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Il était un fois, en Abistan. Un immense empire qui recouvrait – dit-on – toute la surface du globe. Un immense empire sur lequel veillent le grand Yölah et Abi, son délégué. Un immense empire verrouillé à tous les niveaux de la société, dans lequel la pensée personnelle est proscrite. Chercher à savoir et vouloir comprendre sont déjà des crimes patentés qui conduisent tout droit l’hérétique à la torture et à l’exécution capitale.

Chacun est un électron au milieu d’un tout. Un tout qui est tout et où chacun n’est rien. Les contrôles sont omniprésents. La délation vivement encouragée. Les initiatives cruellement réprimées. Une odieuse société orwélienne dans laquelle les habitants sont confinés à leur quartier et leur fonction dans l’ignorance la plus totale du reste du monde. Pour chacun, l’Abistan est éternel : il a toujours existé et existera toujours. Une amnésie du passé savamment entretenue par le pouvoir désireux de tuer dans l’œuf tout sentiment de nostalgie et volonté de changement.

Au milieu du vaste troupeau de moutons blancs, Ati se pose beaucoup de question. Il a commencé à douter. Et lorsque le doute s’insinue en nous, plus rien ne peut le stopper. Sa foi vacille. Il aimerait savoir pourquoi il existe des contrebandiers. Car la contrebande n’est possible que s’il existe une frontière. L’Abistan ne couvrirait donc pas l’ensemble du globe. Où se trouve cette frontière ? Et surtout, qu’y a-t-il de l’autre côté ? Qu’y avait-il avant ?

Mais Ati est intelligent. Il sait mener sa quête de la vérité de façon discrète et, peu à peu, à pénétrer l’organisation clanique du pouvoir…

Dans la lignée de 1984 auquel Boualem Sansal fait ouvertement référence, l’auteur s’attaque aux dérives de l’extrémisme religieux. Avec un courage certain quand on sait que l’auteur est algérien, vit en Algérie et que la plupart de ses livres sont déjà interdits dans son pays. Même si son nom n’est jamais cité, c’est évidemment le modèle de l’Islam qui est décrié. Cet Islam que Boualem Sansal qualifiait de « peste verte » dans un précédent roman (Harraga, publié en 2007) : les neuf prières journalières, la soumission des femmes enveloppées dans leur burniqab, les lapidations en place publique, les martyrs donnant leur vie pour le grand Yölah et Abi son délégué, le livre sain (Gkabul) organisés en versets, les mockbas (mosquées), les mockbis (mollah) et autres midras (madrassas)…

Un roman fort bien écrit (c'est du Sansal, tout de même : un sérieux gage de qualité) que j’ai jugé intéressant sur le fond mais souvent ennuyeux sur la forme. Car le romancier laisse souvent la place au conférencier décrivant d’un ton docte l’organisation de la société dans de longues tirades qui nuisent beaucoup au rythme du livre. Ati, le personnage central, n’est pas le narrateur. Son histoire nous est compté – de loin – par une voix off. Le roman est donc très narratif, très descriptif et se borne souvent à la présentation de différents tableaux qui, mis bout à bout, éclaire d’une lumière crue une dictature religieuse dans laquelle s’affrontent plusieurs clans, ou courants de pensées pour la possession du pouvoir et de la domination.

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