Les producteurs James Wan et Peter Safran continuent de faire travailler leur univers étendu : le Conjuring-verse, en produisant à tour de bras des spin-offs à succès. Tête de gondole du projet, la poupée Annabelle en est déjà à son troisième opus et après deux premiers films pas franchement folichons, très moyen, autant dire qu’il était difficile d’attendre quelque chose de cette énorme production.
James Wan et Peter Safran se rabattent sur le scénariste Gary Dauberman pour écrire et réaliser le troisième film de la saga sur la poupée maudite. Dauberman, qui n’a de féroce que son nom de famille, n’est pas un imposteur, mais un réel amateur du genre pour lequel il a signé beaucoup de scripts dans le Conjuring-verse comme Annabelle, Annabelle : Creation et enfin The Nun. Sa présence derrière la caméra est donc méritée. Il ne fait d’ailleurs pas un pire travail qu’un réalisateur lambda du Conjuring-verse.
Annabelle Comes Home sort le 28 juin 2019, la même année qu’un autre film du Conjuring-verse : The Curse of La Llorona qui est sortie le 17 avril 2019. Le spectateur, dont moi, va sûrement avoir un ras-le-bol du Conjuring-verse avec deux sorties en à peine plus de deux mois.
Jusque-là, le but des spin-offs était de présenter les origines des démons de la saga et de creuser leur aura si charismatique. Si le premier film de la poupée maudite ne l’avait pas fait comme prévu, le second avait rempli ce cahier des charges comme il le fallait. Tout avait été dit et montré dans cet épisode, alors pourquoi donc nous livrer un troisième titre ? Que peut-il apporter de plus ? Rien du tout !
Annabelle Comes Home n’exécute qu’une seule chose : faire le pont entre cette saga secondaire et les films principaux de James Wan (en incluant dans le scénario la famille Warren). Sur le reste, cette suite n’est qu’un bonus à l’histoire de la poupée. Une intrigue dispensable servant à confirmer son aura pourtant bien affirmée, étant donné que le tout n’aboutit à aucun dénouement. Que ce soit pour les personnages ou bien pour le démon éponyme en lui-même. Celui-ci s’échappe de sa vitrine et provoque un capharnaüm en stimulant d’autres entités avant d’être enfermé à nouveau. Fin. Pas d’apport au background, pas de développement pour les personnages récurrents, rien. Juste un prolongement dispensable qui ne sert strictement à rien.
Patrick Wilson et Vera Farmiga sont annoncés en grande pompe comme faisant partie du casting ainsi que leur fille, Judy Warren, interprétée par McKenna Grace, mais par des subtilités scénaristiques, les époux Warren sortiront vite de l’équation. Juste une jolie coup de promotion qui n’est qu’un mensonge. Le film se concentrera donc sur Judy Warren ne révélant pas grand chose de sa relation avec ses parents.
Le film est d’ailleurs dédié à Lorraine Warren qui est décédée le 18 avril 2019, un jour après la sortie de The Curse of La Llorona. Sa grande implication sur le The Conjuring de James Wan a sûrement fait de ce dernier un meilleur film. Merci à elle et qu’elle repose en paix rejoignant son époux Ed Warren.
Le reste du casting est complété par Madison Iseman qui interprète Mary-Ellen la baby-sitter et par Katie Sarife qui interprète Daniela Rios, une jeune fille un peu trop curieuse des sciences occultes. Pas grand chose à dire sur ces deux jeunes actrices qui ne sont ni bonnes, ni mauvaises, à l’image de ce film.
Le musée occulte des époux Warren passionne les fans d'horreur depuis la sortie du premier film du Conjuring-verse. Cette pièce (qui existe réellement) renferme en effet tous les artefacts maudits que les démonologues ont rapportés de leurs différentes affaires paranormales. Si Annabelle est de loin l'objet le plus dangereux de cet endroit, de nombreux autres méritent notre attention. Et le film va nous entraîner à leur rencontre à la manière d'un tour de train fantôme où différentes créatures surgissent de l'ombre pour terrifier les visiteurs.
Ce qui est attrayant, c’est la galerie de démons libérés au contact de la poupée maudite : de l’armure japonaise possédée au loup-garou, en passant par une représentation de Charon le Cocher des Enfers, on peut prétendre que le film aura de quoi nourrir d’autres spin-offs selon l’engouement du public. Il arrive même parfois qu’on oublie Annabelle et le démon qui l’habite, au profit des petits nouveaux.
Là où l’univers trouve également ses limites, c’est dans sa structure horrifique. Depuis le premier film du Conjuring-verse, chaque film use de la même recette : mettre mal à l’aise le public en abusant d’une atmosphère satanique et des éternels jumpscares, effets les plus faciles et gratuits du cinéma d’horreur. Quelque part, James Wan le faisait aussi, mais son talent de metteur en scène lui permettait de jouer avec les attentes du spectateur et de le surprendre avec beaucoup d’ingéniosités. Pour les autres films, c’est juste une application banale de cette recette, les réalisateurs ne cherchant nullement à renouveler l’expérience. Et du coup, à force de se reposer sur de tels lauriers, plus rien n’impressionne. Ce film, c’est une fois de plus la même chose, un énième film d’horreur comme il en existe déjà tant, qui tente de compenser avec de l’humour à la limite de la parodie.
La qualification de train fantôme prend tout son sens avec Annabelle Comes Home. En effet, il s’agit d’une attraction. Un manège qui ne cherche qu’à distraire les gens en les effrayant avec des clichés horrifiques. Il n’y a pas à dire, ce troisième opus de la poupée arrive à amuser un public ne regrettant nullement l’achat de son ticket. Il est vraiment dommage de voir à quel point le Conjuring-verse n’est qu’une attraction. Ce qui ne rassure pas pour le prochain Conjuring, ni sur le devenir de la franchise, qui s’élargira prochainement avec la suite de The Nun et un projet inédit sur The Crooked Man qui peine à se concrétiser. Divertissant mais navrant…