La maison vide est un chef-d'œuvre du XXIᵉ siècle.
Mais ce n'est pas un chef-d'œuvre aimable.
Il retrace l'histoire d'une famille de propriétaires terriens qui vit de la propriété des terres familiales ou acquises par mariages.
C'est un patriarcat qui repose sur un système féodal.
Les femmes reprisent les chaussettes et font les confitures.
Les hommes font semblant de gérer le patrimoine familial.
3 hommes se succéderont mais ce sont les femmes qui, en secret, font tourner la boutique : Jeanne-Marie (dont on apprend le nom que tardivement tant elle est désignée par les chaussettes et les confitures), jusqu'à ce qu'elle reprenne les rênes de la propriété lorsque son mari meurt et que son gendre parte dans les tranchées de la Première Guerre mondiale où il mourra.
Sa fille Marie-Ernestine envoyée étudier au couvent où elle découvrira le piano, la musique et l'amour pour se retrouver imposer un homme qu'elle méprise (celui qui mourra en 1916 à Verdun).
De cette union naitra Marguerite, mal aimée par sa mère et qui sera tondue à la Libération pour avoir couché avec un officier allemand, lors de démarches pour connaitre le sort de son mari prisonnier en Allemagne.
Parlons enfin du style que certains paresseux ont désigné comme proustien.
Certes, les phrases sont longues, mais il n'y a pas d'incises comme chez Proust.
Laurent Mauvignier déteste les points finaux et bâtit son récit sur tous les autres signes de ponctuation, jusqu'à s'avouer vaincu et conclure sur un point.
Je n'ai pas lu tout ce qui a été publié en France en 2025, mais c'est probablement le récit le plus fort, appuyé par une écriture sèche mais vivante.