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La mère adoptive maléfique...
Un frère et une sœur, placés chez une nouvelle mère adoptive dans une maison isolée, découvrent un rituel terrifiant qui bouleverse leur réalité et les confronte à des forces...
le 4 juil. 2025
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Bienvenue chez Ciné-Sophia humble page des causes perdues de l'esprit. Installez-vous confortablement, lmmanuel Kant est actuellement en train de nettoyer ses lunettes avec un air de profond dégoût.
Aujourd’hui, nous nous penchons sur Bring Her Back, le deuxième long-métrage des jumeaux australiens Danny et Michael Philippou. Après avoir traumatisé la génération TikTok avec une main en plâtre dans Talk to Me, les deux trublions d’Internet reviennent avec une délicieuse petite fable familiale où Sally Hawkins incarne une mère adoptive d’une jovialité absolument... occulte. Les malheureux Andy et Piper (sa sœur malvoyante) pensaient simplement intégrer une famille d'accueil un peu excentrique ; ils finissent en plein milieu d'un rituel de possession gore visant à ressusciter un enfant mort.
Pour Ciné-Sophia, ce film n'est pas une simple boucherie à 15 millions de dollars. C'est une brillante allégorie philosophique. Les frères Philippou ont inconsciemment réalisé le fantasme ultime de la métaphysique occidentale : l’instrumentalisation absolue du deuil par le prisme de l'horreur.
Le nœud du problème dans Bring Her Back, c’est Laura. Rongée par un deuil impossible à surmonter, elle décide de contourner les lois de la nature (et du code pénal) pour "ramener" son enfant.
Ici, nous touchons au concept kantien du Souverain Bien et de la moralité dévoyée. Immanuel Kant nous explique gentiment dans sa Critique de la raison pratique que l'action morale doit être désintéressée, guidée par un impératif catégorique : "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle."
Appliquons la méthode kantienne au film avec la rigueur qui nous caractérise :
Si la maxime de Laura est : "Dès que je perds un enfant, je suis moralement autorisée à kidnapper des orphelins pour les sacrifier dans un rituel chamanique afin de réanimer un cadavre", peut-on en faire une loi universelle ?
Kant, installé au troisième rang avec son carnet, fronce les sourcils. D’un point de vue purement logique, si tout le monde faisait cela, les services sociaux feraient faillite et le marché de la garde d'enfants deviendrait singulièrement complexe. Laura rate son examen de morale kantienne, mais elle réussit brillamment son examen de cinéma d'auteur : elle transforme son deuil pathologique en une force brute qui plie le réel. Chez les Philippou, la douleur n'est pas une étape psychologique, c'est une entité physique avec des dents, du métal et des cassettes VHS hantées.
Mais ne jetons pas la pierre à cette pauvre Laura. Pour comprendre sa démarche, il faut plutôt convoquer Søren Kierkegaard. Dans Crainte et Tremblement, le philosophe danois nous parle d'Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac par pure obéissance absurde à Dieu. C'est ce qu'il appelle le "saut de la foi" : le moment où l'individu abandonne la boussole de la morale humaine et de la raison générale pour entrer dans une relation absolue (et franchement terrifiante) avec le transcendant.
Laura est une héroïne kierkegaardienne qui a troqué le mont Moriah contre une maison isolée en Australie. Son rituel n’a aucun sens logique. C'est une suspension téléologique de l'éthique. Pour "ramener" ce qui a été perdu, elle accepte de basculer dans le monstrueux. Le film devient alors la mise en scène littérale de l'angoisse existentielle. Sauf que là où Kierkegaard écrivait des traités poignants sur la solitude de l'âme, les Philippou préfèrent filmer des corps brisés et des effets spéciaux pratiques qui font hurler les spectateurs dans les festivals. C'est le concept de l'angoisse, mais avec option "giclée de sang sur la caméra".
Un mot, enfin, sur le personnage de Piper, la sœur malvoyante brillamment incarnée par Sora Wong. C'est le moment de réveiller Maurice Merleau-Ponty et sa Phénoménologie de la perception. Merleau-Ponty nous explique que nous ne percevons pas le monde avec notre seul esprit logique, mais à travers notre "corps propre", ancré dans l'espace.
Dans Bring Her Back, la tension est décuplée parce que la perception de Piper redéfinit l'espace de l'horreur. Le danger ne vient pas de ce qu'on voit au fond du couloir (le fameux jump-scare fatigué du cinéma hollywoodien), mais de ce qu'on entend, de ce qu'on devine par le frottement d'un couteau ou un changement de sound-design oppressant. Les Philippou font l'autopsie de nos sens : le spectateur est forcé de partager cette désorientation corporelle, transformant le film en une expérience purement physique.
Bring Her Back est un cri d'agonie de 104 minutes qui prouve une chose : face à la mort, la philosophie analytique ne sert strictement à rien, alors qu'un bon vieux démon invoqué par une mère psychotique permet au moins de régler ses comptes avec ses traumatismes. Les frères Philippou signent une œuvre d'une férocité rare qui instrumentalise le deuil avec le même manque de tact qu'un tracteur dans un jardin de curé. Et c'est pour ça qu'on aime le cinéma.
Kant a quitté la salle avant le générique de fin, marmonnant des insultes en allemand sur la gratuité des fractures ouvertes. Quant à Martin Scorsese, assis à côté de lui, il a simplement souri en murmurant : "Ça, mon vieux Emmanuel, c'est du cinéma."
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