Where is my mind ? My mind is in the Backrooms

Enfin vu, malgré quelques soucis par-ci par là et le fait de ne pas avoir eu exactement le plot auquel je m'attendais (pour le meilleur), j'ai adoré.


Parsons a su transposer son projet Youtube au cinéma avec brio, mélangeant moult inspirations et offrant l'opportunité au spectateur de se projeter dans une spirale mentale infernale pour tenter d'apporter des réponses à ce qui est proposé ici, tant sur le plan conceptuel que thématique - qui se fondent terriblement bien entre eux, soit dit en passant (mdr).


Si les personnages semblent abordés en surface, Clark et Mary n'en demeurent pas moins des captures intéressante de l'être humain et de sa psyché. À priori coincés dans un même quotidien aliénant, plus préoccupés à rester connectés au passé, ils semblent cependant avoir été influencés différemment par le temps qui passe et les séquelles invisibles qu'il laisse inévitablement derrière lui. Clark a fini par laisser sa colère le définir, alors que Mary en a fait son métier. Mais au fond, demeure quelque chose de puissamment ancré en eux, à la fois diffus et indélébile, et ils y retourne quoiqu'il advienne. Personne n'en réchappe.


C'est ce sentiment indescriptible que le film tente de mettre en image et en musique, et selon la nature de chacun il est évident que cette allégorie physique de la démence que sont les backrooms ne touchera pas tout le monde, et que la sensibilité de chacun sur le fait de se questionner d'un point de vue existentiel va grandement conditionner son appréciation des thèmes soulevés ici. L'horreur n'est pas visuelle ou narrative, elle est métaphysique. En tout cas, ça a diablement bien fonctionné chez moi.


Cette errance mentale est particulièrement bien restituée dans le film, et lui permet d'être une entrée en matière hyper efficace au grand public afin de comprendre les tenants et aboutissants du concept des backrooms (et même des liminal spaces) sans forcément avoir besoin d'explications. Entre ce fac similé des 90's, les caméras, les textures, la bande son (mon dieu la bande son), c'est simple : c'est une expérience sensorielle aussi horrifique qu'envoutante, élégante et jamais provocatrice (ou presque), en plus de me propulser instantanément dans les méandres de mes propres souvenirs, à la fois flous et parfaitement conservés.


Et ça n'est pas qu'au gré des passages (très réussis) en POV : même de banals plans sur la facade de la boutique de Clark donnent l'impression d'être déjà la copie d'une copie. D'une part car c'est sous-entendu d'un point de vue intradiégétique et d'autre part, par la façon dont c'est mis en image : c'est un simulacre volontairement hollywoodien d'un carré commercial. La répétition termine de provoquer un sentiment de boucle hypnotisante et désarmante, avant de finir par ressembler à des hallucinations d'IA au moment d'atteindre le générique de fin, comme un cerveau/une société devenue trop malade pour se rappeler.


Before I Wake (que j'apprécie) et Us (que j'apprécie beaucoup moins), ou Annihilation (que j'apprécie encore moins) sont quelques films auxquels j'ai pensé. L'un pour ses persos aux visages creepy et le principe de personnages bizarrement restitués par la mémoire, l'autre pour son concept d'un underground composé d'êtres sensés être nous, et le dernier pour ses phénomènes surnaturels transformant les corps. Je pense cependant qu'il s'agit de coïncidences et que Parsons a eu d'autres idées en tête pour développer son film.


Car au delà d'inspirations cinématographiques parfois évidentes comme Kubrick, on sent que Kane est issu d'une génération qui s'est construit son propre labyrinthe mental et artistique à l'aide d'internet et par extention, de l'analog horror. Ce qu'il y a d'intéressant c'est que ça permet un large éventail thématique sur la déperdition, la déréalisation, des thèmes qui je pense ont une résonnance différente pour une partie de la Gen Y et surtout de la Gen Z comparées aux générations antérieures, et qui vivent au travers d'oeuvres plus diversifiées. J'en veux pour exemple l'utilisation d'un extrait de l'oeuvre Everywhere at the End of Time, qui avait trouvé sa célébrité sur le net et qui, surprise, rejoint mon point sur la démence au début. Des maux de société abordés sous un prisme résolument moderne donc, eu égard au jeune âge de Kane.


Si la construction narrative du film laisse parfois à désirer (l'élipse sur les découvertes de Clark, quelles qu'elles soient, le dernier tiers), il ne manque donc pas de nous plonger dans une tempête cognitive exaltante, sublimée par une excellente maitrise des textures, de l'espace, du son, du silence - bref, des sens - et ce sans jamais nous laisser nous ennuyer.

Ne nous prenant jamais pour les idiots qu'Hollywood a souvent l'habitude d'imaginer en nous tendant constamment la main, il préfère nous laisser la liberté de jouer le jeu jusqu'au bout, d'imaginer ce qu'il ne veut pas (encore ?) nous expliquer.


J'ai adoré vous dis-je.

Chernobill
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