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SuivreLa guerre des polices
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Bon. Le 36, c’est une maison sérieuse. Enfin, sérieuse… Tant que personne ne parle d’avancement. Dès qu’un fauteuil se libère, les collègues se rappellent brusquement qu’ils ont des coudes.
Olivier Marchal nous colle deux patrons de la police judiciaire sur la même affaire. Léo Vrinks d’un côté, Denis Klein de l’autre. Au bout, une bande de braqueurs à coincer et une place de directeur à prendre. Autant mettre deux chiens devant la même côtelette et réclamer de la discipline. Le Marchal, il connaît la boutique. Les bureaux où le café a rendu les armes, les indics qui vendraient leur belle-mère pour une remise de peine, les chefs qui parlent de loyauté avec la main sur votre dossier. Tout ça sonne juste. Même les silences ont l’air de savoir des choses. Et puis il sait tenir une caméra, le bougre. Quand ça défouraille, on comprend qui tire, sur qui, et pourquoi. Ça paraît élémentaire, mais de nos jours certains réalisateurs vous secouent l’image comme un tapis et appellent ça de l’action. Ici, les scènes sont propres. Le danger vient des hommes, pas du montage.
Auteuil, lui, travaille à l’économie. Pas de moulinets, pas de grosse voix. Vrinks regarde, réfléchit et cause seulement quand il a quelque chose à dire. Le genre de type qui entre dans une pièce et repère tout de suite la sortie, le menteur et la bouteille. Il n’est pas blanc comme neige, attention. Il connaît les combines et pense pouvoir les utiliser sans finir dedans. C’est toujours ce que pensent les malins juste avant l’addition. En face, Depardieu nous sort un Klein gonflé à l’orgueil. Le gars ne veut pas seulement le poste. Il veut que Vrinks ne l’ait pas. Nuance. À partir de là, il ne mène plus une enquête, il règle une affaire personnelle avec les moyens de la République. Et quand un jaloux reçoit une arme, des hommes et un tampon officiel, il faut prévoir des serpillières. Depardieu en fait beaucoup, mais Klein est justement un homme qui déborde. Il bouffe l’écran, les règles et la patience de ses collègues. Auteuil serre les dents pendant que Depardieu serre la gorge. Les deux ne jouent pas pareil et c’est pour ça que le duel tient.
Les seconds rôles ont aussi de la tenue. Pas des figurants déguisés en policiers avec un dossier vide sous le bras. On croit aux brigades, aux vieux copains, aux services qui se détestent et aux fidélités qui survivent tant qu’elles ne gênent pas la carrière. Chacun connaît sa place. Chacun aimerait bien celle du voisin.
Côté image, Marchal n’a pas commandé beaucoup de soleil. Du gris, du bleu, des nuits humides et des appartements où même les lampes ont mauvaise mine. Pour un mariage, ça manquerait de gaieté. Pour cette histoire-là, c’est exactement ce qu’il faut. Paris ressemble à une ville où tout le monde a quelque chose à cacher et pas assez de coffre pour le mettre.
Le scénario démarre fort. L’enquête avance, les coups tordus aussi, et chaque décision revient un peu plus tard avec les intérêts. Seulement, sur la fin, Marchal commence à charger le camion. Un drame, puis un autre, puis encore un pour la route. On avait compris que la vie des flics n’était pas une colonie de vacances. Pas besoin de faire signer le registre.
La musique se mêle également de ce qui ne la regarde pas. Auteuil baisse les yeux, Depardieu se décompose, la scène fonctionne… et voilà les violons qui viennent certifier l’émotion en trois exemplaires. Merci messieurs, le dossier était déjà complet.
Quant aux personnages féminins, ils sont surtout là pour aimer les hommes et payer leurs bêtises. Elles ont de la présence, mais pas assez de jeu. Dans un film qui passe son temps à expliquer que chaque acte entraîne des conséquences, ce sont encore elles qui reçoivent le paquet sans avoir passé la commande. C’est commode.
Mais ne faisons pas les difficiles. 36 Quai des Orfèvres, c’est du bon polar français. Du tendu, du méchant, avec des acteurs qui savent tenir une scène sans agiter les bras comme des sémaphores. Le film connaît ses flics, leurs méthodes et surtout leurs excuses. Parce qu’un homme qui triche trouve toujours une raison. Un homme qui triche pour une promotion en trouve généralement deux.
Créée
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