Comme pour justifier son existence, Saros gonfle la recette de son prédécesseur, et fait de cette artificialité un argument. Saros c'est tout simplement Returnal en plus long, en plus impressionnant, en plus accessible, en plus dynamique, avec plus de PNJ et plus d'explications. Il en met plein les yeux. Dans les faits, cet appétit du toujours plus cache une peur, celle de perdre ses joueurs et ses joueuses. Aucun temps mort n'est accordé à son « héros » Arjun Devraj, sans cesse dans l'obligation d'éviter des bullets – des bleues, des jaunes, des rouges –, dans le devoir de se déplacer à la vitesse de la lumière d'un ennemi à un autre, d'une lucénite à une autre, d'un coffre à un autre, d'une arène à une autre. Il semblerait qu'il y ait trop en jeu dans les locaux d'Housemarque pour faire différemment, alors on cherche à prouver de l'efficacité du gameplay de Saros qui se joue constamment dans l'urgence, qui empêche à notre esprit de vagabonder. Saros, c'est la métaphore d'une quête d'un retour rapide sur investissement, que cela concerne Sony, leur maison mère, ou leur public qui doit en avoir pour son argent. Toujours de l'action, tout le temps ! Mais ce n'est pas comprendre pourquoi Returnal est considéré comme un chef-d’œuvre.
Si Returnal a marqué les esprits, ce n'est pas seulement pour son gameplay ciselé, que Saros n'a d'ailleurs jamais renié. Manette en mains, c'est merveilleux, Devraj est armé pour faire face à toutes les situations possibles, donnant parfois un sentiment d'abandon à travers le jeu. Mais si Returnal est l'une des meilleures productions de la génération, c'est justement parce qu'il réalise le chemin inverse de son successeur. Ce n'est pas seulement l'action qui porte Returnal, mais son mystère, cette absence de réponse, ce vide qui s'installe, qui prend de plus en plus de place et pèse autant sur les épaules de Selene, son héroïne, que sur celles de ses joueurs et de ses joueuses. Là où Saros est une production qui se vit et s'oublie à mille à l'heure, Returnal transmet un silence mortifère qu'il est impossible d'enterrer.