attention Spoil !!!!!


Ellénore, que n’as-tu point souffert ?

Des histoires où l’héroïne meurt dans les derniers chapitres, ça fait une très grosse partie de la littérature du XIXᵉ, encore faut-il expliciter en quoi cela est symptomatique.

Je dirais que la femme « idéalisée » par l’auteur, au siècle du roman, qui périt des nerfs, ou de chagrin, ou de vérole, que sais-je, c’est monnaie courante parce que c’est ainsi que l’homme imagine les femmes, elles meurent de vivre.

Le texte fondateur du romantisme en Occident, le voici, le voilà : Adolphe de Benjamin Constant.

« Je trouvais qu’aucun but ne valait la peine d’aucun effort. » (p. 90)

Adolphe est un portrait psychologique à deux voix, mais finalement l’amour que le jeune Adolphe porte pour Ellénore (qui le lui rend bien) est pourtant étrangement asymétrique.

« Je me réfugiais dans une taciturnité profonde » (p. 92).

Dans ce texte du début du XIXᵉ siècle, il est donc question de mariage, de raisons ou d’amour, de passion, d’hésitations, tergiversations, j’en passe et des meilleures.

« Telle est la force d’un sentiment vrai, que lorsqu’il parle, les interprétations fausses et les convenances factices se taisent. » (p. 140)

Benjamin Constant n’essaye pas de se raconter des histoires au sujet de l’amour, et surtout de l’impossibilité de l’amour dans une société bourgeoise :

« On lutte quelques temps contre sa destinée, mais on finit toujours par céder. Les lois de la société sont plus fortes que la volonté des hommes ; les sentiments les plus impérieux se brisent contre la fatalité des circonstances. »

Aujourd’hui ce genre d’analyse paraît largement dépassé ou convenu ; l’Anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu  a fait date, mais est ici ou là, jugée trop succincte Je trouve que le roman se tient par sa précision et ses analyses qui étaient pertinentes à l’époque.

J’entends par là que Constant donne à Adolphe une clairvoyance, une lâcheté, des contradictions et de la mauvaise foi toutes masculines . Cet être est incapable d’assumer ses sentiments, de faire face à son désir. Et par là même rendre heureuse sa partenaire. Jusqu’à cesser de l’aimer.

Sachadebonnaire
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le 12 juin 2026

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