30 derniers (très) mauvais films vus

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30 films

par Morrinson

Liste mouvante des 30 derniers films qui m'ont déçu, révolté et/ou attristé, pour des raisons extrêmement différentes. Autant d'avertissements...
↑ "Pollice Verso" (extrait), Jean-Léon Gérôme, 1872 ↑

La "bonne" liste, pour équilibrer : http://www.senscritique.com/liste/30_derniers_tres_bons_films_vus/391769

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    De grandes espérances (1998)

    Great Expectations

    1 h 51 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Alfonso Cuarón avec Ethan Hawke, Gwyneth Paltrow, Hank Azaria

    Alfonso Cuarón des débuts, dans le registre de la romance bien sirupeuse, bien stupide, bien "conte avec une histoire d'amour racontée pour les enfants". Bon sang que Ethan Hawke a l'air bête dans ce film, c'est d'un niveau stratosphérique dont le point culminant se situe lors de cette scène où il peint son amour d'enfance devenue adulte, Gwyneth Paltrow, tandis qu'elle se fout à poil dans sa chambre avant de repartie aussitôt. Le ridicule ne tue pas, on en a la preuve.

    En fait, dans ce film, seul Chris Cooper s'en sort pas mal — très classe en tuxedo, rien à dire, même si c'est pour nous gratifier d'une énième séquence gênante, ici pour signifier lourdement la rupture du protagoniste, devenu peintre hype à New York, avec ses racines familiales de prolo. Quand on songe à la gueule de Anne Bancroft peinturlurée pour en faire une vieille mal maquillée, quand on songe à Robert De Niro en cabotinage éhonté et en roue libre totale (une scène en entrée pour la peur de l'enfance et une scène en dessert pour le retour des cauchemars, à grand renfort de perruque et de fausse barbe affligeantes), il y a de quoi mourir d'un rire gêné. L'adaptation de Charles Dickens et sa transposition en Floride ne s'est pas faite sans dégâts visiblement.

    Cuarón se délecte de ces torrents de kitsch qui alimentent une romance à l'eau de rose typique de cette décennie 90s, une grande saga aux grands violons servie avec des brouettes de guimauve. C'est censé représenter l'éblouissement, la consécration artistique, la passion contrariée, la fièvre créatrice... Mais ce n'est que du sentimentalisme à gros sabots, drôle dans un premier temps, puis bien vite désagréable.
  • 2

    Acne (2000)

    1 h 05 min. Sortie : .

    Film de Rusty Nails

    Série B volontaire totalement naze qui fait la proposition suivante : des adolescents sont contaminés par de l'eau empoisonnée (conséquence d'une pollution liée à une entreprise pétrolière / de gras, j'ai pas suivi le sens du terme "oil") et se transforment en furoncle géant assoiffé de gras et de chocolat. Avec un budget de 20 000 dollars, Rusty Nails s'embarque dans cette histoire improbable, un délire potache très clairement, mais vraiment pas emballant. Pas drôle, pas agréable à suivre. Sans doute que beaucoup d'amateurs de nanars y trouveront un intérêt, mais en ce qui me concerne, ce n'est qu’une heure de pénibilité. Le film est en noir et blanc de manière évidente pour dissimuler la pauvreté du maquillage (pour en faire ces fameuses "zitheads" monstrueuses, on leur a collé un bout de plastoc ridicule sur le crâne). Il y a des méchants militaires qui veulent régler le problème au plus vite avec les grands moyens. Une vague trame de fond au sujet des adolescents, seuls aptes à être contaminés car ils contiennent la bonne quantité de matière sébacée pour réagir avec le poison. Avec en prime une petite portion "quête existentielle" car ils se demandent ce qu'ils sont devenus.

    Seul le montage est presque intrigant une fois passées les 5 premières minutes catatoniques, car Rusty Nails s'amuse avec son noir et blanc granuleux très respectueux de ce qui se faisait dans les années 50, avec des musiques parfaitement adaptées et un montage chaotique dans le même registre. Et il y a du Devo et du Dead Kennedys dans la bande originale.
  • 3

    Sling Blade (1997)

    2 h 15 min. Sortie : . Drame.

    Film de Billy Bob Thornton avec Billy Bob Thornton, Dwight Yoakam, J.T. Walsh

    Une abomination cinématographique. Avalanche de bons sentiments, miasmes de la narration ayant recours aux pires artificialités et aux plus odieuses caricatures, justifications morales atroces des agissements du protagoniste, et cerise sur le gâteau, le célèbre personnage de l'attardé mental au fond si bon, au-delà des apparences, clé de voûte d'une bonne conscience américaine et d'un pan du cinéma national des années 90.

    En plus d'un tableau particulièrement surchargé si l'on ne le juge qu'à l'aune de sa densité de clichés, "Sling Blade" s'étale sur près de 2h30 (en Director's Cut) et montre bien l'impasse monumentale dans laquelle Billy Bob Thornton auteur-réalisateur-acteur s'engouffre — et se complaît. Il n'y a qu'à voir le niveau de cabotinage stratosphérique auquel il se livre, ça dépense l'entendement. Le personnage sort d'un asile psychiatrique entouré de fous furieux (la seule personne qu'on prend le soin de nous décrire dans son entourage est un tueur psychopathe qui lui raconte ses pires atrocités) avec son pantalon trop court, ses pieds rentrés, sa démarche maladroite, sa prothèse qui lui fait une moue impayable (une sorte d'imitation ratée de Marlon Brando), et cet accent atroce. Ses parents, fanatiques religieux, le maltraitaient : il les a tués. À juste titre semble nous dire Billy Bob Thornton, puisqu'il sortira de son institution pour reproduire le même schéma dans une autre famille, avant de revenir dans cette institution avec le sentiment du devoir bien fait. Et je ne plaisante pas, c'est ainsi que nous est présenté l'acte du personnage, un grand bêta au bon cœur et plutôt sensé dans de nombreuses situations, handicapé principalement par l'image qu'il renvoie aux autres.

    Ce personnage, c'est une sorte de combinaison des pires tares de "Rain Man" (1988) et "Forrest Gump" (1994) : celui qui souffre d'un lourd handicap mais qui n'en reste pas moins pétri de bonne morale américaine, de cette gentillesse dont on est censé se repaître. "Il a tué mais il est innocent", en gros. Un justicier, clairement, aux yeux de ce film.

    Mais qu'est-ce que Jim Jarmusch vient foutre là-dedans, dans un tout petit rôle de vendeur de glaces, franchement...
  • 4
    Bande-annonce

    Le Gentleman de Cocody (1965)

    1 h 24 min. Sortie : . Aventure.

    Film de Christian-Jaque avec Jean Marais, Liselotte Pulver, Philippe Clay

    Après Gérard Philippe en grand tombeur sous Louis XV, nouvelle bizarrerie improbable sur le papier de la part de Christian-Jaque : Jean Marais en semi James Bond en Côte d'Ivoire, Don Juan au sourire carnassier qui tombe tous les exemplaires de la gente féminine qui se présente sur son chemin — chose qui prête à sourire quand on connaît ses préférences personnelles. Les femmes sont vraiment présentées comme des conquêtes tombant immédiatement sous son charme censé être ravageur, prêtes à tout pour passer une nuit de folie avec monsieur Jean-Luc de la Tomeraye, attaché d'ambassade en poste à Abidjan.

    Malheureusement, le film est en majeure partie composé de séquences bouche-trous littéralement interminables, souvent censées constituer la teneur aventurière du périple alors qu'elles ne font que ressasser les mêmes choses encore et encore dans un sens de la grandiloquence sacrément raté. Rarement j'ai vu un film d'aventure aussi soporifique. Des poursuites inintéressantes au possible. Il ya pourtant une histoire de chasse aux papillons dans la jungle, un avion rempli de diamants équivalant à un trésor perdu quelque part, des faux-semblants en pagaille, mais rien n'y fait. Les temps forts sont les temps faibles : les fusillades sont abominables, les péripéties en voitures sont risibles, les méchants sont en carton, etc. Au milieu de tout ça, Philippe Clay a abusé de fond de teint, et Nancy Holloway fait deux apparitions sorties d'on ne sait où.

    Reste le parfum des aventures 60s made in France...
  • 5
    Bande-annonce

    Le Grand Jeu (2017)

    Molly's Game

    2 h 20 min. Sortie : . Biopic, policier et drame.

    Film de Aaron Sorkin avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner

    Quel film interminable qui nous raconte, fort d'une voix off pesante et omniprésente, l'ascension suivie de l'inévitable chute d'une jeune femme présentée comme surdouée (bah ouais, Jessica Chastain a des lunettes quand elle se concentre pour faire les comptes, forcément), championne de ski grâce à son papa coach psy reconvertie dans l'organisation du jeu clandestin à Hollywood à cause de son papa adultère. Aaron Sorkin nous fait la belle histoire de la gagnante intègre (il faut en avaler, dis donc, des couleuvres, pour afficher cela), winneuse parmi les winneuses depuis son enfance avec un dose de morale suffisante pour euthanasier un cheval. Si la petite chérie de son papounet a légèrement dévié du droit chemin auquel sa condition l'appelait, c'est parce qu'elle avait intégré, inconsciemment, que son papounet n'avait pas été le plus fidèle des maris.

    Ce passage explicatif qui nous fait passer sous le rouleau-compresseur de la psychanalyse familiale de la bouche de Kevin Costner est une abomination comme on en fait rarement. Une parenthèse hallucinante, au moins aussi assommante que les tunnels de dialogues interminables dont le film nous régale régulièrement : toutes les scènes avec l'avocat, toutes les scènes de description des parties de poker (avec infographies en prime, sérieusement), et surtout cette introduction tellement superflue sur le ski. Horrible. Heureusement, on s'amuse à compter le nombre de robes qui mettent en avant le physique de Chastain.

    Bien sûr, la justice américaine est méchante parce qu'elle a abusé de ses liquidités, confisquées pour faire pression ensuite, mais niet, Molly a beau avoir été tabassée et volée par la mafia russe, elle a une éthique, elle ! Prise entre deux feux, elle plaide coupable, et hop, le juge se montre clément, tout est bien qui finit bien. Sorkin est sans doute passionné par ce culte du dépassement de soi, matérialisé dans cette femme qui bâtit un empire selon lui sans renoncer à son intégrité morale. On ne doit pas avoir la même définition de la probité. Une chose est sûre : le film est noyé sous les torrents d'une logorrhée abrutissante avec un soupçon de psychologie à deux balles.
  • 6

    Mindwarp (1992)

    1 h 31 min. Sortie : 1992. Science-fiction et Épouvante-horreur.

    Film de Steve Barnett avec Wendy Sandow, Mary Becker, Elizabeth Kent

    Navet horreur / science-fiction de premier choix, avec un futur post-apocalyptique dans lequel les survivants se retranchent derrière de méga bunkers sécurisés où ils se connectent à une machine leur faisant rêver à ce qu'ils veulent (plus ou moins) de façon très réaliste. Sur certains aspects, c'est exactement le même concept que Matrix, c'est assez fou, avec la même connectique derrière la nuque. Une idée sympa à l'origine, comme souvent, mais qui se révèle d'une pauvreté absolue à tous les niveaux, esthétiques et thématiques : la tragédie familiale est abordée dans le cadre d'une pièce de 8 m² censée représenter le nec plus ultra de la technologie futuriste, avant que l'héroïne décide de s'émanciper de cela face au grand créateur de tout cela : elle se retrouve projetée dans le monde de dehors, avec un terrain désertique, des monstres (au sens propre, avec des maquillages et costumes plus drôles qu'effrayants) sanguinaires et esclavagistes, et au milieu de tout ça un Bruce Campbell (!!!) caricatural au possible qui se balade, qui la sauve, et que se retrouve prisonnier comme elle dans des grottes labyrinthique étranges et réductrices.

    Le manque de structure est effroyable, les concepts sont d'un manque d'approfondissement sidéral, le scénario est bancal, et le final (nan mais en fait c'était une simulation ! ou pas !) est moisi. Avec en prime des assauts œdipiens gênants, des exploitations par des cannibales, des sectes sanguinaires, et des accès de gore surprenants.
  • 7
    Bande-annonce

    La Femme qui s’est enfuie (2020)

    Domangchin yeoja

    1 h 17 min. Sortie : . Drame.

    Film de Hong Sang-soo avec Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Song Seon-Mi

    Autant l'épure et l'économie du fond me paraissent justifiées dans d'autres films de Hong Sang-soo, autant ici c'est la caricature du film coréen reprenant les codes de Rohmer qui domine très largement. Ces dernières années, le cinéaste coréen donne l'impression de ne plus penser le processus de création cinématographique d'une façon agréable, et dans le même mouvement le contenu de ses sempiternelles variations sur le même thème devient rachitique au point de rendre particulièrement inconsistant et pas du tout poétique ces éclats de romantisme — en l'occurrence ici sur la visite que rend Gamhee (Kim Min-hee, of course) à trois amies : trois portraits de femmes qui seront interrompues par un homme qui surgit de manière inattendue et perturbe le fil tranquille de leurs conversations.

    Triptyque sororal un peu boiteux dans lequel les hommes ne sont que des minables, des éléments perturbateurs d'une certaine harmonie, dont le résultat ressemble plus à un réflexe, à une habitude qui se transforme mécaniquement en film. Faire un film comme on sortirait son chien, en quelque sorte. À titre personnel, la peinture de la tentation de l'ailleurs (son homme lui manque ou bien observe-t-on un début de détachement ?) ne m'atteint même pas, je reste bloqué aux conversations badines artificielles, au moins aussi artificielles que la mise en scène avec ses zooms (insupportables). Que de conversations insipides pour former un ruisseau sans remous des plus soporifiques...
  • 8
    Bande-annonce

    Minuit dans l'univers (2020)

    The Midnight Sky

    2 h 02 min. Sortie : . Drame, science-fiction et thriller.

    Film de George Clooney avec George Clooney, Felicity Jones, Kyle Chandler

    Clooney chez Netflix pour un film de SF, c'est la catastrophe absolue. "Minuit dans l'univers" fait éventuellement illusion pendant 15 minutes, mais pas plus. Ce pauvre navet à 100 millions de dollars est écrasé de toutes parts, étouffé par ses références à d'autres œuvres de science-fiction comme "Gravity", "Solaris" ou "Interstellar", pliant sous le poids d'un scénario quasi inexistant et truffé de séquences bouche-trous pour foncer tête baissée dans le pathos et dans les méandres d'une histoire inexistante. La SF émotionnelle du XXIe siècle, ce n'est pas encore ça... Un ratage monumental, avec d'un côté Clooney barbe hirsute et voix tremblotante qui fait tout ce qu'il peut pour susciter l'émotion mais qui ne fait que distiller un arc narratif plombant, et de l'autre une équipe de retour d'une mission d'exploration qui passera à travers toutes les étapes-clichés du voyage intersidéral (romance, accident, réparation à l'extérieur, accident, etc.) avec la régularité d'un métronome.

    Il n'y a pas l'once d'un bout de vie ans cet univers laid, niais et surtout nul. Le scénario est plat quand il n'est pas ridicule, les décors semblent fauchés et enferment le film dans un naufrage. Que de lenteurs superflues, que de silences creux, que de musiques sirupeuses pour enjoindre ce qu'il faut ressentir... Même la séquence de la réparation semble exclusivement conçue pour montrer les gouttes de sang qui flottent en apesanteur, c'est horrible. Et ces dialogues solennels qui reprennent constamment le dessus, pour souligner le thème de la filiation, du deuil et de la rédemption. Une horreur.
  • 9
    Bande-annonce

    Jojo Rabbit (2020)

    1 h 48 min. Sortie : . Comédie, drame et guerre.

    Film de Taika Waititi avec Roman Griffin Davis, Taika Waititi, Scarlett Johansson

    Dans la case de la comédie supposément subversive, "Jojo Rabbit" en occupe la place du solide archétype. Le cadre du conte pour enfant, des thématiques relativement adultes, un cadre historique très dur abordé avec un décalage très volontaire, etc. Tout y est. Tout ce qui peut me déplaire, aussi.

    Un gamin de 10 présenté comme un nazillon, Hitler comme ami imaginaire, le délire des jeunesses hitlériennes, la découverte d'une jeune Juive cachée dans sa maison... On voit le tableau d'entrée de jeu : un film familial, loufoque, humaniste, et plein d'autres manifestations d'une bonne volonté. Sauf que Taika Waititi crame le potentiel de son concept dans les 10 première minutes, faisant du reste un long et pénible déroulement de choses parfaitement convenues et prévisibles. On a l'impression de regarder un succédané nazi de Moonrise Kingdom, avec le même sens du collage, du décalage, de l'esthétique, de la fable pop avec ses sketches rocambolesques. Sauf que si je peux reconnaître un charme au cinéma de Wes Anderson, ici les costumes pop et les décors folkloriques ne servent qu'un discours niais sur le rejet, le sectarisme, et bien sûr les vertus de la tolérance et de l'amour.

    Projet inepte et inoffensif, qui gueula son originalité de pacotille, sous couvert d'un vernis de parodie subversive qui est avant tout la manifestation d'une paresse. Tellement convenu, tellement mal fichu (cette relation mère-fils, horrible au point que le climax émotionnel est inexistant), avec un traitement simpliste et des gags pas drôles sur les délires anti-juifs de l'époque, tout ça pour faire une leçon d'humaniste générique. Le tout sur fond de Beatles, Tom Waits, et David Bowie…
  • 10
    Bande-annonce

    Bienvenue à Suburbicon (2017)

    Suburbicon

    1 h 45 min. Sortie : . Comédie, policier et drame.

    Film de George Clooney avec Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac

    Clooney est tellement lourd et maladroit pour tisser les fils d'une satire sur l'Amérique des années 50 qui reflète l'Amérique contemporaine... Sur un scénario des frères Coen sorti du placard (s'ils ne l'avaient pas concrétisé / finalisé, il y avait peut-être une raison, pourrait-on dire si l'on était de mauvaise foi), il donne à voir une petite suburb pétrie de clichés liés à l'American dream, mélangés dans une concentration écœurante, sur le thème "derrière les apparences parfaites, les magouilles et la violence s'agitent". Le fond est aussi superficiel que la forme, qui elle l'est intentionnellement. L'artificialité de la démarche est assez sidérante, à commencer par la présence d'une famille noire qui subit les harcèlements des riverains pour boucher les temps morts des trous du scénario — c'est quelque chose qui ne sert rigoureusement à rien, si ce n'est à introduire un contexte avec les pieds et sans y mettre les moyens nécessaires.

    La caricature est un art que Clooney de maîtrise visiblement pas, et le message qu'il souhaite passer au sujet du racisme et de l'hypocrisie de cette société se trouve court-circuité de l'intérieur. Tant de consensuel dans un récit qui reste sage, qui échoue à travailler le contraste innocence de l'enfance / violence de l'âge adulte, qui avance d'un pas pachydermique pour imager son allégorie politique, en un mot : qui se montre extrêmement laborieux dans la comédie noire. Avec en prime cette manie de ne rien laisser à l'ellipse, au non-dit, à la suggestion, à l'opacité qui titille l'imagination : non ici tout sera dit, montré et rabâché. Un message surligné 10 fois : non, le monstre n'est pas chez l'étranger, l'ennemi est intérieur. Dans la flaque boueuse, Julianne Moore, Matt Damon et Oscar Isaac pataugent bizarrement.
  • 11
    Bande-annonce

    Mon chien Stupide (2019)

    1 h 46 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot

    Cette adaptation de Fante par Attal, c'est un peu le scandale attendu qui répond en tous points aux attentes masochistes pour ce qui est de la comédie française qui s'essaie à la misanthropie et au politiquement incorrect pour terminer dans la fange du consensuel et de l'insincère. À aucun moment on ne voit poindre le début d'une intention noble, c'est-à-dire de retranscrire le propos du roman "Mon Chien Stupide" dans le cadre de notre époque au cinéma. Tout sonne magistralement faux dans le portrait de cet homme en pleine crise de la cinquantaine, de sa relation avec sa femme (Charlotte Gainsbourg, pour la troisième fois dans une sorte d'autofiction avec son mari) aux antagonismes méthodiquement agencés avec ses 4 enfants (dont un est joué par leur propre fils). Rien ne dépasse, tout est propre, et même les tentatives d'humour noir ou amoral n'ont aucune prise dans ce formol abominable, avec l'exploit de parvenir à se faire lourd dans le comique sur le thème de la misogynie et de l'homophobie, de manière pourtant volontaire.

    Attal entend faire le bilan critique de sa vie et en mélangeant quelques traits du bouquin avec sa part d'autobiographie, pour mettre sur le même niveau son mal de dos et la crise existentielle qui dynamite sa famille. Aucune cohérence dans ce machin, juste de quoi faire se retourner Fante quinze fois dans sa tombe. Le livre n'avait aucune vocation à être universel, et le propos censé dégommer le bonheur conjugal et familial se fait dans un geste particulièrement inoffensif. C'est l'insolence qui est visée, mais le ridicule et le gênant dominent largement.

    Bon sang, cette scène du fameux joint qui réunit le couple désuni depuis des années dans une complicité en carton... magique. Avec en prime des préoccupations de bourgeois (grosse baraque sur la côte ou Villa Médicis, j'hésite) absolument pas intelligibles en dehors de son monde. Le final summum de mièvrerie est aussi un joyau.
  • 12
    Bande-annonce

    Les Nouveaux Mutants (2020)

    The New Mutants

    1 h 33 min. Sortie : . Fantastique et Épouvante-horreur.

    Film de Josh Boone avec Blu Hunt, Maisie Williams, Anya Taylor-Joy

    Exemple typique du genre de boucle aseptisée et infertile dans laquelle l'industrie américaine du cinéma s'est enfermée depuis un trop long moment : absolument rien de nouveau, sans qu'aucun désir d'innover ne se fasse sentir, sur une thématique porteuse (comprendre : commercialement intéressante), avec quelques références symboliques à notre époque (symbolisées ici par le baiser échangé entre une résidente de l'hôpital et la protagoniste amérindienne, un peu comme Buffy en son temps comme nous le montrera la télé allumée dans une scène), le tout emballé dans une capsule de 90 minutes qui passe à grande vitesse devant nos yeux médusés.

    L'idée de faire germer un film de super-héros sur le terreau de la série B horrifique est évidemment intéressante en soi, et quelques initiatives se sont déjà montrées fructueuses. Mais il faut a minima se donner les moyens de produire quelque-chose de consistant... J'ai eu vent des problèmes de production et des innombrables reports de sortie, mais cela n'explique en rien la naïveté confondante dans laquelle se vautre la dimension coming-of-age. Le pouvoir de la principale fille est à ce titre magnifiquement sous-exploité (sonder les pensées des autres et faire ressurgir des traumas passés), faisant de l'opposition entre la nouvelle venue et les autres ados un antagonisme en carton.

    Je n'ai même pas capté que Marilyn Manson jouait la voix d'une des émanations malfaisantes — un monstre déjà vu plein de fois ailleurs, au passage. Problème de ton, problème de nouveauté, problème d'imaginaire frelaté, problème de forme (quelle horreur ce décorum autour de la doctoresse à tendance eugéniste qui suit les ordres d'un mystérieux supérieur), et problème de final (l'ours-démon qui défonce tout avant de s'assagir).
  • 13
    Bande-annonce

    Le Casanova de Fellini (1976)

    Il Casanova di Federico Fellini

    2 h 35 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Federico Fellini avec Donald Sutherland, Tina Aumont, Cicely Browne

    Difficile de décrire la nature de mon rejet, mais l'avantage avec une œuvre aussi ouvertement grotesque, c'est que la non-adhésion doit en théorie être tout aussi intelligible que l'adhésion elle-même. En partant du postulat que Fellini cherche par tous les moyens à nous dégoûter du personnage (qu'il abhorrait ostensiblement), on assiste passivement à un interminable défilé d'images écœurantes, de sons désagréables, d'absurde indigeste et de frivolité sans conséquence — une véritable synesthésie du dégoût. Sans doute s'agit-il là d'un prétexte pour aller au-delà d'un personnage qui ne l'intéresse pas, mais en l'état, l'exercice s'avère fort déplaisant, repoussant même.

    Le temps de "Les Nuits de Cabiria" semble tellement loin... Cette bouffonnerie grandguignolesque est certes totalement assumée, elle n'en reste pas moins longue, bavarde, boursouflée et ennuyeuse, avec une prédilection pour l'interprétation outrancière tous azimuts : le résultat est à mes yeux particulièrement laid et pénible. Je conçois que Fellini souhaite se moquer de manière frontale et tourner en dérision l'univers de Casanova, il n'empêche que le contre-emploi de Donald Sutherland ne suffit pas à susciter l'intérêt. L'introduction délirante était pourtant prometteuse, avec la reconstitution démesurément opulente du carnaval vénitien, mis en scène comme une fête païenne d'une ampleur hallucinante. Mais la suite virera très vite à la démonstration de force dans un registre du grotesque qui m'est entièrement étrangère : l'effet d'une sorte de Jodorowsky italien, dans ses accès autobiographiques ésotériques et farfelus.

    Je ne sais pas trop comment réagir devant les schémas et symboles qui pullulent dans le film, à l'instar de l'oiseau mécanique ultra allégorique qui se réveille avant chaque performance sexuelle. La série des aventures galantes et sinistres provoque un malaise, c'est certain, mais sans doute pas celui escompté me semble-t-il. Ce théâtre hyperbolique nourrit une emphase et une poésie qui se veulent impressionnantes et grandiloquentes, mais les ambitions ne trouvent résolument aucun écho en moi. Ce n'est pas un sens du baroque qui me touche, je reste froid à ce pantin libertin sans âme et à ses annonces désenchantées et pessimistes. Le miroir tendu d'une société vide, je comprends, mais ne ressens rien de bon. Juste un carnaval bouffon et décadent de 2h30 enfermé dans sa vanité et sa luxure évidente.
  • 14
    Bande-annonce

    La Baule-les-Pins (1990)

    1 h 40 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Diane Kurys avec Nathalie Baye, Richard Berry, Zabou Breitman

    Très peu d'intérêt à ce récit semi-autobiographique de Diane Kurys qui se rappelle un peu platement le divorce de ses parents lors des vacances d'été de 1958, sur une plage de la côté atlantique. Les deux jeunes filles de 8 et 13 ans ressentent à leur niveau la dégradation de la relation de leurs parents, et "La Baule-les-Pins" entend retranscrire ce sentiment-là, principalement. Malheureusement, rien d'authentique ne ressort de ce portrait choral et familial, avec en première ligne des fautes les acteurs qui rivalisent tous de platitude et de désincarnation : Richard Berry et Nathalie Baye sont bien inutiles dans le rôle des parents, Valéria Bruni-Tedeschi compose un personnage particulièrement désagréable, Vincent Lindon est inexistant, Zabou Breitman de même, et seul Jean-Pierre Bacri paraît à peu près naturel et n'en fait pas trop. Le film baigne dans une ambiance d'affrontements traités sans nuances (et sans convictions d'ailleurs), et se complait dans le maniement de vignettes et autres caricatures. On peine à trouver un sens, à discerner une étincelle de sens dans la pénombre, tant le propos est banal et déjà vu, qui plus est lorsqu'il est mis en scène de manière aussi artificielle et peu vigoureuse. Une histoire de couple affreusement conventionnelle, avec les parents qui se séparent sous les yeux des enfants impuissants (qui vont jusqu'à se menacer de se trancher la gorge avec un bout de miroir brisé tout de même). Et un basculement vers le dramatique particulièrement raté, lui aussi, dans le dernier segment

    Heureusement il y a Didier Bénureau pour faire une blague sur les suppositoires avec des poissons rouges qui deviennent blancs. Ho ho ho.
  • 15
    Bande-annonce

    L'invasion vient de Mars (1986)

    Invaders from Mars

    1 h 40 min. Sortie : . Science-fiction et Épouvante-horreur.

    Film de Tobe Hooper avec Karen Black, Hunter Carson, Timothy Bottoms

    Wow. De la part de Tobe Hooper, cet "Invaders from Mars" a de quoi surprendre. Sans aller jusqu'à la comparaison avec le jalon de l’horreur qu'il réalisait 12 ans plus tôt avec "The Texas Chain Saw Massacre", on en viendrait presque à regretter "Lifeforce" de 1985 brouillon mais plus conséquent — pour relativiser. La seule particularité intrigante de ce film, c'est qu'en tant que remake d'un "Body Snatchers like" des années 50, la dimension paranoïaque de ces années-là se trouve injectée de force dans le décorum classique du cinéma d'horreur américain 80s, avec ses thématiques, son esthétique. Comme si les codes sous-jacents et la forme étaient antithétiques, atypiques en tous cas.

    Une chose est sûre, on a là une version très moche de "L’invasion des profanateurs de sépultures", avec une imagerie plus proche de la laideur d'un "Dune" — il faut voir le caoutchouc utilisé pour le design des monstres extraterrestres. On est un peu en dehors du cadre du charme des 80s. Dans la première moitié, on pense que Hooper nous emmène sur le terrain de la satire sociale, dans un genre proche de Joe Dante, puis on évolue vers ce qui pourrait être une bonne grosse parodie... avant de terminer dans sur du premier degré tout ce qu'il y a de plus bête, avec intervention de l'armée américaine surpuissante qui vient dégommer de l'alien à tout-va. Aucun sarcasme dans cette peinture de la puissance de feu, de la bravoure, du sens du sacrifice, etc. Je ne connais pas bien la politique artistique globale de la Cannon (s’il y en a une) mais l'efficacité que vise l'action ici s'apparente plus à du Chuck Norris qui défonce tout qu'à du délire bordélique à la "Gremlins".

    Il y a même une approche très bateau du cauchemar enfantin (avec le fameux "non mais tout cela était un mauvais rêve" suivi d'un "ah ben si en fait") dans la tradition d'un Spielberg — on pense aussi à "E.T." à l'occasion d'un cours avec des grenouilles dans des bocaux en verre. Au milieu de tout ça, Karen Black se balade dans le rôle d'une infirmière qui est la seule à croire aux dires de l'enfant, l'alien en chef ressemble à une métastase sortant d'un anus intergalactique, et un cortège de seconds rôles peu inspirés nous gratifie de scènes de possession collector par une entité extraterrestre. Et même quand le film tente l'humour frontal, au détour par exemple de la scène où le savant fait montre d'un excès de confiance patent envers les aliens (et finit par se faire dézinguer bêtement), c'est un échec.
  • 16

    La Divine Poursuite (1997)

    1 h 42 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Michel Deville avec Antoine de Caunes, Elodie Bouchez, Denis Podalydès

    L'année suivante, Deville met en scène le très intéressant "La Maladie de Sachs", avec Albert Dupontel. C'est à n'y rien comprendre tant "La Divine Poursuite" semble avoir été réalisé par une personne en tous points opposés, en style, en goût, en thème. Non pas qu'on doive se tenir à une ligne de conduite étroite toute sa vie d'artiste, mais là sincèrement ça dépasse l'entendement. On est embarqué illico presto dans une sorte de BD filmée, un croisement bâtard entre Tintin et les pires croûtes de la comédie française, qui se résume en deux conceptions : une course effrénée pour retrouver une statuette en or et une fuite en avant permanente alimentée par la multiplicité des copies de ladite statuette, à l'origine d'un nombre incalculable de gags tous plus navrants les uns que les autres.

    Antoine de Caunes, Emmanuelle Seigner, Élodie Bouchez, Denis Podalydès, Roschdy Zem, Emmanuelle Bercot, et tellement d'autres dans cette farce qui ne décolle jamais et qui se ramasse à chaque séquence, à chaque gag qui se veut léger et enlevé alors qu'il s'enfonce un peu plus dans le comique raté et gênant. Un festival d'aberrations en matière d'interprétation, aussi, qui confère au film une dimension comique pour le coup magnifiquement involontaire. Des vrais-faux coups de poing, des moments de drague sans fin, des jeux de mots humiliants, des courses-poursuites sans queue ni tête, et in fine une série sans intérêt de courses, de pauses, de cassages de statuette, et on boucle là-dessus 15 fois. De temps en temps, des hommes et des femmes à poil, dans des séquences plus ou moins déplorables, entre l'amant trompé qui essaie de jouer la tristesse teintée d'incompréhension et la karatéka qui s'entraîne nue chez elle.

    On sent bien le point loufoque que vise Michel Deville à l'horizon, mais on s'écrase lamentablement au bout de 2 minutes sous le poids de l'artificialité.
  • 17
    Bande-annonce

    Film Socialisme (2010)

    1 h 42 min. Sortie : . Drame.

    Film de Jean-Luc Godard avec Jean-Marc Stehlé, Agatha Couture, Mathias Domahidy

    La fin de mon voyage au pays du Godard par le bout le plus récent de son œuvre s'apparente tragiquement à la destinée du Costa Concordia sur lequel a été tournée une partie de "Film Socialisme" (ne serait-ce que ce qui sous-tend l'aboutissement à un titre pareil, il vaut mieux en rire) : c'est un naufrage.

    Il y aura toujours les fidèles pour crier au génie sur tous les plans, intellectuels et sensibles, et il y aura toujours les impies pour crier à l'imposture. Et puis il y a les autres, comme moi, qui s'en foutent un peu. C'est un phénomène d'intensité croissante avec la chronologie de sa filmographie : j'ai l'impression de ne pas avoir les armes, intellectuelles et sensibles, donc, pour m'attaquer à ce qui défile sur l'écran. Une fois passés les quelques sursauts de sidération (du type Patti Smith et son caméo, ou encore Bernard Maris dissertant sur la disparition d'or devant une machine à sous), il faut bien se rendre à l'évidence : Godard cherche clairement l'abscons, à tort ou à raison je n'en sais fichtrement rien. Le fait de se sentir largué n'est pas une condition suffisante pour ne pas apprécier un film, loin de là ; en revanche, il faut faire preuve d'une abnégation solide pour dépasser le mur contre lequel on à toutes les chances de se fracasser.

    Trois parties : Des choses comme ça, Quo vadis Europa, et Nos humanités. Un voyage sur un bateau de croisière en Méditerranée, une famille suivie par une équipe de France 3, et les origines antiques de l'Europe, sur fond de "quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi". Des conversations puissamment décousues, des langues multiples, des rapports enfants / parents à la fois étranges et trop sérieux, et des lieux de légendes un peu au hasard. Hermétisme certain, servi avec la grandiloquence que l'on connaît bien de la part de Godard, au point de se demander s'il souhaite vraiment être bien compris dans son discours sur un échec civilisationnel.

    En tout état de cause, j'ai beaucoup de mal à accepter de ne pas comprendre grand-chose. Fort de l'allégorie du navire, j'ai passé mon temps à me demander ce que Godard pouvait bien tirer de cet auto-sabotage, pour la beauté du geste, pour le cinéma, etc. Un degré d'abstraction un peu trop élevé pour le pauvre matérialiste réaliste que je suis.
  • 18
    Bande-annonce

    Terrible Jungle (2020)

    1 h 31 min. Sortie : . Aventure et comédie.

    Film de Hugo Benamozig et David Caviglioli avec Catherine Deneuve, Vincent Dedienne, Alice Belaïdi

    Comédie extrêmement lourdingue qui ne me parle désespérément pas, sur le thème de l'anthropologie au fond de la jungle amazonienne. Eliott, anthropologue, fils d'anthropologue (Catherine Deneuve pas très à l'aise dans la galère), part étudier un peuple en Guyane pour s'émanciper de sa maman. Dans un registre comique aussi lourd que poussif, il sera mené en bateau par un allemand qu'il avait embauché comme guide, il tombera amoureux de la cheffe de la tribu ("oh oh oh, je pensais pas que ça pouvait être une femme dis donc !"), il sera volé, dupé, et re-volé et re-dupé, drogué, etc. Sa recherche se révèlera comme un parcours du combattant, donc, et ce d'autant plus que la tribu qu'il souhaitait étudier est particulièrement décevante : à coups de serpe on nous montre des indiens qui se gavent de chips, envoient des textos, achètent de la coke à l'épicerie du coin, et cherchent de l'or en manipulant du mercure à mains nues. Très lourd, et très poussif.

    Le film rame tellement pour essayer de faire rire à tout prix, il se donne tellement de mal pour amener ses blagues pourries que ça en devient touchant. Jonathan Cohen est sans doute le pire poids dans cette histoire, avec un personnage de gendarme qui fonctionne sur un régime lourdingue monotone et il s'y tiendra jusqu'à la fin. Je suppose que si on y est sensible la répétitivité des gags agit de manière constructive, mais dans le cas contraire, le mien, ce fut un calvaire interminable. Le personnage de Vincent Dedienne est transparent, tout comme celui de Alice Belaïdi. Dans la tonalité absurde, sur fond de critique du post-colonialisme, "Terrible Jungle" échoue de manière incroyable, un naufrage gigantesque, un crash sidérant de nullité. Ou pour le dire autrement, une sensibilité loufoque qui m'est totalement étrangère. À côté, "La Loi de la Jungle" qui jouait sur les mêmes motifs est un chef-d'œuvre.
  • 19

    L'Expédition du Fort King (1953)

    Seminole

    1 h 27 min. Sortie : . Western.

    Film de Budd Boetticher avec Rock Hudson, Barbara Hale, Anthony Quinn

    Le western qui innove dans le registre du western classique 50s dans toute sa splendeur : un style très direct, une progression parfaitement lisible, un conflit qui couve, et un paquet de détails inintéressants, vus d'aujourd'hui. Sans doute qu'il faudrait contextualiser cela, car un western avançant des personnages de gentils méchants (un général cruel et idiot de l'armée américaine) et de méchants gentils (un chef indien qui veut cohabiter avec les envahisseurs américains) en 1953, cela devait être une marque progressiste notable. Mais même en essayant de garder cette particularité à l'esprit, impossible de rendre agréable le visionnage d'un tel film aussi artificiel.

    Tout fleure bon le superficiel : les personnages censés représenter des Indiens avec leurs maquillages fluo et leurs tenues irréprochables, quelques décors naturels mais une majorité de scène en décors en carton, une fausse romance en triangle, de faux conflits dans enjeux, de fausses scènes de nuit (simplement sous-exposées avec un léger filtre bleu tout moche), etc. La liste des déconvenues est longue alors que " L'Expédition du fort King" aka Seminole, du nom de la tribu indienne, est particulièrement court.

    Ainsi va l'histoire d'un lieutenant interprété par le tout jeune Rock Hudson, s'opposant à son supérieur autour d'un acte cruel et déshonorant, qui finira devant la cour martiale pour avoir sympathisé avec l'ennemi. Sur le point d'être exécuté, twist de ouf, les Indiens arrivent et mettent en déroute toute la garnison, contrainte d'accéder à leur demande : récupérer la dépouille de leur chef assassiné, innocenter le protagoniste, et rentre chez eux calmement. Un happy end particulièrement effroyable. Boetticher semble ne jamais parvenir à tirer profit du lieu marécageux, dans le parc national des Everglades en Floride, et pas plus de cette "histoire vraie". L'apparition de Lee Marvin est anecdotique, et Anthony Quinn peine à convaincre en chef indien.

    On notera donc la catégorie "pro-Indiens" de ce western, qui ne trouve aucune base dramatique pour déployer son propos. Mou, vain, schématique, et pompeux — "Votre sens du devoir s'est changé en une folie de haine ; vous stigmatisez une race pour une défaite dont vous êtes la cause !".
  • 20
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    Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2020)

    2 h 02 min. Sortie : . Drame, romance et comédie.

    Film de Emmanuel Mouret avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne

    Le genre de comédie romantique néo-rohmérienne qui me file des boutons, et pas qu'un peu. Mouret devient une jolie boussole inversée en ce qui me concerne — et la logique vient déposer Émilie Dequenne dans son cinéma, rien de plus normal. Deux heures interminables de récits amoureux racontés en flashbacks de manière parcellaire, chaotique, en allers-retours d'un interlocuteur à l'autre, orné d'une quantité incommensurable de rebondissements, le tout avec un sens du naturel à nul autre pareil quand bien même il serait conscient, volontaire et accentué — ce que je crois.

    Un film sur la théorie mimétique des relations amoureuses, thèse de René Girard (qui sort de la bouche de Camélia Jordana, c'est assez étrange), pourquoi pas, m'enfin c'est du Mouret jusqu'à plus soif à ce niveau-là, ça déborde, c'est indigeste, les dialogues se veulent bien trop brillants par rapport à leur artificialité et leur débit, etc. La liste des incompatibilités de style est interminable, en résulte une histoire d'amoureux malheureux, trop romantiques, trop hésitants, comme on en a déjà vu des tonnes. Pire, ici Mouret étale son écriture comique comme une confiture virtuose et je trouve cela insupportable. Le genre de virtuosité qui me tord les boyaux, avec ses envolées lyriques sorties de nulle-part qui débouchent sur des truismes patents.

    Un marivaudage artificiellement complexe, faussement simple, qui se complaît dans sa structure gratuitement enchâssée, avec un Vincent Macaigne enfermé dans son rôle éternel qu'il jouera jusqu'à la mort, qui joue sur la corde des grands sentiments à grand renfort de musique classique envahissante. Le cachet me paraît tellement factice, l'interprétation tellement hors de propos, le rire gêné et l'agacement diffus ont tôt fait d'envahir l'espace. De l'ordre du cinéma sentimental français qui verse dans la sensiblerie bourgeoise, avec libertinage terriblement aseptisé, accès de rationalisation absolument pas crédible, et effusion de grands sentiments pour trois fois rien. Cette mixture concoctée à base de légèreté et de gravité diffuse un parfum particulièrement désagréable.
  • 21
    Bande-annonce

    Le Bonheur des uns... (2020)

    1 h 44 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Daniel Cohen avec Bérénice Bejo, Vincent Cassel, François Damiens

    La catastrophe de la comédie (avec un soupçon de dramatique) française, acte 15692. Le combo "personnages stéréotypés qui traînent comme des enclumes leurs clichés taillés à la serpe" / "morale construite à partir de tous ces petits rien qui font un grand tout" est mortel, faisant passer à travers les stades désormais classiques de la curiosité perverse au rire gêné pour atterrir du côté de l'effroi devant la contemplation du vide. Bon sang, quel plaisir malsain. Mais on se rappelle que Daniel Cohen est l'auteur de "Les Deux mondes", catastrophe cosmique qui à la différence du ton très sérieux dans le fond ici était magistralement raté mais ouvertement débile et potache, et on finit par trouver un certain sens à cette infamie.

    Impossible de départager le quatuor de tête dans le naufrage. François Damiens, peut-être, dans le rôle du mari de la copine jalouse, idiot mais pas si con, jouit d'une transparence qui suinte l'inutilité et rien de plus : dans ce contexte, c'est une circonstance atténuante. Car à côté de lui, belle brochette de stupidités et d'archétypes mal dégrossis qui sont avancés comme les symboles percutants d'une philosophie existentielle. Bejo, d'une constance comique dans son masochisme vis-à-vis de son entourage qui la traite comme une merde, caricature d'autrice qui accède à la célébrité du jour au lendemain — son roman a été écrit à partir d'observations faites dans un centre commercial, c'est dire, et elle finira interviewée par BFMTV, décorée de l'ordre des Arts et des Lettres et en tête de gondole à la FNAC, la sainte trinité de la littérature de grande surface. Cassel, le mari idiot, égoïste, macho, coquille vide assez fascinante. Foresti, insupportable dans le rôle de l'amie jalouse, faux-cul et aigrie qui passe son temps à faire des demi-sketches avec des compliments par devant et des reproches par derrière — un niveau assez rare de nullité comique. Je déclare tout ce beau monde ex-aequo.

    Absolument insignifiant dans ses méchancetés qui ne révèlent rien d'intéressant (ne parlons pas d'originalité), totalement univoque dans la réaction de son entourage sur la célébrité d'une amie / femme, et festival d'absence de nuance versant dans le démonstratif exacerbé. Rien de pire que ceux qui croient être fins. C'est le déluge de bêtise et de platitude servies sur un plateau d'argent comme s'il s'agissait d'une réflexion intensément pénétrante. Bon sang, ne serait-ce que cette scène au resto au sujet de l'hésitation pour les desserts...
  • 22
    Bande-annonce

    Spectral (2016)

    1 h 47 min. Sortie : . Action.

    Film de Nic Mathieu avec James Badge Dale, Emily Mortimer, Bruce Greenwood

    Joli film de gros bourrin, typé action SF, qui envoie une tripotée de GIs américains surentraînés en pleine guerre civile moldave se frotter à des entités fantomatiques. La checklist du navet contemporain est remplie avec une rigueur tout à fait méthodique : introduction sur un scientifique hors du commun, mise en situation de guerre express, confrontation avec l'inconnu, résolution d'un problème en un temps record, et victoire finale. La sauce qui lie le tout est du genre action décérébrée à base de véhicules blindés badass, de gros flingues badass, de fusillades et d'explosions, de gros tanks, puis de gros appareils volants, etc. La présence du scientifique est la caution pour introduire le petit truc en plus, à savoir de manière chronologique : des casques hyperspectraux (on ne comprendra pas vraiment en quoi ils permettent de visualiser les bestioles), des grosses caméras, et des grosses caméras transformées en gros projecteurs — on se dit qu'ils auraient pu y penser plus tôt quand même. La vitesse à laquelle le badass scientist conçoit et construit tout un arsenal militaire contre les fantômes rencontrés, lors d'une séquence avant l'assaut final, est mémorable : on fait référence à telle théorie d'Einstein, on parle de condensat, et hop, on construit en série des énormes fusils efficaces contre les bestioles. Ils sont balèzes ces scientifiques des SEAL quand même.

    Et on regrette tellement que le XXIe siècle soit celui de la mort des scénaristes, car si le récit n'était pas rempli de débilités et autres incohérences / invraisemblances, il aurait sans doute permis d'exploiter la direction artistique intéressante autour de ces apparitions, un peu horrifiques, un peu SF. Un peu moins de CIA et de DARPA, un peu moins d'effets spéciaux qui font penser à des jeux-vidéo, et un peu plus de rigueur dans l'écriture bon sang... Entre le coup de la limaille de fer déposée tout autour d'un bâtiment comme protection alors que les spectres font des sauts de plusieurs mètres, le discours burné du général à ses marines surpuissants qui vont sauver les gens et faire la gloire de leur nation sur fond de musique épique, il y a de quoi se gaver en raccourcis, clichés et autres facilités. Le final expédié en 3 minutes sur l'origine des fantômes alimentés et contrôlés à distance est à pleurer.
  • 23

    Libre comme le vent (1958)

    Saddle the Wind

    1 h 24 min. Sortie : . Western.

    Film de Robert Parrish avec Robert Taylor, Julie London, John Cassavetes

    Un joli concentré de tout ce que je déteste en matière de western. Du classique pur jus, prisonnier de ses clichés, de ses conventions, et surtout de son artificialité : entre Robert Taylor, John Cassavetes et Julie London, difficile de sauver qui que ce soit dans ce naufrage. Ainsi a-t-on droit à la confrontation fratricide suite au retour du plus jeune chien fou qui ne comprend rien aux codes de de bienséance au sein de la communauté, filant tout droit vers le duel final plein de boursouflures et d'insignifiance, et sous un angle légèrement différent à l'affrontement entre le vieux repenti et le jeune loup. Cassavetes brille par sa médiocrité de jeu d'acteur, c'est assez fascinant de le voir essayer de donner du souffle à son personnage de rebel without a cause, la fureur de vivre, la violence, la colère, et tout et tout. Pitoyable résultat en tout état de cause, qui peine à mobiliser des enjeux conséquents, et qui se contente de faire défiler son cirque de stéréotypes entre Taylor à moitié endormi et London en simple caution féminine littéralement laissée de côté.

    Les antagonismes qui tournent autour de la gestion du ranch familial, de la vie en communauté, de l'accueil de nouveaux habitants, de la fin de la Guerre de Sécession mal dégrossie, sont tous invariablement dénués d'intérêt et doté d'un incroyable potentiel soporifique. Le Technicolor Cinémascope est censé être là pour magnifier les paysages, avec les cimes enneigées d'un côté et les champs de bruyère en fleur de l'autre, mais le déséquilibre est bien trop important pour que cet aspect-là puise avoir un quelconque poids dans la balance. C'est tout un art de présenter des dilemmes moraux supposément insoutenables et inextricables d'une manière aussi bavarde et atrophiée. On a également droit à des gros plans à haute teneur symbolique, montrant bien que les accès de violence chez Cassavetes le psychotique sont corrélés à son penchant pour l'alcool (les cartouches à côté du verre de whisky). Il y avait mieux pour montrer que la violence a perverti l'Ouest que cette psychanalyse faiblarde. Et à un happy end totalement délirant, sur le ton "allez on oublie tout, on recommence comme avant, on enterre la hache de guerre comme si rien ne s'était passé" qui me laisse dans un abîme de perplexité.
  • 24
    Bande-annonce

    Mon cousin (2020)

    1 h 44 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Jan Kounen avec Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot

    Jolie blague à rajouter au palmarès des réalisations de Jan Kounen, laissant flotter une certaine incertitude pendant un petit moment (grâce au talent de François Damiens pour composer un personnage borderline que l'on ne cerne pas tout de suite) avant de se rétamer lamentablement dans la fable moralisatrice qui tartine des bons sentiments en couches épaisses. De son côté, Vincent Lindon a mis de côté les contingences sociales pour se fondre dans les habits d'un PDG d'un grand groupe familial, grand con manipulateur et égocentrique, oui, mais avec un cœur qui bat malgré tout, comme en témoigne la larmichette finale une fois les retrouvailles consommées avec son cousin malade mental. Affligeant au plus haut point.

    Kounen tente quelques épisodes comiques mais ne réussit jamais vraiment à emporter : la partie centrale du film part totalement en sucette avec des histoires de jet privé qui se prend un vol d'oies sauvages en plein dans les réacteurs conduisant à un atterrissage forcé suivi d'un sauvetage en hélico avec hécatombe d'étourneaux de manière magnifiquement gratuite, avec en prime Lindon qui pédale comme un idiot sur un solex au milieu d'une route de campagne. Tout ça pour la fameuse signature qu'il doit obtenir de la part d'un proche, et des torrents de compromission que cela implique. S'il s'en était tenu à se versant, "Mon Cousin" aurait juste été une comédie pénible et vaine. En l'état, avec son appel à l'émotion, sa vision des asiles, son programme éminemment prévisible à base de pitreries, de bévues et de séquences "révélations", la dose de poncifs et de sentimentalisme devient létale.
  • 25

    Inseminoïd (1981)

    1 h 33 min. Sortie : . Science-fiction et fantastique.

    Film de Norman J. Warren avec Steven Grives, Barrie Houghton, Rosalind Lloyd

    Sous-Alien dévitalisé, moche et con, avec une belle brochette d'acteurs neurasthéniques, trois décors en carton, quatre mobiliers typés SF pour le cachet, et quelques scènes gores ne suscitant rigoureusement aucun frisson. Les navets de SF horrifique existent depuis longtemps et il y aurait presque une certaine continuité entre ce "Inseminoïd" (rien que le titre franchement) et "Prometheus" 30 ans plus tard : les deux films ne pèchent pas du tout par les mêmes endroits (et n'ont surtout pas du tout les mêmes intentions, car c'est le règne de la série B ici) mais ils ont au moins en commun un scénario catastrophique. Que de décisions stupides de la part de l'équipe d'explorateurs spatiaux, que d'incongruités dans les choix en matière de direction artistique — les apparitions de l'alien adulte, tout comme celles des petits bébés jumeaux, se prélassent dans la fange du grand n'importe quoi qui se fout d'à peu près tout. Sans déconner, cette séquence d'insémination extra-terrestre avec un plan en contre-champ sur la bestiole toute moche qui apparaît une demi-seconde entre les jambes de l'actrice qui les écarte pour le bonheur de cette petite mise en scène pitoyable... Les moments de mauvais goût abominable sont tellement nombreux qu'on ne fait plus attention aux filtres de couleur dégueulasse (bleue ou rouge) censés donner vite fait un style à telle ou telle séquence, ou aux comportements ahurissants des personnages. Zéro ambiance. Seulement des gens qui courent dans les couloirs d'une grotte avec une musique atroce et des combinaisons spatiales trouvées en promo à Bricomarché. Drôle un petit moment, puis péniblement ennuyeux.
  • 26

    Pinocchio (2020)

    2 h 05 min. Sortie : . Drame et fantastique.

    Film de Matteo Garrone avec Roberto Benigni, Federico Ielapi, Rocco Papaleo

    Pas loin de ma définition de l'abomination, avec une osmose entre les registres esthétiques et narratifs tant la laideur du traitement numérique rejointe la mocheté d'une histoire qui surligne quinze fois au fluo ce qu'il vaut voir, penser et ressentir. Et pas qu'une couleur de fluo siouplaît, non ! Il y a la musique, sirupeuse à souhait, qui enveloppe tous les élans dramatiques au cas où la narration aurait raté quelque chose, elle qui insiste lourdement sur la moindre péripétie pour s'assurer que ceux qui ferment un œil 4 secondes sur 5 ne risquent pas d'être paumés. C'est absolument insupportable cette succession de péripéties sous forme de vignette interchangeables, sans cohésion, d'une teneur incroyablement insipide tout en se trimballant un style surchargé à l'extrême — la marque de fabrique de Garrone depuis trop longtemps, je n'ai plus l'endurance pour pardonner ces écarts.

    Tout respire l'imaginaire en toc, et pour un effet plutôt réussi (le bois du garçon par exemple) il faut se fader tellement de séquences travaillées en post-production par des sagouins qui poussent les potars de la saturation colorimétrique à fond... C'est intenable. Tant de talent technique, pour l'animation et l'intégration des effets spéciaux pour accoucher d'une chose aussi hideuse, ça me dépasse. Le pire étant que j'ai la sensation qu'on nous présente cela comme un sommet de bon goût, comble de l'ironie. Pourtant, Benigni était supportable comme rarement en ce qui me concerne. Le défaut le plus évident du film étant l'équilibre jamais atteint en matière de tonalité, trop poussif et vain pour des adultes, trop inquiétant voire violent pour des enfants. La poésie s'essouffle d'elle-même très vite, une fois passées les premières minutes : les aventures sont à l'image du reste, atones, laides, vaines, dénuées de subtilité, saturées de filtres colorés. La vacuité mal dissimulée avec limite un contresens dans cette histoire moralisatrice de dressage d'enfant.
  • 27

    La Fin d'une liaison (1999)

    The End of the Affair

    1 h 42 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Neil Jordan avec Jason Isaacs, Ian Hart, James Bolam

    Une petite erreur d'inattention de ma part : la confusion entre Neil Marshall et Neil Jordan, sur le thème "ah, tiens, ce gros bourrin de Marshall fait dans le mélo", m'a conduit à regarder ce film d'un académisme pompier assez sidérant. La checklist du parfait petit drame romantique est suivie avec une rare minutie, ici dans une variation légèrement religieuse qui ne fait qu'ajouter un peu de spiritualité de supermarché à la couche déjà épaisse de mélo ampoulé empêtré dans ses stéréotypes et ses airs affectés. Le trio de tête Ralph Fiennes / Julianne Moore / Stephen Rea excelle dans le respect des règles du triangle amoureux superficiel, lisse, vain, avec en prime ici un petit côté prétentieux dans la façon d'incorporer la petite note fantastique pour terminer sur une tirade signée Fiennes, après sa révélation religieuse, terrassé par cet ennemi invisible que semble être dieu, d'une incroyable niaiserie et d'une emphase dégoûtante : "O Dieu, vous en avez assez fait. Vous m'avez assez dépouillé. Je suis trop vieux et fatigué pour apprendre à aimer. Laissez-moi tranquille à tout jamais."

    La mise en scène et la photographie du film est à l'avenant : pour reconstituer le Londres des années 30-40, on a droit à des filtres bleus et marrons unilatéraux, à effet rouleau-compresseur pour écraser l'ambiance dans la petite case du récit historique. Des considérations tape-à-l'œil et inconséquentes. Une reconstitution de l'Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale comme dans un musée de cire. C'est un peu comme si chaque personnage s'était appliqué à en faire trop : Moore dans le registre de la femme fougueuse et passionnée prisonnière d'un mariage malheureux, Rea dans celui du mari riche mais terne et rejeté, trompé et compréhensif malgré tout, et surtout Fiennes dans celui du romancier séducteur et amant. Un joli trio d'horreur.

    Ainsi a-t-on droit à des séquences de sexe particulièrement gratinées : ma préférée étant celle où les amants font l'amour dans une maison avec les bombes qui tombent autour et qui secouent les murs, moment collector. Du concentré d'académique en boîte. Même le thème de la dissonance (en lien avec la résurrection miraculeuse de Fiennes) est traité avec les pieds, au milieu de la jalousie et du bonheur éphémère. Pas de mystère, pas de rugosité, ce film est une ligne droite soporifique censée questionner la foi. Sans pudeur. Et avec artificialité.
  • 28
    Bande-annonce

    Les Raisins de la mort (1978)

    1 h 27 min. Sortie : . Épouvante-Horreur.

    Film de Jean Rollin avec Marie-Georges Pascal, Félix Marten, Serge Marquand

    Jean Rollin avec un million de franc, des effets spéciaux moches mais pas catastrophiques, quelques acteurs et actrices soit disant professionnels (il y a Brigitte Lahaie dans un film non-pornographique, un de ce premiers, c'est assez remarquable), et surtout un scénario horrifico-écolo pas tout à fait décorrélé de celui de "La Nuit des morts-vivants". Le principe : à mort les pesticides sur les vignes ! À travers le voyage d'une jeune femme découvrant la présence d'un traitement chimique (annoncé par l'introduction très explicite, sans nuance comme le reste du film au demeurant) dans un coin des Cévennes, Rollin s'en donne à cœur joie pour verser dans son style inimitable 100% bis entre érotisme et horreur. Du pinard qui transforme les paysans du coin en dangereux zombies, gros morceau collector donc. Des dialogues abscons et creux, qui culminent lors d'une discussion sur la résistance, le fascisme ("tuer des zombies c'est mal") et la bière, des marques de contamination qui apparaissent sur les visages de manière un peu aléatoire (parfois plaies purulentes rougeâtres, parfois pustules couleur jaune d'œuf) : un festival de bisserie un peu plus propre que la normale chez Rollin. L'échec est cuisant en matière d'ambiance, que ce soit dans le gore, dans l'angoisse, dans la ruralité reculée (belle photogénie des maisons rustiques en pierre dans la brume, toutefois) comme décor d'une zombification française. À un moment donné, Brigitte Lahaie se désape subitement pour montrer qu'elle n'est pas contaminée, ça sort de nulle-part, on se dit que Rollin n'était pas à l'aise avec un film sans nudité. Un cocktail explosif débouchant sur un message écologiste qui ne parvient pas à faire oublier ses approximations douteuses — une aveugle qui reconnaît un paysage décrit avec trois fois rien, des résistants moralisateurs qui veulent négocier avec des zombies qui décapitent une pauvre femme, etc. Mais ça reste un des Rollin les plus "propres" que j’ai vus.
  • 29
    Bande-annonce

    Police (2020)

    1 h 39 min. Sortie : . Drame et policier.

    Film de Anne Fontaine avec Omar Sy, Virginie Efira, Grégory Gadebois

    Le fond du fond de la nullité crasse sur le plan cinématographique, qui en plus arrive à un moment particulièrement inopportun en matière d'actualité politique. Échec à tous les niveaux, en plus d'être une insulte (entre autres) à la réalité des sans-papiers. Anne Fontaine nous sort quand même un film dans lequel des flics vont distribuer des mandales pour arrêter une baston indéterminée faisant intervenir des clodos de cinéma, pour produire un début de discussion entre deux personnages qui ont couché ensemble (Omar Sy et Virginie Efira, remarquables de nullité) et qui aboutit sur une grossesse non-désirée et un avortement, pour ensuite nous faire le coup du long voyage de nuit comme lente prise de conscience du problème moral qui se pose lorsqu'on reconduit dans un avion un demandeur d’asile tadjik pour le renvoyer chez lui alors qu'il est menacé de mort. Du grand n'importe quoi.

    Une première partie qui montre la flicaille dans tout le malheur de son métier harassant (bon sang, le coup de la femme qui a tué son gosse en le mettant au congélo sous prétexte qu'elle voulait juste le punir, quelle blague, tout comme l'épisode du mari violent qui traite la flic de sale pute), pour enchaîner les anecdotes insignifiantes au gré de flashbacks maladroits et redondants — la palme à la rencontre sentimentale des deux amants. Fontaine se rêve peut-être Kurosawa de "Rashōmon", qui sait. Tellement de bons sentiments, tellement de convenu, la définition même de l'impensé politique qui laisse dans un état de stupéfaction massive. Tant de poncifs, tant d'artificialité, avec cette conscience politique soudaine en carton et ces chansons de variété balancées gratuitement (Sy qui chantonne du Marc Lavoine, c'est collector, on ne s'en remet pas). Ces flics qui se demandent si la désobéissance civile est compatible avec le port de l’uniforme, c'est quelque chose. Un film vide de tout.
  • 30

    L'Homme pressé (1977)

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de Edouard Molinaro avec Alain Delon, Mireille Darc, Monica Guerritore

    Alain Delon est l'homme pressé. L'homme qui court tout le temps, partout, en toutes circonstances. Alors, forcément, il mourra d'une crise cardiaque au terme d'une vente aux enchères, il perdra la vie quand il gagnera un vase à 2 millions de francs. Quel romantique, ce Delon. Tellement pressé qu'il ne veut pas attendre 9 mois pour que sa femme accouche et lui demande de provoquer l'accouchement au bout de 7 mois parce que bon, les 2 derniers, c'est juste pour le confort. Il vit tellement vite qu'il prend l'avion plus vite qu'on monte sur un vélo, il demande en mariage Mireille Darc alors qu'il vient de la rencontrer et suite à son refus de coucher avec lui comme une prostituée, pour une grosse somme d'argent. Delon est pressé mais Delon a un grand cœur : il laisse un pourboire à la femme qu'il traite comme une pute (selon ses mots) et qu'il "offrait (toujours ses termes) à un homme important de passage qui n'aurait de toutes façons "pas su quoi en faire". Delon est un aventurier, un collectionneur d'art, un passionné, et monsieur, vous comprenez, les passionnés, c'est plus fort que les musées. Delon est un matérialiste, et ce n'est pas bien, on nous le fait bien comprendre pendant 1h30 et la morale finale en rajoute une belle tartine. Delon est tellement pressé qu'il n'a pas le temps d'aller voir son fils tout juste né, il s'arrête à la porte de la maternité et rebrousse chemin car il a un vase à acheter et la paternité doit lui faire un peu peur, aussi. Delon est très riche mais Delon n'est pas intéressé par l'argent, il triple le salaire de ses ouvriers qui déterre une œuvre d'art avant de tout remettre sous terre lui-même en conduisant un bulldozer. Delon est un passionné qui conduit vite dans les rues de Paris avec sa Mercedes. Delon est dans la précipitation, Delon est égoïste, Delon est amoureux, Delon est ici, Delon est là. Delon est Delon, mais Delon est avant tout pressé.