Cinéphilie obsessionnelle — 2019

Avatar Morrinson Liste de

558 films

par Morrinson

Longs métrages uniquement. Revus : 21. Cinéma : 8.
↑↑ "L'Expédition du Kon-Tiki", de Thor Heyerdahl (1950) ↑↑

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Mois après mois, pour le meilleur et pour le pire des découvertes :

Janvier (1→67)
+1) L'Expédition du Kon-Tiki +2) Mandingo +3) La Reine des Cartes +4) Honneur et gloire
-1) Ivan the Idiot -2) Kin : le commencement -3) Un Peuple et son roi -4) Le Souffle du démon -5) Conan

Février (68→102)
+1) Leto +2) L'emploi +3) Les Chasseurs de scalps
-1) Brice 3 -2) Paris est à nous -3) Hardware -4) Juste avant la nuit -5) Saint Amour

Mars (103→155)
+1) Madame de... +2) Une Page folle +3) La Femme sur la Lune +4) La Justice des hommes +5) Salvador Allende
-1) Aquaman -2) La Vie domestique -3) Bienvenue à Marwen -4) Death Wish

Avril (156→207)
+1) Les Éternels +2) La Belle +3) Cruising, La Chasse +4) Le Désert rouge +5) An Elephant Sitting Still
-1) The Return -2) Le Prix du danger -3) Jumeaux -4) Running Man

Mai (208→260)
+1) Playtime +2) Les Fiancés +3) Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon +4) Burning out +5) Archimède le clochard
-1) Bohemian Rhapsody -2) 007½: Rien n'est impossible -3) Stan et Ollie -4) A Star Is Born

Juin (261→312)
+1) Le Gouffre aux chimères +2) Kagemusha +3) Le Cabinet du docteur Caligari +4) L'Homme invisible +5) Long Weekend +6) Jack le Magnifique +7) Do The Right Thing +8) Pontypool
-1) Domino -2) Captain Marvel -3) Les Épices de la passion

Juillet (313→359)
+1) La Cité des douleurs +2) Hobo +3) Les 11 Fioretti de François d'Assise +4) La Paloma +5) La Fougère dorée
-1) Cocktail -2) Budapest -3) Un Couteau dans le cœur -4) Hellboy -5) Le Mystère Henri Pick

Août (360→380)
+1) Noblesse oblige +2) La Bête lumineuse +3) Témoin à charge
-1) X-Men: Dark Phoenix -2) Mr. Long -3) The Dead Don't Die -4) John Wick Parabellum

Septembre (381→427)
+1) Samuraï +2) Le Ciel et la boue +3) Berlin, symphonie d'une grande ville
-1) Nous finirons ensemble -2) Assassination Nation -3) Coming Home -4) Spider-Man: Far From Home -5) Voisins du troisième type -6) Kinski Paganini

Octobre (428→475)
+1) La Chute de la maison Usher +2) La Fugue +3) Ciel sans étoile +4) The White Dawn +5) La Liberté +6) J'accuse
-1) L'Intervention -2) La Nonne -3) The Warriors Gate -4) Simetierre -5) Vox Lux

Novembre (476→537)
+1) Welcome to Sodom +2) Les Petites Fugues +3) Folies de femmes +4) La Belle Nivernaise +5) Les Duellistes +6) Les Poings dans les poches +7) Joker +8) Désir meurtrier
-1) Nicky Larson et le Parfum de Cupidon -2) Blue Steel -3) 2019 après la chute de New York -4) Le Poids de l'eau -5) Gemini Man

Décembre (538→)
+1) Cutterhead +2) J'ai vécu l'enfer de Corée +3) Dans la ville blanche +4) +5)
-1) Rambo: Last Blood -2) 6 Underground -3) La Confession -4) -5)

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Des listes pas inutiles :
Jurassic : www.senscritique.com/liste/Journal_de_Bord_2019_Films/2308029
Alifib : www.senscritique.com/liste/Journal_de_Bord_Cinema_2019/2301858
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2018 : www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2018/1957168
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Le fil de mes obsessions en 2019 :
Films : www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2019/2299251
Albums : www.senscritique.com/liste/Melomanie_obsessionnelle_2019/2299255
Livres : www.senscritique.com/liste/Bibliophilie_pas_vraiment_obsessionnelle_2019/2299258

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  • 331
    Bande-annonce

    Ghostland (2018)

    Incident in a Ghost Land

    1 h 31 min. Sortie : . Épouvante-Horreur.

    Film de Pascal Laugier avec Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson

    Dans le registre de la surenchère morbide et du torture porn, on tient sans doute là un champion. Je ne suis pas spécialiste de la discipline ni grand connaisseur de Pascal Laugier, mais ce film me laisse le goût très amer des artistes qui avancent dans un 36 tonnes sans trop se soucier des finitions. On nous sort à peu près tout ce qui s'est déjà fait dans cette case de l'horreur, avec maison isolée au fond d'un coin paumé, séquestration de la petite famille, poupées sinistres, méchants de pacotille et twist éventé. La seule chose originale, c'est la présence de Mylène Farmer qui fait vraiment bizarre avec son visage de poupée, justement. Mais bon, rien qui ne fasse oublier le sadisme incroyable avec lequel on maltraite les deux gamines et la complaisance malsaine à contempler leurs visages tuméfiés. Et qu'on ne vienne pas me justifier ça en prétextant une allusion aux violences faites aux femmes, je trouve ça scandaleusement hypocrite. Les références sont en outre balancées à la truelle, Lovecraft par-ci et Carpenter par-là, avec en prime Rob Zombie cité explicitement par un personnage. Plus scolaire, tu meurs. On a donc droit à toutes les horreurs, du viol à la torture en passant par la folie, le fétichisme, et les gros gnons dans la gueule. La désincarnation totale des deux méchants n'est pas une mauvaise idée en soi, on se doute que Laugier est fan de Hooper et son Massacre à al tronçonneuse, mais c'est ici empreint d'un ridicule redoutable. Les grosses ficelles sont partout (le travesti psychopathe et le handicapé mental pédophile, bien sûr), tout comme les jump scares honteux et les cris répétés qui finissent par péter les tympans. Aucune mise en contexte ne vient adoucir cet étalage de violence gratuite, il n'y a que de la lourdeur, directe ou indirecte, dans l'horreur physique comme dans l'évasion mentale.
  • 332
    Bande-annonce

    Cocktail (1988)

    1 h 44 min. Sortie : . Romance et comédie dramatique.

    Film de Roger Donaldson avec Kelly Connell, Ellen Maguire, Lisa Banes

    Je ne sais pas ce qu'il y a de plus "drôle" dans ce film, entre les aspirations du personnage de Tom Cruise désireux de faire du fric facilement à la fin de son service militaire, la façon dont est traitée la gente féminine comme de la viande à accrocher tel un trophée (plus elle est riche, mieux c'est), l'incorporation dans cette sauce affreuse du personnage si cool interprété par Bryan Brown avec tous ses conseils de barman sur la vie et la poésie, ou encore le dernier quart d'heure doté d'une morale fabuleuse. Du régal à tous les étages.

    On peut aussi beaucoup rire devant la description qui est faite des études (après l'échec du côté de la finance à Wall Street, très drôle également), avec des profs acariâtres et condescendants, conduisant naturellement Tom Cruise a laisser tomber cela pour se concentrer sur "la vraie vie", celle des bars où ruissellent l'argent et les filles en un claquement de doigts. C'est évidemment la sacralisation du self made man, la consécration de l'American Dream sous l'aile du mentor. On célèbre donc l'ambition débordante du protagoniste, sa capacité à ferrer les bons poissons et à ne se laisser distraire par aucun obstacle sur son chemin.

    Tom Cruise dans ce décorum 80s, avec toutes les valeurs que renvoie cette époque aujourd'hui (encore une fois, Trump y est cité comme un débile fortuné), ça reste tout de même collector.
  • 333

    Le tigre du ciel (1976)

    Aces High

    1 h 54 min. Sortie : . Guerre, drame et action.

    Film de Jack Gold avec Malcolm McDowell, Christopher Plummer, Simon Ward

    Six ans après "Orange Mécanique", Malcolm McDowell échouait donc dans un film britannique centré sur un microcosme très particulier, celui des Royal Flying Corps qui combattaient pendant la Seconde Guerre mondiale depuis le territoire français. L'idée de "Aces High" est aussi simple que claire : en ne s'autorisant que quelques sorties (dans les airs, avec des batailles comme toujours soporifiques, et dans les bordels français), l'histoire se passe presque exclusivement à l'intérieur de ce camp si particulier où règne une atmosphère qui se veut très lourde. En cause, au-delà du conflit mondial : la longévité extrêmement réduite des pilotes, dont l'espérance de vie ne dépasse pas les deux semaines dans ces conditions. Pendant 7 jours, on suit l'arrivée d'un tout jeune pilote inexpérimenté, la nouvelle recrue remplaçant le dernier mort.

    Avec une telle configuration, on s'attend à quelque chose de très fort, dans l'intensité des échanges entre les personnages qui se savent très vite condamnées. Mais étonnamment, on ne ressent jamais vraiment ce poids-là : bien sûr, les acteurs s'en donnent à cœur joie pou exprimer d'une façon ou d'une autre la pression, entre celui qui semble simuler une grave maladie et McDowell qui n'en finit pas avec son regard obsédant. Rien la sauce ne prend pas car la densité psychologique est quasiment inexistante, chaque personnage évoluant dans la toute petite case qui lui est attribuée au début et dont il ne sortira jamais. L'alcoolique, le peureux, l'idéaliste, le combattant, etc. Rien d'autre de majeur. Le film tente de titiller la corde sensible dans les 5 dernières minutes, en se reposant sur un élément de scénario un peu tiré par les cheveux (deux avions se fonçant dessus), avec portrait du défunt en surimpression : c'est beaucoup trop. Il n'y a pas de plaisir épique, pas de plaisir documentaire. Le cadre paraît largement sous-exploité, l'impact du roulement des nouvelles recrues n'est jamais montré (un passage en introduction, un passage en conclusion) : le film reste englué dans une monotonie et une artificialité particulièrement dommageables.
  • 334
    Bande-annonce

    The Renegade (2018)

    Black 47

    1 h 36 min. Sortie : . Action et drame.

    Film de Lance Daly avec Hugo Weaving, James Frecheville, Stephen Rea

    Rarement une affiche aura été aussi peu représentative du film qu'elle est censée annoncer. Avec ses teintes bleutées et orangées, on pourrait croire à un mauvais film de science-fiction bardé d'effets spéciaux génériques, alors qu'il s'agit d'une sorte de western localisé en Irlande, au milieu du 19ème siècle, dans un style graphique extrêmement sobre. Je ne comprends pas où la production va chercher de telles idées, mais passons.

    Derrière le renégat du titre français anglais, il y a le "black '47' anglais, nom donné à l'épisode de famine qui a ravagé le pays en 1847 alors sous l'emprise de la couronne britannique. C'est ce que découvrira un soldat irlandais déserteur de l'armée anglaise de retour au pays, et la vengeance qui suivra sera l'unique objet du film. Un peu trop, sans doute : beaucoup de choses potentiellement intéressantes sont délaissées au profit de sa trajectoire très simple en définitive. Au final, la misère de la population irlandaise n'est pas détaillée tant que ça, on se cantonne à quelques signes ostentatoires en lien avec le parcours du protagoniste. Quelques personnages secondaires auraient pu être beaucoup plus écrits également, beaucoup d'autres sont restreints à leur caricature, laissant le sentiment d'une œuvre largement inachevée.

    Par contre, le style très sobre, épuré, et très sombre, vaut le détour. Les accès de violence ne sont jamais gratuits et sont toujours foudroyants, notamment grâce au soin apporté à quelques détails (comme le temps de rechargement des fusils par exemple). On s'attarde un peu du côté des paysages celtes, des villages avec leurs taudis et leur boue omniprésente, et c'est le principal intérêt (limité) du film.
  • 335

    Hobo (1992)

    1 h 30 min. Sortie : 1992.

    Documentaire de John T. Davis avec Beargrease, Scott Caribou, Minot Louis

    John T. Davis, un documentariste irlandais, a passé trois mois aux côtés d'un vagabond américain du nom de Beargrease dans le but de partager sa vie de clochard itinérant. Dans ce film inconnu sobrement intitulé "Hobo", il fait le portrait à la fois respectueux et intime et d'un homme qui parcourt le Nord-Ouest des États-Unis chaque année, entre Minneapolis et Seattle, en sautant d'un train à l'autre, de wagon en wagon, le long d'un chemin de plus de 2000 kilomètres. En partageant les conditions de vie de Beargrease, de la recherche constante de nourriture jusqu'au voyage permanent le long de ces rails que tous appellent "highline", il s'est immergé dans un univers largement méconnu de tous. Une sorte de chemin parallèle à la fameuse Route 66 de la Beat generation, sur le thème du déplacement et du transitoire permanent, mais dans une version infiniment plus aride, rugueuse, et amère.

    Autant le préciser tout de suite : l'immersion est totale, et totalement dénuée de misérabilisme ou de quelque forme de pathos que soit. C'est le portrait d'un sans-abri (et par extension de beaucoup d'autres) qui a semble-t-il choisi ce mode de vie, lui qui a une famille et une maison dans laquelle il habite quelques mois chaque année. Les raisons qui président à un tel choix de vie seront ostensiblement laissées floues, afin de respecter ce qui peut constituer le code d'honneur du hobo : on ne pose pas de question au sujet du passé des autres vagabonds et potentiels fugitifs. On se serre les coudes, c'est tout. Tout juste saura-t-on qu'il est vétéran du Vietnam, qu'il possède une ferme avec des cochons, et qu'il ne trouve son bonheur que dans l'expérience continue et répétée de cette marginalité.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1992/373218
  • 336
    Bande-annonce

    Les Recettes du bonheur (2014)

    The Hundred-Foot Journey

    1 h 57 min. Sortie : . Comédie, drame et romance.

    Film de Lasse Hallström avec Helen Mirren, Om Puri, Manish Dayal

    Évidemment, c'est une horreur de clichés, de bons sentiments qui n'engagent personne, de fadeur extrême (constance absolue de la part de Lasse Hallström), de France de carte postale et de journaux de TF1, de fausse tolérance, en résumé. Ça sent la naphtaline. Qu'est-ce que la proximité géographique pousse à faire, tout de même... Tout ça pour le joli petit village de Saint-Antonin-Noble-Val, pas du tout rendu de manière authentique dans le film. Évidemment. Une fois passés les petits moments presque drôle où l'on reconnaît quelques coins, on est livré à nous-même dans ce marasme pseudo-culinaire qui joue sur des oppositions idiotes. La cuisine française sûre d'elle, arrogante au possible, arc-boutée sur ses siècles de savoir-faire qui ne tolère rien qui sorte des clous, et en face la cuisine indienne pleine de talents mais largement réprouvée par ses concurrents. Évidemment, les deux restaurant sont pile en face l'un de l'autre, sur les collines au-dessus d'un village de même pas 2000 habitants. Évidemment, la trajectoire du film est connue d'avance, dans les 5 premières minutes : forcément, ça finit sur un message de tolérance comme savent les distribuer gratuitement les feel-good movies sur un chemin balisé par les stéréotypes les plus fous. Le plus improbable dans cette histoire, c'est lorsqu'on apprend qu'à la production, il y a Steven Spielberg et Oprah Winfrey. Et Luc Besson pour les décors.
  • 337
    Bande-annonce

    Wildlife : une saison ardente (2018)

    Wildlife

    1 h 45 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Dano avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould

    Séances de cinéma (1 salle)
    Un premier film d'une incroyable douceur teintée d'amertume, dans un style pas si éloigné du premier film de Jonah Hill, "90's". Sur le papier, l'exercice se limite à la retranscription d'un cadre très simple : les années 60 dans le Nord-Ouest des États-Unis, et la lente fragmentation d'un couple vue depuis les yeux de leur enfant de 14 ans. Pourtant, sans rien proposer de fondamentalement nouveau, Paul Dano parvient à capter avec une acuité surprenante l'impuissance totale de l'adolescent, qui ne peut que constater l'éloignement progressif de ses parents. En impliquant un peu trop leur enfant dans leur séparation, avec des parfums de vécu, les parents contribuent involontairement à développer une atmosphère asphyxiante pour leur enfant, et le film décrit avec soin, patience et mesure cet univers domestique-là.

    On peut craindre au début le style retenu par Dano pour décrire tout cela, une forme de classicisme souvent désarçonnante, comme si la naphtaline des mélos hollywoodiens se faisait sentir. Et pourtant, il parvient à retranscrire ce déchirement sans emphase, sans fadeur, avec une retenue immersive qui en décuple les effets. Même si la chronique sociale emprunte les sentiers extrêmement balisés du genre, avec cette mère qui goûte à l'émancipation bien que très dépendante ou encore l'intérieur de ces maisons très calibrées, quelques détails et quelques dispositions dont la différence, comme le comportement du père (Jake Gyllenhaal, toujours aussi crédible) et surtout ce regard parfait de l'enfant, comme si on observait tout de son point de vue. Le film accumule peut-être un peu trop de ces faux plans fixes, en réalité en lent travelling avant sur son visage contemplant une scène difficile (ses parents se déchirant, son père en train de se faire licencier). Les enjeux sont parfois un peu incertains. Mais l'émotion est très bien dosée, la charge de douleur qu'il doit supporter et la fragilité qui en découle restant parfaitement tangibles.
  • 338
    Bande-annonce

    Swimming Pool (2003)

    1 h 42 min. Sortie : . Thriller.

    Film de François Ozon avec Charlotte Rampling, Ludivine Sagnier, Charles Dance

    Des films aussi vains dotés de scénarios aux ficelles aussi grosses, j'y suis de plus en plus intolérant. Rien ne fonctionne là-dedans : ni le décorum vaguement exotique de cette écrivaine anglaise en vacances dans le Sud de la France pour écrire son dernier roman au soleil, ni l'ambiance du village, ni les accès d'érotisme cheap et frontaux, ni le twist particulièrement moisi qui est censé offrir une nouvelle lecture des événements. On dirait vraiment que l'histoire a été écrite par un adolescent pré-pubère, pensant que c'est une bonne idée en matière de tension sexuelle latente de montrer les nichons de Ludivine Sagnier, très beaux au demeurant, aussi souvent que sans raison. On dirait une caricature. Vient s'ajouter à cette couche de mauvaise qualité une seconde couche qui est censée excuser le tout, en prétextant l'imagination de l'écrivaine à l'origine de tout ou presque ce qu'on vient de voir. C'est quand même très facile, et d'une incroyable stérilité. Tout ça pour ça, chapeau. Merci pour la leçon de morale sur notre incapacité à vivre nos rêves et à embrasser nos fantasmes. L'éternel histoire dans l'histoire qui se matérialise sous nos yeux, de la plus artificielle des façons. De cette vacuité étalée sur 100 minutes, on ne retient que le corps de Ludivine Sagnier et quelques expressions de la nymphomanie sorties d'on ne sait où.
  • 339
    Bande-annonce

    Hellboy (2019)

    2 h 01 min. Sortie : . Action, aventure et fantastique.

    Film de Neil Marshall avec David Harbour, Milla Jovovich, Ian McShane

    Un étalage de mauvais goût et de bêtise comme on en voit rarement. Ça se veut légèrement régressif et franchement cool alors que ça manie un humour horrible et hors sujet dans un contexte gore sur fond de musique pourrie (Muse, il faut le faire). Navet cosmique qui n'ajoute en plus rien à ce qu'avait déjà proposé Del Toro — pour lequel je n'avais pas de sentiments particuliers mais qui était beaucoup plus sobre et intègre que ce machin, sans l'ombre d'un doute. Il n'y a strictement aucune idée là-dedans, ça enchaîne les histoires infondées et non-pensées dans un flot d'images de synthèse souvent dégueulasses. Seul le travail de maquillage peut être salué, à la rigueur. La mélasse se mêle à quelques signes gerbants de son époque, des références à des marques et des institutions qui colorent encore un peu plus salement cet univers baroque hideux. Un film dont l'hypertrophie n'a d'égal que la vacuité, joli paradoxe qui se retrouve aussi dans la tonalité qu'il ne trouve jamais, jonglant constamment entre farce grotesque et gore moche avec un fil rouge inintéressant au possible : une histoire de sorcière dont on ne saura rien, sautant du coq à l'âne constamment, d'un catcheur mexicain vampire à une chasse à courre absolument monstrueuse (des cavaliers en toge avec une machine électrique sur leur dos, le chef arborant bêtement un tête de cerf) pour tuer des trolls géants.
  • 340
    Bande-annonce

    Fleuve noir (2018)

    1 h 54 min. Sortie : . Policier.

    Film de Erick Zonca avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain

    Dans la famille du thriller noir, ce "Fleuve noir" enchaîne une jolie série de clichés au point qu'il développe un parfum de comédie dans son atmosphère pourtant incroyablement glauque. Le pire de tout est sans doute Vincent Cassel dans le rôle de l'inspecteur dont le portrait est taillé en 2 minutes : moche, décrépi, alcoolique, bordeline, violent, et à tendance de violeur. Il va jusqu'à détester son propre fils dealeur de seize ans, c'est dire. On croit rêver devant le portrait du flic usé, mais ce n'est en réalité qu'un amuse-bouche avant le plat principal : une sordide histoire de fugue, qui révèlera des parents maltraitants, un voisin apprenti écrivain qui influe sur la réalité pour trouver l'inspiration et qui donne des cours dans sa cave, des bois avec des rencontres homosexuelles forcément dégradantes, etc. La liste est longue, très longue. Et c'est incroyablement ridicule, tous les personnages sont pétés de névroses, l'intrigue n'est à aucun moment crédible, et le cabotinage permanent est la couche la plus indigeste qui recouvre le tout. Flic alcoolo et prof pervers, bravo. Avec en prime un joli petit twist qui ne sert à rien, si ce n'est à enfoncer le clou du glauque grotesque dans un gâteau immangeable.

    Faits notables : Cassel lèche la photo de son ex-femme en étant saoul chez lui, et Duris n'est pas le personnage le plus insupportable.
  • 341
    Bande-annonce

    Pionnière (2018)

    Damsel

    1 h 53 min. Sortie : . Comédie, drame et western.

    Film de David Zellner et Nathan Zellner avec Robert Pattinson, Mia Wasikowska, David Zellner

    L'idée de dépoussiérer et réactualiser les codes du westerns n'est pas mauvaise en soi, et le cinéma contemporain a donné quelques belles trouvailles du côté de "Slow West" ou encore "Bone Tomahawk" par exemple. Ici, mise à part la photographie particulièrement soignée (quoique un brin trop poussée dans ses contrastes colorimétriques), il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Le principal souci, en ce qui me concerne, c'est la tonalité comique que le film embrasse tout du long, sans jamais y sombrer totalement mais sans jamais s'en départir non plus. Et autant dire que je n'ai à aucun moment accrocher à cet humour-là, pas de chance. La voyage aller du pionnier interprété par Pattinson et le voyage retour de celle qui devait être sa femme (Wasikowska) sont vides de sens et enflent sous le poids de leur artificialité, presque de la même manière que la dernière production des Coen en la matière. Rien ne fonctionne là-dedans, ni les trucs bizarres comme ce cheval miniature qui accompagne l'équipée, ni le pasteur ivrogne "looking for a fresh start", ni les personnages secondaires qui semblent posés là comme un cheveu sur la soupe (la désacralisation de l'Indien est complètement ratée), ni les interactions entre tout ce monde. Certes, les paysages sont magnifiques, les lumières sont chatoyantes, les mouvements de caméra agréables. Mais en se concentrant sur l'enveloppe, les frères Zellner ont quelque peu oublier qu'il fallait quelque chose de plus consistant à l'intérieur. Renverser les codes d'un genre, aussi intéressant que ce soit en théorie, ne peut pas constituer une fin en soi, pas plus que d'effleurer quelques considérations féministes.
  • 342
    Bande-annonce

    Copie conforme (2010)

    1 h 46 min. Sortie : . Drame.

    Film de Abbas Kiarostami avec William Shimell, Jean-Claude Carrière, Agathe Natanson

    Il y a chez Kiarostami quelque chose de difficilement définissable et pourtant clairement présent, une forme de douceur inattendue émanant d'un contexte qui ne s'y prêtait a priori pas vraiment, une sorte de subtilité transversale à laquelle on finit par accéder, éventuellement. "Copie conforme" a beau se dérouler de manière parfaitement chronologique, avec un nombre de personnages très réduit, dans un flux narratif transparent et sans ellipse, on en ressort comme on se réveille d'un rêve aux contours flous, perdu dans une brume incertaine.

    Dans un premier temps, à un premier niveau de lecture, il s'agit d'une rencontre presque banale entre une antiquaire française exilée en Italie et un critique d'art britannique de passage en Toscane pour promouvoir son dernier livre. Après une première partie assommante nous assénant son discours sur la valeur de la copie par rapport à l'original, très dense et un brin sentencieux, le film dérive vers une discussion beaucoup plus prosaïque entre les deux protagonistes au fil d'un itinéraire en apparence quelconque. Mais il y a ce moment crucial où une larme pourfend soudainement la joue de Juliette Binoche comme un éclair, initiant un questionnement qui ne nous lâchera plus : d'où provient cette tristesse spontanée ? Une question sans réponse qui inondera le reste du film d'un doute profond.

    Rétrospectivement, on peut sincèrement se demander si toute la première partie de "Copie conforme", avec sa longue litanie de concepts artistico-intellectuels soporifiques énoncés sans préambule, n'est pas uniquement là pour désorienter, pour anesthésier, pour contraindre à une position de repli et ainsi forcer à aborder la deuxième partie avec un recul conséquent. On peut passer la totalité du film à se demander si les deux sont mari et femme ou bien s'il s'agit d'un jeu entre les deux initié par un quiproquo puis alimenté par la provocation. La balance du jugement oscille sans cesse d'un bord à l'autre, même si certains signes tendraient à la faire pencher plutôt d'un côté que de l'autre. Mais au final, ce n'est pas tant la réponse à cette question qui importe : c'est plutôt l'atmosphère d'indétermination qui est impulsée de cette manière et le jeu des interprétations qui n'en finira pas d'enfler.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2010/313505
  • 343

    Sept ans de réflexion (1955)

    The Seven Year Itch

    1 h 45 min. Sortie : . Comédie romantique.

    Film de Billy Wilder avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes

    Séances de cinéma (1 salle)
    Beaucoup de déceptions émergent du visionnage de "Sept Ans de réflexion", mais c'est très clairement la lourdeur et l'artificialité de la comédie (romantique ou de m¥urs) qui plombent le plus le projet. Marilyn Monroe a beaucoup de charme, mais cela ne fait pas tout et en l'occurrence pas beaucoup dans un contexte aussi morose. Je préfère sans hésitation "Certains l'aiment chaud" voire même d'autres comédies mineures chez Wilder qui mettaient leurs personnages bien mieux en valeur. Même la fameuse scène de la bouche de métro qui voit la robe de Monroe virevolter n'a pas un impact incroyable, c'est au final très discret et d'une ampleur très contenue. Il y a en plus de cela une dimension théâtre filmé, avec deux principaux lieux, qui ne me ravit que très rarement.

    Le fait que l'essentiel des folies se passe dans l'imagination du protagoniste est une idée intéressante pour contourner le code Hays, mais disons que ses fantasmes et ses cauchemars tournent vite en rond et peinent à impulser la dynamique que Wilder entend épouser. Ce n'est pas franchement subtil alors que ça joue sur le terrain de la suggestion, l'acteur masculin n'est pas d'un talent éblouissant, l'hystérie qui gangrène le tout n'est pas vraiment agréable, etc. La liste des réserves est très longue, et au final ce qui aurait pu être une fable très corrosive sur la bonne conscience américaine se noie dans son trop-plein de guimauve frivole. Même le ton purement comique n'est pas drôle, que ce soit dans le burlesque très suranné ou dans l'absurde (l'introduction me laisse de marbre, par exemple). Rien qui ne serve la satire sociale ou la critique des obsessions sexuelles et les frustrations du mâle des années 50.
  • 344

    Les Onze Fioretti de François d'Assise (1950)

    Francesco, giullare di Dio

    1 h 15 min. Sortie : . Biopic, drame et historique.

    Film de Roberto Rossellini avec Peparuelo, Père Roberto Sorrentino, Frère Nazareno

    Sans connaître la biographie de Roberto Rossellini sur le bout des doigts, on peut a priori être surpris de le voir s'intéresser à un personnage comme celui de François d'Assise. Pourtant, en cherchant un peu au-delà de la façade athée ou agnostique, on découvre son intérêt pour l'expression des valeurs chrétiennes et pour d'autres manifestations spirituelles dans son époque (et sa vision du monde) empreinte de considérations matérialistes. Mais même en tenant compte de ces éléments contextuels, "Les 11 Fioretti de François d'Assise" ne relève pas de l'hagiographie béate d'un saint : à travers onze courts tableaux comportant chacun un enseignement, le portrait esquissé est beaucoup plus disparate et ambigu que ce qu'on aurait pu imaginer.

    Le film se situe au tout début de l'ordre franciscain, en 1210, après que le pape a reconnu le mouvement prônant une pauvreté matérielle absolue. François et ses disciples font l'expérience de cet enseignement de retour de Rome, dans un état de béatitude et d'humilité total. C'est là que suivant l'interprétation, la culture et les (non-)croyances, le résultat pourra sensiblement différer d'une personne à l'autre. Certains pourront y voir une consécration de cet ordre religieux là où d'autres y verront un regard décalé sur des pratiques médiévales. La façon dont François d'Assise tire des enseignements des différentes péripéties est à elle seule ambivalente : on peut la considérer soit de manière pieuse, et donc très respectable, ou de manière masochiste, et donc très drôle. Le film se tourne d'ailleurs très souvent vers un autre personnage, le frère Ginepro, un disciple de François d'Assise qui lui vole la vedette en décentrant le portrait avec ses frasques.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1950/374203
  • 345
    Bande-annonce

    Roulez jeunesse (2018)

    1 h 24 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Julien Guetta avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan

    Utiliser Éric Judor pour nous refourguer un drame social aussi miteux, c'est pas vraiment ce qu'on peut appeler du fair play. L'habillage graphique n'est pourtant pas nul, avec une sorte d'imaginaire enfantin omniprésent à travers la grosse dépanneuse jaune, les voitures un peu partout, les habits colorés, etc. Un peu comme si on vivait le film à travers les yeux d'un enfant. Mais d'une part, toute la clique de stéréotypes sur la famille éclatée est insupportable, avec les gamins laissés à l'abandon qui lui retombent sur les bras, forcément, et d'autre part le virage lacrymal que le film entreprend sur la fin est tout à fait scandaleux. Dans le registre de la chronique sociale, il faut savoir bien s'y prendre pour ne pas tomber dans la mélasse comme ici. Et Judor à contre-emploi, pourquoi pas, mais ça n'a jamais été une bonne idée jusqu'à présent. Ici il constitue le réceptacle à morale basique, avec l'apprentissage du sens des responsabilités et toute la guimauve imaginable sur "le fait de devenir papa". Son immaturité offre un joli potentiel de tendresse, on le sent bien, mais alors exploité de la sorte, à grand renfort de clichés en tous genres (mère des enfants toxicomane, sa propre mère dirigiste, l'ado rebelle avec ses problèmes, etc.), c'est l'horreur, à la limite du misérabilisme putassier. Totalement antipathique.
  • 346
    Bande-annonce

    Budapest (2018)

    1 h 42 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Xavier Gens avec Manu Payet, Jonathan Cohen, Monsieur Poulpe

    Un joli tas de bêtise crasse. Il fallait vraiment vivre en France en 2018 pour voir deux idiots monter une startup de l'enterrement de vie de garçon, avec une idée bien précise des délires à consommer avant de s'enfermer dans le mariage. Après un calcul torché en 1 minute les rassurant sur le potentiel lucratif de leur montage, après avoir convaincu femmes, patrons, et offices commerciaux en deux temps trois mouvements (et entre une mauvaise blague et un pet), les voilà partie en Hongrie. Et donc tout ça pourquoi ? Parce que refoulés en France à l'entrée d'une boîte, ils ont atterri dans un club de striptease miteux avec des vieilles et des grosses. Ah ça, ça ne leur serait pas arrivé à Budapest : là-bas, l'alcool et la drogue pas chers coule à flot, les putes sont partout, le Français entreprenant est roi. S'ensuit donc une série de clichés interminable, avec le Hongrois retardé, le Hongrois ancien criminel de guerre, et les Hongroises en petite tenue dans un club maladroitement pompé sur celui dans "Eyes Wide Shut". Les réserves de la femme d'un des deux marioles, au sujet de l'exploitation des femmes locales, est balayé d'un revers de la main : ils vont injecter des capitaux dans l'économie hongroise bien sûr, et sortir des gens de la misère ! C'est magnifique, d'autant que les femmes (non contentes d'être cantonnées à des rôles de faire-valoir sidérants, entre femme jalouse et femme castratrice) finiront par se joindre à l'aventure en étendant le concept pour attaquer de plus grandes parts de marché. Au final, le plus drôle, ce n'est pas l'apologie du fric qui est faite de manière parfaitement décontractée, mais plutôt la réaction de Monsieur Poulpe : "Je voulais remercier la France ainsi que mon public proche d’avoir fait l’effort cette semaine de ne PAS DU TOUT être allé au cinéma, c’est très cool de votre part. En échange, je ne reprends PAS DU TOUT Recettes Pompettes. C’est donnant-donnant..." Un joli cocktail de beauf.
  • 347
    Bande-annonce

    Cold Skin (2019)

    La piel fría

    1 h 45 min. Sortie : . Aventure, Épouvante-horreur, science-fiction et thriller.

    Film de Xavier Gens avec Ray Stevenson, David Oakes, Aura Garrido

    Curieux film fantastique espagnol réalisé par un Français, tourné sur l'île de Lanzarote mais don l'action se situe sur une île près d'un pôle à l'aube de la Première Guerre mondiale. Je ne me suis pas encore remis de l'horreur "Budapest", et j'ai du mal à réaliser qu'il s'agit de la même personne derrière ces deux films, mais passons. Exilé sur une île pour remplacer un climatologue porté disparu, le protagoniste découvre une île habitée par des humanoïdes amphibiens. Le manque de volonté pour contextualiser cette situation où un phare est régulièrement attaqué à la nuit tombée me gêne un peu, enfermant le film dans une forme d'artificialité et de gratuité, mais il y a tout de même une ambiance très particulière qui se savoure un minimum. Esthétiquement, déjà, ces paysages simples sont très attrayants et constituent l'essentiel de l'atmosphère. Le gardien du phare et sa créature docile peuvent étonner dans un premier temps, mais leur relation participe à un portrait plus général de l'étrangeté et de l'inhumanité. Pourquoi repousse-t-il les assauts des créatures et pourquoi les créatures attaquent, on ne le saura jamais. La proposition est singulière, elle parvient même à se faire émouvante par moments, même si une certaine répétition ne tarde pas à se faire sentir et si le final sous forme de boucle ouverte n'est pas vraiment satisfaisant. La vraie surprise, c'est que là où je m'attendais à un DTV dégueulasse, il y a un traitement original de ces amphibiens, en les considérant comme des victimes, parfois même des esclaves des humains. Ça reste très gentillet, mais le renversement de perspectives concernant l'humain et l'inhumain ou encore la fausse opposition entre le misanthrope et le tolérant valent le détour.
  • 348
    Bande-annonce

    Passeport pour l'enfer (1982)

    Tau ban no hoi

    1 h 49 min. Sortie : . Drame.

    Film de Ann Hui avec George Lam, Season Ma, Cora Miao

    Sur le fond, je suis persuadé qu'il y avait de la matière pour faire quelque chose de très bien, avec l'histoire d'un photographe japonais en mission à Saigon pour documenter l'état du pays quelques années après la fin de la guerre du Vietnam. Derrière la devanture parfaite mise en scène par les autorités, derrière la reprise économique tant vantée, une réalité toute autre se cache : Ann Hui signe ici un réquisitoire anti-communiste assez clair. Mais quelle lourdeur dans le style et dans le ton pour asséner son discours sur les apparences trompeuses... On se croirait parfois dans un téléfilm tellement les personnages sont caricaturaux et le manichéisme est omniprésent. Le film est semble-t-il très documenté, mais cela ne fait pas tout : en tous cas, ce n'est pas ce que je retiens d'un tel visionnage. Je reste quelque peu bloqué sur cette façon très simpliste de montrer l'oppression politique et la misère sociale qui gangrène les bas-fonds de Saigon. La figure même des boat people n'est au final pas franchement exploitée, il n'y en aura que deux dans le film : le premier à l'occasion d'une scène digne d'un téléfilm (mais je crois que j'ai un problème avec le style hongkongais de manière plus générale, dans sa grandiloquence que je trouve très maladroite) et le second à la toute fin, alors que la fille et son frère s'échappent de cet enfer. Il y a des effets de style vraiment douteux, comme l'usage de la musique très empathique à certains moments, et d'autres considérations techniques (comme la post-synchronisation hasardeuse) qui me font sortir de l'intrigue toutes les trente secondes.
  • 349

    La Vengeance du serpent à plumes (1984)

    1 h 45 min. Sortie : . Aventure et comédie.

    Film de Gérard Oury avec Coluche, Maruschka Detmers, Luis Régo

    Seul intérêt du film : se plonger dans l'état d'esprit des années 80, et en l'occurrence dans sa médiocrité. C'est un peu triste de voir Coluche et Luis Régo se débattre dans une comédie d'aventures aussi nulle et poussive, jamais drôle, toujours lourde. Une histoire de terroristes à dormir debout, une Maruschka Detmers particulièrement disposée à se désaper et user de son corps, et Oury qui fait des auto-références gratuites qui ne doivent faire rire que lui, etc. On passe de Paris à Cancún dans un sens et dans l'autre sans vraie raison, il y a des explosions pour tenir tout le monde éveillé... Maladroit, mou, bête, moche : le genre de film dont la production a été ostensiblement torchée comme un sagouin.
  • 350

    La Paloma (1944)

    Grosse freiheit nr. 7

    1 h 48 min. Sortie : . Drame.

    Film de Helmut Käutner

    Helmut Käutner est un réalisateur allemand vraiment étonnant. En deux films tournés à la fin de la Seconde Guerre mondiale ("Sous les ponts" et "La Paloma"), il fait le portrait d'une Allemagne résolument moderne et reconnaissable, mais totalement déconnectée de la réalité de l'époque. Un récit suspendu dans le temps, d'où émergent une douceur et une mélancolie incroyables, comme un écho lointain du conflit qui détruisait le pays pendant que les films étaient réalisés. L'absence de discours propagandiste ou même de morale de la part de Kautner est radicale et explique assez facilement pourquoi Goebbels usa de la censure à son encontre : ce n'était pas l'Allemagne que le régime nazi voulait voir à l'époque, et ce n'était probablement pas non plus celle que ses citoyens voyaient.

    "La Paloma" reprend (ou plutôt annonce) la thématique du triangle amoureux développée dans "Sous les ponts", ainsi que la présence de matelots. La musique et les musiciens sont également au centre du récit, même si la perspective est très différente ici : à travers l'histoire de ce matelot ballotté entre sentiments et solitude, c'est une tonalité très mélancolique qui envahit progressivement l'atmosphère. Deux éléments appuient fortement cela : d'une part, l'utilisation précoce (1944) de la couleur, qui donne aux environs du port une ambiance vraiment singulière et intéressante, et d'autre part la présence incroyable de Hans Albers dans le rôle du protagoniste Hannes Kröger, avec son chagrin et ses coups de sang tangibles.

    C'est une expression du réalisme poétique encore différente, basée sur les divagations de simples matelots de passage, avant un nouveau départ pour l'Australie. L'ambiance intimiste des lieux, à l'intérieur de l'appartement et surtout dans le cabaret de Hambourg dans lequel le protagoniste chante et joue de l'accordéon, s'accorde très bien aux couleurs pastel. Ça fume, ça boit, ça chante, ça gueule, ça danse, ça bastonne... Et la conclusion arrive un peu en avance, à l'occasion d'un cauchemar figuré par un montage kaléidoscopique, dans lequel les proches de Hannes lui rappellent toutes ses angoisses jusqu'au vertige.
  • 351
    Bande-annonce

    Manderlay (2005)

    2 h 19 min. Sortie : . Drame.

    Film de Lars von Trier avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé, Danny Glover

    Lars von Trier le provocateur manipulateur cynique intéressé par la soumission et l'humiliation : deuxième incursion du côté du cinéma minimaliste, 2 ans après "Dogville". L'effet de surprise ne joue plus, fatalement, et si "Maderlay" est beaucoup plus court (seulement 2h20 contre près de 3h), la façon d'asséner son discours m'a paru un peu ennuyante.

    La situation initiale donne le ton : la protagoniste arrive dans une plantation où l'esclavage n'a pas été aboli (on est dans les années 30 aux États-Unis). Dans un premier temps, il est question de faire comprendre à tous l'horreur de l'esclavage, en inversant les rôles et en donnant toutes les libertés aux anciens opprimés. Mais on est chez Lars von Trier et rien de la sorte ne va se passer : on réalisé dans un second temps que "Manderlay" s'achemine plutôt vers une autre thématique double, à savoir les conséquences à long terme de l'aliénation et la critique d'une certaine bonne conscience progressiste. Ainsi on découvre que les anciens esclaves étaient parfaitement au courant de l'abolition mais qu'ils avaient préféré rester dans cette condition de peur de ne pas être acceptés dans la société. Von Trier se fait encore plus pervers en faisant d'un des aïeuls esclaves l'auteur des lois qui régissaient la plantation (la volonté de soumission), et de la protagoniste la remplaçante de l'ancienne patronne des lieux (derrière les bonnes intentions, le bourreau qui s'ignore).

    La digestion d'un tel discours n'est pas toujours aisée et les intentions précises restent incertaines, mais le conte politique n'est pas stupide et l'interrogation de la pratique du pouvoir reste cohérente. Seule la voix de John Hurt en narrateur omniscient m'a un peu gonflé à la longue, sans doute parce qu'elle était elle aussi dans la répétition après sa découverte dans "Dogville". Le tout est parfois un peu trop bavard, certains thèmes (la misère et la liberté) sont moins profonds que d'autres, mais cette peinture satirique de la bonne conscience de l'humanisme sûr de son droit est plutôt drôle. Très cinglant sur le pouvoir de tyrannie des bonnes intentions, mais moins pertinent quand il s'agit de traiter des pulsions refoulées des personnages féminins. Au final, les esclaves de Manderlay ne cherchent pas tant à rester soumis, c'est surtout qu'ils ne croient pas aux lumières qui leur sont brandies sans autre forme de contexte.
  • 352
    Bande-annonce

    La Cité des douleurs (1989)

    Bei qing cheng shi

    2 h 38 min. Sortie : . Historique et drame.

    Film de Hou Hsiao-Hsien avec Tony Leung Chiu-Wai, Jack Kao, Li Tian-Lu

    C'est un créneau très particulier dans l'histoire de Taïwan, une fenêtre temporelle de quelques années à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a déterminé dans les grandes lignes ce que deviendrait l'île pour les décades à venir et qui fait l'objet du film de Hou Hsiao-Hsien, "La Cité des douleurs". Le réalisateur taïwanais choisit un angle d'attaque singulier, le premier (et même l'unique, il me semble) à traiter de manière aussi explicite cette parcelle d'histoire, de 1945 à 1949. Quatre années déterminantes dans l'édifiction d'un pays qui sortait tout juste d'une période de cinquante ans de colonisation japonaise, et qui s'apprêtait à rentrer dans une nouvelle ère de domniation, cette fois-ci sous l'emprise du leader nationaliste et généralissime Tchang Kaï-Chek. Le principal représentant du Kuomintang, le parti nationaliste qui s'opposa aux communistes suite à la capitulation du Japon, sorti perdant de la guerre civile et pris la fuite pour se réfugier dans l'île de Formose. Il y établit un gouvernement jusqu'à sa mort en 1975, et les événements durant cette période, marquée par des exactions du Kuomintang ayant fait des milliers de victimes, restent encore aujourd'hui tabous.

    C'est donc au creux de cette époque charnière, en pleine restitution de Taïwan à la Chine continentale, que Hou Hsiao-Hsien déploie l'histoire de la famille Lin et de ses quatre enfants. On le comprend assez vite, chacun des fils affrontera ou subira cette situation de manière très différente : il y a ceux qui fêtent une naissance sans s'intéresser au cours de l'Histoire, ceux qui purgent une peine de prison après avoir été accusés de collaboration durant l'occupation japonaise, ceux qui sont portés disparus après avoir servi dans l'armée, et ceux qui tentent de survivrent simplement dans ce nouvel environnement. Cette dernière configuration occupe une place de choix dans le film à travers le personnage sourd-muet de Wen-Ching (Tony Leung Chiu-Wai), qui se consacre à la photographie tandis qu'une relation amoureuse voit le jour.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1989/373398
  • 353
    Bande-annonce

    The Last Movie (1971)

    1 h 48 min. Sortie : . Expérimental, western et drame.

    Film de Dennis Hopper avec Julie Adams, Daniel Ades, Richmond L. Aguilar

    J'avais déjà eu vent des excès auxquels s'était adonnée toute l'équipe du film mais j'étais très loin d'imaginer le résultat. Denis Hopper au Pérou en plein excès de LSD, ça donne un film à peu près incompréhensible, à la narration éclatée, aux inserts aussi variés que fréquents, et à la deconstruction permanente. Seule la photographie est à peu près stable, et agréable en plus de cela.

    Dans la première partie, on comprend ce qui se passe, et c'est déjà beaucoup : une équipe de cinéma emmenée par Samuel Fuller himself est venue tourner un western dans un petit village péruvien isolé dans les montagnes des Andes. On y croise aussi Kris Kristofferson qui nous joue quelques morceaux, Peter Fonda vite fait, Tomás Milián dans un rôle de curé étrange, mais aussi Michelle Phillips (The Mamas and the Papas) herself avant que Hopper ne l'épouse et qu'ils divorcent. Puis tout ce beau monde s'en va une fois le tournage terminé, et les choses se gâtent à tous les niveaux. On comprend vaguement que Hopper aka Kansas est en réalité un cascadeur et que suite à la mort d'un acteur sur le plateau, il choisit de rester ici et de s'éloigner d'Hollywood. Puis les choses dégénèrent totalement quand les locaux se mettent dans la tête de tourner leur propre film, mais pas n'importe comment : tout le dispositif de mise en scène est faux, avec des perches, des caméras et des projecteurs en bambou, et à l'inverse, l'action est bien réelle puisque les interprètent se mettent de vraies mandales dans la gueule. La violence qu'ils avaient vue dans le film américain est reprise au premier degré, et Hooper se retrouver mêlé à tout ça dans la confusion la plus totale.

    Suite https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1971/373987
  • 354
    Bande-annonce

    La Fougère dorée (1963)

    Zlaté kapradí

    1 h 55 min. Sortie : . Fantastique.

    Film de Jiří Weiss avec Vit Olmer, Daniela Smutná, Karla Chadimová

    "La Fougère dorée" est un conte tchèque envoûtant, un peu hors du temps, dont la composante fantastique est entièrement contenue dans le petit bout de végétal d'où le film tire son nom. Un soir de pleine lune, le berger Jura (interprété par le charismatique Vit Olmer) errait dans les sous-bois près de chez lui et tomba sur une fougère d'or : au terme d'une séquence angoissante remplie de bruits et de cris inquiétants, dans une forêt menaçante peuplée d'oiseaux vindicatifs, il parvient finalement à rentrer chez lui avec ce qui semble être un objet précieux. Ce passage et le suivant, dans lequel une belle créature sylvestre surgit sur le pas de sa porte pour récupérer la fougère, immergent d'entrée de jeu dans un univers chatoyant et magnifiquement photographié.

    Dès la partie suivante, où Jura sera contraint de rejoindre les rangs de l'armée, le contexte se précise un petit peu : dans l'introduction du conflit avec les Turcs, on imagine que le récit se situe au cours des guerres austro-turques autour de la Méditerranée, opposant l'Empire ottoman et le Saint-Empire romain germanique, sans doute autour du 16ème ou 17ème siècle. C'est grâce à la chemise confectionnée par la créature blonde des bois avant qu'il ne parte, contenant la fougère magique dans une doublure, qu'il défiera plusieurs fois la mort et s'en sortira indemne. En s'illustrant sur plusieurs champs de bataille, il s'attirera les faveurs du général ainsi que celles de sa fille, pour des raisons évidemment différentes. Il bravera le danger dans l'espoir de retrouver sa belle au moins dans un premier temps, conséquence d'un chantage : en volant l'étalon d'un grand vizir, le collier de sa femme, et enfin le rossignol qui chante près de son lit, il oublie peu à peu l'amour originel pour lequel il prend tous ces risques et s'éprend un peu bêtement (le bougre est particulièrement susceptible) de celle qui le fait courir par monts et par vaux, à grand renfort d'une symbolique du désir très prononcée. Il aura ainsi suffit de trois vœux de la belle brune pour qu'il perde la raison, échappant de peu et par chance à une condamnation à mort.

    "Une faveur aristocratique ne peut mener qu'au sang" : telle est la conclusion de ce conte moral, énoncée juste avant que les illusions ne s'évanouissent, que la fougère magique ne s'évapore, et que le protagoniste ne se perde une dernière fois en forêt.
  • 355
    Bande-annonce

    L'amour est une fête (2018)

    1 h 59 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Cédric Anger avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau

    Cédric Anger souhaite sans doute revivre les années de son enfance et se replongeant dans l'industrie du porno du début des années 80, à l'époque où tout le monde tournait sur pellicule et avant l'avènement du sida. Une époque clairement différente de la nôtre, il n'y a pas de doute, tant la consommation et même les modes de production du porno ont viré à l'industrialisation planétaire. Mais bon, le film pèche dans deux grandes directions : d'une part il se perd dans une ode au porno de papa, avec des patrons bienveillants et attentionnés, avec des femmes volontaires dans la joie et la bonne humeur (ça a bien dû exister, mais de la à en faire une règle commune...), et d'autre part il y injecte une sous-intrigue de mauvais polar avec des flics infiltrés dont on ne touchera jamais les enjeux du doigt. Toute l'attention est passée dans la reconstitution, comme une fin en soi, sur laquelle vient se greffer une série de sketches très peu intéressants. Les quelques essais du côté de l'humour sont également foireux, et le film devient un peu le pastiche qu'il entend illustrer par moments. On sent bien la mélancolie du réalisateur devant son matériau, avec ce final aussi artificiel que niais, mais ce qui transparaît, c'est surtout la lourdeur et les multiples maladresses d'une telle évocation, comme un fantasme un peu rance qu'on voudrait nous faire passer pour un moment d'innocence libertaire.
  • 356
    Bande-annonce

    Rêves (1990)

    Yume

    1 h 57 min. Sortie : . Sketches, drame et fantastique.

    Film de Akira Kurosawa avec Akira Terao, Mitsuko Baishô, Toshie Negishi

    La simplicité du procédé qui sous-tend "Rêves" est à double tranchant : lorsqu'on adhère à l'imaginaire convoqué, à l'esthétique développée ou la thématique abordée, on peut se laisser aller à une forme de rêverie touchante ; mais pour peu qu'on soit réticent à une de ces choses voire à seulement quelques détails, l'expérience peut vite tourner à la démonstration un peu naïve. Comme tout film à sketches qui se respecte, l'ensemble est relativement hétérogène et inégal, même si le mouvement d'ensemble est plutôt agréable : on part de l'enfance, avec deux courts-métrages autour d'un mariage de renards en forêt et de vergers perdus, pour progresser ensuite vers des considérations adultes plus sombres avant de terminer sur une note très apaisée. La dynamique des 8 segments est très bien étudiée et produit son effet, c'est très clair. Mais en plus de la naïveté (à mon sens un peu exagérée) de certains passages, quelques autres souffrent vraiment d'un manque d'intérêt ou de mise en perspective, à l'image de celui qui se déroule dans un tunnel, extrêmement décharné et métaphorique, un peu vain aussi.

    L'intimité de Kurosawa est parcourue entre ses peurs et ses passions, avec d'un côté la guerre, l'arme nucléaire, la pollution, et de l'autre la peinture, la nature, les fées. Les deux premiers segments ayant trait à son enfance sont réussis tant ils parviennent à véhiculer un imaginaire singulier, soit très coloré, soit très dur, mais toujours nimbé d'une aura poétique naïve (dans le bon sens du terme, ici) qu'on imagine imagée grâce à la collaboration d’Ishiro Honda, spécialiste des effets spéciaux. On a parfois l'impression de regarder du Miyazaki en décors réels. Au milieu, le ventre mou du film, on peut s'ennuyer, entre une histoire d'alpiniste pas incroyablement perspicace ou encore Scorsese en Van Gogh (à la limite du gênant). Il y traite de la destruction de l'environnement par l'homme, des dangers de l'industrie nucléaire (heureusement qu'il n'a pas vécu Fukushima...), mais rompt soudainement avec ce pessimisme pour se terminer tout en légèreté sur une utopie onirique célébrant la vie simple et l'harmonie avec la nature. On serait tenté de voir là une sorte de testament artistique et moral de Kurosawa, bien qu'il ne s'agisse pas de son dernier film.

    Les ambitions ne sont évidemment pas du niveau de "Ran" ou "Kagemusha", mais j'ai du mal à m'intéresser outre mesure à ce spectacle léger et naïf, prêchant un peu trop statiquement les mêmes choses.
  • 357
    Bande-annonce

    Un couteau dans le cœur (2018)

    1 h 42 min. Sortie : . Drame, Épouvante-horreur, romance et thriller.

    Film de Yann Gonzalez avec Vanessa Paradis, Kate Moran, Nicolas Maury

    Un très joli cocktail d'éléments divers et variés qui me rebutent puissamment, un peu comme "Les Garçons sauvages" (Bertrand Mandico est d'ailleurs présent) mais en pire. "Un Couteau dans le cœur" est moins excessif dans la forme, mais ça ne fait que renforcer à mes yeux l'aberration totale du reste, que ce soit l'esthétique tapageuse ou l'intrigue ahurissante avec révélation magique à la fin.

    Ça ferait presque mal au cœur de voir autant de références malmenées, mais on se dit au final que ça ne les atteint pas, avec d'aussi gros sabots. En veux-tu en voilà du Argento, du De Palma, du Friedkin. Une plume, un masque, du cuir. Emballé, c'est pesé. Je veux bien que le film ne soit pas consensuel (ce terme devait faire partie du dossier de presse pour être repris autant à tort et à travers), mais cela ne suffit pas à faire d'un film aussi maniériste un bon film. C'est tout simplement caricatural. On peut passer son temps à chercher des significations dans telle action ou tel dispositif de mise en scène, cela ne change en rien le côté parfaitement risible du résultat à mes yeux (salis). J'aime beaucoup "Cruising" et "L'Oiseau au plumage de cristal", je peux même apprécier le mauvais goût d'un De Palma, mais là c'est beaucoup trop de demander. Qu'on le prenne par le bout "série Z", "délire de reconstitution", "homo-érotique" ou "giallo", c'est excessivement kitsch, peut-être même prétentieux et ampoulé.

    Et le pire est sans doute qu'on voit très bien et très vite où le film va atterrir, avec sa petite histoire de tueur masqué dont les origines remontent à un trauma passé et un amour perdu et blablabla. Clairement pas ma tasse de thé en matière de grotesque. Vite, mes antihistaminiques.
  • 358
    Bande-annonce

    Mort ou vif (1995)

    The Quick and the Dead

    1 h 48 min. Sortie : . Action, aventure et western.

    Film de Sam Raimi avec Sharon Stone, Gene Hackman, Russell Crowe

    "Nous nous réclamons davantage de Sergio Leone que de John Ford" : Raimi, au sujet de son film, est d'une clairvoyance incroyable. Ce western n'a rien de classique, on le comprend dès la première minute, pas besoin de note d'intention. Par contre, si cele ne constitue pas un gage de qualité (bonne ou mauvaise), on serait tenté de dire que quel que soit l'angle par lequel on aborde "The Quick and The Dead", c'est la catastrophe absolue. Un pur concentré de ridicule, du genre consternant. Je n'ai rien contre la pratique du grotesque, mais là c'est largement au-delà de mon seuil de tolérance : ce n'est plus un choix artistique, c'est simplement du mauvais goût. Tout est là pour faire du tape-à-l'œil bien solide, à commencer par ce filtre jaune d'une laideur sans nom qui dégueulasse absolument tout. Esthétiquement, la liste des mochetés est longue, avec des mouvements de caméra sortis de nulle part et de nombreuses dispositions qui font vraiment amateur. Les mecs qui meurent en faisant un salto arrière ou à travers lesquels on peut voir grâce au trou de balle de 15 centimètres, c'est tout de même nullissime.

    Mais ça continue dans le fond, car le film n'a quasiment aucun fondement. Tout tourne autour d'un tournoi imposé par le magnat local, résumant le film à une série de duel se voulant drôles et violents. Juste chiants, en réalité, et asaisonnés d'une sauce bien épaisse faisant intervenir le passé de la protagoniste qu'on a déjà vu 150 fois et en largement meilleur (on pense à "Il était une fois dans l'Ouest" bien sûr). Un vrai mauvais pastiche, avec une série de mauvais stéréotypes, qui voit défilé une quantité impressionnantes de têtes connues. Un concentré de surenchère stérile et d'ineptie de tous les instants.
  • 359
    Bande-annonce

    Avengers : Endgame (2019)

    3 h 01 min. Sortie : . Action, aventure, fantasy et science-fiction.

    Film de Anthony Russo et Joe Russo avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo

    Trois heures de boursoufflures, c'est très long. Ça déborde de partout, rien n'est correctement ficelé, ça part dans tous les sens, on oscille entre drame au forceps et humour souvent nul. Le fait qu'il s'agisse de la conclusion d'une épopée de 22 films sur 11 ans ne change pas grand chose. Aucune émotion en ce qui me concerne, mais c'était tout de même très prévisible étant donné la fréquence d'utilisation du mot "espace quantique". Et puis les scénaristes qui nous expliquent que "Retour vers le futur" c'est n'importe quoi au niveau voyage temporel, pour nous refourguer cette version-là, c'est le plus beau foutage de gueule de l'année. Tout ça alors que Captain Marvel pourrait terminer tout ça en deux temps trois mouvement si elle avait un brin de volonté. Mais non, elle a mieux à faire ailleurs — il doit y avoir des méchants qui projettent d'éradiquer plus que 50% des vivants dans l'univers. Mais bon, personne ne lui a dit que faire ça ne résolvait absolument pas le problème, que ça ne faisait que le reporter. Bref.

    On ne comprend jamais rien aux décisions de toute façon, c'est du grand n'importe quoi, on ne sait pas pourquoi tuer Thanos dans le passé n'est pas une bonne idée, on nous dit que modifier des trucs dans la passé ne changera rien alors que c'est ce que Doctor Stange avait fait lui-même il y a quelques films, on se demande pouquoi ils n'ont pas fait plus tôt un paquet de trucs. Et on contemple la laideur de la scène où Thanos est tranquilou dans son potager avant que des hurluberlus viennent lui couper le bras puis la tête. Entre temps, on nous aura bien sûr servi des discours larmoyants sur l'irréversibilité de la mort, des concours de celui qui veut se sacrifier plus que l'autre, et des transmissions de savoirs en pagaille histoire d'assurer la suite des aventures alors que le film se proclame la fin. La fin d'un cycle, c'est tout, avant le suivant. Et comme toujours du côté des Avengers, la méga-bataille est nulle et moche. Ce film n'en finit pas de me torturer les neurones.
  • 360
    Bande-annonce

    Synonymes (2019)

    2 h 03 min. Sortie : . Drame.

    Film de Nadav Lapid avec Tom Mercier, Quentin Dolmaire, Louise Chevillotte

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    Dans la catégorie des films d'auteur au discours parfois clair mais asséné avec une lourdeur symbolique écrasante faisant fi de tout principe naturaliste ou de toute décence narrative, "Synonymes" a tout à fait sa place. C'est un registre cinématographique qui demande un effort d'abstraction conséquent, qui contraint à un certain détachement, et à oublier la forme du récit pour se concentrer sur celle du discours. Je n'en tire en général quasiment aucun plaisir et celui-ci ne déroge pas vraiment à la règle.

    Yoav a donc fui son pays, Israël, et s'est réfugié à Paris dans l'espoir de trouver une sort d'asile. Il trouve sa patrie répugnante, fétide, abominable, etc. pour des raisons qui ne sont jamais vraiment explicitées (même si on sent que la glorification de la virilité est un des points qui lui posent problème), et il pensait trouver une terre d'accueil libératrice en France. À la fin, il trouvera une porte close contre laquelle il se fracassera à plusieurs reprises. Des symboles en ceux-tu en voilà. Le film est autant rempli d'idées que de symboles d'ailleurs, mais il n'y clairement pas le minimum de tissu narratif pour donner une forme conséquente à cet amas. Le questionnement de la langue, de la nationalité, je veux bien, mais au cinéma j'attends un peu plus de construction.

    Lapid n'en finit pas d'user de symboles alimentant la déconstruction identitaire, avec le vol — joliment artificiel — des affaires du protagoniste (à la présence imposante, même si on tourne souvent à l'affichage bête et frontal de son corps), avec l'humiliation devant un photographe où il recommence à parler hébreu, avec le tir sur une cible en chantant du Edith Piaf : le film pourrait se résumer à une série de scènes similaires, entrecoupée par des séquences brutes dans la rue censées symboliser le bouleversement et le chaos. C'est très verbeux, très abstrait, et parfois d'une lourdeur crasse, notamment lorsque on dispense des cours de civisme idiots à des étrangers qui répètent machinalement les paroles de la Marseillaise, vraisemblablement sans les comprendre. Des robots qui répondent vrai ou faux quand il le faut. Le couple de bourgeois qui l'accueille injecte une dose de néo-Nouvelle Vague dans le film, et là encore le triangle qui se forme est censé appuyer la dissociation du personnage.

    C'est une forme de théâtralité qui nivèle tout le film vers une émotion moyenne constante virant à l'insipide, et qui fait passer son message en force.