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Désolations

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David Vann avait connu le succès avec son premier livre, « Sukkwan island » qui avait obtenu le prix Médicis étranger (lire l'article sur ce site).

Il revient cette année avec un nouveau roman portant sur les froides îles d'Alaska. Le titre original est d'ailleurs « Caribou island » et prolongeait donc ce cycle insulaire, où ses personnages sont en quête d'eux-même dans ces étendues glacés, espérant que la rigueur de la nature les emmènera au plus près d'eux-mêmes.

Gary et Irene sont arrivés en Alaska en poursuivant cet idéal de nature et d'aventure. Mais l'aventure est devenu une vie familiale, et un quotidien. Une fois leurs deux enfants grands, Gary se reprend à rêver d'une cabane dans la déserte Caribou island, et d'un hiver solitaire au milieu du lac gelé. Mais Irene se met a ressentir des douleurs terribles et incompréhensibles, dans l'appréhension d'un projet utopique où elle ne trouve pas sa place.

Leur fille Rhoda a grandit dans cette Alaska austère. Elle attend avec impatience son mariage avec Jim, dentiste et homme fortuné. Mais Jim court aussi après un rêve et et devant sa frustration, il s'éprend de la belle Monique, aventurière intéressée et égoïste qui abandonne sans délicatesse son petit ami Carl.

Désolations...C'est l'histoires de ces parcours d'errance, de ces hommes et femmes qui se débattent avec leurs rêves fanés. L'Alaska, avec ces paysages désolés justement, offre un terrain à ces quêtes désespéré d'une vie meilleure, ou d'une révélation mystique. Mais ces plaines gelés restent imprenables pour ces rêveurs perdus, ces « ratés » qui ne peuvent qu'échouer d'avantage. On ne se trouve pas en Alaska, où ne survivent que les gens véritables.

Et Jim d'avoir ce moment de lucidité:

« En cet instant, l' Alaska lui semblait le bout du monde, une terre d'exil. Ceux qui ne trouvaient pas leur place ailleurs venaient ici, et s'ils ne s'ancraient nulle part en Alaska, ils basculaient dans l'océan. Ces villes minuscules dans l'espace immense, ces enclaves de désespoir ».

L'égoïsme est souvent l'entrave qui aveugle les personnages de David Vann. Gary pense mériter une vie meilleure et détruit la vie de sa femme qu'il associe à son désastre. Jim attend d'aventures sans lendemain de lui donner le goût de supporter sa vie de couple. Monique cherche à tuer son ennui entre les voyages et le luxe.

Mais on ne se trouve pas dans le vide, on s'y perd.

La maladie mystérieuse d' Irene est l'image de cette angoisse sourde qui parcours tout le roman, et la crainte de chacun « et si finalement je ne m'en sortais pas? Et si tout cela ne devait pas changer? ».

David Vann décrit donc avec talent cette Alaska où il a grandit, ce mirage où tant d'aventuriers s'égarent dans les immensités glacés. Une terre pour les hommes durs des neiges, et non pour les rêveurs. On apprécie d'autant plus l'oeuvre du romancier.

Emma Breton

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