Bring Her Back a cette radicalité typique du cinéma australien qui, en ces temps de formatage américain, renouvelle efficacement le genre. Mais de quel genre, ou plutôt de quels genres parle-t-on ici ? Michael et Danny Philippou confondent le film de possession, avec sa suite de rituels sataniques, de tracés mystérieux et de comportements inquiétants, le huis clos paranoïaque où s’extériorisent les non-dits de familles distinctes – celle d’accueil et celle des accueillis – investissant une maison dans laquelle se réfléchit l’ancienne maison, notamment sa salle de bain, le drame social sur fond de violence paternelle. La cécité partielle de Piper constitue une métaphore de la confiance aveugle en l’autre, c’est-à-dire en son frère, en son père dont les révélations successives écorneront l’image, en sa tutrice qui aimerait se faire appeler maman, sans succès ; elle se heurte à l’environnement matériel parcouru de la main, écouté attentivement, senti avec mémoire (le déodorant), dessinant les contours d’une solitude que le long métrage étend à tous les personnages.

En cela, tout en rejouant la carte stéréotypée de l’ogresse et du démon, les cinéastes refusent le manichéisme et veillent à racheter in extremis leurs monstres ; entretemps, ils ont su composer un cauchemar terrifiant, tout à la fois mental et charnel, qui regarde les clichés utilisés pour ce qu’ils sont, à savoir des images. Le récit ne cesse d’être perturbé par la diffusion de bandes vidéo, enrichi par la découverte d’une photo, réinventé par la superposition des silhouettes au moyen d’une vitre, de manière à réfléchir les modèles narratifs en vogue ainsi que nos attentes de spectateurs. Le soin avec lequel il invalide le schéma de la transmission de la violence du père à l’enfant, et par extension celui de la masculinité toxique, au profit d’une maternité vampire confère au film une subversion bienvenue.

Malgré quelques outrances gore au demeurant superbement figurée (mention spéciale aux effets spéciaux), Bring Her Back impressionne et passionne de bout en bout.

Fêtons_le_cinéma
8

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le 30 août 2025

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