Carnet de Curiosités : Lectures 2017

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116 livres

par Nushku
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  • À la cyprine (2015)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Eugène Savitzkaya

    Mallarmé lubrique, Beckett se tripote la quéquette, Rimbaud l'égrillard, Rabelais au rabais, trop ou pas assez pudique, ni véritablement du Brouwer. Une certaine curiosité, les mots qui font touche à maints endroits et égards ; seulement pas assez pour l'arrimer.

    « Quand tu passas sous le pommier
    ton sein était ferme
    ronde et forte ta cuisse
    doucement moussu de bouclettes ton ventre
    je me souviens d’une rose
    profonde écarlate
    comme d’une fureur fraîche
    je mangeai l’herbe avec
    la fleur, est-ce du vol ? »

    « Ardant près des visages l’éclat de sa nacre moelle
     
    Charbonneuse neige de sa cheminée, suie en forme de limande
    tant de flammes bleues régulières des vestiges des forêts
    de fougères, et dans l’ombre fume l’odeur d’œuf pourri sous le gel
    sous tant de limon tant de houille
    Là, père a sa mort dans la silice, c’est elle qui émousse la faux
    du noir sur la neige jaune de l’urine de dix millions de gros porcs
    profonde la fosse humide, la cave où les chats pissent
    animal dont les yeux brillent dans le caveau
    (comme mon ventre était plein, comme joyeuses mes tripes)
    pour que s’ouvre le puits, se révèle le souterrain
    chair infectée depuis toujours
    charogne désormais sèche et dispersée
    débris de diadème, ferrets d’or à Buda, paillettes en W
    fouillant l’obscurité, la lumière qu’aspirent les ténèbres infinies
    grouillements de cils dans le petit lait du sang qui coule
    s’écoule poussier, bronze brûlé dans la marmite »
  • Nord-Michigan (1975)

    Farmer

    Sortie : 1975. Roman.

    Livre de Jim Harrison

    On a tous nos pentes et c'est travail de Sisyphe que de les remonter sans cesse ! sans répit ! Alors de temps à autre on s'y laisse rouler.

    Aussi pourrait-on aisément détester ce Joseph, fils de fermier Suédois, indécis, limande flasque barbotant dans la complaisance de son inaction et qui trop souvent retombe dans la rêverie et le souvenir. Son rocher, il l'a carrément oublié ! Rêves pourtant tendres, touchants, proches de l'enfance de Harry Crews, c'est-à-dire constitués d'un peu de pêche à la truite, de beaucoup de chasse à la grouse et à la bécasse (elles font les bons contes), des travaux et des jours de la ferme — le titre original est un simple "Farmer" (comme chez Crews, il faut donner du pep's au titre traduit...) A ce titre là, le cœur du livre, le triangle amoureux, catalyseur des irrésolutions de son personnage principal, s'avère quasi superflu.

    « Mais pour ceux qui avaient un don réel, la connaissance était une chose aussi concrète qu'une feuille d'arbre ou une flaque de boue. Dans les choses les plus ordinaires, ils trouvaient une musique qui leur donnait envie de danser. Ils ne se contentaient pas de vagues idées sur l'océan. Ils n'enduraient pas la monotonie d'innombrables journées de chasse ou de pêche, ou simplement de lectures sur la chasse et la pêche, sur l'océan Indien, la mer des Caraïbes ou l'océan Arctique. Joseph pensait que Keats et Whitman, et le jeune Samuel, d'une certaine manière, vivaient dans les contrées illimitées de leur imagination. Il y avait là une beauté qui n'existait pas dans les préoccupations quotidiennes du commun des mortels. Vouloir absolument vivre sa vie, par exemple, alors que notre vie est si peu différente en fait de l'existence que mènent la plupart des animaux, de la manière la plus naturelle qui soit.»
  • Le Grand Vestiaire (1949)

    Sortie : 1949. Roman.

    Livre de Romain Gary (Émile Ajar)

    "Il y a des gens, jeune homme, qui tombent tellement amoureux de la vie qu’ils préfèrent mourir plutôt que de renoncer à vivre."

    Comme la continuité directe de l'Éducation Européenne enrichie des étrangetés de l'interlude tulipesque. Déjà, ce destin personnel placé en plein milieu de l'écriture, en belle lumière, quand bien même sous les lambris aux ors passés du vieux monde. Déjà, les clowns cassés et les tristes gaudrioles. Ces intérieurs trop remplis, à s'en étouffer, à s'y cogner, où, pourtant, la vie semble se dérouler. Pis le rêve Américain, encore lointain, déformé, vicié. Style encore un peu sec, sans les irisations qui feront le succès de ses deux œuvres.


    « Le sang de mon père se réveillait en moi et battait à mes tempes, il me poussait à chercher un sens à mon aventure et personne n'était là pour me dire que l'on ne peut demander à la vie son sens, mais seulement lui en prêter un, que le vide autour de nous n'est que refus de combler et que toute la grandeur de notre aventure est dans cette vie qui vient vers nous les mains vides, mais qui peut nous quitter enrichie et transfigurée. J'étais un raton, un pauvre raton tapi dans le trou d'une époque rétrécie aux limites des sens et personne n'était là pour lever le couvercle et me libérer, en me disant simplement ceci : que la seule tragédie de l'homme n'est pas qu'il souffre et meurt, mais qu'il se donne sa propre souffrance et sa propre mort pour limites... »
  • Virgile (1947)

    Sortie : 1947. Essai et récit.

    Livre de Jean Giono

    La naissance de Virgile. Et celle concomitante, évoquée a posteriori, de Giono. Ne soyons pas surpris. C'était couru d'avance qu'à parler de Virgile ou de tout autre il allait surtout revenir vite fait bien fait à ses manosqueries. Il ne sait faire que ça, le bon bougre !

    Tout en évoquant très rapidement la vie du grand poète antique, Giono ne fait en effet que présenter son propre projet de vie et, partant, d'écriture : s'ajouter. Pas juste s'ajuster tant bien que mal à notre société moderne mais bien s'ajouter aux choses. Et, selon son vieux chiasme orphique, laisser ces choses s'ajouter à lui-même. Son œuvre littéraire n'aura été que cet exercice : rajouter Ulysse, rajouter Troie, rajouter Ovide, rajouter Virgile, rajouter Moby Dick, rajouter Machiavel, rajouter Stendhal, rajouter Faulkner aux paysages et aux gens qui, alors, l'entouraient. S'il s'est souvent plaint de n'avoir, lors de son travail à la Poste, qu'à additionner des nombres, ne s'est-il pas vengé avec ses propres tables littéraires ?

    Lors de son voyage en Italie il notait en effet : "Je me suis efforcé de décrire le monde, non pas comme il est mais comme il est quand je m'y ajoute, ce qui, évidemment, ne le simplifie pas."

    Ici, il rappelle : "Mais c'était devant nous que jouaient les merveilles. Il suffisait de nous ajouter aux choses pour qu'elles soient à nous avec des certitudes plus grandes que celles données par les contrats de propriété."
    Ce n'est alors pas pour rien s'il convoque Van Gogh, celui qui, au-delà de toute appréciation esthétique, s'est rajouté et même multiplié aux choses qu'il peignait.

    « Nous étions totalement sujets du monde. Aucune aridité analytique ne nous enfiérotait. Nul n'a plus été volontairement mortel que nous. Nous sommes restés humbles et jeunes devant les choses auxquelles nous n'avons jamais cessé de nous ajouter. La pesante digestion des fruits d'or est restée notre seule science. »
  • 24 vues du Mont Fuji par Hokusai (1985)

    24 Views of Mt. Fuji, by Hokusai

    Sortie : 1985. Roman.

    Livre de Roger Zelazny

    En parcourant tant à pieds qu'à yeux les célèbres vues du mont Fuji de Hokusai la narratrice l'enrobe d'une fine trame de références mythologiques et littéraires. Elle, comme Zelazny, ont assurément la cervelle "mystiquement alvéolée". Tiens ferme ton épigone ! Sauf que, loin de vouloir déchirer un quelconque voile donnant sur la vérité, l'au-dehors ou même l'autre, elle s'en sert plutôt pour se protéger de ce qui s'y trame puisque novella très très légèrement cyberpunk, la trame est aussi résille du Réseau.

    Au-delà du changement de rythme et d'univers, comme dans les princes d'Ambre, Roger Zelazny se colle (avec froideur, trouvè-je) aux pensées, s'attache à chaque petit ressort, aux tribulations, ruminations, ratiocination de son personnage paranoïaque. « Des sensations riches et puissantes se forment sur le toit de mon esprit » disait Woolf.
  • La lumière des songes (2010)

    Sortie : . Essai et roman.

    Livre de Roger Caillois

    « L’absence d’ombres, le corsage qui est le ciel, les feuilles qui sont des arbres à elles seules évoquent les ingénieuses et monotones ambiguïtés de Magritte. L’utilisation de cette sorte de mannequin comme châssis d’un tableau fait penser à ceux, identiques, qui hantent parfois les toiles de Chirico, encore que le sens de l’illusion se trouve cette fois inversé. Elle ajoute du même coup l’accessoire de couture à la liste des objets usuels qu’un Marcel Duchamp promut, tels quels ou à peine modifiés, à un avenir inattendu, sinon usurpé. Dans le cas particulier, il faut avouer que la conjonction possède une efficacité singulière. Les audaces superficielles ou puériles dont elle procède attiraient l’attention par leur puissance de défi. Elles n’étonnent plus personne aujourd’hui, car il est peu de surprises durables. En outre, elles étaient brutales et brèves, sans prolongements ni labyrinthes. »

    « L’univers est innombrable, mais fertile en symétries, en coïncidences, en pléonasmes, en contradictions. Rien n’y est suspendu, isolé, flottant dans une totale indépendance. Sans cesse il se répète et sans cesse on y découvre de nouveaux prodiges. »
  • Le Miroir d'ambre - À la croisée des mondes, tome 3 (2002)

    His Dark Materials : The Amber Spyglass

    Sortie : 2002. Roman et jeunesse.

    Livre de Philip Pullman

    3/3
  • En compagnie de Mrs Dalloway (2017)

    Sortie : 2017. Recueil de nouvelles.

    Livre de Virginia Woolf

    La comparaison serait facile : des variations minuscules et douces comme des bonbons, des petits bouts sucrés comme ci, l'ambiance du thé à la ça. Des volants de taffetas ! On ne la fera donc pas. Virginia mérite mieux que ces chatons de porcelaine qu'on lui peint sur les fesses. Zweig, ici, ne s'en est toujours pas relevé ! Heureusement Maupassant a le cuir assez dur pour résister encore un peu...
  • La Tour des anges - À la croisée des mondes, tome 2 (1998)

    His Dark Materials : The Subtle Knife

    Sortie : 1998. Roman et jeunesse.

    Livre de Philip Pullman

    2/3
  • MASS : L'Art de John Harris (2000)

    MASS , The art of John Harris

    Sortie : juillet 2000. Beau livre.

    Livre de Ron Tiner et John Harris

    Même si je lui préfère, la plupart du temps, John Berkey, John Harris est un mastodonte du genre. (à qui notre petit prodige français Manchu a tout piqué) Couleurs feutrées, touche poudreuse, lumières veloutées. Jamais dans le mauvais goût d'un Chris Foss. L'immensité qui donne vertige.

    « Nous retrouvons John Harris à vingt ans. Il travaille comme documentaliste à St Pancras et n'a pas encore décidé ce qu'il allait faire de sa vie. Sa volonté de peindre semble avoir disparu. Il serait peut-être resté bibliothécaire s'il n'avait pas vécu une expérience capitale, celle d'avoir eu de nombreuses visions. [...] Lors de l'une d'entre elles, il eut l'impression de se retrouver dans un désert à observer la rotation de la galaxie d'Andromède. Pourtant, il n'ignorait pas que le temps que prend cette galaxie pour accomplir une révolution complète équivaut à peu près à deux mille millions d'années. Au cours d'une autre vision, il se tenait dans la cour de son ancienne école et, levant les yeux avec un sentiment d'urgence et de peur, il constata que la Lune se précipitait vers la Terre en grossissant, masquant de plus en plus le ciel étoilé de la nuit. »
  • Annihilation - La trilogie du Rempart Sud, tome 1 (2014)

    Sortie : . Roman et science-fiction.

    Livre de Jeff VanderMeer

    Comme un sommet d'un triangle composé de la Zone de Stalker, de l'Océan de Solaris et de cette Zone X d'Annihilation.

    Emiettement de la réalité, dérèglement des sens, petit à petit, par petites lacérations anodines et tout un monde organique familier qui nous est pourtant horriblement étranger. Dès le départ ça semblait louche. Personnages à peine palpables, comme mal écrits à dessein, relations viciées, branlantes et désagréables, parano par trop présente.
    Je maintiens que le Contact, si tant est que c'est bien un contact (parle-t-on à nos échardes ?), est toujours plus intéressant quand il semble ne pas même se dérouler. Nous avons Oumuamua, notre propre Rama. Surtout, surtout ne pas donner trop de réponses ! A ce compte là et ce malgré les évidents rappels aux Montagnes Hallucinées, Lovecraft a bon dos ; l'étrange frissonnant — mine de rien ça me faisait longtemps, un peu de malaise à lire la nuit, sous la couette — de ce texte me semble se loger dans un autre coin de notre cervelle que les mythologies tentaculaires du plus célèbre Providencins.

    Quelques autres points communs avec "L'histoire de ta vie". Eventuellement le film de Villeneuve a-t-il propulsé l'adaptation de Garland à venir, expulsé sur le bas-côté de Netflix. Je prédis beaucoup de "c'est comme Covenant ! et les casques ?"



    « Bien pire, un profond gémissement sonore s’élevait au crépuscule. Le vent marin et l’étrange immobilité à l’intérieur émoussaient notre sens de la direction, si bien que le bruit semblait s’infiltrer dans l’eau noire dans laquelle trempaient les cyprès. Cette eau, si sombre qu’on se voyait dedans, ne bougeait jamais, figée comme du verre, reflétant les barbes de mousse grise qui recouvraient les cyprès. En regardant du côté de l’océan, on ne voyait que le noir de l’eau, le gris des troncs et l’incessante pluie immobile de la mousse. On n’entendait que ce gémissement profond, dont l’effet ne pouvait pas se comprendre à un autre endroit. Il était d’une beauté qu’on ne pouvait pas comprendre davantage, et voir de la beauté dans la désolation change quelque chose en vous. La désolation tente de vous coloniser. »
  • La femme du boulanger (1943)

    Sortie : 1943. Théâtre.

    Livre de Jean Giono

    On ne retient de Jean Giono que ses romans, quelques uns seulement : le Hussard, Un roi, parfois la trilogie de Pan. On lit déjà beaucoup moins ses innombrables articles, chroniques, nouvelles dans lesquelles il a développé en long, en large et en travers sa philosophie de vie. Et l'on a totalement oublié son théâtre.
    Pourtant, s'il est un fantastique prosateur (il faut lire ses descriptions de la nature ou les nombreuses hypotyposes qui parsèment ses textes !), il n'en est pas moins un excellent dialoguiste. Janot, grand menteur, écrivain des affabulateurs et autres Gavin Stevens, sait écrire la gouaille riche, tantôt sucrée tantôt viciée, qui roule sur et sous la langue. Il n'était malheureusement pas assez parisien pour connaitre le même succès filmique qu'un Prévert...

    Quatre pièces en ce recueil réunies : Esquisse d'une mort d'Hélène (1919), Lanceurs de graines (1932), Le bout de la route (1941) et La femme du boulanger (1942). Il est d'ailleurs possible de retrouver un bout du parcours de leur auteur ; de l'imbibé de lectures antiques qui singe encore à celui qui vient de découvrir son arrière-pays littéraire et fait parler des paysans de riens comme des poètes philosophes dans un parler direct et sincère, très imagé puis à celui, plus tardif, celui qu'on dit de la seconde manière, qui commence à se méfier de cette langue, à parler pour ne rien dire ou pour teinter la réalité (les vérités biaisées des Âmes fortes ou du Moulin de Pologne) pour se cacher derrière des proverbes, à faire des ronds de jambes avec leur langue.

    {Citations à venir}
  • La Flamme (1950)

    Burning Bright

    Sortie : 1950. Récit et roman.

    Livre de John Steinbeck

    ""A man can forget nearly anything in a year, Victor."

    "I know this year," he said miserably. "I know the white drifts curving down to the silver ice in the shallows above the pond. I know the black lashing branches of the pear trees and the dogs snuffiing and moaning in the storm porch. I can feel the ice-air burning in my nose and blue aching fingernails and the acid cider. They're bringing in a Christmas tree from the forest today. And you, Mordeen, quiet and tired with waiting-you move silently, with eyes and ears and touch turned inward to hear and see and feel my child."
    She stirred in the steely light, moved heavily. "It's not your child. It's Joe Saul's child," she said with heavy monotony. "Turn on the light, Victor, and build up the fire. The cold is creeping in. The winter's really here. My year of bearing is nearly done. And very soon Friend Ed and Joe Saul will be coming with the Christmas tree. Shovel a wider path down to the road so they can get the tree in. They said it would touch the ceiling. And, Victor, I wish you could find the strength to go away. I've seen your suffering in this livelong year. But the birth will be soon now, Victor. Please try to go away. I have not changed my mind in the year. It's Joe Saul's child. I will protect him in this child. I threaten you, Victor.""
  • Les Royaumes du Nord - À la croisée des mondes, tome 1 (1995)

    His Dark Materials : Northern Lights

    Sortie : 1995. Roman et jeunesse.

    Livre de Philip Pullman

    On m'en a chauffé, longtemps et longuement, les oreilles pour pas grand chose. Lyra est à peu près imbuvable, toujours la meilleure, la plus vive, la seule à, blabla, ça ouvre son clapet... même Harry ne joue pas autant aux thug et n'a pas tant le cul plus bordé de nouilles. Evidemment Super Machin est son père, Horrible Bidule sa mégère et Trucmuche sa nourrice. (et qu'on vienne pas me sortir une boucle temporelle dans le tome 3 une fois la bonde rebouchée pour faire comme si c'était pas !)

    Le meilleur ou en tout cas l'une des choses les plus agréables dans la fantasy c'est bien le 'world building' : découvrir un autre avec sa cohérence, son exotisme, son histoire. Ou plus subtilement nous la suggérer comme des ruines que l'on découvre (cf. je ne sais plus quelle conférence anglaise sur la profondeur des textes de Tolkien). Ce premier tome passe du coq à l'âne qui va lui-même passer du coq à l'âne avec les suites. On est servis !
  • Nostromo (1904)

    Sortie : 1904. Roman.

    Livre de Joseph Conrad

    Il pourrait y avoir là de la déception si l'ont donnait crédit aux divers résumés promettant l'aventure tramée de batailles sur des falaises d'argent, de courses-poursuites au fond des mines, de coups d'éclat et de sabres. Ce Nostromo que l'on voit si peu en 500 pages nous évoquerait le grand héro romantique mutique, l'Angelo d'avant-l'heure à la recherche du bonheur fou et qui cavale sur les toits du monde colorés par un Cézanne. Sauf que dans Nostromo, Conrad coupe l'herbe sous le pied à tout suspense. Il fait monter la sauce, on s'impatiente, et, sans cesse, méthodiquement, la fait retomber.
    Car Nostromo, bien plus que roman d'aventure, est une étude de caractères.

    « C'est un simple récit qui développe certains caractères entourés de leurs paysages. » dirait Giono.

    Enlevez le 'simple'. Faire le portrait des gens en élargissant le cadre au possible et les placer non pas devant les fonds sombres et unis de Titien ou de Manet, mais en action sur les différents plans en perspective de leurs paysages. A croire qu'il n'aura imaginé ce Costaguana, ses remous et ses convulsions qui auront semblé si réels à tant de lecteurs, uniquement pour dresser de manière crédible ces Gould, ces Monygham, ces Sotillo et ces Decoud.

    Il manque un long chapitre qui détaillerait par le menu le fonctionnement de la mine, de A à Z. Si je l'adaptais en film, j'en ferais une longue séquence flottante.


    « — Imaginez une atmosphère d’opéra-bouffe, où toute la comédie des hommes d’État, des brigands, etc., etc., où tout le fatras des vols, des intrigues et des meurtres se jouent au grand sérieux… C’est d’un comique irrésistible ; le sang coule sans cesse, et les acteurs croient peser sur les destinées de l’Univers. J’avoue que l’idée d’un gouvernement quelconque, où que ce soit, paraît chose singulièrement risible à tout esprit subtil, mais vraiment, nous autres Espagnols Américains, nous dépassons toutes les bornes ! Aucun homme de quelque intelligence ne saurait se prêter aux intrigues de cette farce macabre. Pourtant, ces Ribiéristes, dont on parle tant en ce moment, font vraiment à leur manière de fantoches, leur possible pour rendre le pays habitable, et même pour payer ses dettes. Mes amis, je vous conseille d’exalter de votre mieux le Señor Ribiera, si vous voulez faire plaisir à ceux de vos compatriotes qui possèdent des valeurs de là-bas. Vraiment, si j’en dois croire ce que disent mes lettres, ils ont enfin quelque chance de voir la couleur de leur argent. »
  • The Skillful Huntsman (2005)

    The Skillful Huntsman: Visual Development of a Grimm Tale at Art Center College of Design

    Sortie : . Beau livre.

    Livre de Scott Robertson, Felix Yoon, Mike Yamada

    Trois jeunes — à l'époque — concept artists, sous la houlette de leur prof Scott Robertson, beaucoup trop bienveillant, imaginent l'univers visuel d'un conte des frères Grimm. Pour un jeu, pour un film live, un film d'animation, une BD, qu'importe. Ils dépiautent et décoquillent les processus... ce qui est par trop souvent escamoté dans les jolis Tout l'art de ... commerciaux. Surtout qu'ici il ne s'agit même pas de se fixer sur un résultat final mais de laisser flotter le champ des possibles. Malheureusement on se contente de quelques planches de croquis puis d'un ou deux concepts en couleurs. Ca grouille un peu mais pas encore assez. Ca se finit abruptement aussi. On aurait aimé un bilan, synthétisant les diverses directions prises par chacun des étudiants (même s'ils sont tous plus ou moins allé vers du Dune-like) et quelques bonus, fausses affiches, débuts de packaging, croquis de guests, photos, interviews, etc.
    [Ma préférée, parfaitement FF : https://i.pinimg.com/originals/56/26/59/562659c98788f452010bde685c382707.jpg]


    http://myamada.com
    http://www.khang-le.com
    http://linesandcolors.com/2013/01/10/felix-yoon
  • Tiens ferme ta couronne (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Yannick Haenel

    [6.5]

    Le projet de Haenel pourrait sembler similaire à celui de F.-H. Désérable (ou de Claro l'année dernière). Projet fréquent dans la littérature contemporaine : une enquête artistique, qui entremêle l'Art et l'autofiction (l'auto-satisfaction), le vrai et le faux, en de courts chapitres désordonnés lançant leur fagot de références. On pourrait y voir la version post-moderne de l'antique 'Vita'. Raconter une vi(d)e, quand bien même imaginaire, ne suffit plus, il lui faut rajouter un cadre, un contexte, tout un au-dehors chantourné afin de la mettre en relief. Si les premières étaient de petits objets sous verre, une boite de Cornwell, ces projets sont de véritables dioramas.
    La plume de Haenel est dense, épaisse, rythmée ; rapide et colorée, elle cavale. L'humour et la distance sont aussi présents mais moins graveleux ou évidents que chez le déjà nommé Désérable. (la dérision aide à faire tenir beaucoup de choses dans les livres)
    Récit qui se veut métaphysique, voire mystique puisqu'y scintillent en filigrane et en échos Apocalyse Now, Melville, Kafka, la mythologie grecque, et, même si jamais réellement évoqué in texto, je pense, aussi, et pas seulement par le rebond de Coppola, Conrad et son œil métaphysique. C'est une forêt de symboles, une couronne de noms. Comme dans The Deer Hunter, tout n'est que rites, sacrifices ritualisés, meurtres, ou massacres, hécatombes ! codifiés et ce n'est que dans l'interstice que l'individu moderne, cet homme IKEA peut que se placer, épousant s'il le peut sa forme, confortablement endolori, ou, bien malgré lui, se retrouve écrasé, aplati, anéanti. Le mot tramé revient souvent et c'est le dessein du narrateur : trou(v)er la trame, voir au-delà du voile. Le narrateur — l'auteur un peu aussi — se perd donc dans ce méli-mélo de recherche d'absolu, de vérité, de création artistique, de sacrifices, de mythes enfouis, du Roi des bois et du Rameau d'or. Récit burlesque. Récit métaphysique ? Parfois trop, Haenel n'évite guère les écueils de l'emphase, du lyrisme d'à-côté de ses pompes ou plus simplement d'un irréfragable dispersement.
  • Tulipe (1946)

    Sortie : 1946. Roman et récit.

    Livre de Romain Gary (Émile Ajar)

    C'est étrange. Je ne puis dire que j'ai aimé. Mais c'est étrangement intéressant. Un échec à n'en point douter. Gary pour son second livre semble avoir voulu se cogner d'ores et déjà aux murs qui pouvaient l'enfermer ; ruant dans les brancards de ses propres inclinaisons. Doubles ruines comme fondations à une œuvre double. D'où ce récit — ne parlons pas de roman ! — qui fait face. Il s'agit de faire tourner court à un idéalisme trop fort pour ne pas être suspect, à ses leçons de morale, à la protestation à cœur et à cris, par l'humour et la dérision.

    «– Du reste, annonça Tulipe, j'ai moi-même du sang américain dans les veines. Vous pouvez annoncer à vos lecteurs que je descends en ligne directe de ce capitaine intrépide de la marine marchande américaine qui, à bord du bâtiment Oklahoma, découvrit l'Europe, en 1499.
    – De qui se fout-on ici ? demanda Biddle, avec indignation.
    – On se fout du blé lourd comme un sein de nourrice, du thym, du houx et de la myrrhe et de la douce lumière du jour, on se fout des océans et des îles mystérieuses et des poissons volants et de son village natal et des neiges de l'Himalaya et du nizam de Hyderabad et des fleurs étranges qui poussent, dit-on, sur le Kilimandjaro. On se fout des grands fonds marins où des caravelles pleines de trésors inouïs gisent assoupies pour toujours dans le sable doux comme un corps de première communiante où se cachent les poissons monstrueux et la bouteille engloutie où le secret de l'absolu est enfermé. On se fout des vieux papyrus et de tous les violons qui ont jamais pleuré sur terre et de tous les bateaux ivres de l'espoir humain et des mains tendues et de toutes les croisades et de l'enfant et de la vieille qui jette une poudre noire dans une jarre de sang bouillant en murmurant : « Abracadabra ! » pendant que miaule le chat, piaule le rat et court l'araignée, et de Pasteur et de toutes les pénicillines ; on se fout des cheveux dorés et du sein pointu et de celui qui marcha pieds nus sur des charbons ardents et de celui qui alla chercher l'or aux Amériques et de celui qui le premier dit : « Je t'aime ! » et de celui qui le premier bâtit la cathédrale et de celui qui le premier cria : « Vive la liberté ! » avant de mourir et de celui qui coula avec son navire et de celle qui mourut sur un bûcher ; on se fout de l'amour maternel et des encyclopédies et des villes rasées et de la rosée du matin...
    – En voilà une façon de rigoler, s'effraya Biddle. »
  • Où grandissent les pierres (1985)

    Sortie : 1985. Poésie, essai et récit.

    Livre de Gérard Macé

  • Femmes de Courbet (2012)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Michel Butor et Colette Deblé

    Butor fait de la description directe, premier degré, sans grande finesse. Les lavis de Deblé coupent court à tout ce qui fait justement l'intérêt du lavis. Bouts de femmes comme découpées dans des papiers colorés, jouant des blancs, là aussi dans l'évidence du degré le plus premier. Elle escamote l'objet, l'accessoire, l'autre corps. Fort bien, peu beau. Il y a jouer des vides et faire du vide.
    Courbet dans ses grandes toiles de gris et d'ocres sales, ses cieux chargés, ses chasses, ses forêts, ses saletés d'animaux, ses épaisseurs de matière à creuser, ses chairs vibrantes, me semble bien mal propice à ce genre de fausse délicatesse un peu niaise que l'on croirait sortie de qui l'on sait.

    [Le repas de chasse]
    « Feuilles mortes dans la neige
    traces de sabots et bottes
    le rouge d'un rabatteur
    cavaliers sonnant du cor
    cavalière en amazone
    devant un accroc d'azur
    entre branches de bouleaux »

    [L'origine du Monde]
    « Je t'enlace dans ta nacre
    tu fouilles dans mes buissons
    en partageant l'embouchure
    du narghilé cristallin
    nous rêverons de Boshphore
    murmurant des médisances
    sur le maître de ces lieux »

    [L'atelier]
    «Dans un coin de l'atelier
    comme une statue vivante
    sous les yeux des invités
    au paradis des modèles
    on la croirait oubliée
    mais sur un fond de paysages
    le peintre veut la chanter »
  • Guerre civile et compromis (1553 - 1598) - Nouvelle histoire de la France moderne, tome 2 (2002)

    Sortie : . Histoire et essai.

    Livre de Janine Garrisson

    Pour son second tome de l'Histoire de la Renaissance française, Garrison abandonne son découpage bien propre par règnes et par politiques pour une approche plus sociale et sociétale puis un déroulé linéaire de sa large portion chronologique. Les hautes figures des rois et des princes passent alors au second plan au profits des partis, des différentes mouvances de pensée et, surtout, des nombreuses évolutions de la société. Il fallait bien casser cette échine, car période de remous, de tumultes où tout, le social, le religieux, les rois en leurs palais, les grandes familles et leurs villes, s'interpénètre, se heurte, se confond, se brouille. Les guerres de religions phagocytent tout.

    Toujours ce manque d'iconographie et de biographies pour chaque figure historique.


    « Paysans fuyant la famine à la ville, ils ne regagnent jamais leurs terres. Compagnons, manœuvres, gagne-deniers au chômage, ils mendient, vagabondent, prêts à toutes les aventures. Cadets de famille nobles ou non, sans travail, ils ne trouvent guère de place lorsque les hommes pullulent et que se figent les structures de la société. En Espagne et au Portugal, où les conditions économiques ne sont pas plus favorables, les colonies constituent un exutoire sans fin où viennent mourir ou éclore les rêves de gloire, d'argent, les élans vitaux et les soifs de découverte ou de puissance. »

    « La Saint-Barthelemy constitue l'événement paroxysmique de cette période. Il y a un avant la Saint-Barthélemy, vers laquelle on tend à faire converger l'histoire des années antérieures, et un après la Saint-Barthélemy, sur laquelle, semble-t-il, s'articulent le comportement et les actions des gens qui ont vécu le drame, qui le conservent en mémoire.
    Sans doute est-il artificiel de se livrer à la recherche des causes ; la veille du massacre personne encore ne savait qu'il se déroulerait, puisqu'il n'était nullement prémédité ; pourtant, il n'apparaît point de pure rhétorique d'énoncer les circonstances, du moins celles qui affleurent à la surface du possible historique, où comme en un creuset s'agitent et se heurtent les ingrédients de ces jours pleins "de bruit et de fureur".»
  • Origine (2017)

    Origin

    Sortie : . Roman.

    Livre de Dan Brown

    Lire du Dan Brown c'est comme regarder un mauvais blockbuster en s'empiffrant de mauvaise bouffe. Un semi-plaisir coupable, mélange de dégout, de gras, de rejet fondamental et de confort bien trop flasque. On en ressort vraiment pas fier de soi.
    On passera sur l'intrigue, les ressorts narratifs de pacotille, le style, les personnages en carton, les répétitions par rapport aux autres tomes : je savais à quoi m'en tenir, on n'pourra pas dire que je n'étais pas prévenu !

    Pour cette dernière cuvée automnale on a le droit à l'Espagne et je suis déçu, on voit à peine Madrid et pas du tout le Prado, le musée Lazaro Galdinao ou le Thyssen-Bornemisza, ni l'Andalousie et son ouverture vers l'Orient. De moins en moins d'art, d'architecture et beaucoup plus de course-poursuite et même un petit peu de romance.

    Encore une fois Brown se retient d'aller trop profond et préfère s'étaler. Pareillement, on n'évitera pas les incessantes remarques de Langdon, ce grand singe-aux-gogues sorti d'Harvard à la mémoire eidétique à géométrie variable spécialiste en tout et faux réac qui ne peut s'empêcher de faire des petits commentaires de PMU en fin de compte très similaires à ceux de F-H. Désérable voulant faire de l'esprit. Ha ma bonne dame, l'art contemporain, on n'y comprend goutte et ça n'est que du biz et la religion, pffiouuu, puis les gens sont des moutons à se prendre en selfie, tous greffés à leurs smartphones ! Tous des incultes sauf moi ! (Barnum & Dunning-Kruger jouent à fond les roulettes. Moi inclus, of course) L'un faisait des blagues sur des sites de cul, Dan sur Frozen. Langdon est donc celui qui, quand le RER tombe en panne — c'est la saison — se croit malin à faire des petits commentaires beaufs à voix haute.
    Langdon sait tout et quand il ne sait pas, ouf, ventre saint-gris, il se souvient d'un dîner avec tel ou tel grand spécialiste anglo-saxon durant lequel il lui aura expliqué juste ce qu'il faut pour avancer (c-a-d un truc niveau collège. Mais ça faisait moins classe de se souvenir de ses cours de SVT ou de s'être endormi devant la chaîne des documentaires un dimanche soir...)

    Tom Hanks va encore devoir beaucoup courir.
  • L'Enfer du bibliophile (1860)

    Sortie : 1860. Roman.

    Livre de Charles Asselineau

  • Un certain M. Piekielny (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de François-Henri Désérable

    Et si Désérable était l'Ajar de Michon ? "Avançons dans la genèse de vos prétentions" met-il dans la bouche de Pivot. Pour s'aérer d'ouvrages bien trop longs à brunir dans du plus rapide, du plus relâché, se permettant quelques blagues graveleuses ? Seule faille dans mon semblant de théorie, ça n'est pas à la hauteur. Et ça serait parfaitement égocentré.

    De bonnes chances pour le Goncourt ou le prix Giono.


    Maîtres & Serviteur.

    Je vois le projet, je vois le "truc" et dès lors le creux derrière : faire un "petit bijou ciselé" d'une vie minuscule imaginaire. C'est trop transparent et trop peu digéré dans ses influences : du Verdier, le Michon bien sûr, du Minuit. Un peu d'autofiction méta mélangée à des références littéraires et historiques. Il doit y avoir beaucoup de pipeau là-dedans. Il l'avoue, il s'est fait avoir par les Onze et je le vois bien vouloir se venger.

    C'est trop souvent maladroit, on bute une ligne sur deux contre des tournures peu heureuses, de l'humour peu à propos et des références mal intégrées. La sympathie que j'avais a priori pour le bonhomme n'aurait pas si vite fondu si ça ne baignait pas dans une certaine vulgarité, voire dans la beauferie. Une sorte de fierté étalée qui phagocyte tout le projet littéraire et les quelques phrases qui font mouche. Le petit passage sur Venise résume bien la chose : le bon vieux cliché lourdingue des touristes incultes en chaussettes et de Canaletto qui serait tout ébaubi, cet idiot ! de voir des moteurs ; écrit dans une phrase empesée. Ca n'apporte rien au texte mais l'on est dans l'emprunt du prêt-à-écrire, dans le facile qui se gargarise, pas mieux de ce qu'il croit dénoncer. Moi ça m'évoque du 'ric-Emmanuel Schmitt. Désérable, et ça ne nous étonnera pas, il y a tout de même un petit quelque chose, s'en sort bien mieux quand il essaie le moins.
  • Arbres (1976)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Jacques Prévert

    « dans les fougères
    et ne connaissent pas
    le premier mot du grand traité
    d’auto-arboriculture
    que les ptérodactylographes
    tapaient vert sur blanc
    en pleine pierre
    de très nombreux siècles
    avant Jésus-Christ
    sous la dictée des branches
    dans la musique du vent
    de la sève et du sang

    Et seuls des amoureux des fous
    et des oiseaux
    peuvent encore de nos jours
    de nos nuits de nos rêves
    et de nos cauchemars noirs et vrais
    peuvent encore lire entre les lignes
    dans les feuilles des ormes
    des trembles et des charmes
    la suite passionnante
    du premier grand feuilleton »
  • La déesse et le grain (2010)

    Sortie : . Culture et société et essai.

    Livre de Alain Testart

    Alain Testart revient sur trois grandes "évidences" de l'archéologie néolithique du Proche-Orient, trois marottes enseignées, apprises, répétées encore aujourd'hui : le culte de la grande déesse-mère, le culte du taureau et les crânes surmodelés comme culte des ancêtres. Et d'une manière plus générale la "révolution des symboles" du célèbre Jacques Cauvin. Le livre perd de sa force sans ce prérequis, je pense.

    On s'intéresse donc essentiellement au matériel de Çatal Höyük, le site le plus important pour le Néolithique du P-O. (son argumentaire se voyant renforcé par les découvertes récentes à Göbekli Tepe.)

    Testart rappelle très bien que les représentations symboliques que l'on découvre ne sont pas reflet mathématique du panthéon. Beaucoup des pratiques et des dieux effectivement vénérés nous sont et nous resteront inconnus, portés par une tradition orale à jamais perdue. Il faudra attendre la naissance de l'écriture avec les Sumériens, plusieurs millénaires après, pour rentrer réellement dans leur pensée. Testart anthropologue et non archéologue a tendance à décoller le nez des tessons pour aller voir ailleurs, plus tard. Ca me fait tiquer mais ça n'est pas forcément un mal. Il ne va jamais ainsi guère plus loin que le "vraisemblable" et le "peu probable" malgré le ton parfois pamphlétaire.

    Surtout, il faut se méfier de notre propension à vouloir voir dans les hommes de la préhistoire ou de la proto-histoire des bigots entièrement tournés vers le culte. Souvent pour l'archéologue, chaque objet, chaque décor, chaque pièce un peu plus grande sera nécessairement lié à la religion et au culte ; qu'importe le contexte de trouvaille ou les différentes unités iconographiques ou même les nuances entre culte et superstition. D'où notre urgence à appeler sanctuaire/temple ce qui dépasse un peu du reste d'autres habitations, à voir des divinités dans chaque représentation même très peu chiadée.

    Il est facile et très confortable de bricoler ces panthéons bien propres fondés sur l'opposition d'une grande déesse, principe féminin et d'un taureau viril, principe masculin. Il s'agit pour ce livre, si ce n'est d'abattre totalement, de nuancer et de brouiller ces vieilles fausses évidences. Pas de déesse-mère au-dessus de tout donc à cette époque ; le taureau était perçu comme animal dominé (la chasse !) bien plus que comme dominant. Pareil pour les crânes qui sont sans doute bien plus souvent trophées de guerre et non la trogne de papy conservée.
  • Le Sultan des nuages (2017)

    The Sultan of the Clouds

    Sortie : . Récit et recueil de nouvelles.

    Livre de Geoffrey Landis

    Encore un petit air arabisant. A croire que c'est l'ambiance la plus facile pour donner des airs exotiques mais pas trop à son récit de science-fiction ou de fantasy. Efficace, dépaysant mais pas trop.
  • Poumon vert (2017)

    Breathmoss

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Ian R. Mac Leod

    Ian R. Mac Leod est peu traduit chez nous mais Ian R. Mac Leod a tout de même sa petite aura, sa petite réputation de belle écriture, exigeante et lyrique. C'est pourtant, dès le départ, tout ce que l'on déconseille de faire aux auteurs débutants : nous inonder de mots inventés, ou ici empruntés à l'Orient, et de concepts alambiqués jamais expliqués. Poésie forcée en phrases non-nominales. Poumon Vert est très pénible à suivre, laborieux à se déployer.
    Ca ne tient, au bout du compte, au bout de mes contes, que par ce petit fumet arabisant, bien que gratuit et qui ouvre sur dix mille planètes à explorer. Aussi, contrairement à Nébal trouvé-je que cette collection d'Une Heure-Lumière est, dès le départ dans le médiocre... (en même temps inclure Day...)
  • Le Regard (2017)

    The Regular

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Ken Liu

    // Dragon

    Devant le nœud Gordien, on choisit la troisième solution et l'on tranche dans le vif.

    Ken Liu a clairement du mal à se départir de ses deux grandes influences, Ted Chiang et Greg Egan. « Le Regard » est un mini néo-polar à implants cyberpunk comme l'australien en a écrit une flopée. Ca pose des questions certes mais toujours plus ou moins les mêmes. Holala mon régulateur empiète-t-il sur mon humanité ? Evidemment que l'auteur dira que oui, tout de même un peu. Le master of obvious façon Black Mirror. L'inverse serait plus intéressant.

    La fin est attendue, forcée, artificielle, facile. Pire, ça rappelle un peu trop, dans son côté vanillesque, du Peter F. Hamilton et son enquêtrice de Pandore. On est loin de l'Homme qui mit fin à l'histoire et ce texte ne me semble pas avoir sa place hors d'un recueil comme texte de transition.
  • Imaginaires (1970)

    Sortie : 1970. Poésie.

    Livre de Jacques Prévert

    « Le mécréant :

    Je ne joue pas sur les mots, je joue parfois avec et j'ajoute que sans moi ou d'autres, ils jouent très bien tout seuls. Les mots sont les enfants du vocabulaire, il n'y a qu'à les voir sortir des cours de création et se précipiter dans la cour de récréation. Là ils se réinventent et se travestissent, ils éclatent de rire et leurs éclats de rire sont les morceaux d'un puzzle, d'une agressive et tendre mosaïque.

    Contre les maîtres-mots, les mots tabous, c'est le tam-tam des mots-mots. Et les mots sacrés se désacralisent et les mots secrets se créent.»


    « De la Croix ou de Damas, tous les chemins, toutes les impasses, tous les culs-de-sac comme toutes les avenues de la Grande-Armée, tous les boulevards des Fille-du-Calvaire, tous les sentiers de la guerre mènent à Rome.
    Comme le chemin des Ecoliers, toutes les rues et les ruelles les plus malfamées mènent ailleurs. »