Chernobyl, la minisérie de HBO (5 épisodes d’une heure) est disponible sur Google Play et OCS.
Après le polar du français Morgan Audic lu il y a peine quelques jours, après la BD (Un printemps à Tchernobyl), après le roman quasi journalistique (La Supplication) dont on retrouve d’ailleurs un passage dans la série, après l'autobiographie (86 année blanche), on ne pouvait manquer la série qui dépasse largement les ambitions du petit film coréen Pandora (2017).
La série de HBO a un sacré atout : elle éclaire les jours après l’explosion initiale et les catastrophes successives soigneusement passées sous silence jusqu’ici auxquelles nous avons échappé grâce au sacrifice de quelques héros confinés dans l’anonymat.
La seconde explosion qui aurait rasé toute l’Europe centrale, Allemagne comprise et que nous ont évité trois ‘volontaires’ : Ananenko, Baranov et Bezpalov [clic].
La contamination de la nappe phréatique, du Dniepr et de la Mer Noire que des mineurs désignés volontaires ont évité en venant creuser sous le réacteur pour installer un système de refroidissement.
Ces accidents bien plus graves que l’explosion initiale pourtant déjà bien suffisante, n’ont été évités que de justesse et sont restés longtemps dans l’ombre pour ne pas effrayer l’homo europeanus.
Si l’on doit rendre justice à HBO de mettre ces infos sur la grand place publique, le scénario pêche par le dossier à charge de l’accusation du régime communiste (ce qui explique d’ailleurs les réactions russes depuis la sortie de la série) : non pas que l’on cherche ici à excuser les apparatchiks de Gorbatchev mais il est beaucoup trop commode de diaboliser ainsi l’impéritie communiste, ce qui sous-entend forcément que chez nous ça ne peut pas se passer comme ça.
Les dosimètres russes étaient bloqués à un seuil maximum ridicule ? Oh, quelle horreur. C’est impensable chez nous, ce serait un peu comme si BMW trafiquait ses mesures de pollution diesel !
Le Comité Central refuse de prévenir et évacuer la population ? Oh, quelle horreur. C’est impensable chez nous, ce serait un peu comme si un ministre se déclarait responsable mais pas coupable d’avoir étouffé un scandale sanitaire.
‘Heureusement’ pourrait-on dire, Fukushima viendra répéter l’avertissement quelques années plus tard et confirmer définitivement que l’accident nucléaire, ça n’arrive pas que chez les soviétiques mais aussi dans une riche démocratie réputée efficace et préparée.
Les scénaristes ont pris quelques (petites) libertés avec ce qu’il est convenu d’appeler la vérité historique [clic] et même créé un personnage (presque) de toutes pièces. C’est le prix à payer pour sortir du documentaire Arte confidentiel et passer à un cinéma regardable (et regardé) par le grand public : la série est mieux notée que Game of Thrones sur IMDb.
Le tandem formé de l’apparatchik Chtcherbina et du scientifique Legassov fonctionne plutôt bien, tout en économie de paroles, tous deux écrasés par le poids de leurs responsabilités. Le vrai Legassov se sera effectivement pendu deux ans plus tard en laissant son témoignage sur quelques cassettes audio, après avoir envoyé des dizaines et des dizaines de ‘liquidateurs’ à la mort ... et sauvé notre monde.
Le générique de fin lui rend hommage ainsi qu’à tous ceux qui se sont sacrifiés en ces lieux désormais maudits.
Une bonne partie du tournage a eu lieu en Lituanie, dans une banlieue de Vilnius construite à peu près en ... 1986 et dans la centrale lituanienne de Visaginas, une petite sœur de Chernobyl (même réacteur) arrêtée en ... 2009 (le dernier réacteur de Chernobyl, redémarré peu après après l’accident de 1986, s’arrêtera en 2000).