En prenant place dans un monde « ouvert » aux proportions et à l'agencement cohérents, les différents circuits de Mario Kart World gagnent en densité. Ils ne sont plus, comme par le passé, des étrangetés, souvent déconnectés des uns et des autres et profitant chacun de sa propre direction artistique, mais s'imbriquent dans une même logique, un même ensemble. Par leur proportion, leur verticalité, leur immensité, ces pistes contrastent malgré tout avec le reste de la carte, des terrains en général moins fantaisistes, comme un rappel du quotidien. Et là est d'ailleurs toute la magie de ce World qui a injustement vu ses « autoroutes » critiquées et présentées comme des portions dispensables, alors qu'elles sont à l'origine même de l’émerveillement que procure le soft en opposant une forme de rationalité à l'excentricité propre à la série. C'est simple, jamais un Mario Kart ne s'est montré aussi fascinant, puisque ces autoroutes, des écosystèmes vivants témoins de joyeux carnages, sont pensées en tant qu'outils de mises en scène : ils sont des passages qui façonnent une certaine impatience, l'attente de découvrir le prochain circuit qui s'offrira à nous, d'abord via son architecture qui s'affiche peu à peu à l'horizon, comme un fantasme, un objectif à atteindre, à l'image d'une montagne au loin dans n'importe quel jeu d'aventure, ensuite en les pénétrant. D'ici, caché du reste, se déploie des mondes entiers magiques et magnifiques parsemés de PNJ dans l'observation, euphoriques d'assister à un tel événement opposant jusqu'à vingt-quatre participant·es, ou à l'inverse, dans l'action en investissant les pistes pour se dévoiler en obstacle. La saga prend désormais corps, et World, absolument grandiose, s'impose d'ores et déjà comme son meilleur opus.