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Carnet de Curiosités : Lectures 2018

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128 livres

par Nushku
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  • Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

    Sortie : 1944. Roman.

    Livre de Jean Genet

    C'est la langue avant-tout (malgré tout). Fureur et ombre, or, sucre, foutre. Le sacré et le sacre-bleu.

    « Ce furent, dans la ville, les promenades au hasard des rues noires, par les nuits sans sommeil. Il s’arrêtait pour regarder par les fenêtres les intérieurs dorés, à travers la guipure illustrée de motifs travaillés : fleurs, feuilles d’acanthe, amours armés, biches de dentelle, et les intérieurs lui semblaient, creusés dans des autels massifs et ténébreux, des tabernacles voilés. Devant et sur les côtés des fenêtres, des lampadaires comme des cierges montaient une garde d’honneur dans des arbres encore feuillus qui se déployaient en bouquets de lis d’émail, de métal ou d’étoffe sur les marches d’un autel de basilique. Enfin c’étaient ces surprises d’enfants vagabonds pour qui le monde est emprisonné dans une résille magique, qu’eux-mêmes autour du globe tissent et nouent d’un orteil agile et dur autant que celui de Pavlova. Ces sortes d’enfants sont invisibles. Un contrôleur ne les distingue pas dans un wagon ni la police sur les quais, même dans les prisons ils semblent s’être introduits en fraude, comme le tabac, l’encre à tatouer, les rayons de lune ou de soleil, la musique d’un phono. Le moindre de leurs gestes leur prouve qu’une glace de cristal, que leur poing quelquefois étoile d’une araignée d’argent, encage l’univers des maisons, des lampes, des berceaux, des baptêmes, l’univers des humains. »
  • Werner Bischof (1986)

    Sortie : 1986. Essai, photographie et beau livre.

    Livre de Claude Roy

    La photo.
    (Je vais écumer cette collection, c'est dit.)

    « Les premiers travaux d'élève du jeune apprenti le montrent passionné par l'ordre et les symétries naturelles, la géométrie de la nature, ce qu'on pourrait nommer l'abstrait du concret. [...] Mais, à l'orée de sa vie et au seuil de son métier, encore indécis — sera-t-il peintre ou photographe ? — il fait une halte studieuse, il contemple longuement la beauté immédiate, l'harmonie du cosmos dans l'infiniment petit. Ses premières recherches personnelles s'inscrivent dans une grande tradition germanique, celle des études de sciences naturelles entreprises par les peintres philosophes de la Renaissance, celle des travaux de Goethe sur la botanique, des thèses de Novalis et des Romantiques allemands sur le microcosme et le macrocosme. Il photographie des feuilles d'érable ou de peuplier, des jeux de lumière réfractée ou polarisée , des hampes végétales, la crosse de son violon, des coquilles traversés de lumière, des vaguelettes de mercure. Son maître de photographie, Hans Finsler raconte "qu'il se consacrait pendant son temps libre à des tâches en apparence sans intérêt, qu'un observateur étranger aurait jugées enfantines, mais qui formèrent la base de travaux ultérieurs, étudiant les matériaux, la lumière, leurs constantes variations". On le trouve en train de polir pendant des heures des coquilles d'escargots ou des coquillages marins afin d'obtenir la blancheur transparente dont il a besoin pour une photo. Il scie par dizaine des coquilles de gastéropodes pour étudier l'architecture spiroïde et les propriétés de la spirale. Cette production de jeunesse, c'est une 'photo d'art', aux antipodes de laquelle se situera bientôt l'œuvre entière de Bischof. Mais c'est aussi une patiente et féconde préparation à la construction et à la composition, à l'utilisation de la lumière.»
  • Éloge de l'individu (2000)

    Sortie : . Beau livre, essai et peinture & sculpture.

    Livre de Tzvetan Todorov

    Todorov n'est pas historien et cela se voit à chaque virgule ! A commencer par ses références, datées, les premières qui viennent à l'esprit. On a parfois l'impression qu'il a lu l'équivalent, pour l'époque, de deux articles Wikipédia et basta ! c'était parti pour les grandes théories... !

    Todorov lance de jolies courbes, construit des châteaux sur des fondations de sable, des arches a posteriori. Alors, tout est avant-courrier, germes en devenir, chaque partie s'emboite parfaitement dans des articulations nettes et bien huilées, sans réel jeu : tout était nécessaire. Fayoum--«Les très Riches heures»-Campin-Van Weyden/Van Eyck. Cela semble si simple et limpide (lissé). Des châteaux en Espagne qui ont certes quelque chose de plaisant, ont l'attrait du bel édifice qui se tient droit et haut, mais qui, en ce me concerne, ont tendance à me gêner, y voyant d'avantage une reconstruction après coup, une jolie vue de l'esprit. En somme faisant ce qu'il reproche à Johan Huizinga. Et ce que faisait Gombrich dans son Histoire de l'art.

    Une élégance qui, à mon sens, appauvrit, amoindri, lisse, rabote, s'éloigne de périodes déjà éloignées. On finit avec trois peintres et une courbe...non, une flèche qui serait la seule possible. Sans être exclusif, j'ai une préférence pour le mouvement inverse : plonger et s'étonner devant le rhizome, le grain, les édifices à la Piranèse.


    « Ces femmes et ces hommes sont immobiles et silencieux, ils ne sourient ni ne gesticulent, ils sont détachés du reste du monde, ils regardent à l'intérieur d'eux-mêmes, calmes et intenses à la fois. A voir ces portraits, nous avons l'impression d'entrer en contact avec une région de l'être à laquelle on n'a aucun autre accès. Les premiers individus de la peinture européenne possèdent une puissance et une solidité qui se sont rarement retrouvées depuis. »
  • Gaspard de la nuit (1842)

    Sortie : 1842. Poésie.

    Livre de Aloysius Bertrand

    Un de ces livres jamais vraiment lus comme il se doit. Picoré par bribes depuis plusieurs années, toujours en automne ou à l'approche de l'hiver. Lecture en lambeaux afin de tenter d'en garder le goût de l'imaginaire. C'eut été à lire à 13 ans, sous la couette, un dimanche soir d'orage, quand il fait déjà nuit a 16h30, l'esprit alors sensible comme une plaque photographique à tout ce pittoresque, impressionnable, en pâmoison, face à ce vocable médiéval. C'eut été des images d'ombres, de braise et de lumière lunaire marquées au fer rouge pour la vie. Beaucoup de dialogues, moins de descriptions (d'ekphrasis délicieuses) qu'attendues.


    « Et la chasse allait, allait, claire étant la journée, par les monts et les vaux, par les champs et les bois ; les varlets courant, les trompes fanfarant, les chiens aboyant, les faucons volant, et les deux cousins côte à côte chevauchant, et perçant de leurs épieux cerfs et sangliers dans la ramée, de leurs arbalètes hérons et cigognes dans les airs.

    « Cousin, dit Hubert à Regnault, il me semble que, pour avoir scellé notre paix ce matin, vous n’êtes point en gaîté de cœur ?
    — Oui-dà ! » lui répondit-on.

    Regnault avait l’œil rouge d’un fou ou d’un damné ; Hubert était soucieux ; et la chasse toujours allait, toujours allait, claire étant la journée, par les monts et les vaux, par les champs et les bois.

    Mais voilà que soudain une troupe de gens de pied, embusqués dans la baume des fées, se rua, la lance bas, sur la chasse joyeuse. Regnault dégaina son épée, et ce fut, — signez-vous d’horreur ! — pour en bailler plusieurs coups au travers du corps de son cousin qui vida les étriers.

    « Tue, tue ! » criait le Ganelon.

    Notre-Dame ! quelle pitié ! — Et la chasse n’allait plus, claire étant la journée, par les monts et les vaux, par les champs et les bois.

    Devant Dieu soit l’âme d’Hubert sire de Maugiron, piteusement meurtri le troisième jour de juillet, l’an quatorze cent douze ; et les diables aient l’âme de Regnault sire de l’Aubépine, son cousin et son meurtrier ! Amen.»
  • Voyage avec Charley (1962)

    Travels with Charley

    Sortie : 1962. Culture & société, récit et roman.

    Livre de John Steinbeck

    Près de 30 ans après son périple pour la série d'articles « Les Bohémiens des vendanges » qui donneront naissance aux Raisins de la colère, Steinbeck repart sur les routes américaines.

    Dès la première page, avec son scalpel habituel, l'auteur pointe du doigt mon angoisse (malgré le désir) des voyages et tous ces projets avortés : « Et tous les plans, toutes les garanties, tous les projets et tous les engagements prévus sont vains. Après des années de bataille, on finit par comprendre que nous n'entreprenons jamais un voyage : c'est lui qui nous entreprend. Guides assermentés, horaires, places réservées, tout ce saint-frusquin inévitable s'écroule devant la personnalité du voyage. C'est seulement quand cette vérité est acceptée que le trimard bon teint se détend et fait avec. Plus de déceptions. »

    Ce n'est pas une surprise. Comme Giono et son voyage en Italie, il n'y aura pas d'arrêts dans les musées, de pèlerinages ici ou là, de grands zigzags entre les 'scenic view'. Pas de folklore, pas de romantisme façon Into the Wild où chaque rencontre serait un cadeau précieux, chaque paysage un Instagram à venir. Comme Giono, disions-nous, Steinbeck est souvent bougon, il ronchonne et maugrée "mhmh-c'était-mieux-avant", n'a pas toujours la tête à papoter avec son voisin ou, à l'inverse, se prend des vents monumentaux. Il y a bien sûr un peu de pose dans tout cela, dans ce rejet du tourisme qui passerait à la surface des choses, qui ne serait que simple mise en scène de soi-même (partir pour revenir et raconter, se raconter, se la raconter). Tout comme il serait naïf de croire que le tourisme à la Ubisoft fait de points d'intêrets serait une invention de la seconde moitié du XXe siècle. Déjà, au XVIIe siècle, le Grand Tour se faisait sur rails et le XIXe siècle ira se chercher un Disneyland des sables en Orient.

    Les deux vieux bonhommes de leur Sud respectifs passent donc par les petites routes, s'autorisent les cales, mais sans non plus partir nus dans la brousse. Ce qu'il reste ? De rares rencontres fortuites, rapides comme l'éclair, quelques paysages lumineux — Le Montana ; un goût d'inachevé, de frustration... peut-être même carrément d'échec malgré tout. Avec ces deux auteurs, plutôt : de flottement.
  • La tapisserie du Jugement dernier (2007)

    Sortie : . Essai, histoire et peinture & sculpture.

    Livre de Elisabeth Antoine

  • Paul Klee : traces de la mémoire (1999)

    Sortie : . Beau livre et peinture & sculpture.

    Livre de Evelyne Ferlay

  • Zao Wou-ki : les vingt dernières années de peinture (1999)

    Sortie : . Beau livre et peinture & sculpture.

    Livre de Zao Wou Ki

    Non pas un catalogue lié à l'exposition de cet automne 2018 mais un vieux fascicule d'une exposition de 1999 à Royan. (comme Pierrette Bloch) Avec des bouts de textes de Michaux (évidemment, comme pour Pierrette ils se connaissaient, s'appréciaient, voyant sans doute chez l'autre l'infime gouffre les rapprochant), Cheng (of course aussi), Roger Caillois.

    Une mise en bouche, un amuse-gueule, dira-t-on.
  • Le blé en herbe (1923)

    Sortie : 1923. Roman.

    Livre de Colette

    Il y a le style. Nerveux, touffu, truffé de remous, très fort dans les effets de fin de phrases. Non, nulle vieille langue surannée ici. Mais il y a aussi ce que ça baragouine : un ado en chaleur veut troncher une MILF (merci Balzac) mais en fait il préfère tringler son amie d'enfance. Rimbaud avait vraiment tort : on est trop sérieux quand on a 17 ans.


    « Elle ne cherchait pas de paroles après ce cri trivial. Elle couchait contre elle le corps du garçon affaibli, et serrait une tête brune sur ses seins qu’un peu de chair douce, toute neuve, arrondissait. Philippe s’abandonnait à une lâche et récente habitude de passivité, acquise dans des bras moelleux; mais s’il chercha, avec une amertume à peine supportable, le parfum résineux, la gorge accessible, du moins il gémissait sans effort le nom de "Vinca chérie… Vinca chérie…".

    Elle accepta de le bercer, selon ce rythme qui balance, bras refermés et genoux joints, toutes les créatures féminines de toute la terre. Elle le maudissait d’être si malheureux et si choyé. Elle lui souhaitait de perdre la raison et d’oublier, dans le délire, un nom de femme. Elle l’apostrophait en elle. « Va, va… Tu apprendras à me connaître… Je t’en ferai voir… », mais en même temps elle écartait, du front de Philippe, un cheveu noir, comme une fêlure fine barrant un marbre. Elle savoura le poids, le contact nouveau d’un corps de jeune homme qu’hier encore elle portait, en riant et en courant, à califourchon sur ses reins. Lorsque Philippe, entrouvrant les yeux, quêta son regard en la suppliant de lui rendre ce qu’il avait perdu, elle frappa de sa main libre le sable à côté d’elle, et s’écria, au fond d’elle-même : "Ah ! pourquoi es-tu né !" comme une héroïne d’un drame éternel.»
  • Plaisirs de glace (2012)

    Sortie : . Essai et peinture & sculpture.

    Livre de Alexis Metzger

    Ha ! les paysages d'hiver hollandais ! Des scènes fusent déjà dans votre tête. C'est une imagerie populaire inscrite dans l'inconscient collectif. On aurait envie d'y être nous aussi. Or l'étude d'Alexis Metzger montre que cette série de tableaux n'est que très peu le reflet des réels hivers hollandais qui tendaient plutôt vers un ciel gris, du crachin, des tempêtes de neige ou parfois des hivers doux sans gelées, mais tout au contraire sont une construction, création d'un topos pictural.

    Van Goyen et Avercamp évidemment, Rembrandt pour un tableau, Jan Abrahamsz Beerstraaten, Aernout van der Neer.


    « L'hiver, de tout temps, est vécu par les sociétés et certaines représentations naissent de ces interactions entre hiver et individus. Comme le dit Martin de La Soudière consacré à cette "morte saison", "l'hiver est tout autant mental que météorologique". »

    « C'est sur l'eau gelée que peut apparaître tout ce qui définit la Hollande au XVIIe siècle : le commerce, avec ses marchands souvent représentés dans les scènes d'hiver, la joie de vivre, avec ses patineurs, la prospérité, avec l'émergence d'une classe moyenne que l'on repère aux costumes dans les peintures, et enfin la paix. Peu importe si cette imagerie de l'hiver, sans cesse renouvelée jusqu'à la fin du XVIIe siècle, n'est pas fidèle à la réalité météorologique ou climatique : tel était le climat que voulaient voir représenté les acheteurs de tableaux. Mieux : tel était le climat qui devait être représenté pour permettre à ce topos hivernal d'exister. Des hivers neigeux ou doux et pluvieux ne permettaient pas de mettre en image cette nation. [...] En créant ce mythe fondateur du patinage, les Hollandais ont créé une de ces figures paysagères qui s'est imposée pour les siècles à venir. Garde-t-on comme image de la Hollande en hiver des fermes isolées entourées de champs bruns sous un ciel menaçant ? Des pauvres mourant de froid ? Assurément pas. Et c'est ce que dit bien Pieter Roelofs : "Ce furent ses paysages d'hivers [ceux d'Avercamp] qui, pour des centaines d'années, continuent à gouverner notre image des hivers froids du XVIIe siècle." »
  • Manesh - Les Sentiers des astres, tome 1 (2014)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Stefan Platteau

    Outre la comparaison avec Robin Hobb, évidente tant dans la remontée d'une "voie de l'Art" que dans l'édification d'un bâtard dans les écuries, la comparaison avec J.-P. Jaworski est souvent faite, compréhensible. Est-elle pour autant pertinente ? J'en doute. Certes, il y a le décorum de forêts, de rivières froides, de guerriers, il y a aussi la magie qui puise bien plus à d'anciennes pratiques païennes qu'au répertoire fantasy, souvent inquiétante avec de beaux relents d'horreur, mais le niveau de maîtrise est, à mon sens, bien en déçà chez Stefan Platteau. Il y a beaucoup de maladresses, beaucoup beaucoup de maladresse... de phrases qui ne font pas mouche. Platteau abuse d'adjectifs tour à tour convenus et précieux. [c'est également truffé de fautes : "bailler" aux corneilles, palier "à", etc.] Comme dans son "Dévoreur" l'auteur oscille entre une phrase classique ciselée un peu archaïsante et un argot très verbal et ne parvient pas encore à les marier malgré son dispositif littéraire. Dispositif qu'il ne pousse pas jusqu'au bout, à part pour créer du suspense : le barde qui fait le récit d'un récit avec ce que ça devrait apporter d'imprécisions, de trous volontaires, de questionnements (et justement de confrontation entre les langues ; celui très codifié et pensé du barde et le récit au fil de l'eau du Bâtard) — comme chez Conrad, comme chez Faulkner, comme chez Michon, ou le Giono tardif. Il ne l'utilise que lors de la rencontre avec la Régente et encore que très timidement ~ ne sachant quel animal grimpe sur ses épaules.

    Reste que ce premier tome touffu offre une fluidité, une certaine efficacité dans l'horreur, réussit ses twists, esquisse deux-trois personnages attachants et baigne clairement dans la sincérité, possède une petite touche de fraicheur et d'originalité : sa propre couleur. Tout ça est terriblement attachant et j'ai hâte de lire le second tome, puis le troisième quand il sortira en poche en 2020.

    Enfin, je reste, pour ce premier tome, peu convaincu par son melting-pot indiennisant dans un climat d'Europe du Nord (et de gros bouts de Miyazaki. Lors d'une interview il esquive la question : cela veut tout dire !) Enfin, il est étrange que ce qui semblait primordial, essentiel, la base de sa magie dans Dévoreur, le Zodiaque des couvertures - la roue des Astres, n'apparaisse quasiment pas (encore ?) ici.
  • L'espace et la flûte (1958)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Jean Tardieu

    Variations sur des dessins (quelques longs traits emberlificotés) de Picasso.

    https://www.revue-textimage.com/conferencier/02_ekphrasis/photos/martin-scherrer/martin-scherrer37.jpg
    https://cloud10.todocoleccion.online/libros-segunda-mano-poesia/tc/2016/11/04/00/64634755_40140314.jpg


    « Comme au fond de l'eau
    comme au fond des âges
    sous les arches du ciel
    je vois l'horizon
    grandir réconciliés
    le bouvier le taureau.


    C'était bien avant le supplice
    O songe éveillé tu retrouves
    piqués sur la prairie
    la corne l'aiguillon
    l'innocence oubliée
    sous le sable et la cendre
    les veines de l'espace
    le sillage du vent. »
  • Les Macchiaioli (2013)

    Sortie : . Essai et peinture & sculpture.

    Livre de Marie-Paule Vial et Béatrice Avanzi

    Des Impressionnistes en Italie ? Sur, mais sans la mollesse, sans leurs roses. Ces peintres florentins, acoquinés en un véritable petit groupuscule comme on s'en gargarise de notre côté des Alpes, avaient déjà ce qui fera l'intérêt, pour quelques yeux illuminés friands d'archaïsmes, des Nabis : les réminiscences du Quattrocento dans la géométrisation des formes et les couleurs mates parfois cernées et la texture du tableau, sous les taches, non occultée. La Sémiramis de Degas à Orsay fait ainsi très Macchiaioli.

    Sous-catégorie de la collection « Gallimard Découverte » en coédition avec le musée de l'Orangerie à l'occasion de leurs expositions. C'est un format horriblement allégé, qui perd la force de cette série, à savoir sa relative densité et ses extraits de sources, d'autres livres. Perte bien peu rattrapée par le rajout de mignons rabats à déplier.
  • Réparer les vivants (2014)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Maylis de Kérangal

    Richard Millet abhorre le style de Maylis de Kérangal, et c'est bien compréhensible. Il ne s'agit pourtant pas d'un style blanc « point, point, point ». Il serait facile de le comparer au "swell" des surfeurs de son roman. Plutôt, c'est une densité qui s'épaissit à chaque virgule, travaillée par rajouts successifs, à la dernière minute dirait-on. Bresson disait qu'il fallait travailler par soustraction, Kérangal opère un travail inverse. Lorsqu'il faut choisir, Kérangal ne choisit pas. Non. Le mouvement général se fait mêmement (son mot préféré) : loin d'une droite, elle fleurit en petites lancettes pointues, vites finies, fleurons inutiles. Certes, la grammaire est tordue, Maylis de Kérangael semble jouer des copiés-collés mal ressoudés, l'écriture moderne au traitement de texte, carrément incorrecte mais c'est ce claudiquement (claudication) qui fait de ce texte une fuite en avant, que l'on se prend les pieds dans le tapis comme l'on tourne les pages. Au moins, il y a un mouvement.

    Un souffle ? N'exagérons pas.
  • Le paysage extravagant (2009)

    Sortie : . Peinture & sculpture et essai.

    Livre de Michel Weemans

    Le paysage flamand c'est toujours une invitation au voyage en charentaises. Un mélange de tendresse dans le détail de miniaturiste, d'exotisme bizarre lorsque l'Occident commençait à se décoquiller, de froidures, de galéjades, d'énigmes sans fin.

    Il y a Bruegel, il y a Patinir déjà encore voilé mais bien connu des amoureux des paysages-cosmos (mamelons à l'herbe douce, roches provençales déchirées, chemins, sentiers qui bifuquent jamais trop loin, et toujours ce bras de mer peuplé de caravelles prêtes à partir, déjà revenues saines et sauves.) et il y a Herri met de Bles qui a souvent été confondu par les historiens avec le second. Il me semble pourtant beaucoup plus sauvage et archaïsant ; il se place dans un pays de sorciers et de géants (Manesh à venir).

    A part ça, c'est de l'histoire de l'art telle que je ne l'aime guère, avec beaucoup de jargon jamais défini, souvent emprunté de manière péremptoire à tous les autres champs français et un propos intéressant écrasé. C'est une thèse remaniée en petit opuscule, c'était attendu.
  • Lady L. (1963)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Romain Gary (Émile Ajar)

    6.5

    C'est mon problème, je me fais toujours des films, j'écris les livres dans ma tête. Pour Lady L. entre les couvertures, les extraits mis en exergue, de vagues échos de résumés, je m'attendais à du Virginia Woolf allégé à l'ironie de Gary, à du Henry James dilué. Comprendre un huis-clos dans un de ces beaux manoirs anglais, beaucoup de "double entendre" comme dans un ping-pong pince-sans-rire, des micro-scandales qui se gonflent à la mesure de l'univers entre les froufrous de satins et les craquements de cuir et du bois dans l'âtre. C'est très vaguement, et de loin, ce qu'il se passe vers la fin. Le gros du livre, en lieu et place, l'on a une longue incartade dans les milieux anarchistes de la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Pas ma tasse de T..

    Quant au dévoilement final : Gary avait-il lu A Rose for Emily ?


    « Il ne restait plus en elle que l’ironie. Ce fut à cet instant précis, alors que les larmes tremblaient encore sur ses cils et qu’elle soulevait doucement du bout des doigts une rose vers la guêpe qui dansait, que naquit vraiment le personnage caustique, sophistiqué et un peu cruel de Lady L.
    Elle se tourna encore une fois vers Armand et laissa errer longuement son regard sur ces traits dont sa mémoire seule allait pouvoir désormais lui restituer la mystérieuse et virile harmonie : « Vraiment, Dieu ne devrait pas faire ses ennemis si beaux », songea-t-elle avec un léger soupir, une main sur la branche d’un oranger, avec cette souplesse latente et féline du corps plus perceptible encore dans l’immobilité que dans le mouvement, et il lui parut soudain que son regard sombre et brûlant venait déjà vers elle à travers les barreaux d’une cage.
     
    « Tiger, tiger burning bright
    In the forests of the night…
     
    murmura-t-elle. »
  • Pierrette Bloch : sculptures de crin (1996)

    Sortie : . Beau livre et peinture & sculpture.

    Livre de Pierre Encrèvé, Luc Lang et David Quéré

    Pierrette Bloch, disparue en 2017, amie de Soulages et de Viallat, était célèbre pour ses encres collées, ses longues bandes de points répétés puis surtout pour ses fils de crin de cheval suspendus à quelques centimètres des murs.
    Fils et ombres arachnéennes. Dessins en l'air, sculptures d'ombre. Il y a (pour ma part) fascination pour ce minimalisme — trois fils, une ombre — qui se joue à la fois dans et de l'espace ; et bien sûr dans une pseudo-calligraphie, c'est-à-dire le souvenir de lectures jamais faites, ce même frisson que l'on peut avoir devant des tablettes sumériennes ou des glyphes maya.
    Alfred Pacquement, l'auteur de 'Henri Michaux, peintures', en disait : « Les boucles s'élargissent, se resserrent et offrent d'une œuvre à l'autre de subtiles variantes y compris dans les dimensions puisque certaines, longues de plusieurs mètres; ne peuvent être appréhendées que comme une écriture, espace sans début ni fin. »


    Et c'est en quelque sorte une simple version élargie, gargantuesque, que fait aujourd'hui Tomás Saraceno.

    Catalogue d'une exposition organisée à Royan en 1996. Il y a du Michaux dans ces dessins d'écriture, dédouanés de tout signifié, devenus simples souvenirs d'un geste ou d'une temporalité déroulée. (et aussi un peu de Bernard Moninot dans l'ombre portée, un peu de l'Espagnol Manuel Rivera dans le tressage.)


    http://2.bp.blogspot.com/-Ez1JQyhXOgA/VNcPAac7qdI/AAAAAAAAIQw/xHbOhVQKI5k/s1600/0d76939e94a94f548d94f010234972a2.jpg

    http://www.galeriedeleuzerochetin.com/galerie-deleuze-rochetin-img-2017/bloch-pierrette3.png

    http://www.galeriedeleuzerochetin.com/galerie-deleuze-rochetin-img-2017/bloch-pierrette.png
  • Un sombre pressentiment (2016)

    Een duister voorgevoel : reizen naar Jheronimus Bosch

    Sortie : 2016. Essai.

    Livre de Cees Nooteboom

    Nooteboom a souvent écrit sur la peinture de son bas pays. En l'occurrence, ce sont quelques réflexions personnelles et inconséquentes à propos de son voyage européen autour de Bosch lancé à l'occasion du documentaire sorti en 2016. Comme la moitié d'Internet, Bosch est l'un de mes peintres préférés. Bien malgré moi aurais-je envie de dire : je finis toujours pas y revenir. Mais je déteste cette manie de l'associer à l'énigme, au décodage. C'est attirer ou attiser de la danbrownerie, le réduit à un peintre Picsou Magazine. C'est écran de fumée qui voile, à mon sens, les véritables qualités du peintre néerlandais : les inventions visuelles évidemment (qui ne sortent pas non plus de nulle part) mais aussi et surtout cette technique de miniaturiste à coups de pinceaux de moins d'un millimètre portée au grand format sans aucune dissonance. C'est ce Little Big World qui donne tant l'impression de "rentrer" dans ses tableaux. Quant à « l'énigme », j'ai l'approche planplan de l'historien : quelle était la sphère intellectuelle, picturale, historique de Bosch (ou de ses imitateurs) ? C'est-à-dire toujours remonter le fil à travers des sources, sans lever le doigt, sans sauter de trous. Je trouve ça bien plus passionnant que n'importe quelle élucubration adamique ou psychanalytique.

    ...car voila, avec Bosch tout un chacun croit avoir la légitimité pour en parler et, in fine, ne parler que de lui-même. (moi y compris !)
  • L'Œuvre au noir (1968)

    Sortie : 1968. Roman.

    Livre de Marguerite Yourcenar

    Quel style ! C'est un brocard. A première vue (on s'est trop approché), l'on se plonge dans les détails, dans le minime : c'est souci de dentellière, finesse de vocabulaire, du point de croix psychologique, historique, stylistique. Quitte à se perdre dans ce dédale d'arabesques. La toile de fond, c'est l'Histoire : un fil de trame invisible qui soutient pourtant les fils de chaine, motif humain, qui, à leur tour, disparaissent, réapparaissent.
    Puis, on relève le nez, on fait quelques pas en arrière, dans le recul des chapitres, parmi l'ellipse d'une vie, et c'est délice d'admirer rinceaux, feuilles d'acanthe, souvenirs fugaces. Que j'aime perdre pied dans ce genre de phrases lourdes aux pans cassés comme des tentures. (la vie dans les plis) C'est là aussi le bémol. Bel ouvrage, technicité, mais ouvrage un peu froid ; sans feu éclatant. Une petite flamme bleue.

    Attention, peu de folklore alchimique ici, Yourcenar ne fait pas son « En-Bas » et Zénon n'est pas Durtal. Elle ne fait pas non plus un mystère aux franges de la fantasy où les Adamites, les bosquets délicieux peuplés de bestiasses se verraient dans des reflets mauves d'un athanor.


    « Le prestige qui entoure les princes et se dégage des cérémonies d’église était magie, et magie les noirs échafauds et les tambours lugubres des exécutions qui fascinent et terrifient les badauds encore plus que les victimes. Magiques enfin l’amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l’image d’un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter. »
    [+ extraits en commentaires]
  • Plis et déplis (2011)

    Sortie : . Essai et peinture & sculpture.

    Livre de Yves Peyré

    Trop court. Le Japon, Mallarmé, Michaux. A lire : Ninfa profunda. Ninfa fluida.
  • Bruegel. Jeu, travail, place (1998)

    Sortie : . Récit et peinture & sculpture.

    Livre de Jean-Pierre Ostende

    Pour deux ou trois pages sur Bruegel, du moins sur son aspect grouillant, le pipi et la beuverie, plus que son humanisme éclatant, c'est tout ce que la littéraire contemporaine de la fin du XXe siècle pouvait proposer de pire. A croire qu'Ostende tentait absolument à dater son texte en l'ancrant dans son temps. A tous les coups un bonhomme qui disait, dit encore, "drinks".
  • Qui a tué mon père (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Édouard Louis

    Annie Ernaux qui serait restée adolescente.
  • Laurent de la Hyre : la mort des enfants de Bethel (2011)

    Sortie : . Peinture et sculpture et essai.

    Livre de Alain Madeleine-Perdrillat

    Ca, on la sent bien l'influence d'Yves Bonnefoy sur Alain Madeleine-Perdrillat ! thuriféraire de sa méthode mauvaise. C'est-à-dire que l'on va trop loin, que l'on tire les cheveux, qu'on les coupe en quatre ; juste assez pour douter : est-ce terriblement pertinent ou juste du flan, du tripotage de nouille ?

    A part ça, La Hyre, Le Sueur, Poussin, il faudrait que je pousse ça. Déjà, parce que je connais très mal le Baroque->Classicisme français au-delà des collection du Louvre ; surtout parce que me laisse de marbre (hihi), stoïque (hoho) et que le meilleur moyen, pour moi, d'aimer ou de détester un mouvement c'est d'y plonger tête première, à froid, à chaud, sans s'être mouillé la nuque.
  • L'idée du bleu (2000)

    Sortie : juin 2000. Essai.

    Livre de Henrik Stangerup

    Un jour, j'écrirai un petit opuscule Verdier sur Patinir.
    Et les forcerai à changer leur jaune poussin en bleu... patinir.
  • Le chant d'amour des concombres de mer (2006)

    Sortie : février 2006. Essai.

    Livre de Bertrand Jordan

    Une bonne vulgarisation donne envie d'en lire plus, d'aller plus avant, voire de regretter de n'avoir pas fait sa vie dans le domaine. Une mauvaise vulgarisation donne envie d'en lire plus, par frustration.

    Ce chant est une franche déception. Je pensais avoir un livre frétillant et fourmillant d'explications biologiques, des pages à déborder d'ARN, d'ADN, de protozoaires, de chose insoupçonnées pour ma petite caboche... un livre grouillant d'idées, d'anecdotes et me ramenant à ces heures passées étant petit dans le jardin le nez dans l'herbe ou avec un microscope à regarder des gouttes d'eau au ridicule zoom x10. Non, je ne pensais pas avoir ces petits textes de dix pages dans lesquels l'auteur se pique avant tout d'écriture (quelle plaie ces descriptions ! et c'est moi qui le dit !) et de poésie de bas étage à la Hubert Reeves — encore un à couper à son auditoire la seule chose dont il est seul capable : remâcher ce qu'ils nous disent, cogiter puis s'émerveiller (le second cogito : Cogito ergo miraris) — et explique à peine les processus biologiques, tout ça pour clasher gentiment les créationnistes ou les défenseurs de l'hypothèse Gaïa (hello Pef !). Aujourd'hui, 2018, le Monde a avancé de plusieurs crans sur ce terrain glissant mon bon monsieur. Que Bertrand Jordan fasse sa chaine YouTube de zézétique !
  • Érik Desmazières. Voyage au centre de la bibliothèque (2012)

    Sortie : . Beau livre et peinture et sculpture.

    Livre de Anne-Marie Garcia, Olivier Rolin et Céline Chicha-Castex

    S'y perdre, encore.
    Connaissant quelqu'un le connaissant, je devrais essayer de pousser pour le voir à l'œuvre, mettre le doigt sur une épreuve pas encore sèche.
  • Pieter Brueghel : l'excision de la pierre de folie (2010)

    Sortie : . Peinture et sculpture et essai.

    Livre de Jean-Pierre Spilmont

    « Pourtant, revenant sans cesse au tableau de Bruegel, comme dans la demeure d'un vieil ami, visite après visite, c'est l'humaniste qui m'apparaît, l'humaniste qui m'éclaire loin, très loin de toute interprétation ésotérique.
    Celui qui m'émeut, et qui se donne à mes yeux comme un observateur sans concession, c'est le témoin d'une époque, d'un temps, d'un monde qui ne le laissa en rien indifférent.


    Plusieurs dizaines de croquis de Pieter Bruegel, tirés d'après nature, portent de la main du peintre la mention « Naet her leven » que l'on pourrait traduire par : « je l'ai vu, cela existe ».
    « Cela », ce sont des paysans, des mendiants, des estropiés, des suppliciés. mais également les très fameuses fêtes, truculentes, fantasques, où le peintre saisit les événements joyeux d'un petit monde en liesse, nous rappellant, comme une évidence que « Naet her leven », « Cela existe ».

    Oui, cela existe et un témoin, lui Pieter Bruegel, le restitue comme seul veut et peut le faire celui qui se désire témoin de la vie. De toute vie. Dans le débordement de ses fêtes comme dans l'horreur de ses désordres.

    [...]
    C'était ainsi. Et c'est ainsi que Brugel témoin d'un temps, se range, au même titre que Sébastien Brant, que Didier Érasme, que Jérôme Bosch et que que tant d'autres artistes, du côté des humanistes, c'est-à-dire de ceux qui refusent de voir "décerveler" un peuple, le leur, par de puissants "homme rouges et noirs", qu'ils soient d'Églises, magistrats ou juges aux tribunaux du sang.»
  • Joachim Patinir : paysage avec Saint-Christophe (2010)

    Sortie : . Peinture et sculpture et essai.

    Livre de Sylvie Germain

    Sans cesse, revenir dans les paysages verts et bleus de Patinir, en arpenter les petits chemins, passer d'un tableau à l'autre, s'abriter de la pluie sous une hutte, s'attarder près d'une auberge, à l'ombre des rochers, grosses pierres de Provence aussi découpés, chantournées, vivantes que celles de la miniature persane tardive.
  • Femme buvant dans une cour (2000)

    Sortie : . Peinture et sculpture et récit.

    Livre de Dominique Sampiero

    Autre Musée Secret. Dominique Sampiero est l'auteur du « Dragon et la Ramure », de la « Lumière du deuil », d'une pléthore de textes poétiques. Ce sont de petits livres courts comme des éclats, tendres et fort emphatiques... plutôt brumeux. Ce tour trop ouvertement poétique tend à lui faire passer à côté de ce qu'il semble chercher : délicatesse, poésie, beauté, etc. etc. Dans "Femme buvant ...", il se penche, décrit et rebondit sur les tableaux de Pieter de Hooch ; contemporain, ami sans doute, influencé et influenceur de Vermeer. Sampiero s'imagine à la place du peintre qui n'aurait eu cesse de peindre sa mère dans le premier matin du monde, sous une lumière laiteuse, puis sa solitude, le quotidien flamand, ses doutes tant de peintre que d'homme... l'un n'allant pas sans l'autre.

    Hooch est plus automnal, plus chaleureux, baignant dans des tons de cuivre de trompettes, aux maisons comme de petits cabinets de bois lambrissés, marquetés de dallages géométriques, de briques vernissées et de verre épais comme des loupes pris dans une résille de fer aussi fine qu'une toile d'araignée. Les maisonnées dénudées mais chaleureuses ouvrant sur les cours sales de nos automnes. La peinture néerlandaise, cet âge d'or hollandais, est un dédale de peintres oubliés dans nos vertes contrées. Vermeer, Rembrandt, pour sûr, quelques autres comme ce Hooch, Hals, Goyen, pourtant tant et tant d'autres oubliés sitôt vus.

    https://www.wga.hu/frames-e.html?/html/h/hooch/2/index.html
    https://www.wga.hu/frames-e.html?/html/h/hooch/3/index.html


    « Le dédain des êtres qui ne regardent jamais de de face, sauf par fatigue ou tristesse, n'est pas seulement la fierté, mais le meurtre de la grâce.

    Le geste minuscule rayonne dans une vie si petite qu'elle pourrait s'éteindre, mais non, elle continue de briller comme une lumière d'église romane.

    Trop de lumière est une ivresse, l'éblouissement gave puis pille le corps.

    Le bruit de la lumière.

    [...]

    La lumière est minutieuse, sur un toit, un carrelage, un feuillage, une joue, un balai, une brique, un ourlet, une anse, un coussin, elle est la mère du monde. »