Delphine de Vigan écrit sur sa mère. Un texte qui s'ouvre et s'achève avec la mort de Lucile parvenue au bout du chemin, qui ne désire pas aller plus loin mais au contraire de mourir vivante.


Delphine de Vigan nous raconte sa famille. La famille de sa mère. Les grands-parents au sommet de la pyramide, puis les oncles et tantes (neuf en tout), les cousins et cousines. Une histoire ponctuée par les drames. Des drames à répétition. Des drames qui viendrait à bout des plus robustes : la morts de trois des frères, les suicides de divers membres de la famille, le viol et l'inceste qui surgissent ici et là. Des enfants élevés de façon « libérale » (avec une certaine dose d'inconscience, d'irresponsabilité... de laxisme). Des enfants qui subissent plus qu'ils ne profitent.


Lucile est une enfant mystérieuse, secrète. A la beauté stupéfiante. Elle semble de marbre et paraît pouvoir tout encaisser. Mais elle est fragile et se fendille sous les yeux du lecteur. Jusqu'à l'effondrement qui la conduira en asile psychiatrique, plusieurs fois, plusieurs années. Avec des traitements médicamenteux très lourds.


Parallèlement à sa narration, Delphine de Vigan nous conte ses propres difficultés. Difficultés dans son enquête auprès des siens, difficulté à obtenir les confidences (bouleversantes), difficulté avec ses propres souvenirs, difficulté à dévoiler des secrets de famille. Difficulté à écrire sa mère : la bipolarité de Lucile, ses angoisses, ses terreurs, ses dépressions, ses périodes d'euphorie, de surexcitation. La romancière est terrifiée par la réaction des siens à la lecture de son texte. Sans cesse reviennent, tel un leitmotiv, ses hésitations : poursuivre cette entreprise au risque de se brouiller avec sa famille, abandonner et renoncer à son livre ? Evoluer sur le fil du rasoir et parvenir à concilier sa famille et son livre ? Et ce livre... est-il réellement un hommage vibrant d'amour comme elle le souhaite ou au contraire une trahison ?


Un livre bouleversant. Passionnant. Poignant. Un livre difficile à poser tant il accroche le lecteur. Une écriture que j'ai trouvée très vivante, facile malgré la gravité du sujet. Un livre fabuleux qui est parvenu à me tirer une larme une fois la dernière page achevée.

BibliOrnitho
9
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Le 20 juin 2012

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