Les aventuriers de la séance perdue


Dès le tout début de soirée, les choses ont commencé à tourner curieusement. J'aurais du me douter à la caisse que rien ne se passerait comme prévu.
Le Kenshin présente son portable, en mode obséquieux, pour faire valoir sa réservation pour deux, parce que tu vois, il a la carte. Moi, à ce moment-là, j'ai encore tendance à la fermer, vu que le bestiau se saigne mensuellement d'un pass duo, et que le second membre du duo ce soir, en l'occurrence, c'est bibi. (pour rattraper mon rôle de clandestin, je m'acquitte d'une bignouze de temps à autre, et vu que régulièrement on a pas le temps, j'y gagne).
L'hôtesse, avenante, a quand même l'air désolée:
- Ah, bon, ben là, c'est panne informatique, vous allez me donner votre numéro de réservation pour que je vous imprime les billets, du coup.
- Ah bon ? Vous allez imprimer les billets ? C'est obligé ? Ça m'embête.
- Mais ça change rien, je vous assure. Mais là j'ai pas le choix. (regard inquiet) C'est grave ?
- Non, non, c'est juste que je fais en sorte de limiter les impressions papiers, c'est tout.
La, je me sens obligé d'intervenir, version taquin, histoire de nous remettre la dame toute gentille dans la poche, et m'adresse à mon court collègue de soirée:
- Fais gaffe, jeune éphèbe boboïsant. On commence par limiter le papier, on finit par ne plus manger de viande !
Nous sourions tous bêtement, à la suite de quoi le poney et moi partons vers la salle, munis de nos sésames de 4cm2, fruits d'une hypothétique déforestation.
- au fait ! Lançai-je en me retournant, nous oublions l'essentiel. Le film est bien en salle une ?
- c'est écrit sur le ticket. Du coup... me fait l'hôtesse de caisse avec un sourire amusé qui suinte le notre complicité dépasse de 200 grammes, je vous la laisse ?
Kenshin pouffe.
J'aime pas ça.


BenWheatley et le royaume des lunettes de crystal


Là, on entre dans une salle bondée.
C'est le moment que choisit Pikachu -version bonhomme de chair- pour lâcher:
- bon, ben j'ai oublié mes lunettes de vue. Je vais me fader le film avec les lunettes de soleil (qui corrigent aussi la vue).
Le temps que je lui explique à quel point la chose est absurde, la projection commence.
Bien vu l'aveugle: regarder un film se déroulant 100% de nuit et dans un hangar sans éclairage avec des lunettes de soleil, c'est une idée lumineuse.
Le petit tatoué à côté de moi aura finalement mis 2 au film.
2 étant sans doute le nombre de minutes où il aura aperçu quelque chose. Les éclats de balle sur la tôle, sans doute.


BenWheatley et la séance maudite


Au final, on se retrouve à 5 dans la salle. Max.
La loi de Murphy se vérifie implacablement. Sur les 5, faut qu'il y ait un pébron pour farfouiller dans son petit sachet de bonbons pendant 20 bonnes minutes, sans interruption. Et cet Einstein des salles obscures ne songera à mettre fin à son farfouillage insupportable que quand un des quatre autres spectateurs lui intime l'ordre de mettre fin à ses sournois mais sonores agissements.
Nous n'aurons plus droit à une exploration timide qu'en fin de pétarade. Donc souvent.
Quand on songe au nombre de balles perdues distribuées dans le métrage, on regrette qu'une ou deux n'aient pas traversé l'écran. Monde de merde.


BenWheatley et la dernière croisade


Total, nous voilà obligés de constater que rien ne se passera bien ce soir, puisque oui, il s'agit bien du premier Ben Wheatley raté de la carrière du jovial anglais. Un exercice d'hostile répétitif où 7 ou 8 malfrats bas du front tirent un demi-million de bastos, dont une moitié rate sa cible pendant que l'autre ne fait que blesser au lieu de tuer.
Avec cette distribution relativement impeccable, on espère rapidement que la finesse du propos sera contrebalancée par une certaine épaisseur des propos. Mais comme rien ne devait définitivement se passer comme espéré, le film de Ben pêche par là où il est habituellement fort. Comme les balles, la peine est définitivement perdue.


Inutile dans ces conditions de m'appesantir sur la fin de soirée, pendant laquelle nous nous retrouverons incapables de trouver une down terrasse en extérieur, des membres de la sud-est connection respectueux de leur parole, ou une San Pellegrino dans un restaurant à velléités transalpines.


Free fire, putain.
Feux à violentés.

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le 23 juin 2017

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guyness

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