Le personnage principal de cette farce tragique est un Américain à peine sorti de l’adolescence qui n’a pas du tout confiance en lui-même. Malgré son physique à la Robert Pattinson, il se décompose à l’idée d’avouer ses sentiments amoureux à Nikki, sa collègue brune et sûre d’elle. Le beau gosse a comme meilleur ami et confident un collègue du même âge qui ferait un tabac sur l’internet masculiniste avec ses conseils de drague : « fais comme si t’en avais rien à faire d’elle, tu as le temps, laisse la venir », « taquine-là, provoque-là, tu verras bien comme elle réagit ». Déterminé à suivre ce plan à la perfection, notre jeune célibataire involontaire continue de ne laisser transparaître aucune émotion qui pourrait être interprétée comme une faiblesse en présence de sa dulcinée. Mais comme il bafouille beaucoup trop pour bien jouer son rôle de mâle viriliste la fille finit par deviner qu’il y a anguille sous gravillon : « est-ce qu’en réalité tu n’en pincerais pas pour moi ? » demande-t-elle. C’est ce qu’on appelle avoir le ticket. L’abruti réduit à l’état de timide maladif conditionné à ne pas le montrer ne saisit pas la perche et répond froidement : « Non, nous sommes de bons amis ».
Or, et cela notre ami ne le sait pas, ce n’est pas lui le plus amoureux dans l’histoire. La fille cachait bien son jeu – elle le lui a même déjà avoué de façon cryptique quelques instants auparavant : « Moi, quand j’ai un crush, personne ne sait ». Éconduite, la pauvre Nikki tourne les talons et rentre chez elle lorsque soudain son bourreau commet l’irréparable. Suivant les conseils de son coach en séduction bas de gamme, Super Timide l’appelle de façon provocante « Freaky Nikki ». Instantanément, le cerveau de la mignonnette au physique lisse vrille. Tout remonte à la surface : le mal-être adolescent, les idées noires qui la traversent depuis l’enfance, les drogues qu’elle prend pour tout oublier, tous les efforts qu’elle a dû faire pour ne plus paraître bizarre, cette façon de se contenir qui ne lui ressemble tellement pas depuis le harcèlement au lycée etc. Subitement, elle se transforme. La Nikki sympa et délurée sera dorénavant et jusqu’à l’avant-dernière scène du film : « Freaky Nikki ». Et pas qu’un peu. L’autre va en baver.
Certes, il l’a bien cherché. Fallait pas écouter les conseils du pauvre type qui lui sert de pote – on en apprendra bien pire sur lui plus tard dans le film. Il aurait peut-être aussi mieux valu offrir une pierre énergétique à sa copine potentielle – et non pas investir dans ce bâton de vœu chamanique qui a exacerbé la transformation de Nikki, qui telle un Loup-Garou sous pleine Lune a complètement dérapé dans la nuit noire et obscure. Enfin, voilà la Freaky Nikki, la vraie Nikki, la Nikki bizarre, extrême, insécure, violente, agressive puis l’instant d’après elle se repend, promet de se calmer à tout jamais, d’être la gentille petite copine qui prend soin de son extraordinaire petit chéri. Nikki se scarifie, s’auto-mutile, hurle. Sa place est à l’hôpital, afin que d’éminents psychiatres puissent déterminer de quel type de grave pathologie elle souffre. Mais pensez-vous que l’autre paumé, si heureux d’avoir enfin son amoureuse l’aimant lui « plus que toute autre chose au monde », aura le courage de prendre une telle responsabilité ? Non, sinon le film aurait duré 45 minutes et c’était pas assez.
Encore pire : Nikki, ivre de jalousie, bute sa rivale – qui lorgnait également sur le pauvre hère. Pensez-vous que le bourreau des cœurs qui s’ignore irait prévenir la police ? Non, il est sous emprise ! Il pensait avoir la main, la posséder, grâce son vœu magique et c’est lui qui se trouve coincé en plein cauchemar : tel est pris qui croyait prendre en défaut le (non-)consentement de l’autre. Bref, cette histoire de schizophrénie non diagnostiquée se finit mal et même si elle n’est pas désagréable à suivre sur le fond, la forme laisse à désirer, notamment ces deux aspects :
- la musique tautologique tape sur le système (zéro seconde de silence au total en 109 minutes)
- les soudains changements de plan accompagnés de cris et/ou musique forte (les fameux « jump scares ») tentant de faire passer des effets de surprise pour des moments de peur qui, in fine, ne remplissent que péniblement le cahier des charges du film d’horreur moderne.