Le ridicule ne tue pas, en tout cas. De surcroît, lorsqu’on constate que Mungiu a refait "Dheepan", puisque même la fin est identique : la famille retourne en Roumanie, tout comme les migrants sri-lankais vont en Angleterre, puisque le communautarisme à l’anglaise est bien meilleur que l’intégration (l’assimilation, de fait), à la française.
Une fois de plus, chez Mungiu (qui a un certain talent, mais pas un talent certain), et pas que chez lui, rester dans la sphère de l’identitaire condamne le film à patauger ridiculement dans des scénarios complètement montés de toutes pièces, caricaturaux et invraisemblables. À propos de "4 mois, ...", j’avais dit il y a quelques jours que, dans la Roumanie communiste, ça ne se passait pas comme ça, puisque j’en ai été témoin ; je suis sûr et certain qu’en Norvège, « ça ne se passe pas comme ça » non plus. Pour le résumer, lorsqu'il traite de sujets socio-politico-économiques, comme dans "Baccalauréat" ou "RMN", tout va bien mais dès qu’il s’agit de sujets métaphysico-existentielo-théologiques, tout se gâte : le scénario prend le dessus, la mise en scène devient lourdingue, et cela ne donne que des films réacs primés ("4 mois, 3 semaines, 2 jours", "Au-delà des collines" ou "Fjord")
Ce qui est comique, c’est que, ayant un certain talent, Mungiu essaie tout de même de trouver des "échappatoires", comme l’histoire d’amour entre les deux filles, ainsi que celle de l’héroïne principale avec le vieux handicapé. Mais celles-là font plouf car, par exemple, on est à des années-lumière de la fin magnifique (l’apparition d’un ours, vu par l’esprit embrumé après le tir du héros principal) du très beau "R.M.N".
Ce qui est triste (rendons à César ce qui est à César), c’est que Mungiu a fait 70 000 entrées avec "R.M.N", magnifique portrait de la Roumanie (l’abréviation du titre relève autant du nom du pays que de l’acronyme formé par les initiales de « Rezonanță Magnetică Nucleară », soit, en français : « IRM»), tandis que "Fjord", caricature de la Norvège et de l’Europe actuelle, finira par faire 700 000 entrées. Mais, soyons honnêtes : ce n’est certainement pas sa faute.
Comique et triste à la fois, comme notre époque