Journal de lecture - 2026
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Photo de couverture : Mircea Cărtărescu
40 livres
créée il y a 3 mois · modifiée il y a environ 10 heuresScience et tradition hermétique
Sortie : mars 2009 (France). Essai
livre de Frances A. Yates
Clément Nosferalis a mis 6/10.
Annotation :
Terminé le 1er janvier.
Après avoir terminé 2025 avec "L’œuvre d'art et ses significations" d'Erwin Panofsky, je lis ce court opus de Frances A. Yates. Il ne fait pas vraiment le poids, la comparaison est cruelle. L'autrice passe très rapidement sur tout, donne l'impression d'égrener ses publications, se répète sans prouver en détails, enchaîne un certain nombre de truismes qu'elle présente comme des révélations. Cela ne m'a pas semblé d'un grand intérêt.
Signe ascendant (1947)
Sortie : 1947 (France). Poésie
livre de André Breton
Clément Nosferalis a mis 9/10.
Annotation :
Terminé le 2 janvier.
André Breton est très sous-estimé comme poète. C'est devenu un lieu commun de dire qu'il était meilleur en prose qu'en vers, ses deux chefs-d’œuvre étant "Nadja" et "L'Amour fou", après quoi on le lit comme théoricien de l'art. Pourtant, "Signe ascendant" est un grand recueil. Il n'a pas eu la postérité de plusieurs de ses amis, parce qu'il a été un poète d'exil plutôt qu'un poète de la Résistance, et n'a pas cédé aux sirènes du "retour à l'ordre" (Aragon est entré dans l'histoire de la poésie par ses aspects classiques). Il y a ici, pourtant, pléthore d'idées géniales : une note de bas de page en vers libres ; des jeux typographiques ; l'alternance de textes surréalistes et de textes aux contenus politiques ou philosophiques ; des jeux de balbutiement au sein du vers ; le rapport entre texte et image au sein de la section "Constellations" ; et bien d'autres lignes de fuite encore, innombrables tant Breton a été un expérimentateur et un libérateur de forces vives. Son rapport à l'astrologie et à la pensée magique ne sont, elles aussi, plus très à la mode. Là où tous sont revenus au terre-à-terre, Breton a gardé la tête dans les étoiles. Son monde est l'univers, troué par les rêves. Il continue de nous faire signe pour que nous ne retombions pas dans le monde étriqué des faiseurs de guerres et d'usines. C'est cela, peut-être, le but ultime de la poésie.
Sonnets de l'amour obscur
Edition bilingue français-espagnol
Sortie : 31 octobre 2015 (France). Poésie
livre de Federic Garcia Lorca
Clément Nosferalis a mis 9/10.
Annotation :
Terminé le 3 janvier.
L'édition Allia, spécialisée en petites belles choses, propose une édition séparée des onze sonnets de l'amour obscur, avec une belle introduction de la traductrice (Line Anselem) et accompagnée de dessins de l'auteur. Je ne suis pas certain qu'il soit un bon dessinateur, mais passons. Ces onze sonnets sont cultes car ils étaient connus des amis de Lorca, dont Neruda, à qui l'auteur les avait récités juste avant son décès ; on les croyait perdus. Retrouvés tardivement, leur publication fut longue, à cause du contenu homosexuel, pourtant très sybillin (sans connaître Lorca, ils pourraient aussi bien être adressés à une femme). Ils sont magnifiques.
Anaïs propose ici une traduction du dernier sonnet : https://anathnosfe.fr/2026/01/02/lorca-un-sonnet-de-lamour-obscur/
Zapp & zipp (2025)
Sortie : septembre 2025. Journal & carnet
livre de Christian Prigent
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 4 janvier.
Très exactement mon genre de livres : journal mais intime seulement à la marge ; beaucoup de réflexions sur le champ littéraire, surtout poétique ; quelques pointes politiques ; des poèmes.
Christian Prigent passe au statut de classique, en tant qu'ancien de TXT et édité chez P.O.L, donc contrairement à beaucoup soutenu dans la durée par un grand éditeur (pas si courant dans l'histoire poétique récente), sans cesse cité par des universitaires. Il s'en amuse : il dit être passé de l'avant-garde au canon littéraire sans être passé par la case lectorat.
Le lire est donc d'un intérêt certain pour qui médite sur le champ poétique et littéraire contemporain, pour qui s'intéresse à cela hors des dynamiques banales et plates qui sont celles de la quasi totalité des romanciers à succès.
Cela étant dit, je me situe à des années-lumières de sa pensée. Ses poèmes m'indiffèrent. Il s'inscrit dans une tradition de la poésie potache, mais avec un sérieux très surprenant (ou alors c'est que son humour n'est pas le mien). Ses humeurs l'amènent à critiquer tout le monde, désormais avec la posture du poète assis, c'est-à-dire le contraire de ce que son œuvre poétique prétendait construire comme ethos. Politiquement, il demeure contre l'extrême-droite et les conservateurs, mais passe de longs paragraphes à s'affliger du féminisme et de l'éco-poésie. De même, ses attraits cinématographiques ne sont pas du tout les miens, sauf rares exceptions. Dans le champ de ces dernières années, il néglige ce qui me semble intéressant : Poésie/Flammarion, Catastrophes, Pierre Vinclair, etc. Probablement est-ce lié à un écart de génération, et/ou au fait qu'il se situe dans la lignée de Bataille alors que cet auteur me fait systématiquement bailler d'ennui (j'ai tout essayé, pourtant).
Bref, c'est pour moi un -anti, bien que ce soit un -anti pour lequel j'ai beaucoup de respect.
Accident de personne (2018)
Sortie : 6 décembre 2018. Roman
livre de Guillaume Vissac
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 5 janvier.
J'apprécie les oeuvres labyrinthiques. Guillaume Vissac propose ici ce genre d'oeuvres à plusieurs étages et à liens rhizomagiques, ce que le schéma final illustre clairement. Labyrinthe souterrain, donc, celui du RER. Oeuvre chorale, polyphonique, avec des notes de bas de page et des notes ajoutées aux notes de bas de page.
Les petits textes forment bien souvent des koan zen, contenant une méditation poétique et sombre sur la mort, le passage, la visagéité (dans le sens que Guattari donne à ce terme).
Parmi les arbres (2021)
Essai de vie commune
Sortie : octobre 2021. Essai
livre de Alexis Jenni
Clément Nosferalis a mis 6/10.
Annotation :
Terminé le 6 janvier.
Qu'est-ce qui fait que je n'ai pas beaucoup apprécié ce livre, alors qu'il aurait dû me plaire ? Un ensemble de vignettes, assez bien écrites, contenant des moments de vie avec les arbres, dans un format court et pensé pour être agréable : qu'est-ce qui m'a manqué, alors que c'est plutôt, comme on dit, "mon genre de livre" ? Peut-être une réflexion plus écologique et politique ; dans ces domaines, on en reste aux allusions plutôt qu'au travail profond. Peut-être aussi des variations plus marquées : très vite, les vignettes autobiographiques se répètent, aucun rythme véritable ne se met en place. Comme l'année dernière avec "Histoire du silence" d'Alain Corbin, le titre prometteur engageait des attentes qui ne sont pas remplies par le contenu.
Mort sur le Nil (1937)
Death on the Nile
Sortie : 1937 (France). Roman, Policier
livre de Agatha Christie
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 7 janvier.
Je le trouve en boîte à livres. Alors que j'étais au-milieu de lectures coriaces, il m'a offert une bouffée d'air frais. Dans la première partie, Agatha Christie fait du Jane Austen, fin et piquant. C'est très agréable. L'enquête est d'un intérêt certain, je suis comme à chaque fois pris dans le labyrinthe. Cela me détend beaucoup, dans une époque où moi comme tous en avons bien besoin.
Les Fables de maître Lie
Sortie : 14 juin 2014 (France). Essai
livre de Lie-Tseu
Clément Nosferalis a mis 10/10.
Annotation :
Terminé le 8 janvier.
J'aime tout ce qui se rapporte au taoïsme et au bouddhisme zen. Cela me détend en profondeur, comme autrefois le stoïcisme et l'épicurisme. Cet opus-ci, le troisième la trinité tao (avec le livre de maître Lao et celui de maître Tchouang) et sans doute le moins connu, contient surtout des apophtegmes, de brèves histoires amusantes ou profondes, des dialogues souvent aporétiques, des contes bizarres, tout un fatras parfois peu cohérent, en bref un livre comme j'aime depuis que j'ai lu le Pascal Quignard de "Dernier Royaume" (cycle dans lequel les références aux contes taoïstes sont nombreuses). Comme souvent en philosophie, je préfère les passages sceptiques à ceux plus affirmatifs ; comme le tao est en grande partie une philosophie négative (il faut d'abord se dépouiller des certitudes, et arrêter de croire que la vie a un sens, du moins un sens qu'on pourrait comprendre), elle me plaît nécessairement. J'ai par ailleurs toujours été attiré littérairement par la philosophie ; les fables me plaisent plus que les traités. Aussi, les oeuvres de Tchouang et de Lie comptent parmi mes livres préférés.
Pays rêvé, pays réel
suivi de Fastes et de Les Grands chaos
Sortie : 1 avril 1985 (France). Poésie
livre de Edouard Glissant
Clément Nosferalis a mis 9/10.
Annotation :
Terminé le 10 janvier.
Adolescent, je suis passé à côté d'Édouard Glissant, qui était trop complexe pour moi. Je l'ai approfondi plus tard, entre autres pour de petits travaux universitaires, mais sans lire encore l'ensemble, qui m'intéresse depuis des années ; aussi bien ses romans que son corpus théorique nécessitent un chantier intellectuel de longue haleine, pour lequel la vie laisse parfois peu d'espace.
Sa poésie s'auréole de mystère, parce que Glissant est à la fois un continuateur de Mallarmé, reprenant notamment sa syntaxe trouble, continuateur de la poésie antillaise, qui cherchait encore à se fonder (avec, chez Glissant, le lien et la rupture -poétique et politique- avec Césaire). Le vocabulaire est difficile parce que se mélangent le vocabulaire classique, le vocabulaire technique et les termes de faune et de flore des Antilles. (Les noms d'oiseaux, d'arbres, de fleurs et de lieux nous sont souvent inconnus.) À cela s'ajoute que sa fondation (l'ancrage dans le "pays") n'est pas de l'ordre de la racine mais du rhizome, de la terre mais du mouvement, de la nomination mais de la relation. Tout est mouvant, archipélique, créole.
Elle nécessite donc un travail herméneutique difficile, très proche de celui qu'on trouve en vérité dans tout un pan de la poésie contemporaine. Je comprends d'ailleurs mal que Glissant soit si peu cité comme référence, alors que sa manière anticipe, et souvent dépasse, assez nettement le travail de poésie qu'on présente souvent comme nouveau.
Soixante-dix fantômes (2025)
(choses vues)
Sortie : 17 octobre 2025. Essai, Culture & société
livre de Nathalie Quintane
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 13 janvier.
Lu d’une traite. Pourquoi lire Nathalie Quintane me fait-il tant plaisir ? Je ne sais pas. Cela paraîtra bête : j’ai ressenti un plaisir équivalent à ce livre-ci qu’au dernier Agatha Christie lu, quelques jours auparavant : l’enquête ne portait pas sur un meurtre, mais sur l’émergence du fascisme en France. Les recueils de « choses vues » me détendent. Plusieurs de ces textes de deux ou trois pages rappellent les petits récits de Kafka, surtout ceux du début du livre. Quand je m’arrête sur la « matière littéraire », je ne sais plus quoi en dire, je ne pourrais pas le conseiller ou le déconseiller à quelqu’un. Anaïs me demande de quoi ça parle et si c’est bien écrit, et je suis bien embêté pour répondre. Cela arrive souvent avec les livres intéressants.
Fantastique Maître Renard (1970)
Fantastic Mr. Fox
Sortie : 1977 (France). Roman, Jeunesse
livre de Roald Dahl
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 15 janvier.
Un vieux challenge coincé dans les limbes de mon esprit voudrait que je lise tous les livres présents dans le "labo de lettres" de mon établissement. Ce livre-ci est parfois étudié en 6e, dans la séquence sur le conte ou dans celle sur la ruse.
J'ai apprécié ce conte très gai et sympathique. Agréable pour des enfants qui entrent dans la lecture.
L'Art de se promener
Sortie : 1996 (France). Essai
livre de Karl Gottlob Schelle
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 16 janvier.
Dans ma librairie de petite ville, ce livre-ci se trouvait dans le mince rayon où les libraires mettent ce qu'elles n'arrivent pas à classer ailleurs. C'est généralement là que gisent les livres intéressants.
Celui-ci m'a plu, malgré certains aspects datés (la croyance que la Révolution française allait inciter tout le monde à habiter à la campagne ; la séparation genrée des rapports à la promenade, etc.). La réflexion est aimable, elle traduit la croyance en un monde plus doux que le nôtre. Je n'ai pu m'empêcher de me replonger dans les derniers Baudelaire après ce livre-ci, avec ses promenades qui sont l'envers de Scheele : rencontres avec la misère et la bassesse, aucun secours dans la nature.
Céleste, ma planète (2009)
Sortie : février 2009. Roman, Jeunesse
livre de Timothée de Fombelle
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 19 janvier.
Continuité des lectures dans mon labo de lettres en collège.
Timothée de Fombelle est un auteur revenu entre mes mains à diverses périodes de mon existence : collégiens, j'avais peu aimé le premier tome "Tobie Lollness" et n'ai pas lu le deuxième ; jeune enseignant, la question d'une participation au "prix Folio des lycéens" se posant, je lus "Neverland", qui me plut très peu également ; à peu près au même moment, jeune père, je lus le très correct album jeunesse "Esther Andersen". Là, je lis ce court roman, que les collègues font souvent lire en 5e, dans l'objet d'étude "L'homme est-il maître de la nature ?" qui, comme tous les objets d'étude intéressants, disparaîtra des programmes l'année prochaine. On pourrait probablement le faire lire dès le CM2.
Je l'ai bien aimé. Ses aspects poétiques sont moins lourds que d'habitude, car plus en phase avec le sujet (opposition classique entre nature et monde numérico-urbain).
Le Banquet des empouses (2022)
Roman d’épouvante naturo-pathique
Empuzjon. Horror przyrodoleczniczy
Sortie : 1 février 2024 (France). Roman
livre de Olga Tokarczuk
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 24 janvier.
Olga Tokarczuk signe un pastiche de "La Montagne magique". Ses rêveries m'amènent souvent vers des réflexions et des images qui me happent. Néanmoins, l'absence de démarrage d'histoire n'est pas compensé par une virtuosité qui enchanterait spécialement. De même, cela manque un peu d'enjeu : la bêtise des personnages (leur misogynie, leur racisme, leur aveuglement à la veille de la Première guerre mondiale) n'est pas compensée par un versant opposé. J'aime beaucoup le style d'Olga Tokarczuk, et j'ai lu ce livre avec plaisir, bien que moindre que dans "Dieu, le temps, les hommes et les anges" ou "Sur les ossements des morts". Un peu comme dans "Les Pérégrins", j'ai trouvé cela très digne d'intérêt, mais manquant un peu de chair.
Le Rêve de Dostoïevski (2025)
Sortie : juin 2025 (France). Poésie
livre de Cécile A. Holdban
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 26 janvier.
J'en parle un peu par ici : https://anathnosfe.fr/2026/02/01/poesie-du-dimanche-30-fragments-1er-fevrier-2026/
Un visage appuyé contre le monde
et autres poèmes
Sortie : 20 février 2025 (France). Poésie
livre de Hélène Dorion
Clément Nosferalis a mis 6/10.
Annotation :
Terminé le 28 janvier.
D'Hélène Dorion, j'avais apprécié "Mes Forêts", découvert quand j'ai dû faire passer le bac dessus.
Ici, j'ai vite été lassé par l'accumulation des métaphores et personnifications, le lyrisme à la papa, cette poésie vague et sans projet qui tient le haut du panier encore aujourd'hui. Sur des blogs, j'ai plaisir à lire ce genre de textes, qui divertissent, font rêver quelques instants, contiennent quelques belles images. En revanche, sur plus de 300 pages, c'est pénible.
Poésie et création
Poésie
livre de Roberto Juarroz
Clément Nosferalis a mis 10/10.
Annotation :
Terminé le 31 janvier.
J'en parle un peu par ici : https://anathnosfe.fr/2026/02/01/poesie-du-dimanche-30-fragments-1er-fevrier-2026/
Guernesey (2025)
Sortie : 21 novembre 2025. Poésie
livre de Guillaume Sire
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 2 février.
J'avoue être resté sur ma faim. Travailler des sujets si rebattus (insularité, le grand poète, le romantisme) était une gageure digne d'intérêt, mais elle n'est pas remplie : les clichés ne sont pas réellement renversés, la réflexion n'atteint pas le degré de profondeur ou de virtuosité que j'espérais. Ce n'est pas désagréable, on y retrouve des lieux communs, dans le sens fort du terme, mais l’œuvre navigue autour de sa cible sans l'atteindre.
Les algorithmes contre la société (2025)
Sortie : 4 avril 2025. Essai, Culture & société, Sciences
livre de Hubert Guillaud
Clément Nosferalis a mis 8/10 et a écrit une critique.
Annotation :
Terminé le 5 février.
Je connaissais la plupart des éléments présentés ici, puisque j'ai suivi le blog de l'auteur, qui était d'un grand intérêt. Cet ouvrage fait la synthèse de son travail. L'ouvrage, bref et incisif, est fait pour convaincre efficacement.
Je redonne un certain nombre de ses propositions politiques, allant directement vers la fin en sautant l'aspect critique des algorithmes et IA, désormais bien connus bien qu'il soit nécessaire d'en reparler régulièrement. Quelques propositions :
-l'obligation pour les ingénieurs, comme pour les avocats et les médecins, de prononcer un serment les obligeant à créer des outils pour le bien commun ;
-la création de services publics numériques ;
-l'obligation non seulement de transparence quant aux algorithmes utilisés, mais aussi de discussion démocratique avec les usagers de ces algorithmes ;
-l'interdiction de croisements des données collectées (McDonald's ne doit pas avoir accès à notre salaire ; la CAF n'a pas à savoir ce que nous consommons) ;
-l'interdiction des algorithmes pour le contrôle social.
Les Vies d'après (2020)
Afterlives
Sortie : 4 octobre 2023 (France). Roman
livre de Abdulrazak Gurnah
Clément Nosferalis a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Terminé le 8 février.
Je voulais lire Gurnah depuis l'obtention de son Nobel, mais la longueur de ses livres m'a fait reculer pendant un temps, tant ma pile à lire est invraisemblable. J'ai eu la chance de trouver celui-ci dans ma médiathèque de village, ce qui m'a décidé. Le modèle du roman familial est repris tel quel, pour proposer une traversée du XXe siècle dans une famille de petits commerçants tanzaniens. Gurnah montre ce que ce modèle peut encore avoir d'émancipateur, quand on le reprend du point de vue des dominés. Il donne aussi un éclairage particulier sur la colonisation et sur le déroulement des guerres mondiales en Tanzanie, surtout la Première : on a tendance, en France, à résumer cette guerre aux tranchées, alors qu'anglais et allemands s'y sont aussi battus dans leurs colonies. Il permet aussi de déployer une polyphonie tanzanienne : les révoltés, les indifférents et les alliés du colonialisme, avec en pointe finale l'individu de la dernière génération, celui qui déterre ce passé douloureux et contradiction. C'est un excellent roman.
Birdsong (2026)
Sortie : 6 février 2026. Essai, Poésie
livre de Pierre Vinclair
Clément Nosferalis a mis 9/10.
Annotation :
Terminé le 9 février.
J'en parle un peu longuement ici : https://anathnosfe.fr/2026/02/10/pour-les-oiseaux/?_thumbnail_id=2359
Victoria rêve (2012)
Sortie : 2 novembre 2012 (France). Roman, Jeunesse
livre de Timothée de Fombelle
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 10 février.
La littérature jeunesse est donc un des fils conducteurs de mon début 2026. Cela me faisait aussi l'occasion de lire un 5e Timothée de Fombelle, auteur que je goûte peu mais dont cet opus-ci m'a plutôt plu. Là encore, c'est un bon récit à faire lire à des enfants de cycle 3 ; cela pourrait donner lieu à une belle séquence en fin de primaire.
Le Droit à la paresse (1880)
Réfutation du « Droit au travail » de 1848
Sortie : 1883 (France). Essai, Politique & économie
livre de Paul Lafargue
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 12 février.
Paul Lafargue a posé un jalon indispensable dans la longue lutte contre l'abrutissement né du capitalisme machinique. Dans son art du pamphlet, il reprend habilement à son compte la morale chrétienne et les observations des libéraux : critique de la richesse excessive d'un côté, démonstration que moins travailler permet de mieux travailler. Aussi bien chrétiens conservateurs que libéraux athées devraient défendre le droit à la paresse, s'ils n'étaient perclus d'idéologies et d'intérêts stupides. Nous travaillons trop par rapport à la production (beaucoup de travaux sont inutiles) ; nous produisons trop par rapport à la consommation (déchets ; crises de surproduction) ; nous consommons trop rapport à nos besoins. En rationalisant tous ces échelons, nous pourrions travailler seulement trois heures par jour. C'est du simple bon sens ; tous les défenseurs du "travailler plus" actuel sont des imbéciles perdus dans leurs idéologies. Lutter contre le surtravail, la surproduction et la surconsommation demeure le combat culturel de fond.
La mer et son double (2026)
Sortie : 8 janvier 2026. Récit
livre de Julia Lepère
Clément Nosferalis a mis 6/10.
Annotation :
Terminé le 12 février.
Enthousiasmé au début, mais le plaisir s'est effiloché en avançant ; la narration se perd, et la prose poétique, belle par endroits, ne parvient pas seule à tenir l'ensemble.
C'est ainsi que nous demeurons libres
Sortie : 4 septembre 2025 (France). Poésie
livre de Yaryna Chornohuz
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 15 février.
Poésie de guerre, qui se doit d'être incisive, pudique bien que lyrique, ne laissant aucune prise à la critique parce qu'elle n'est pas là pour faire de beaux vers, mais pour transcrire la violence vécue et réelle, pour mettre les mots justes sur un combat. On aime parce qu'on aime les luttes anti-impérialistes, ce qu'est bel et bien la guerre en Ukraine, n'en déplaise aux géopolitologues de salon.
La Maison vide (2025)
Sortie : 28 août 2025. Récit, Autobiographie & mémoires
livre de Laurent Mauvignier
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 24 février.
Comme Gurnah, Mauvignier reprend la forme du roman familial, cette fois-ci du point de vue des femmes. En quelques jours, et un peu par hasard, je me retrouve donc à méditer sur la reprise de cette forme, sans doute une des plus puissantes qu'ait produit la littérature moderne. Il s'agit pour Mauvignier d'enquêter sur les destins de femmes écrasées par leurs maris, leurs enfants et l'Histoire. Chez lui aussi, c'est une traversée du XXe siècle, puisque nous n'en avons pas fini de méditer sur ce siècle d'enfer, le plus violent de toute l'histoire humaine, scandale ultime pour toute personne qui croyait au progrès. Il a l'art de prendre le temps, d'allonger les scènes, de nous faire tourner autour du piano et des sentiments possibles. C'était un très bon roman, vraiment de la graine de Goncourt les années de bonne cuvée. Cela m'a tout de même paru long.
La Tragédie du roi Christophe
Théâtre
livre de Aimé Césaire
Clément Nosferalis a mis 8/10.
Annotation :
Terminé le 25 février.
Si j'ai pu méditer ci-dessus sur la forme du roman familial, je reviens ici sur la forme de la tragédie shakespearienne, qui a eu elle aussi une grande postérité au XXe siècle et aujourd'hui (la trilogie de Césaire, mais aussi les pièces de Heiner Müller, puis Wajdi Mouawad, etc.). La structure shakespearienne, avec son mélange de prose et de poésie, de tragique et de bouffon, de questions politiques et de folie des dirigeants, permet à Césaire d'interroger la montée et la chute du roi Christophe, de méditer sur l'histoire d'Haïti, de même qu'"Une Saison au Congo" méditera sur la montée et la chute de Patrice Lumumba. La question la plus profonde, que Césaire déploie sans pour autant y répondre, est celle de l'imitation des Européens : la cour de Christophe imite les cours européennes, avec un aspect risible tout en étant toujours implacablement sérieuse, -la structure politique des pays décolonisés doit-elle se calquer sur les institutions européennes ou revenir à des structures plus anciennes, plus particulières aux peuples noirs ? Avec cette double pince : les structures européennes mènent à l'impérialisme, les structures pré-coloniales ont disparu et leur reconstitution relève du mythe, et d'ailleurs ces sociétés étaient elles aussi très inégalitaires. L'idéal serait de trouver une nouvelle forme, ni prétendue originelle ni calquée sur la société coloniale, -l’œuvre d’Édouard Glissant sera centrée sur cette recherche.
Melancolia (2019)
Sortie : 14 janvier 2021 (France). Recueil de nouvelles, Recueil de contes
livre de Mircea Cărtărescu
Clément Nosferalis a mis 9/10.
Annotation :
Terminé le 6 mars.
Les œuvres de Cartarescu m'enchantent toujours, parce qu'il parvient à être grandiloquent sans jamais être ridicule, ce qui n'est vraiment pas facile. Le premier conte est tout à fait borgésien, les suivants reprennent son fantastique habituel, sur fond d'horreur cosmique, bien que ce tome-ci soit finalement beaucoup moins désespérant que d'autres. Il se soutient par ses images et sa syntaxe, il ne vit en vérité que par elles, comme toute œuvre postmoderne qui se respecte.
Chien 51 (2022)
Sortie : 2022 (France). Roman, Science-fiction
livre de Laurent Gaudé
Clément Nosferalis a mis 5/10.
Annotation :
Terminé le 7 mars.
Laurent Gaudé prend des risques à chacun de ses nouveaux livres, en explorant à chaque fois un genre et/ou une aire culturelle différente. Soit. La dystopie est un genre à la mode, que j'apprécie : aussi, beaucoup de facilités m'ont sauté aux yeux. Par exemple, le contenu politique est tout à fait indigent, la dystopie ne permet que de mettre en place une ambiance crasse de roman noir. On débouche sur un roman policier, entrecoupé par une élection et la nostalgie de la Grèce d'où est parti le personnage principal. Comme toujours chez Laurent Gaudé, le personnage féminin est tout à fait navrant, le male gaze est permanent. La prose hachée rate ses effets dramatiques. Je me suis arrêté avant la fin.
La Fille du capitaine (1836)
Kapitanskaïa dotchka
Sortie : 1836 (France). Roman
livre de Alexandre Pouchkine
Clément Nosferalis a mis 7/10.
Annotation :
Terminé le 7 mars.
J'avais plusieurs fois commencé ce court roman. Le début est en effet assez laborieux. C'est beaucoup mieux quand commence la guerre. On arrive finalement à un bon roman historique, culte par son aspect fondateur dans la littérature plus que par ses qualités intrinsèques : on aime "La Fille du Capitaine" parce qu'il annonce "Guerre et Paix".

































