Un Action flick SF qui livre ce qu'il promet

Un Predator qui tient ses promesses. La licence a toujours été fondamentalement de la science-fiction "déguisée" en film d'action, et après des décennies d'adaptations inégales qui oscillent entre l'assez bon et le catastrophique, il était vraiment temps qu'un réalisateur comprenne que le Yautja mérite mieux que d'être juste un monstre qui tue des humains musclés dans des décors exotiques. Oui, il y'a des créatures et des antagonistes qui n'ont pas besoin d'exposure, exemple des Xénomorphes qui devraient être cantonnés à ces créatures mortelles, sauvages, et absolument dévastatrice. Predator, la créature je parle, en a néanmoins besoin.

Pour contextualiser un peu, la franchise Predator est un bordel absolu niveau qualité avec un consensus assez clair, tout en haut trône le Predator original de 1987 avec Arnold Schwarzenegger qui reste le gold standard absolu, puis c'est un peu au petit bonheur la chance. On a Prey qui est assez bien situé, sortit en 2022, mais qui a en mon sens simplement profité de ne pas être un fiasco complet après le rachat par le Big D. Personnellement, je trouve que c'est un film très girl power qui mise énormément sur cette dimension de: le personnage principal est une femme autochtone qui combat le patriarcat et le colonialisme sous forme de Predator assoifé de sang... ce qui est cool thématiquement mais parfois un peu lourd dans l'exécution, heureusement le film dispose de bonnes scènes d'actions et puis voilà, ça s'apprécie sans grande prise de tête. Ensuite on a Predators de 2010 avec Adrien Brody qui est, en mon sens encore, largement sous-estimé et qui mérite plus d'amour qu'il n'en reçoit, puis les autres donc Predator 2 avec Danny Glover qui est fun mais objectivement inférieur à l'original, et tout en bas de la pile on retrouve les opus type Predators, The Predator de Shane Black, Alien vs Predator surtout Requiem en 2007 qui est littéralement le pire opus des deux franchises combinées avec sa photo absolument dégueulasse, sans oublier le premier AVP de Paul W.S. Anderson en 2004 qui avait, au moins, quelques combats corrects malgré ce réalisateur plus intéressé par l'oseille que de faire un bon film. Badlands arrive donc dans ce paysage fragmenté et livre quelque chose qui n'est ni le meilleur de la franchise ni une catastrophe mais plutôt un SF flick qui tient ses promesses de fun, de Sci-Fi avec toutes cette faune et cette flore développée et, bien sûr, d'action. (les duels sont beaux, les scènes sont bien chorégraphié, c'est souvent stylé, parfois drôle, donc aucun réel défaut majeur.)

Ce qui frappe immédiatement avec Badlands, c'est que Trachtenberg fait le choix radical de centrer son film sur Dek, un jeune Yautja rejeté par son clan qui doit chasser le Kalisk cette créature soi-disant indestructible sur la planète Genna pour prouver sa valeur, et c'est la première fois dans toute la franchise qu'on a un Predator comme protagoniste avec une vraie personnalité et un vrai arc narratif plutôt que comme un antagoniste silencieux et menaçant, Trachtenberg et son scénariste Patrick Aison, qui avait déjà collaboré sur Prey, construisent Dek comme un underdog, un paria attachant qui doit se battre contre les préjugés de sa société et contre des créatures littéralement conçues pour tuer ce qui crée cette dynamique de buddy movie improbable quand il rencontre Thia jouée par Elle Fanning ce synthétique Weyland-Yutani coupé en deux par le Kalisk et abandonné sur Genna par sa jumelle Tessa. Rien de groundbreaking, certaines idées sont parfois mal dosées et on a droit à quelques répliques un peu gnangnan sur les fiables et les forts et les loups etc, mais en somme, le film livre encore ce qu'il promet. Un Predator basé sur un Predator rejeté, du coup cqfd qu'il ne suive pas les règles du clan "Un Predator chasse seul".

La mise en scène de Trachtenberg est propre et efficace avec des séquences d'action spectaculaires notamment ce combat où Dek affronte le Kalisk et d'autres set pieces dont je ne parlerai pas pour pas spoiler. La photo capture très bien cet environnement alien et le rend crédible de part la multitude de détail que Badlands nous offre. Le design des créatures est propre avec le Kalisk qui ressemble à un mélange entre un xénomorphe et un prédateur apex terrestre avec ses multiples mâchoires et sa capacité de régénération qui en fait effectivement un adversaire terrifiant même pour un Yautja expérimenté, et Bud, ce petit alien singe qui accompagne Dek et Thia et qui est apporte une dose de comic relief bienvenue sans jamais tomber dans le Jar Jar Binks. Le rythme est constant du début à la fin avec très peu de temps morts ce qui est appréciable pour un film qui fait cent sept minutes, et contrairement à beaucoup de blockbusters modernes, Trachtenberg ne sent pas le besoin de remplir son runtime avec des subplots inutiles ou des personnages secondaires qui n'apportent rien, tout reste focus sur Dek et sa mission et sa relation croissante avec ces misfits.

Maintenant faut parler de l'éléphant dans la pièce qui est l'intégration de l'univers Alien via Weyland-Yutani et les synthétiques parce que c'est, pour moi, à la fois la partie la plus ambitieuse et la plus controversée du film. Le pont entre les deux franchises, sans aller full Alien vs Predator, n'est pas toujours bien mené. Certes on a les synths et des petits clins d'oeils intéressants mais discrets, et honnêtement c'est la bonne approche parce que les deux films AVP ont prouvé que mélanger brutalement les deux univers sans réflexion produit juste des ébauches, mais c'est juste parfois trop dysneyesque quoi. Ici l'intégration sert juste de clin d'oeil sans réellement être important dans l'histoire, on a MU/TH/UR qui est juste exposée sans impact immédiat, Thia et Tessa sont des synthétiques Weyland-Yutani envoyés sur Genna pour étudier le Kalisk et potentiellement extraire son ADN régénératif pour des applications militaires et médicales ce qui est exactement le genre de merde que Weyland-Yutani ferait vu leur track record dans la franchise Alien et aussi, malheureusemennt pour Badlands, le genre de merde qui mix les univers sans trop se mouiller. Alors, cette dimension corporate vs nature sauvage fonctionne thématiquement parce que ça positionne Weyland-Yutani comme l'ennemi du film plutôt que les créatures elles-mêmes qui suivent juste leur instinct de survie ou leurs codes sociétals, mais c'est juste pas assez en fait quoi. Trachtenberg set également le film dans un futur soit-disant lointain et crée potentiellement un plot hole sur comment Weyland-Yutani existe encore alors qu'ils étaient censés avoir disparu dans Resurrection, on peut difficilement dismiss ça en disant que ce sont des remnants de la corpo ou qu'Alien 4 n'est juste pas canon dans ce nouvel univers partagé: soit les univers le sont soit ils le sont pas. Fin. Après, Badlands réussit à faire ce crossover soft sans que ça sente le fan service gratuit ou le studio mandate, ça sert vraiment l'histoire de montrer que Dek qui est déjà l'underdog de son espèce doit aussi combattre les machinations d'une corporation humaine qui voit tout dans l'univers comme une ressource à exploiter.

Le Predator original était déjà de la SF mais déguisée en film d'action militaire et la plupart des suites ont oublié cette dimension en se concentrant uniquement sur l'aspect survival horror de la licence; alors oui, je préfère aussi un Predator silencieux qui fume tout sur son passage à base d'arsenal de batman et de mandibules acérées, mais Badlands embrasse, lui, complètement son setting de space opera avec cette planète alien peuplée de créatures dangereuses et ces technologies avancées comme les synthétiques Weyland-Yutani et les vaisseaux Yautja et toute cette mythologie sur les clans et les rites de passage qui donne enfin de la profondeur à une espèce qu'on connaissait uniquement comme des chasseurs silencieux. Trachtenberg utilise aussi intelligemment le fait qu'il n'y a aucun humain dans le film à part les synthétiques ce qui lui permet de contourner le rating PG-13 en montrant des tonnes de violence et de gore parce que techniquement il ne tue que des aliens et des robots donc Disney peut laisser passer, les kills sont spectaculaires avec du sang bleu et vert et blanc qui gicle partout et des démembrements graphiques qui auraient été impossibles avec un rating familial si des humains étaient impliqués. Le film capture aussi cette vibe de Dune ou de Star Wars dans ses meilleurs moments avec ces vastes paysages désertiques et cette sensation de wow devant des créatures et des technologies qu'on n'a jamais vues avant, c'est clairement le film Predator le plus cherché visuellement et le plus expansif en termes de world-building depuis l'original, et même si certains trouvent que l'aspect buddy cop et les thèmes de famille ou de clans sont trop Disney, je le dis qu'ils ont totalement raison et que oui, en vue de ce qu'est Predator, on a envie de sentir cette dissociation alien/humain et de voir le Predator comme ce réel APEX incroyablement inventif et intelligent lorsqu'il s'agit de rassembler ses trophées. Mais tout ça ne fait pas pour autant de cet opus un mauvais film, il évolue dans une catégorie à part, une catégorie qui, si non rencentrée sur le survival et l'horreur dans un futur proche, risque de perdre en effet son plus bel attrait. Personnellement je trouve que ça marche sur celui-ci parce que Trachtenberg n'oublie jamais que Dek est un underdog dans une architecture de clan ou ceux-ci sont simplement supprimé, donc il a l'excuse d'avoir une personnalité plus humaine et des émotions.

Bon évidemment le film n'est pas parfait et il y a des trucs qu'on peut lui reprocher légitimement : le scénario est effectivement assez prévisible avec ce plot classique du paria qui doit accomplir la quête impossible pour gagner le respect de son clan et qui se fait un ami improbable en route, on sait dès le départ exactement où ça va aller et il n'y a pas vraiment de twists ou de surprises narratives majeures, certains moments sont cucu notamment les scènes avec Bud le petit alien singe qui parfois frôle le too much même s'il reste dans les limites de l'acceptable, Thia en tant que synthétique coupée en deux aurait pu être utilisée de manière plus intéressante narrativement, et la résolution avec Tessa la jumelle elle synth jusqu'à la rétine qui pilote un Power Loader pour combattre Dek est cool visuellement mais arrive un peu de nulle part dans le troisième acte. Le fait que le film soit PG-13 va aussi décevoir certains fans hardcore qui veulent du rated R ultra-violent, et cette dimension plus légère et fun du film va clairement diviser avec certains qui vont adorer cet asect buddy movie et d'autres qui vont trouver que ça trahit l'esprit dark et sérieux des premiers films. Personnellement je trouve que Trachtenberg trouve en majorité du run un bon équilibre où le film reste fun et divertissant sans perdre complètement vendre son âme ou devenir un pur popcorn movie sans substance. Dek est un protagoniste attachant qu'on veut voir réussir et sa relation avec Thia a une vraie progression émotionnelle plutôt que d'être juste fonctionnelle, et même si le film ne va pas révolutionner le genre ou devenir un classique instantané il livre exactement ce qu'il promet à savoir du spectacle bien foutu avec des créatures cool et de l'action constante et un protagoniste Predator qui fonctionne contre toute attente.

Predator: Badlands est donc un ajout solide à la franchise qui prouve que Trachtenberg aime cet univers et souhaite l'étendre de manière intelligente, c'est pas aussi groundbreaking que Prey ni aussi iconique que l'original mais c'est pour moi au-dessus de la majorité des autres entrées de la saga et ça ramène enfin cette dimension SF au coeur du propos qu'on avait perdue après des décennies de films qui se contentaient de recycler la formule humains vs le grand méchant Predator dans différents settings. Le fait que Trachtenberg ait maintenant réalisé trois films Predator en comptant l'animé Killer of Killers sorti plus tôt cette année et qu'il ait des idées pour d'autres projets est une excellente nouvelle pour la franchise qui a enfin trouvé un porte étendard en la personne d'un réalisateur qui a une vraie vision cohérente et qui n'a pas peur de prendre des risques créatifs et d'élargir le public cible, et même si l'intégration avec l'univers Alien est un peu bâclée et que ce marquage au fer made in Disney vont continuer à diviser et à générer des débats, Badlands mérite d'être vu pour ses séquences d'action spectaculaires et pour voir ce que peut devenir la franchise Predator quand on la laisse enfin être autre chose qu'un remake déguisé du film de 1987. Bref, c'est fun c'est bien tourné c'est constant de bout en bout et ça livre exactement ce qu'on attend d'un bon film de genre sans prétention excessive, un film solide qui confirme que la renaissance de la franchise est en bonne voie, mais attention à ne pas se laisser bouffer par la production et à bien utiliser toutes les possibilités qu'offre la saga.

bloodborne
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le 2 déc. 2025

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