Il est rare qu'une œuvre puisse produire un sentiment de liberté aussi fort pour que le joueur s'en trouve marqué pour longtemps. Cairn fait partie de ces jeux.
En suivant le périple d'Aava qui se donne le défi d'être la première alpiniste à gravir le mont Kami, vous vous apprêtez, joueur, à faire preuve d'abnégation. Et pourtant, il est de plus en plus rare, personnellement, d'apprécier le try hard ou même une difficulté un peu mal dosée. La récompense à la clé en est souvent le seul intérêt pour le temps passé à faire et refaire continuellement la même chose. La frustration née des échecs, et même si l'obstacle est franchi pour découvrir tel ou tel coffre, arme ou amélioration, le plaisir n'y est plus. Ce schéma continuel de la récompense à l'effort est devenu une norme.
Cairn propose l'exact inverse. Quel plaisir, quel sentiment de liberté nous pouvons ressentir quand enfin la récompense ne se fait pas à travers le jeu mais dans le sentiment d'accomplissement du joueur lui-même. En choisissant de prendre telle ou telle voie, vous êtes libre des obstacles que vous allez rencontrer. Vous êtes conscient de la difficulté et du temps que cela va vous prendre. Et c'est cette absence de récompense, d'adrénaline facile, qui nous permet de reprendre goût à l'échec, à l'analyse et au chemin parcouru.
Là où la plupart des jeux vous récompensent par des barres d'expérience, des arbres de talent qui ne tiennent plus sur un écran simple ou des skins multicolores à paillettes fluo qui font « bziip bziip » quand vous sautez, Cairn ne vous met jamais dans une position de besoin ou d'attente. La seule gratification c'est la montagne, silencieuse qui vous regarde et se laisse, plus ou moins facilement, gravir.
Pour finir, je saluerai cette possibilité, à tout moment du jeu, de contempler son parcours depuis le début. La carte s'ouvre, révélant l'historique de chaque mouvement, de chaque chute, du moindre souffle court dû à une prise trop juste. Ce chemin tracé, c'est le vôtre. Vous en êtes l'unique responsable. Et c'est précisément par cette liberté de responsabilité que Cairn devient incroyable.