Tout dans cette mini-série de cinq épisodes transpire la mort, la souffrance, le désespoir. A chaque plan. Ça pourrait être un calvaire à suivre comme ce fut un calvaire pour les ouvriers de l'usine, les sauveteurs, les scientifiques. Irradiés, ils savaient qu'ils allaient mourir dans d'atroces souffrances. Et ils ne pouvaient rien y faire.
C'est passionnant parce que, pour ceux qui n'étaient pas nés à l'époque, on revoit en détail l'enchaînement des erreurs ayant conduit à cette catastrophe : des centrales mal conçues au départ, du personnel mal formé, des exercices de sécurité effectués à la va-vite, les mensonges des autorités soviétiques sur l'ampleur du drame. Encore aujourd'hui, les chiffres varient énormément. Et on ne saura probablement jamais la vérité. Et là, je parle uniquement des morts. Si on s'intéresse au nombre de cancers, de malformations pour les bébés, je n'ose l'imaginer. Y compris en France.
Il faut saluer les mineurs, les plongeurs, les infirmières envoyés à la mort les premières heures suivant l'accident. Tous ceux qui se sont sacrifiés pour limiter ce qui pouvait l'être. En cela, Chernobyl peut être vu comme un hommage à tous ceux qui ont travaillé dur avec des moyens dérisoires dans des conditions effroyables. Mais aussi comme une œuvre pédagogique pour comprendre tout ce qui s'est passé cette nuit-là et les décisions en urgence qui ont dû être prises. Et enfin comme un portrait de l'URSS, ses petits fonctionnaires ambitieux, prêts à tout pour garder leurs petits secrets quitte à broyer des vies.
La reconstitution de cette époque, ses bâtiments grisâtres, ses villes désertes, ses mines fatiguées, le son, les bruitages, l'absence de soleil, tout contribue à créer une ambiance fantomatique hallucinante. C'est passionnant, effrayant et révoltant à la fois. Chapeau bas à tous ceux ayant contribué à la conception de Chernobyl.