...j'avais acheté cette série parce qu'elle était en soldes et parce que le synopsis me paraissait intéressant mais je ne m'attendais pas du tout à cela ! Pour être honnête, je ne suis pas un grand amateur de séries pour la simple et bonne raison que j'ai toujours l'impression de perdre mon temps sur des récits qui vont finir en clichés ou en grandes débandades pour des qualités narratives parfois intéressantes mais rarement au niveau d’œuvres en format unique (les films par exemple). De ce fait, je ne savais même pas que cette série avait une telle réputation avant de fouiller un peu le web pour compléter mon visionnage qui s'avérait rapidement de plus en plus immersif.


Je ne vais pas répéter les analyses qu'on lit partout et simplement livrer mon ressenti personnel.


Le premier point fort de cette série est qu'elle prend son temps pour poser les choses , et ce à chaque nouvelle saison. C'est une manie que beaucoup de personnes abhorrent dans les films, séries ou livres mais - par expérience - on ne peut pas vraiment développer une oeuvre qui a du corps si on se précipite sur l'action. Je n'ai rien contre les séries d'action comme The Shield, bien au contraire, mais j'ai vu beaucoup trop de trucs qui passent à la télévision ou au cinéma qui font le choix "moderne" du spectaculaire ou du "stylé" (phrases chocs - "punchlines" et "twists" en tête). Dans The Wire, les réalisateurs ont pris le temps de développer - non pas seulement les personnages - mais surtout une peinture du contexte qui entourera la série et la saison en cours. La plongée dans la ville et dans le système en place est donc palpable et permet de mieux aborder les tenants et aboutissants de chaque situations. Certains diront que la série est "non manichéenne" mais c'est une appellation réactive un peu simpliste. Je dirais tout simplement que la série est "humaine" : qu'on adhère à la personnalité d'untel ou untel, la chaîne d’événements et d'influences qui ont abouti à des décisions de vie et des événements est compréhensible, par forcément complexe mais au moins sujettes à des conflits intérieurs.
Alors bien sûr, c'est une série qui a des objectifs de visionnage. Il y a évidemment des têtes à claques qu'on pourrait qualifier aisément de "'méchants" et d'autres qui sont clairement "les gentils". De même, il est évident que les personnages principaux s'en sortent plus facilement dans les situations à risque. Mais globalement, on ne sent pas non plus que ce personnage s'en est sorti au motif de sa popularité dans la série - ou à de rares fois - quand la mort ou la sentence doit s'abattre, elle s'abat.


Ce dernier point est intéressant parce qu'elle ramène à une autre force de The Wire : la simplicité et la "crudité". Mis à part une ou deux scènes clés, les exécutions ne donnent pas lieu à des dialogues abracadabrants de 10 minutes ; non, le mec se prend une balle et disparaît de l'écran en quelques secondes. Il s'agit là de ce que certains appellent "documentaire" entre autres. Ne vous y trompez pas, comme je vous l'ai dit la série reste une fiction et doit proposer des péripéties "incroyables" (certaines le sont d'ailleurs trop pour être vraiment plaisantes, le cas du tueur en série par exemple fait un peu tâche) et , certaines l'étant vraiment (surtout à partir de la saison 3 voire 2, la série gagnant en ampleur). Je qualifierai donc cela de "réaliste", c'est-à-dire d'humain. En sortant des considérations qualités/défauts (qui sont justement dans le système manichéen), on peut dire tout simplement que The Wire propose une belle galerie de personnages qui couvrent un large spectre de personnalités, de rapports à la vie et de problèmes du quotidien : je pense que toute personne qui regardera cette série s'identifiera à un personnage et aura envie de discuter du cas d'untel ou untel (pour ma part, j'ai redécouvert cette âme de gamin avide de discuter des situations de sa série fétiche), ce qui est plutôt rare.


La construction de la série est également plutôt intelligente voire couillue. La saison 2 notamment dénote beaucoup dans la série par sa couleur éloignée du milieu de la drogue (du moins sur une bonne partie de sa durée). J'ai beaucoup aimé l'histoire du port, son ambiance presque nostalgique et sa place générale dans la série. Cette parenthèse illustre d'ailleurs pour moi la sensation de "noyade" que l'on ressent en visionnant cette série. Par "noyade", j'entends par là cette opposition - ou plutôt apposition - qui est faite entre le général et le particulier.
Le général, c'est Baltimore - ou plutôt son incarnation - le système, les "traditions", les classes sociales, les rapports. C'est un leitmotiv dans la série appuyé par le remarquable plan final : quoi qu'il se soit passé à un niveau individuel, tout reste pareil. Cette même couleur demeure sous des apparences différentes.
Le particulier, ce sont les microcosmes, les éléments qui sont les incarnations de l'ensemble. Quand l'histoire du port est achevée, ce lieu rejoint le décor et ses personnages sombrent dans l'oubli : ils deviennent même des figurants. Cet engloutissement, tel que celui qui a frappé les tours de la drogue, est saisissant et place The Wire sur deux plans de conscience en dialectique. Bref, pour dire cela simplement (et de manière intelligible cette fois), la série dont je parle offre une maîtrise à la fois sur le plan des intrigues de gens mais aussi sur son sujet général : la réussite est donc totale ! Les plus "joueurs" d'entre nous se délecteront d'ailleurs de l'imagerie et du jeu de perspective qui se fait tout au long de la série : de la scène du plateau d'échec aux multiples phrases d'esprit, il y a de quoi faire plaisir à votre cerveau.


Pour conclure cette critique - assez froide je dois dire - je dirais simplement que The Wire est une série saisissante et profondément addictive par sa profondeur et ses couleurs humaine et sociétale. Vaste toile impressionniste si perçue avec de la hauteur, elle se découvre riche, détaillée quand on l'observe avec une loupe. Je pense d'ailleurs que c'est là le sens final de l'imagerie que reçoit McNulty à la fin du dernier épisode. Ce jeu de perspectives qui émaille la série y trouve une synthèse finale...ou plutôt le début d'un nouveau cycle ! Il s'agit là bien d'un chef d'oeuvre de conception et de narration qui - pour une fois - prend ses téléspectateurs pour des adultes et non des adolescents attardés. Regarder une autre série sur le créneau "sérieux" après celle-ci va assurément s'avérer difficile tout comme l'a fait A la Recherche du Temps Perdu de mon goût pour la lecture.

Foulcher
9
Écrit par

Créée

le 26 août 2017

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