Avec son pitch qui ressemble à un mélange entre La terre demeure et Ravage, Dans la forêt est un récit de nature's writing qui serait tout à fait classique, n'était son cadre (un peu) post-apocalyptique.
Un peu, parce que, contrairement à la plupart des oeuvres que l'on peut citer dans le genre post-apo, il ne s'agit ni de survivre dans un monde hostile (La terre brûlée, Ravage), ni de reconstruire un début de civilisation (Malevil, Que la terre demeure). Il s'agit simplement de réapprendre à vivre en harmonie avec la nature.
C'est donc, logiquement, la société de consommation qui est dans le viseur de Jean Hegland. Alors Dans la forêt s'avère parfois une utopie, ou comment vivre en harmonie avec son environnement.
La narratrice et sa soeur vivent dans une maison nichée au coeur de la forêt. Nées de parents atypiques, elles étaient déjà marginales avant que la civilisation ne se désagrège. Aussi sont-elles sans doute mieux armées que le citadin moyen pour survivre.
Pour autant, tout ne va pas de soi. Il est difficile d'abandonner un mode de vie sédentaire, la protection de la maison, le confort des livres pour savoir ce qui est bon ou pas. L'encyclopédie peut-elle, néanmoins, apprendre à saisir le monde?
C'est donc aussi une histoire de coming of age, un récit initiatique. Tout ne va pas de soi. Il faut réapprendre ce que les indigènes savaient il y a déjà des millénaires. Mais surtout, il faut désapprendre. Ainsi de la danse, qui devient tant qu'elle est classique l'expression d'un mode de vie dépassé, la résurgence d'une vie dépassée, alors qu'elle peut aussi être l'expression de la joie simple d'être au monde.
La nature recèle de réelles richesses, pour qui sait les chercher. Il faut pourtant accepter la cruauté du monde. Accepter qu'on puisse être blessé, qu'on puisse avoir mal, qu'on puisse tuer si nécessaire, aussi. Ainsi, on retrouve une humanité perdue. Car la vie cesse d'être une recherche de comment repousser les limites. De comment se retrancher du monde, jugé dangereux. On se contente de vivre, de profiter du fait d'être en vie. Les besoins sont résolus quand ils apparaissent. La nature y pourvoyait, elle peut encore y pourvoir.
Et alors que se referme le roman, se dessine la possibilité de revenir aux premiers âges du monde.
Et si la civilisation n'était pas forcément un progrès?