avoir fait pour ma culture historique de la série.