Ahh, ces bons vieux films qui reposent sur l'adage careful what you wish for, on y a déjà eu droit à peu près à toutes les sauces: Le génie dans la lampe, la patte de singe, le démon au contrat, le grimoire poussiéreux trouvé dans une cave.... Donc forcément, quand Obsession débarque avec son "et si un mec souhaitait que sa meilleure amie soit folle de lui grâce à un bout de bois?" On se dit que ça va encore être un concept sympa étiré sur une heure quarante avant de finir dans un bain d'hémoglobine quelconque. Et non, car Obsession envoi du bois.
Là où beaucoup se seraient contentés d'utiliser cette idée comme prétexte à aligner les morts et les scènes gores, le film comprend très vite que le véritable monstre, c'est le souhait lui-même et ses répercussions. Nous suivons donc Bear qui, avant d'être un gros con, est surtout un pauvre type. Romantique, lâche et maladroit, il en pince pour Nikki, sa collègue, meilleure amie, aux premiers abords pas intéressée du tout. Après une visite dans un magasin d'ésotérisme à la con, Bear se procure donc ce saule magique qui, si brisé pendant un souhait, exauce ce dernier. Et nom d'un petit incel, ça marche!
Justement, Le film aurait pu faire de Bear un incel caricatural écrit avec la subtilité d'un tweet de militant qui découvre le mot patriarcat pour la première fois, un espèce de sac à baffes ambulant dont le seul rôle serait de faire applaudir le spectateur à chaque fois que le karma lui éclate les deux rotules. Heureusement, Barker évite bien ce piège.
Bear est un pauvre type qui a perdu son pauvre chat Sandy, pauvre amoureux, pris pour une pauvre buse, incapable de passer à autre chose, incapable surtout d'accepter que parfois la vie nous lâche un pauvre non. Une réaction complètement immature, complètement égoïste, mais aussi terriblement crédible. Qui n'a jamais imaginé, cinq minutes, ce que donnerait une relation avec quelqu'un qui ne nous aime pas en retour? Être idolâtré par l'objet de son désir même? Lui a juste la bad luck d'avoir le pouvoir de transformer cette pensée de douche en réalité. Et c'est précisément dans cet aspect que le film, au delà d'être un film d'horreur très solide, tire une source tragique vraiment bien amenée et développée. Parce qu'on comprend quasiment immédiatement que Bear est dans la saule.
Après une première nuit plutôt étrange, Nikki devient amoureuse de lui, oui, mais pas comme il l'espérait. Elle devient littéralement folle de lui et graduellement incapable d'exister sans lui. Elle le suit partout, s'accroche à lui comme si le simple fait qu'il disparaisse de son champ de vision allait provoquer la fin du monde. Au début c'est marrant, Bear ne réalisant pas encore le pouvoir du bois de saule, pensant d'abord à un revirement inespéré mixé à un traumatisme et une mauvaise phase que traverserait Nikki du moins, il s'en convint, puis ça devient gênant, puis franchement inquiétant, puis complètement terrifiant. Et plus Nikki s'enfonce dans cette obsession maladive, plus Bear réalise qu'il est en train d'assister au meurtre de la personne qu'il aimait... sauf que le meurtrier, c'est lui et ses désirs égoïstes et le film le condamne à regarder sa propre connerie détruire absolument tout ce qu'elle touche. Chaque scène devient une punition: il abuse de Nikki bien que tout a fait au fait que la version qui se tient devant lui, n'est pas la vraie, après avoir eu confirmation qu'elle ne l'a jamais aimé, puis chaque nouvelle catastrophe lui rappelle que si il avait accepté de prendre un râteau comme les huit milliards d'êtres humains avant lui, absolument rien de tout ça ne serait arrivé. Plus le film avance, plus il comprend l'ampleur de sa faute, mais évidemment il est déjà beaucoup trop tard et on finit presque par avoir pitié de ce gland. Pas parce qu'il mérite qu'on lui pardonne, mais parce que le film s'ouvre sur sa déclaration d'amour honnête, il est présenté comme le personnage principal de cette fable obsessionnelle qui lui inflige ainsi la pire sentence possible : comprendre et subir totalement les ramifications de ses actions. Nikki, campée par Inde Navarrette livre une prestation vraiment impressionnante pour une actrice que je ne connaissais pas et qui a, en mon sens, un beau chemin devant elle, de part sa manière de jouer ce personnage mi possédé mi prisonnier mi obsédé, parce qu'à aucun moment le film ne la transforme en simple pantin démoniaque qui se contente de grimacer devant la caméra en se déboîtant la mâchoire comme si elle essayait d'avaler un Airfryer. Nikki est toujours là et coexiste avec cette version déshumanisée d'elle même.
Au début de cette fausse idylle, on voit un montage de comédie romantique ou tout semble aller pour le mieux, puis elle refuse qu'il s'éloigne, puis elle panique dès qu'il quitte la pièce. Elle cuisine son chat mort parce qu'elle est persuadée de lui faire plaisir et de soutenir son rêve de devenir critique gastronomique par exemple, et le film fourmille de faits du style pour rendre la situation complètement absurde, complètement glauque, mais surtout révélatrice : Cette Nikki, la fausse, agit uniquement en fonction de ce qu'elle pense être le bonheur de Bear, sans considération aucune pour le reste. Puis elle devient violente dès qu'un autre être humain existe à moins de cinq mètres de lui, incapable de faire autre chose que d'être avec lui, chaque démonstration d'amour ressemblant un peu moins à une preuve d'affection et un peu plus à une prise d'otage. On la voit constamment lutter dans ces petits moments où son regard change pendant une demi-seconde, où son sourire disparaît avant de revenir aussitôt, ou devient une caricature, ou prise de crises de panique terrifiantes lors desquelles elle semble refaire surface et comprendre ce qu'elle est en train de faire sans jamais réussir à reprendre le contrôle. Comme si quelqu'un avait attaché la véritable Nikki au fond d'un coffre pendant qu'une autre conduit sa vie. Toutes les scènes où elle colle Bear deviennent progressivement irrespirables. Le film réussit le tour de force de rendre un bisou esquimau profondément inquiétant, fallait quand même aller le chercher celui-là.
À un moment, lorsque la version possédée s'endort, la vraie Nikki parvient enfin à reprendre brièvement le contrôle de son corps. Elle supplie Bear de la tuer pour la libérer. Et c'est probablement la scène qui résume le mieux tout le personnage de Bear. Même après avoir compris qu'il lui a littéralement volé son libre arbitre, sa première réaction consiste encore à lui demander si être avec lui serait vraiment si terrible. Comme si, malgré tout ce qui vient de se passer, la seule chose qui l'obsédait encore était de savoir si elle aurait pu l'aimer naturellement et pendant ce temps, le monde continue de s'effondrer autour d'eux. Sarah révèle que Nikki entretenait une relation avec le meilleur ami de Bear depuis deux ans, lui qui semblait vouloir le saboter lors de cette ouverture sur cette déclaration touchante, lui demandant plutôt de rappeler à Nikki son passé de débauche. Sarah pense aussi que Nikki utilise Bear pour rendre Ian jaloux, sans évidemment imaginer une seule seconde qu'un souhait magique est responsable de tout ça. Lorsque Nikki possédée découvre cette conversation, elle assassine Sarah sous les yeux de Bear dans une scène d'une violence extrême, et Bear réalise encore qu'il aurait été mieux de suivre le chemin de la vie car Sarah éprouvait des sentiments pour lui et aurait finalement été un chemin de vie bien moins fucked up. Encore une fois, ce n'est pas un meurtre motivé par la haine mais juste la conséquence logique d'un amour devenu tellement absolu qu'il ne supporte plus la moindre concurrence.
Dans le dernier acte du film Bear achète un dernier Willow, espérant encore trouver une solution. Mais la vraie solution et celle qu'il refusait d'admettre est que, pour rompre le sort, il doit mourir.
Le film introduit ainsi les seules façons de mettre fin au souhait : Bear doit mourir, Nikki doit mourir ou quelqu'un doit utiliser un autre Willow pour annuler le premier vœu, information qu'il obtient en apppelant un numéro au dos de la boîte du One Wish Willow. Encore une fois, la personne au bout du fil est extrêmement nonchalante et banalise le pouvoir du bois de saule, mais donne une information perspicace sur la situation de Bear en parlant de responsabilité morale, maintenant que Nikki est condamnée, l'enfoiré nous passe même un enregistrement de Nikki hurlant dans les tréfonds de son âme. Évidemment, Bear tente la troisième solution. Il trouve un autre Willow et demande à Ian de faire le souhait à sa place. Sauf qu'Ian, découvrant qu'il peut demander absolument n'importe quoi, choisit tout simplement un milliard de dollars. Et le pire, c'est que ça fonctionne. L'argent tombe réellement du ciel, gaspillant sous les yeux du spectateur la meilleure occasion de sauver Nikki... Et peut être même Bear qui tente réellement et peut être pour la première fois depuis le début du film de résoudre la situation dans ce dernier acte. Une scène tout aussi drôle comme je le disais qu'horriblement frustrante. Après la mort brutale de Ian, tout content de son milliard, Bear console Nikki, fait preuve pour la première fois d'une forme de "responsabilité morale" envers elle, en tout cas la traitant avec un minimum de compassion, jusque là tentant par tous les moyens de la fuir, la laissant patauger dans sa pisse, elle qui ne peut fonctionner sans lui et condamner à l'attendre figée. La nature lâche brille une nouvelle fois, ou peut être est-ce l'inverse, lorsque Bear attrape un revolver et s'enferme dans la salle de bain... s'en suit une scène profondément touchante et tragique ou Bear ne parvient pas à appuyer sur la gâchette de l'arme pointée vers son cœur, a peur de se déglinguer la tronche en glissant le canon dans sa bouche, Alors il avale une dose mortelle d'oxycodone, le même médicament qui avait provoqué accidentellement la mort de son chat, et oui Bear est une merde, mais même les merdes peuvent nous faire ressentir un peu de compassion alors on s'en retrouve un peu touché par cette fin immuable comprenant que, il l'a pas volé, mais merde un bout de bois quoi! Mais même là, il panique. Il regrette immédiatement son geste et tente désespérément de recracher les comprimés. Mais voilà, dark Nikki trouve le dernier Willow et tout laisse penser qu'elle souhaite que Bear l'aime avec la même intensité qu'elle l'aime. C'est la seule explication à son changement brutal de comportement. Bear cesse immédiatement de se faire vomir sort calmement de la salle de bain, rejoint Nikki et l'embrasse, pendant quelques instants, ils obtiennent enfin ce qu'ils voulaient. Ils s'aiment plus que tout. Sauf qu'aucun des deux ne l'ai choisi. Bear avait supprimé le consentement de Nikki. Dark Nikki supprime ensuite celui de Bear jusqu'à causé sa mort, une histoire d'amour parfaite devient alors une prison dont les deux occupants ont volontairement jeté la clé. La dernière cruauté du film arrive juste après. Nikki, persuadée d'avoir définitivement perdu l'objet de son obsession, récupère le revolver pour se suicider à son tour. Mais au moment où Bear meurt, le premier souhait cesse automatiquement d'exister. La véritable Nikki reprend alors possession de son corps quelques secondes avant de tirer. Elle se réveille au milieu des cadavres de Bear, Sarah et Ian, couverte de sang, sans avoir réellement vécu les événements ni choisi quoi que ce soit. Elle pousse le cadavre de cet imbécile, à la fois la victime, la survivante et, aux yeux de n'importe quel enquêteur qui entrerait dans cette maison, la principale suspecte.
Un petit mot sur les genres, obsession est un film d'horreur dont l'horreur passe souvent au second plan. Alors attention, le film n'oublie jamais qu'il est là pour faire peur, il y a du gore, des images dégueulasses, quelques séquences qui mettent suffisamment mal à l'aise jusqu'à pousser le spectateur à mater son téléphone cinq secondes histoire de souffler un peu, mais si on enlève tout ça, Obsession raconterait tout de même exactement la même histoire. Remplace la magie par une relation où deux personnes deviennent incapables de vivre séparées et le film fonctionne toujours, le vœux n'étant finalement qu'un prétexte. Barker ne parle jamais réellement de démon, banalise de manière assez drôle et rafraîchissante le pouvoir des One Wish Willow car le propos reste surtout ces pauvres glands qui n'acceptent pas qu'on leurs dise non, ou qui voit dans un désintéressement une forme de mise à mort, et à ces couples qui finissent par croire qu'aimer quelqu'un signifie le posséder entièrement. Toutes ces réflexions sans vergogne rabaissées à de l'obsession pure et simple. Vouloir être l'unique raison de vivre de quelqu'un. Ne plus avoir d'identité propre. Poussée jusqu'à leurs extrêmes logiques, ces idées deviennent l'horreur, et c'est probablement là que le film m'a eu, parce qu'il ne cherche jamais à transformer son concept en dissertation de psycho de première année, il laisse simplement les situations parler toutes seules.
D'ailleurs, parlons-en des situations car je ne m'attendais absolument pas à autant rire. En effet, parce qu'il pousse son concept tellement loin, certaines scènes d'Obsession deviennent totalement absurdes. Les scènes avec son meilleur ami notamment, make it rain! Bear lui essaye constamment de gérer une situation absolument ingérable, Nikki transforme le moindre geste du quotidien en catastrophe nucléaire, les personnages secondaires assistent à tout ça de manière crédible avec des gueules de trois mètres de long, comme n'importe qui quand un couple règle ses problèmes en repas de famille et qu'on regrette instantanément d'être venu. Il y a un vrai comique de situation qui naît de cette escalade permanente. On rit, puis on se rappelle pourquoi on rit, puis le film envoie immédiatement une scène qui remet les idées en place. Un film du coup crédible de bout en bout et dans tout ce qu'il essaye de mettre en place et qui parvient en plus à rester surprenant. Au milieu de tout ça, la bande-son fait un boulot monstrueux. Pas le genre de BO qui essaye de faire sursauter en envoyant un violon à 140 décibels dès qu'une porte s'entrouvre. Elle accompagne constamment la descente aux enfers. Les moments romantiques paraissent presque sincères avant qu'une note ne vienne discrètement rappeler que tout est profondément faux. Et puis ça s'excite justement et à point nommé pour meubler l'horreur et participe énormément au malaise général sans jamais trop attirer l'attention nous faisant de ce fait sortir un peu du délire.
Finalement, toute la tragédie d'Obsession tient dans une seule idée. Bear voulait éviter le risque d'entendre non mais en supprimant cette possibilité et le libre arbitre de la fille qu'il aime, il crée un monde où plus personne n'est libre de répondre oui non plus. Au final, personne ne peut réellement gagner. Ni Bear, ni Nikki, ni les personnages qui gravitent autour d'eux et qui se retrouvent embarqués dans cette catastrophe simplement parce qu'ils avaient eu le malheur de connaître les deux principaux concernés. Tout le monde paie le prix d'un souhait formulé par un type incapable d'accepter que la vie ne lui devait rien. Et réussir à tirer une tragédie aussi complète d'une idée qui pourrait tenir sur un ticket de caisse, je trouve ça fort.
Obsession est donc réussi, fun, drôle, surprenant terriblement glauque et gênant, j'ai pas parlé de la mise en scène mais y'a une petite vibe cherchée par Barker qui rejette certaines conventions et là ou souvent ça me fait chier, ici les choix de direction artistique sont vraiment pertinents, bien pensés et nous permettent de rester à 100% et jusqu'au cou dans cette merde. Vraiment un joli boulot dans le grain, la colorimétrie, une réalisation efficace sans fioriture et glauque à souhait. Bref, le plus terrifiant dans l'horreur, ce n'est pas toujours le démon qui exauce les vœux, ce n'est pas ce qu'on voit ou ce qu'on voit pas, même si là dessus encore, la réalisation offre certaines scènes ou les acteurs se retrouvent masqués par des voiles d'ombres, des objets, des fleurs, ce qui permet de nourrir le malaise, mais en soit, l'horreur selon Barker, c'est surtout ce qu'on ne contrôle pas ou ce qui ne nous laisse aucune longueur d'avance, soit bien en lien avec le principe d'une obsession, et dans cet exercice, ce film est un bijou et surement un des meilleurs films de 2026.