30 derniers (très) mauvais films vus

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30 films

par Morrinson

Liste mouvante des 30 derniers films qui m'ont déçu, révolté et/ou attristé, pour des raisons extrêmement différentes. Autant d'avertissements...
↑ "Pollice Verso" (extrait), Jean-Léon Gérôme, 1872 ↑

La "bonne" liste, pour équilibrer : http://www.senscritique.com/liste/30_derniers_tres_bons_films_vus/391769

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    Bande-annonce

    Coming Home (2014)

    Gui Lai

    1 h 51 min. Sortie : . Drame.

    Film de Zhang Yimou avec Gong Li, Chen Daoming, Zhang Huiwen

    Le Zhang Yimou du XXIe siècle, quelle catastrophe... Je croyais qu'on avait touché le fond avec le blockbuster sino-américain nullissime "La Grande Muraille", mais il y avait une autre pépite produite deux ans auparavant avec ce "Coming Home", dans un style bien différent, le drame historique. Il y a plein de bonnes idées dans ce film, à commencer par cette allégorie de l'impact qu'a pu avoir la Révolution culturelle d'un point de vue individuel ou collectif : à travers l'amnésie du personnage de Gong Li, c'est évidemment celle de toute la population dont il est question, comme si la Chine n'avait pas encore eu les moyens ou la conscience de réaliser l'étendue des dégâts.

    Mais pour délivrer son message (relativement sobre du point de vue de la dénonciation), il faudra en passer par des torrents de situations dramatiques larmoyantes et poussives. Sa fille a dénoncé le père, son mari est parti en camp de rééducation, et elle a fini par perdre la mémoire. Tout le film gravite autour de leurs retrouvailles déçues : son amnésie l'empêche de reconnaître ce mari exilé pendant trois années. Zhang Yimou s'enfermera pendant une interminable seconde partie entièrement consacrée à la tentative de ravivement de mémoire. C'est un mélodrame intimiste d'une répétitivité et d'une lourdeur considérables, cette fois-ci sans déluge d'effets spéciaux. Ça se veut très pudique mais la pudeur n'a vraisemblablement pas été prise en compte pour décrire les sentiments du couple (qui versent dans la sensiblerie).

    Que de longueurs, que d'ennui, que de bons sentiments... Jamais le contenu politique de cette fable ne sera exploité, seulement un prétexte, au profit d'un pur mélo interminable. L’absence totale d'étude des conflits est patente, avec pour conséquence indirecte une artificialité incroyable dans les situations et les personnages, tous au service d'un scénario dont on lit les lignes à chaque scène. Les retrouvailles impossibles entre les deux amants sont rendus totalement caduques, tout comme les vaines tentatives du mari de faire retrouver la mémoire à sa femme. Le mélodrame n'arbore que ses artifices les plus éculés ici, laissant une vue plongeante sur la vacuité du projet, dénué d’ambiguïté et de dynamisme.
  • 2
    Bande-annonce

    Nous finirons ensemble (2019)

    2 h 15 min. Sortie : . Comédie et drame.

    Film de Guillaume Canet avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche

    Une daube infâme qui n'en finit pas de ressasser les même relents et la même méprise. Que ce soit Cotillard dans son attitude rebelle, Cluzet dans ses énervements, Lelouche dans sa culpabilité, Magimel dans son homosexualité, Lafitte dans sa position de dominé, tous brillent par la constance de leur jeu catastrophique — à imputer sans hésitation à l'auteur du scénario, Canet himself. Rien ne justifie une telle suite, c'est plein de vide à tel point que ça déborde, comme si la vacuité avait été érigée en un nouveau concept cinématographique. Le tout baigne dans des considérations bourgeoises assez drôles, comme d'habitude, avec ces gens qui semblent être à la rue si l'on se fie à leurs paroles alors qu'ils ont une maison de vacances immense à Cap Ferret, qu'ils ont les moyens de louer une baraque encore plus grande juste à côté et de s'adonner à toutes les activités luxueuses de la région. Mépris de classe hallucinant quand il s'agit de tirer le portrait d'un automobiliste lambda ou d'une nounou, dont Canet filme l'expulsion par Lelouche sans aucun filtre. Consternant. Et plus généralement, cette histoire d'amitiés compliquées recèle une bêtise et une répétitivité sans nom. Ça sent le gâtisme avancé.
  • 3

    Kinski Paganini (1989)

    1 h 35 min. Sortie : . Biopic.

    Film de Klaus Kinski avec Klaus Kinski, Debora Caprioglio, Nikolai Kinski

    Sacré phénomène ce Klaus Kinski : on a beau se mettre dans les meilleures conditions, le visionnage de son film reste une incroyable expérience. Je savais que ce projet lui tenait beaucoup à cœur et qu'il avait demandé à Herzog de le réaliser depuis longtemps, et c'est suite à un énième refus qu'il se lança lui-même dans la réalisation. Par contre, je ne savais pas que Kinski voyait en Paganini une sorte de double, de surmoi peut-être : selon lui, ils avaient énormément de choses en commun, comme par exemple leur dévouement absolu à la cause artistique, leurs excès en tous genres, et les controverses qui ont émaillé leurs parcours respectifs. Bon, soit, pourquoi pas.

    Sauf que ce qui est très drôle, ridicule, passionnant, fascinant même, c'est que Kinski se film en Paganini d'une manière... unique. Quand le Paganini de Kinski joue du violon, il se tape une grosse érection et suscite l'embrasement de toute l'audience, et en particulier la gente féminine. Les femmes ne savent plus comment se tenir pendant ses concerts, elles gémissent inexorablement comme sous l'effet d'un sort, à deux doigts d'imploser de désir inassouvi. Kinski va jusqu'à insérer des plans d'un immense étalon pénétrant une jument en montage alterné pendant que ces femmes sont en transe, pour figurer leur état d'esprit... Et dans cette logique, on a droit à une pléthore de séquences toutes plus surréalistes les unes que les autre, dans lesquelles des femmes crient qu'elles voudraient être à la place de celle qui est en train de lui faire une fellation, jamais satisfaites à toujours vouloir un dernier coup. Et lui qui termine sur une scène où il joue jusqu'au sang. Je m'attendais à quelque chose de très différent de la version récente de Bernard Rose (2013, Paganini, le violoniste du diable), mais alors pas à ce niveau-là. Quand Kinski tient un enfant dans ses bras, quand bien même ce serait le sien — dans le film et dans la réalité —, on n'est pas vraiment serein...

    On a envie de l'aimer ce film, et même si c'est difficile, on peut en rester à l'état de sidération. Le montage laisse à désirer, le rythme est abominable, le doublage est horrible, et c'est globalement un sacré bordel. Complètement barjot, ce Kinski, ça on le savait, mais alors ici ça relève autant de la psychiatrie que du génie.
  • 4
    Bande-annonce

    Aladdin (2019)

    2 h 09 min. Sortie : . Aventure, comédie, romance et comédie musicale.

    Film de Guy Ritchie avec Will Smith, Mena Massoud, Naomi Scott

    Guy Ritchie dans une manœuvre de recyclage industriel commandée par Disney, on savoure d'avance le spectacle comme lorsqu'un éléphant borgne passe la porte du magasin de porcelaine. Quelle étrange entreprise, tout de même, que cette réactualisation des "classiques" de l'animation américaine à l'aide des nouvelles techniques numériques... D'une part je trouve le projet vraiment peu ambitieux (artistiquement parlant, parce que bien évidemment le côté lucratif de la chose n'est plus à démontrer) car il s'apparente très fortement à un bête copier-coller en changeant vite fait le décor, mais en plus ce qui pouvait susciter la tolérance (film pour enfant) se transforme ici en une comédie musicale vraiment horripilante. Ça marche peut-être pour certains , mais alors lorsque ça n'était déjà pas une sinécure en dessin animé, voir tous ces trucs (tigre, singe, perroquet, tapis) incrustés artificiellement dans le cadre ne suscite pas le moindre début d'émotion. J'ai plus l'impression d'être dans un parc d'attraction en toc... La prise de vue réelle comme nouvelle machine à rentabiliser les fonds de tiroir, en résumé. Et Guy Ritchie là-dedans, c'est tout de même collector, au moins autant que la majorité des protagonistes dotés du charisme d'un mollusque quelconque.
  • 5
    Bande-annonce

    Spider-Man : Far From Home (2019)

    2 h 09 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Jon Watts avec Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Zendaya

    Je ne vois pas trop à quel titre ce film porte la mention de Spider-Man tant ce qui faisait sa spécificité s'est vu dilué dans l'univers industrialo-cinématographique Marvel. Et ce depuis au moins un ou deux éléments de la franchise. Ce torrent d'images de synthèse qu'on nous sert pour nous gaver jusqu'à l'écœurement comme de la bouffe dégueulasse, avec le supplément chantilly à travers cet humour censé contrebalancer le sérieux de la destruction de l'humanité à laquelle on échappe depuis 20 films en 10 ans... Indigestion totale, d'autant que tout le monde semble se contrefoutre de l'absence de continuité logique entre la fin d'un film et la situation initiale du suivant (ici Peter Parker a retrouvé sa vie lycéenne après les épopées décrites dans "Endgame" sans qu'on ne sache quoi que ce soi). Et ces blockbusters tous plus monstrueux et immenses et génériques les uns que les autres, de les voir sortir un pseudo-discours auto-critique sur le thème, ici, des fakes news et autres illusions de réalité, on ne sait plus s'il faut en rire ou en pleurer. Mais noyé dans le torrent d'action injustifiée, avec ces histoires d'Elemental destructeur de planète et d'énième sauvetage aux parfums exotiques (voyage en Europe ici), on n'a même plus le temps d'avaler ce qu'on nous sert que la suite arrive déjà. Et vas-y qu'on pleure la mort de Tony Stark pendant que des centaines voire des milliers de civils crèvent, et vas-y que je t'intègre une étudiante voilée et un sidekick en surpoids pour la caution progressiste, et vas-y qu'on ressort toujours la même morale amoureuse adolescente, etc. Ad nauseam.
  • 6
    Bande-annonce

    Voisins du troisième type (2012)

    The Watch

    1 h 42 min. Sortie : . Science-fiction et comédie.

    Film de Akiva Schaffer avec Ben Stiller, Vince Vaughn, Jonah Hill

    Comédie cherchant à dissimuler sa vacuité et sa nullité profonde sous des couches et des couches de faux moments régressifs. Ce film n'est qu'une succession inconsistante, inconstante et particulièrement indigeste de scènes désarticulées. On sent bien que l'ensemble a dû être torché à la va-vite, en tentant de ratisser le plus largement possible et de plaire à tout le monde, les jeunes, les vieux, les geeks, les progressistes peu amateurs du principe de milice ou de consommation, pour au final ne plaire à personne. La thématique extra-terrestre est vraiment miséreuse, les tentatives de bromance sont affligeantes, et les trois principales tête connues sont en roue libre totale. Stiller toujours dans son rôle éternel de Droopy, Vaughn toujours dans l'excès et les engueulades, Hill dans l'humour lourd ici à tendance fasciste. Creux, pas drôle, chiant, long, et cerise sur le gâteau, avec le sentiment que le projet a été délibérément bâclé.
  • 7
    Bande-annonce

    Free Fire (2017)

    1 h 30 min. Sortie : . Action, comédie et gangster.

    Film de Ben Wheatley avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer

    J'imagine tellement le contexte, comme un défi que se serait lancé Ben Wheatley devant un scénario aussi décharné avec pour objectif d'en faire quelque chose de furieux, violent, et jouissif... Un peu comme "A Field in England" qui partait d'une idée microscopique et qui aurait pu donner quelque chose de bien meilleur au lieu d'en reste au stade du délire puéril et lassant. Franchement, si on ne rentre pas dans le jeu comme les personnages rentrent dans l'arène, c'est 1h30 de douleur assurée. Et en l'occurrence, ce fut mon châtiment, je suis resté totalement extérieur et hermétique au délire, comme abasourdi par ce minimalisme volontairement idiot (j'imagine, j'espère) fait d'insultes, de coups de feu et de jets de sang. On voit bien l'idée, ce que j'imagine être la recherche de créativité à partir d'une contrainte qu'on s'impose ou qui nous est imposée. Mais ici, l'unicité de temps, de lieu et d'action vire au cauchemar. Tout transpire la gratuité absolue, de l'atmosphère 70s qui fait toc à la galerie de personnages tous moins creusés les uns que les autres. Le prétexte du retour 50 ans en arrière ne semble là uniquement pour justifier le fait que les personnages ne peuvent pas entrer en contact avec l'extérieur, faute de téléphones portables. Rien d'autre. Aucun ludisme, aucune provocation constructive, aucun plaisir régressif. Ce n'est pas tant une histoire de mauvais goût, au contraire : tout est parfaitement millimétré, et donc aseptisé. Ça sonne creux, et pire, on entrevoit la vague référence à Tarantino en général et à "Reservoir Dogs" en particulier. À la lumière de cette parenté, les dialogues et la violence n'en sont que plus ratés. Le carnage du pauvre, les gladiateurs dans une arène factice, le survival bien trop artificiel pour captiver. Entre le côté marrant des balles qui fusent (qu'elles atteignent leur cible ou non) et le sous-sous-Guy Ritchie (qui n'est déjà pas un compliment en soi), Ben Wheatley s'enfonce avant tout dans les tares du second et n'en finit pas de gâcher ses débuts prometteur et de filer du mauvais coton.
  • 8
    Bande-annonce

    Les granges brûlées (1973)

    1 h 35 min. Sortie : . Policier.

    Film de Jean Chapot avec Simone Signoret, Alain Delon, Bernard Le Coq

    Quelle mollesse et quelle fadeur dans l'établissement d'une enquête policière et dans la peinture d'une toile de fond campagnarde ! On est en 1973 et pourtant on se croirait à l'orée des années 80, dans toute leur laideur. Pire encore, histoire d'enfoncer le clou pour de bon : L'Affaire Dominici, le film plus directement inspiré de l'affaire éponyme, est sorti exactement la même année. Victoire par K.O.

    Rien ne ressemble ne serait-ce que de loin à du travail bien fait. La découverte du corps en pleine campagne ne joue pas vraiment bien du cadre enneigé, la description du microcosme rural construit autour du personnage de matriarche de Simone Signoret (l'équivalente de Jean Gabin dans l'autre film) est décidément bien pâle avec son cortège de seconds rôles moyens (Bernard Le Coq dans le rôle d'un des deux fils, ou Miou-Miou qui traîne dans l'hôtel voisin), et bien sûr Alain Delon dans la peau du juge obstiné, bien qu'il semble croire dur comme fer à sa présence, fait presque pitié. La relation de solidarité sous-jacente qui se nouera entre ces deux personnalités aux tempéraments forts ne sera jamais conséquente, dense ou profonde. Juste artificielle.

    Pour l'essentiel, on se contrefout de l'enquête. Les pistes de culpabilités évoquées ne suscitent pas grand intérêt : le côté douteux des alibis des uns et des autres sent le préfabriqué. Et pour en rajouter une couche, la musique de Jean-Michel Jarre est tout particulièrement insupportable, sans doute volontairement discordante, mais avant tout grandiloquente et très irritante pour les conduits auditifs. Dans le sous-texte, il y a l'opposition entre ruralité, d'où provient Signoret, et vie citadine, d'où provient Delon : la campagne vue comme dernier repaire pour les valeurs préservées (honnêteté, fraternité, etc.), alors qu'elles ont disparu depuis longtemps des villes, semble dire le film. Un discours aussi brouillon que manichéen , en définitive.
  • 9
    Bande-annonce

    Assassination Nation (2018)

    1 h 50 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Sam Levinson avec Odessa Young, Hari Nef, Suki Waterhouse

    Pire que les mauvais films : les mauvais films remplis de prétention, qui se donnent des airs incroyables pour délivrer leur message fièrement alors que la mode de communication dudit message emprunte un sentier parfaitement opposé. Ça en devient drôle, fatalement.

    Déjà, il y a un appel à la putasserie plurielle vraiment hallucinante dès l'introduction du film, qui annonce un déluge de transgressions en tous genres (violence, sexe, etc.) alors que tout cela ne mènera grosso modo nulle part. Une premier partie beaucoup trop longue, des péripéties insignifiantes, et un basculement vers le chaos totalement hors de propos. Bien sûr, pour illustrer un point de vue censément féministe, Sam Levinson a recours au pires clichés sexistes sur la représentation des femmes, tant physique que psychologique : un joli cas d'école d'hôpital se foutant de la charité. L'esthétisation de la violence pour dénoncer la violence, c'est toujours aussi stupide et stérile. "Assassination Nation" se paye au-delà de ça le luxe de pomper les quelques bonnes idées abordées dans "American Nightmare" sur l'hypocrisie du puritanisme américain, histoire de bien montrer sa misère et sa pauvreté. La parallèle avec les procès de sorcellerie (Salem, la ville dans laquelle se déroule l'action) est grossier et jamais exploité. C'est à l'image du reste : le début de propos est noté dans un torrent écœurant d'effets dégueulasses et putassiers, avec une couche de violence pop et cool et avec option "révélation finale totalement gratuite"
  • 10
    Bande-annonce

    L'Amant d'un jour (2017)

    1 h 16 min. Sortie : . Drame.

    Film de Philippe Garrel avec Eric Caravaca, Esther Garrel et Louise Chevillotte

    Bon eh bien c'est terminé, je ne tenterai plus l'exploration du côté de Garrel. Si je trouve le sujet doté d'un potentiel intéressant, son cinéma m'est unilatéralement antipathique. J'arrête les frais, j'ai l'impression d'être pris pour un demeuré à qui on proposerai un truc mal foutu en disant "boh on s'en fout, il connaît rien". Je suis partagé entre l'envie de rire provoqué par le ridicule de l'interprétation (l'effet est sans doute voulu, mais peu importe) et la colère. Heureusement, ça ne dure qu'un peu plus d'une heure, mais quelle pénibilité... Tout ce que Garrel essaie de véhiculer comme émotions finit irrémédiablement par se vautrer par terre. Les crises de larmes, les accès de jalousie, les pulsions suicidaires, mais aussi les élans d'amitié : tout suinte la caricature, comme si tout le monde s'en foutait. Déjà que je ne tolère pas ça du côté de Rohmer, quand ça m'est servi dans ce noir & blanc et ce format aussi prétentieux, j'en pète. Il faut un minimum de sérieux pour traiter des situaions pareilles, avec un père qui couche avec une étudiante du même âge que sa fille... Je ne comprends pas où l'on peut trouver de la justesse là-dedans, c'est un vrai mystère. Je comprends bien ce qu'il y a en-dessous, mais c'est exprimé avec tant de maladresse que ça ne m'effleure même pas. Ok, les deux filles se retrouvent dans l'amour de l'homme, l'amant pour l'une et le père pour l'autre. Ok, la fille ramasse ses petits bouts de cœur pour guérir et repartir de l'avant. Ok, elle s'arrange avec la réalité quand ça l'enchante. Mais bon, il ne suffit pas de lister des intentions pour les communiquer. Les variations du sentiment amoureux (puisque Hong Sang-soo est souvent cité), ça demande beaucoup plus de tact que ça. Douleur, joie, infidélité, rupture, harmonie, complications : Garrel a beaucoup de cordes à son arc sur l'amour, mais il me donne l'impression de se recroqueviller sur son petit univers, sans se soucier de la façon de délivrer son message — qui vire souvent au poussif. "Alors, ça va ? — C'est dur de pas se laisser aller avec la première étudiante venue ! — Bon, je vais pisser." Ma-gni-fique. Mais c'est drôle, on dirait une parodie de Nouvelle Vague.
  • 11
    Bande-annonce

    L'Intervention (2019)

    1 h 38 min. Sortie : . Action et drame.

    Film de Fred Grivois avec Alban Lenoir, Olga Kurylenko, Sébastien Lalanne

    Le ridicule ne tue pas, on en a encore une fois la preuve. La description de cette poignée de gendarmes d'élite est à se rouler par terre, tant dans la description de leur physique (à grand renfort d'accessoires so 70s) que de leur psychologie, avec des portraits taillés à la serpe qui use et abuse de caricatures comme on croyait ne plus avoir à faire depuis des décades. L'avantage, c'est que c'est très drôle — si l'on excepte les parties où Fred Grivois s'en donne à cœur joie dans la violence complaisante qui montre ces valeureux soldats français dégommer de dangereux Noirs fonçant vers eux comme dans un jeu vidéo, avec la cible du sniper au centre de l'écran. Il y a également quelques accès virilistes particulièrement croustillants. Le contexte historique est une blague, avec pour motif les derniers temps de la colonie française à Djibouti. À côté des cowboys, il y a aussi Olga Kurylenko en maîtresse badass capable de dégommer du sarrasin comme ses collègues français sans sourciller, entre deux clins d'œil.
  • 12
    Bande-annonce

    Simetierre (2019)

    Pet Sematary

    1 h 41 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, fantastique et thriller.

    Film de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer avec Jason Clarke, Amy Seimetz, John Lithgow

    Le cinéma SF du pauvre a son torrent d'effets spéciaux comme cache-misère, et le cinéma horrifique a ses vieilles recettes réutilisées sans scrupules comme si de rien n'était. Et c'est en plus de cela un genre très prolifique, inondant le marché de films dépourvus d'intérêt véritable. En croisant ces éléments avec mon aversion pour Stephen King (du moins ce que j'en entrevois à travers les adaptations cinématographiques qu'il a dirigé, en partie, pour certaines), ce Simetierre ne suscitait en réalité pas beaucoup d'espoir.

    Mais je ne m'attendais pas vraiment à être insulté de la sorte, intellectuellement parlant. Déjà, la figure du père docteur rationnel mise en mal en la critiquant justement sur son côté rationaliste, je n'apprécie pas particulièrement l'attaque gratuite. Mais si c'est pour nous refourguer en plus cette came frelatée, c'est tout de meme scandaleux. J'aime bien Jason Clarke et il y a bien deux ou trois choses intéressantes dans le climat que le film installe dans la maisonnée et ses alentours, mais il faut se taper 99% de déchets en plus de ça. Du malsain de pacotille, du glauque perimé, de la psychologie de PMU avec la mère hantée par son passé à grand renfort de flashbacks nous montrant sa sœur difforme à l'origine de sa culpabilité (la mule est particulièrement chargée), le tout enveloppé dans une belle couche d'éléments caricaturaux, entre jump scares en carton et plans fixes sur les portes du mobilier. La résurrection n'est absolument pas justifiée et tombe comme un cheveu sur la soupe, le chat qui en résulte est aussi bien animé qu'une marionnette des années 70, etc. Il y a un tout début de discours sur la peur de la mort qui hante les parents, mais rien n'est tiré de ce déchirement. Tellement prévisible, tellement bâclé, tellement tout et n'importe quoi qui s'enchaîne à une vitesse aussi folle que la bêtise de ce gloubiboulga informe.
  • 13

    La Charge des tuniques bleues (1955)

    The Last Frontier

    1 h 38 min. Sortie : . Historique et western.

    Film de Anthony Mann avec Victor Mature, Guy Madison, Robert Preston

    "La Charge des tuniques bleues" (qu'on ne verra d'ailleurs jamais vraiment, il s'agit bien plus de la retraite des tuniques bleues, et The Last Frontier correspond beaucoup mieux à l'esprit du film) est vraiment l'archétype du western de musée Grévin. Totalement figé, et dont je peine à saisir l'intérêt — sans même parler de plaisir de visionnage. Un peu comme si Mann se frottait au western classique de cavalerie à la Ford, avec toutes ses coutures poussiéreuses mais sans le penchant chaleureux. Bon et puis on perd au change, en passant de John Wayne à Victor Mature, c'est assez évident.

    Je n'aime pas ces westerns-là principalement à cause du manichéisme non pas des personnages mais des enjeux. La situation est transparente dès le début et elle n'évoluera pas vraiment, tout le programme est lisible dans les 10 premières minutes. On a d'un côté le trappeur brutal qui a vécu toute sa vie dans la nature, et de l'autre le colonel qui dirige le fort avec tout l'aveuglement qu'on peut imaginer. Mann essaie d'en tirer quelque chose de tragique mais ça ne fonctionne jamais avec moi : cet idiot de "boucher" (le mec a quand même envoyé 1500 de ses hommes à l'abattoir mais ne bronche pas trop) n'en finit pas de balancer des phrases toutes faites comme "je ne suis pas un homme sans mon uniforme", particulièrement insupportables à mes oreilles. Le triangle amoureux qui apparaît dans ces circonstances est, comme souvent en matière de romance dans le cadre du western, particulièrement raté et inintéressant.

    En fait, il n'y a pas un seul moment-clé qui soit bien traité, et en ce sens le premier dilemme est révélateur : la façon dont les trois larrons acceptent de travailler dans le fort est vraiment risible. Il essaie de se faire subtil sur "l'apport de la civilisation", mais il trébuche beaucoup trop : avec ses gros sabots, on le voit venir de loin le "les plus civilisés ne sont pas ceux qu'on croit"... Lourd et insistant. Toutes les histoires de rivalités me passent bien au-dessus de la tête, les événements exceptionnels comme les attaques d'Indiens ne sont là que pour faire transiter d'une situation bancale à une autre, et au final c'est toute la thématique sur l'opposition entre nature et civilisation qui en pâtit. "Jeremiah Johnson" peut dormir tranquille.
  • 14
    Bande-annonce

    The Warriors Gate (2017)

    1 h 48 min. Sortie : . Action et aventure.

    Film de Matthias Hoene avec Mark Chao, Ni Ni (1), Dave Bautista

    On reconnaît assez vite ce qui fait tout le charme d'une production Europacorp. Des enjeux expliqués comme si les "auteurs" s'adressaient à un enfant de 8 ans, à grand renfort de dialogues explicatifs en champ / contrechamp suivis de séquences illustratives, l'éternel schéma de l'émancipation d'un protagoniste qui trouvera sa concrétisation dans la scène finale de revanche sur l'antagoniste introduit au début du film, ou encore tous ces moments extrêmement gênants d'un point de vue esthétique ou musical. Ils ont osé faire danser une impératrice chinoise sur de la soupe technoïde tout de même. Bref, on les reconnaît tout de suite. Mais ce qui est le plus choquant, ce n'est pas ces séquences de combat ignobles, ni ces scènes qui voient des vélos voler dans les airs sans raison au milieu d'une ville américaine lambda, pas plus que l'imaginaire fantastique convoqué de manière aussi catastrophique : c'est sans doute la description de l'état de bonheur absolu faite dans ce film, à savoir que l'aspiration la plus profonde des deux semi-amoureux réside dans une glace mangée dans un immense centre commercial. Je trouve ça sublime. Tout autant que la résolution financière finale, puisque le gamin s'est enfin pris en main, la preuve : il a eu une super idée (de jeu-vidéo) qu'il s'est empressé d'aller faire fructifier pour obtenir en retour un chèque de 25000 dollars qui sauvera son foyer de la ruine. Luc, merci pour ce moment.
  • 15
    Bande-annonce

    Dans les hautes herbes (2019)

    In the Tall Grass

    1 h 30 min. Sortie : . Drame et Épouvante-horreur.

    Film de Vincenzo Natali avec Laysla De Oliveira, Avery Whitted, Patrick Wilson

    Adaptation foireuse de Stephen King, énième chapitre. Situation aléatoire, composante fantastique aléatoire, références psychologiques et spirituelles aléatoires, et hop ça fait un film. Ça n'en reste pas moins scandaleux de gratuité et d'incohérence, à tel point que les 90 minutes s'apparente à un petit supplice, une fois atteint le point de non-retour où l'on a compris que rien de conséquent ne sortira de cet amas informe. Pendant les 10-15 première minutes, le doute est permis, on ne sait jamais, bien que les enjeux soient aussi minables qu'explicités à l'extrême, l'atmosphère peut tout de même receler quelques bons points... Mais non, ce sera de l'exploitation minable d'un mystère sans queue ni tête, avec ajout d'une boucle temporelle sortie du chapeau et une présence maléfique vraiment nulle et bâclée. Il y avait pourtant un vrai potentiel dans la peinture de cette menace incertaine, perdue dans ces hautes herbes, dans la veine des discours minimalistes... Mais non, ici Natali (le réalisateur de "Cube", on le reconnaît) veut en faire beaucoup et jouer avec trop de boutons et d'effets. Plus ça va et plus ils 'enferme dans une spirale stérile, contraint de surenchérir sans cesse dans le registre du gore et des phénomènes inexpliqués. Un joli pot-pourri de références tape-à-l'œil et de détours psychologiques honteux.
  • 16
    Bande-annonce

    Ma vie avec John F. Donovan (2019)

    The Death and Life of John F. Donovan

    2 h 03 min. Sortie : . Drame.

    Film de Xavier Dolan avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon

    Le cinéma de Xavier Dolan comporte déjà en lui-même, quand il s'exprime de manière indépendante, un certain nombre de caricatures, parfois dépassées par d'autres aspects comme cela a pu être le cas dans "Mommy" — de manière très surprenante, à titre personnel. "Juste la fin du monde" était parvenu à une extrémité grandiose du ridicule dans ses dispositions de cinéma d'auteur, un moment aussi drôle que gênant. Et voilà que Dolan s'aventure du côté anglophone de l'académisme mélodramatique : autant dire qu'il ne nous épargne pas grand-chose du côté des pires clichés dramatiques.

    Impossible d'éprouver la moindre compassion pour aucun des trois personnages / des trois autoportraits de Dolan : que ce soit la star du petit écran, son admirateur de 10 ans ou le même une décennie plus tard, tous brillent par la maladresse de leur portrait. Difficile de dire lequel est le plus insupportable, mais sans doute que le gamin détient la palme de l'enfant le moins crédible, avec ce discours d'adulte inséré dans sa bouche par Dolan, après l'avoir montré hystérique devant sa série télévisée. Rien de tangible dans sa crise existentielle croisée avec la célébrité avec laquelle il entretient une correspondance. Tout dégouline de sentiments et de sur-explication : une horreur.

    On a ainsi droit à un duo de portraits de mères (la mère de l'enfant Nathalie Portman et la mère de l'acteur Susan Sarandon), schéma archi-classique chez Dolan, avec ce mélange d'amour et de haine qui est en train de constituer lui aussi une jolie caricature. Comme si Dolan ne savait pas parler d'autre chose. Bloqué dans ses lubies inintéressantes, on a ainsi droit à une belle tartine de musiques insupportables, et une séquence complètement kitsch de chant dans la salle de bain (avec beaucoup de mousse). Le rebondissement autour du déni télévisé de l'acteur ne suscite aucune émotion, alors que l'enfant est profondément désespéré. L'apparition du vieux dans la chambre de l'acteur, le sage qui délivre l'enseignement moral, est aussi désagréable que les tirades du jeune homme au café, adressées à la journaliste, qui sont les pensées clairement exprimées de Dolan himself.

    Cette fragmentation autobiographique, à travers trois figures de la douleur et de l'homosexualité, ne fait qu'entériner la dimension de l'autocitation qui est en train de devenir quelque chose d'insupportable chez Dolan.
  • 17
    Bande-annonce

    La Nonne (2018)

    The Nun

    1 h 36 min. Sortie : . Épouvante-Horreur et thriller.

    Film de Corin Hardy avec Demián Bichir, Taissa Farmiga, Jonas Bloquet

    Le film d'horreur religieux américain, ça devient un genre (et une part de marché) à part entière, et autant dire que le cinéma n'en sort pas grandi. Je n'avais pas forcément fait le lien avec la série des "Conjuring", mais la séquence finale finit d'enterrer le film dans la fange de son univers rempli de symboles en carton. L'enquête ordonnée par le Vatican est d'un sommaire incroyable, la caractérisation des personnages magnifiquement inexistante, et tous les effets putassiers des pires films d'horreur sont au rendez-vous. Une belle enfilade d'effets mécaniques pour faire sursauter, en vain. À aucun moment on ne se soucie de tisser une ambiance, on balance des bouts de scénario à l'arrache, on circonscrit le cadre du récit à la Roumanie des années 50 sans que ça ne serve à quoi que ce soit : tout cela concourt à une forme étonnante d'académisme qui se contente de ressasser sempiternellement les mêmes codes périmés et les mêmes clichés malheureusement inépuisables. Le visionnage s'avère particulièrement éprouvant.
  • 18
    Bande-annonce

    Vox Lux (2019)

    1 h 54 min. Sortie : . Drame et comédie musicale.

    Film de Brady Corbet avec Natalie Portman, Jude Law, Stacy Martin

    J'avoue ne pas avoir compris ce qu'il y avait à comprendre, et avoir passé la totalité du film à me demander ce que Nathalie Portman pouvait bien foutre là-dedans. J'ai du mal à départager les moments les plus gênants pour décerner la palme de la pire prestation, entre les passages de crise existentielle où on veut nous montrer ses failles dans un bar avec sa fille et les séquences de concert à la toute fin qui durent trois plombe et qui confinent au ridicule le plus total. Du trauma en tartine comme au supermarché, avec une tuerie d'école en amuse-gueule, un placement du 11 Septembre parfaitement gratuit et contextualisant à peu de frais, et une autre tuerie fictionnelle qui n'apporte rien de plus. À trop vouloir insister sur les fêlures, en les décrivant au marteau-piqueur, l'ambiance pesante des coulisses qui est censée contraster avec les paillettes de la Pop vire à la rigolade engluée dans sa vacuité.
  • 19
    Bande-annonce

    Mal de pierres (2016)

    1 h 56 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Nicole Garcia avec Marion Cotillard, Louis Garrel, Alex Brendemühl

    Marion Cotillard incarne dans ce film l'archétype de la femme qui tente de s'émanciper dans la France très pudibonde des années 50. On prend ses élans de fièvre sexuelle pour des accès de folie, et on lui colle un mari d'office en lui disant "c'est ça ou l'hôpital psychiatrique". Voilà à quoi se résume "Mal de pierre", dans le fond, avec pour petit agrément un séjour dans une institution médicale pour soigner les calculs rénaux de la protagoniste où elle y rencontrera un soldat, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (mais lui revient d'Indochine, si j'ai bien suivi). Mais Nicole Garcia verse dans le mélodrame qui déborde de niaiserie surannée, on se croirait dans un mauvais téléfilm charpenté à l'ennui et au ridicule, avec en guise de supplément une jolie petite révélation finale sous forme de twist à mourir de rire. La description de la Provence du milieu du XXe siècle est elle aussi plutôt drôle, empêtrée dans ses clichés, qui se retrouvent jusque dans la peinture de la frustration conduisant à la rage chez le personnage de Cotillard. Son amour fantasmé s'appelle d'ailleurs... Monsieur Sauvage. Le ratage se retrouve jusque dans les détails. On peut également noter la présence d'un clin d'œil au célèbre plan de l'intérieur de la maison de "La Prisonnière du désert", c'est plutôt osé. Sur le papier, pourtant, il y avait de l'idée dans l'opposition entre les deux relations amoureuses : l'une classique, imposée, triste et dénuée de passion, dans un cadre méridional chatoyant ; l'autre, fiévreuse et passionnée, avec un malade dans un cadre froid et médical.
  • 20
    Bande-annonce

    Nicky Larson et le Parfum de Cupidon (2019)

    1 h 31 min. Sortie : . Action, comédie et policier.

    Film de Philippe Lacheau avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Tarek Boudali

    Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un truc aussi grotesque, comme si le pire des comédies françaises avec les acteurs vieillissants de la fin du siècle dernier avait enfin trouvé un digne descendant. C'est comme si Philippe Lacheau avait procédé à une adaptation du manga / du dessin-animé sans se soucier du changement de média, sans réaliser que les codes cinématographiques sont différents de ceux de la BD. Une horreur, une compilation sans queue ni tête de gags absolument pas drôles. On sent que la production n'a pas été fauchée, mais alors le scénario et la direction d'acteur, c'est une catastrophe interstellaire. Il ne suffit pas de transposer paresseusement les idées et la configuration pour obtenir le même résultat sur le support cinématographique... Ça paraît tellement évident pourtant. Il en résulte une enfilade de digressions inutiles et de séquences gênantes, le tout lié par une sauce extrêmement lourde dans sa répétitivité et ses clins d'œil aussi fréquents que nuls. Le pire de la comédie française allié à la lourdeur du matériau d'origine, un cocktail à gerber difficilement supportable.
  • 21
    Bande-annonce

    Le Poids de l'eau (2002)

    The Weight of Water

    1 h 55 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Kathryn Bigelow avec Ciarán Hinds, Richard Donat, Sarah Polley

    L'artificialité de l'écriture m'a rarement parue aussi évidente et agaçante que dans cette histoire bicéphale, dans laquelle Bigelow entremêle au forceps le récit d'une tragédie survenue en 1873 sur une île au large du New Hampshire et celui, au temps présent, d'une photographe partie en bateau avec son mari et un couple d'amis pour venir sur ce lieu un siècle plus tard. On comprend assez vite les intentions de Bigelow mais à aucun moment elle ne parviendra à transformer / à transposer à l'écran, en langage cinématographique, ces ambitions qui rappellent plutôt des procédés littéraires. Bigelow qui s'attaquait à quelque chose d'autre que le film d'action, c'était intriguant, mais force est de constater que le résultat ne dépasse pas le mauvais téléfilm diffusé en journée à l'heure de la sieste.

    Aucune des deux histoires n'est véritablement intéressante, aucune n'est racontée de manière à susciter la curiosité, et le mélange des deux n'aboutit qu'à un gloubiboulga indigeste et soporifique, baignant dans une soupe de clichés. Au temps présent, il y a l'histoire d'une photographe qui est angoissée par le fait divers sur lequel elle enquête et qui a des répercussions sur sa vie intime, avec un mari ouvertement dragué par la copine de son frère. On a droit à une scène magnifiquement ridicule où elle fait parcourir un glaçon sur sa peau avant de le sucer sensuellement — on se croirait dans "Hot Shots!". À la fin du 19ème siècle, c'est l'histoire d'un double meurtre dans une communauté d'émigrés norvégiens, avec une rétention d'information honteuse uniquement là pour faire durer un suspense factice. Histoire de mœurs, visite éclair au tribunal, puis révélations autour de la thématique de l'inceste et du faux coupable.

    Et le mélange des deux ne renforce aucune de ces deux pistes, bien au contraire. L'analogie est d'une lourdeur rédhibitoire, sur le thème de la jalousie et de la frustration. Zéro ambiguïté, zéro recul intéressant sur les transformations du puritanisme vers la libération sexuelle, zéro intérêt.
  • 22

    Blue Steel (1990)

    1 h 40 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Kathryn Bigelow avec Jamie Lee Curtis, Ron Silver, Clancy Brown

    Incroyable navet déguisé en thriller policier qui voit Jamie Lee Curtis en fliquette à la gâchette affûtée harcelé par un pervers narcissique qui se dissimule sous les traits d'un trader. Ce film est d'une absence de subtilité assez incroyable, tant dans ce qu'il nous montre (il n'y a à aucun moment le moindre doute sur les faits ou les intentions) que dans ce qu'il entend révéler d'implicite. Comme si le mauvais goût 80s s'était condensé en ridicule absolu à l'orée des 90s. Comme incipit, on nous sert quand même Curtis tuant un grand méchant en train de faire un hold up avec 15 témoins, et personne ne pourra prouver que le méchant avait une arme et que la flic était en légitime défense. Mieux, un témoin s'emparera de l'arme du crime et se barrera avec. Un cran au-dessus, on trouve le portrait psychologique du tueur, avec des séquences d'une bêtise abyssale pour le montrer dans toute sa fragilité intérieure : l'excès dans les effets est renversant. Les incohérences s'enfilent comme des perles gigantesques jusqu'au climax de l'invraisemblable qui voit le tueur 1°) tuer la copine de l'héroïne sous ses yeux sans qu'elle soit capable de l'identifier et d'être crue, 2°) de se caler chez lui en foutant le bordel pour que la police croit à une perquisition non-autorisée, et 3°) à se planquer un peu partout, chez les parents et dans le propre appart de Curtis pour buter son supérieur après qu'ils aient fait l'amour. C'est d'un grotesque particulièrement hallucinant, et Bigelow échoue lamentablement sur tous les plans, tant dans le portrait d'une flic mal dans sa peau vulnérable sentimentalement que dans celui du serial killer timbré (bien sûr, il est fou parce que c'est un trader, métaphore magnifique).
  • 23
    Bande-annonce

    Fahrenheit 451 (1966)

    1 h 52 min. Sortie : . Science-fiction et fantastique.

    Film de François Truffaut avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack

    Séances de cinéma (2 salles)
    François Truffaut du côté de la science-fiction, c'est comme un chien dans un jeu de quilles. Et Nicolas Roeg à la photographie, mes yeux en ont pleuré plusieurs fois, en se rappelant cette séquence où des policiers volants sont incrustés dans le cadre lorsque le protagoniste pompier pyromane du futur est en fuite dans la dernière partie. À quel moment les auteurs réunis sur ce projet se sont dit qu'ils allaient accoucher de quelque chose de convenable ?

    Bonjour la démarche poussive de dénonciation des totalitarismes à travers cette dystopie qui tire sur le nazisme (houuuu ils brûlent des livres dans des uniformes de SS) et sur le communisme (houuuu les livres c'est pas bien car c'est pas égalitariste). C'est une véritable épreuve pleine de pénibilité que de parcourir cet univers technocrate où le bonheur est imposé à tous et dans lequel un pompier transformé en pyromane (depuis que les maisons sont ignifugées bien sûr) trouve un peu par hasard le goût de la lecture. Comment il parvient à commencer à lire on ne sait pas trop, mais c'est vraiment de l'ordre du détail dans ce pamphlet balourd qui dénonce également les ravages de la télévision et des gens qui s'en abreuvent (la femme qui croit intervenir dans l'émission, difficile de dire de quel côté de la caméra se situe la plus grande bêtise) intoxiqués par différentes substances chimiques.

    Le propos sur l'aliénation n'est évidemment pas illégitime sur le fond, mais un tel discours sur l'abrutissement des foules comme instrument de pouvoir (qu'on ne verra jamais vraiment), avec comme Éden une forêt dans laquelle les résistants se donnent des noms de bouquins et les apprennent pas cœur, c'est incompatible à mes yeux. Ni la direction d'acteur ni la mise en scène n'est à sauver, seuls quelques fragments d'ambiance sont à sauver par-ci par-là. Le ton didactique omniprésent, particulièrement insupportable, écrase toutes les maigres qualités (un petit côté visionnaire, en 1966) et aura eu raison de toute ma bonne volonté.
  • 24
    Bande-annonce

    2019, après la chute de New York (1983)

    2019, dopo la caduta di New York

    1 h 35 min. Sortie : . Fantastique.

    Film de Martin Dolman et Sergio Martino avec Anna Kanakis, Michael Sopkiw, Valentine Monnier

    "2019, après la chute de New York", un nanar à la croisée des mondes. Un fond de sauce pillé du côté de Carpenter ("New York 1997" : un gouvernement contraint un ersatz italien de Snake Plissken à pénétrer dans un New York post-apocalyptique pour y récupérer une personne) saupoudré d'un peu de d'univers graphique de "Mad Max 2", avec quelques condiments empruntés à "La Planète des singes" de manière un peu gratuite (et avec beaucoup de maquillage minable).

    L'introduction est assez fidèle à l'ensemble et constitue un avant-goût parfait : un combat de voitures minable, avec des véhicules honteux et des gens habillés en chevaliers en cottes de maille ou en footballers américain, et une baston finale lamentable. On se retrouve très vite embarqué dans une histoire abracadabrantesque, avec des méchants qui utilisent des fusils-arbalètes faisant toujours le même bruit "pouic pouic", quand ils n'utilisent pas leur arme ultime qui défonce tous les tympans à la ronde. Il y a aussi quelques armes lasers sorties d'on ne sait où... Le Kurt Russel de pacotille est à la recherche d'une femme fertile, la dernière sur Terre (elle peut ovuler très précisément 500 fois), avant de l'envoyer peupler une planète lointaine. Il est rejoint dans sa quête par un géant cyborg peu loquace, par un homme armé d'une pince qui remplace sa main (qu'on devine évidemment dessous), et par une armée de nains rencontrés par hasard, en sortant des égouts. Beaucoup de saltos dans les combats, beaucoup de lumières dans les tunnels, beaucoup de cuir dans les costumes, beaucoup de carton dans les décors : de quoi rendre l'expérience particulièrement ludique.
  • 25
    Bande-annonce

    Aux frontières de l'aube (1987)

    Near Dark

    1 h 34 min. Sortie : . Drame, Épouvante-horreur et thriller.

    Film de Kathryn Bigelow avec Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen

    Revisiter le film de vampires... pourquoi pas. Mais si c'est pour en faire ça, non merci. Le grotesque des années 80 dans toute sa splendeur. Même si des partis pris esthétiques restent intéressants (ces atmosphères de fin de nuit ou crépusculaires, d'une lueur étrange, ou encore l'ambiance à l'intérieur de la maison assaillie par la police où les trous de projectiles tracent des raies de lumière dangereuses), l'ensemble est franchement maladroit, ridicule, indigent. Ces explosions, ces dialogues, ces perfusions qui transforment les vampires et êtres humains, sans plaisanter... Bonjour le renouvellement. Du spectacle "un peu" idiot, auquel je préfère de loin le traitement d'un Jarmusch : là-bas, au moins, les vampires sont snobs mais pas de dangereux psychopathes décérébrés. Lance Henriksen en patriarche violent, pourquoi pas (si on n'est pas à des wagons d'incohérences près), il n'est clairement pas aussi charismatique et impitoyable que ce qu'il entend être, avec mention "je suis un ancien soldat sudiste, houuuu je suis un méchant", mais Bill Paxton, c'est quand même beaucoup trop pour ma pauvre petite sensibilité. C'est souvent mou quand il n'y a pas un camion qui explose, ça s'enferme dans un climat de navet et de téléfilm, et les quelques pistes singulières (l'ado qui en pince pour la fille du protagoniste — oh mais quelle coïncidence sacrebleu !) ne sont pas du tout exploitées. J'ai subi la séquence au bar avec "Fever" des Cramps comme une insulte, alors qu'elle avait elle aussi de bons arguments. Bigelow a été comparée a Peckinpah sur ce coup-là : les bras m'en tombent.
  • 26

    L'Homme de l'au-delà (1922)

    The Man from Beyond

    1 h 07 min. Sortie : .

    Film de Burton L. King

    Difficile de départager les trois grandes tares qui ont rendu mon visionnage particulièrement pénible. Tout d'abord le thème musical, composé par un grand cocaïnomane en conversion vers le LSD : ce n'est pas la première fois que je tombe sur un muet sur lequel vient se plaquer une piste sonore totalement hallucinante, drôle au début puis vraiment horrible à supproter très vite. L'avantage, c'est qu'on peut la couper. M'enfin, il semblerait que j'aurais mieux fait de favoriser n'importe quelle version existant sur Youtube que celle proposée par Arte. Et on touche au second souci : la qualité de la copie, vraiment de piètre qualité. Mais il n'existe sans doute pas de restauration — la question étant alors : mais pourquoi Arte diffuse ce muet ?

    Et le plus grave, le fond de l'histoire. À un certain niveau de lecture, pourtant, tout est là pour me plaire : l'histoire d'un homme retrouvé prisonnier de la glace au fin fond de l’Arctique, cent ans après. Après avoir été ramené à la vie (pourquoi pas, on peut le voir comme un récit science-fictionnel), il n'aura qu'une obsession : rechercher et protéger son amour perdu du siècle dernier, qu'il voit en la personne d'une femme qui allait se marier. Le souci c'est que la personne en question est interprété par Harry Houdini himself, que je ne connaissais que de nom, ici producteur et scénariste en plus d'être acteur : quelque chose me dit que le cinéma n'est pas son point fort. Le film se veut un mélodrame avec un penchant pour l'aventure, dans la toute première et la toute dernière partie, mais c'est franchement soporifique. L'introduction de la notion de réincarnation (avec référence à Moïse, le Christ, et même Zarathoustra, le grand bordel), pour essayer de combler un gap entre 1980 et 1922 que le protagoniste ne parvient pas à appréhender, est assez pathétique. Il y a en plus de cela une histoire d'expérience scientifique et de rivalité masculine, mais tout reste à l'état de brouillon indigeste, y compris la séquence de demi-noyade dans les chutes du Niagara.
  • 27
    Bande-annonce

    Gemini Man (2019)

    1 h 57 min. Sortie : . Action, drame et science-fiction.

    Film de Ang Lee avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen

    Séances de cinéma (6 salles)
    L'argument purement technique me dépassera toujours autant. Sorte de miroir aux alouettes qui revient de manière périodique avec telle ou telle technologie, 3D, HFR, motion capture, etc., j'y ai toujours vu une forme de fuite en avant interminable et j'y ai toujours été hermétique. En tant qu'argument secondaire pourquoi pas, mais je serais bien en peine de trouver une chose intéressante si l'on met de côté toute cette esbroufe uniquement là pour faire rajeunir Will Smith (acteur, auteur, producteur, et tutti quanti). Will Smith qui, soit dit en passant, a toujours eu l'air jeune, même à 51 ans, me donne encore plus de mal dans ma tâche qui consiste à saisir l'intérêt de la démarche (honnêtement lui et son double trente ans plus jeune n'ont pas de franches différences).

    L'ironie de la chose va encore plus loin car le film est censé être d'une profondeur et d'un étalonnage et d'une précision extrême, fort de tous ces procédés mirifiques, et pourtant rarement les décors m'auront paru aussi iréels dans un numérique qui ressemble à de l'effet spécial. Je ne suis pas engagé dans le combat entre les religions numériques et analogiques, mais ici ça pique constamment les yeux. Tout ça pour quoi ? Pour une histoire bateau de tueur à gage qui se considère vieux parce qu'il a touché une cible dans le cou plutôt que dans la tête — alors qu'il tirait avec un sniper positionné à 10 kilomètres de sa cible assise dans un TGV avançant à vive allure. Tandis qu'il songe à prendre la retraite, son employeur lancera à sa poursuite des méchants pour l'éliminer après avoir éliminés ses connaissances et voilà le film lancé à vive allure sur les rails du parfait petit mauvais thriller d'action saupoudré de SF mal digérée.

    La thématique du clonage est traitée par-dessus la jambe, avec un méchant machiavélique assez pitoyable en la personne de Clive Owen. Le scénario est une constellation de faiblesses renforcées par le kitsch de nombreux effets (la course en moto, et le duel qui s'ensuit, quelle laideur !). Le discours sur la manipulation génétique est d'une pauvreté abyssale. L’obsession de la technologie conduisent des réalisateurs comme Ang Lee, pourtant loin d'être un manchot, dans des cul-de-sac troublants.
  • 28
    Bande-annonce

    Ça, chapitre 2 (2019)

    It Chapter Two

    2 h 49 min. Sortie : . Drame, fantastique, Épouvante-horreur et thriller.

    Film de Andy Muschietti avec Bill Skarsgård, Jessica Chastain, James McAvoy

    Séances de cinéma (1 salle)
    Ce second volet me fait l'effet d'une vaste blague, une fumisterie géante qui laisse de côté ce qui avait pu faire le charme du premier volet — raté, mais beaucoup moins que celui-ci. Les écueils sont légion, à commencer par la durée affreusement pas justifiée, mais surtout l'échec total de la transposition de la peur subie par les ados dans le premier film (situé dans les années 80) dans l'univers de l'âge adulte, 27 ans plus tard dans le récit. Nul à souhait, le film se contente de projeter dans chaque corps d'adulte ce qu'il représentait à l'âge de 15 ans, comme si rien n'avait changé ou presque. On ressasse les mêmes choses, comme si aucune évolution n'avait eu lieu.

    Cette suite montre que le premier volet a beaucoup trop enflé, étant donné la présence de stars comme James McAvoy et Xavier Dolan, ou encore le caméo (tout à fait inutile) de Stephen King himself, ainsi que Peter Bogdanovich qui atterri au milieu d'une scène sans qu'on sache comment cette idée saugrenue a pu germer. Les personnages l'avoueront textuellement à la fin : ce film n'est qu'un pot-pourri totalement dépourvu de charme, jouant très maladroitement avec les registres comique et horrifique. L'effet catalogue est incroyablement rébarbatif, recyclage absolu, et le film s'enferme dans cette logique d'enfilade dans la dernière partie littéralement interminable, avec multiplication de quêtes pour aboutir à une bataille finale contre le big boss franchement inepte. Nul nul nul. Pourtant, graphique, quelques bonnes idées émergent de-ci de-là (la grand-mère géante qui sort de l'ombre notamment), mais les effets ne sont jamais utilisés avec la parcimonie requise à l'image des yeux luminescents dans l'obscurité. Le film veut beaucoup trop en montrer dans le gore, le sang, le dégueu, etc. Les adultes sont en outre de belles coquilles vides bêtement repliées sur leurs démons intérieurs. Une sorte de remake éhonté du premier volet, une belle baudruche mise en abyme lors de la dernière séquence d'une fausse lucidité.

    Ah et le coup de la tête-araignée pompée sur "The Thing", c'est inadmissible.
  • 29
    Bande-annonce

    Rambo: Last Blood (2019)

    1 h 29 min. Sortie : . Action, aventure et thriller.

    Film de Adrian Grunberg avec Sylvester Stallone, Paz Vega, Sergio Peris-Mencheta

    Séances de cinéma (1 salle)
    Bon eh bien voilà. En l'espace de 35 ans, Rambo est passé de l'archétype du soldat souffrant de post-traumatic stress disorder à l'archétype du justicier facho. C'est avec un certain étonnement qu'on plonge dans ce revenge movie plus proche d'un Taken que de n'importe quel autre film de la saga, quand bien même aucun autre film ne valait le détour après le premier essai de Ted Kotcheff. Une bouse absolue qui a trouvé ses nouveaux boucs-émissaires : les Mexicains, ces proxénètes tueurs et violeurs de jeunes adolescentes américaines. Hier on soutenait Reagan, aujourd'hui c'est assez clairement Trump. Pas la peine de s'attarder sur la première partie du film qui ne sert à rien, tant le portrait de la famille recomposée (John, sa nièce, sa bonne mexicaine) est creux à tous les niveaux. Lorsqu'il s'engage de l'autre côté de la frontière pour aller chercher sa nièce chérie enlevée par d'odieux mexicains, on voit bien le chemin du vigilante movie qu'il emprunte, mais on ne voyait pas jusqu'où il allait s'enfoncer. Tout le film, qui ne sert absolument à rien, semble se légitimer par rapport à son carnage final : Rambo a coupé la tête à un des bad guys et rentre chez lui pour dézinguer les hordes de méchants qui déboulent chez lui, après avoir pris le soin de déployer des pièges tous plus sanglants et moyenâgeux les uns que les autres. La complaisance dans la violence est assez effarante, à tel point qu'on comprend très vite que Adrian Grunberg confond gore jouissif et gore gratuit. On rigole, à la limite, quand Rambo pète une clavicule avec le manche de son couteau pour aller tirer directement sur l'os (en gros plan s'il vous plaît). Mais par contre la boucherie dans les tunnels à la fin (comme un écho aux tunnels vietnamiens, disent certains, haha) atteint des sommets de nullité en termes de mise en scène (on ne comprend rien et tout s'enchaîne sans sens) et de violence injustifiée. Il ose tout, la preuve : l'arrachage de cœur comme apothéose, suite à quoi le valeureux soldat ira se reposer dans son rocking chair fier du devoir accompli, est un symbole dont on se souviendra longtemps.

    Bourrin, je veux bien, mais pas avec une telle justification.
  • 30

    Christine (1958)

    1 h 40 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Pierre Gaspard-Huit avec Romy Schneider, Alain Delon, Jean‐Claude Brialy

    En soi, "Christine" pourrait être un simple mélodrame sans intérêt, extrêmement sucré, romantique jusqu'à l'écœurement. On rigole beaucoup lorsque Romy Schneider et Alain Delon, amoureux transis, se disent qu'ils aiment en utilisant un écho... Le côté suranné de la romance est assez écœurant, et ce n'est pas le tableau des antagonismes de classe (en carton) qui relèvera un quelconque niveau. Par contre, le fait que ce film soit un remake du "Libelei" de Max Ophüls, dans lequel Magda Schneider (la mère de) tenait le rôle de sa fille ici, porte un sérieux coup à l'intérêt d'un tel projet. Déjà, la répétition posait de sérieux problèmes au milieu des années 1950, rien de nouveau. Oui, Alain Delon est d'une beauté insolente dans son uniforme de lieutenant des Dragons. Mais Romy, la pauvre, avec ce doublage scandaleux, se retrouve prisonnière d'un personnage qui devient vite insupportable. La relation entre Delon et la baronne est aussi incompréhensible qu'artificielle dans les atermoiements des deux parties. Le suicide final perd toute sa splendeur. Et les chansons sont bien indigestes. Visiblement, à partir du moment où on se moque totalement de la relation entre les deux protagonistes en déhors du film, il n'a plus aucun intérêt.