Running Man
5.9
Running Man

Film de Edgar Wright (2025)

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Troisième adaptation pour Stephen King cette année, après Life of Chuck et The Long Walk, le maître de l’horreur attise toujours autant les créatifs, mais étrangement c’est hors de son genre de prédilection qu’il est adapté dernièrement.

Troisième grosse satire également cette année, après Eddington et One Battle After Another. Comme si nos sociétés présentaient un terreau particulièrement fertile à la moquerie caustique…


Mais pourtant, ici, la sauce subversive ne prend pas vraiment, pas au premier abord. Ce que montre The Running Man ne tire pas assez le trait par rapport à notre réalité. Le corrosif perd largement en puissance lorsque confronté à l'absurdité de notre époque, totalement dépourvue de repères auxquels se raccrocher pour ne pas sombrer. C’est à mes yeux la plus grosse tare du film, cet anachronisme du degré de distorsion. Ce qui pouvait marcher en 1982 dans le roman original est trop faible aujourd’hui.


Et c’est bien là le seul anachronisme qui me chiffonne, car ce futur dystopique l’est également, anachronique, puisque partant sciemment d’un avenir tel qu’il pouvait être imaginé en 1982. Exit donc réseaux sociaux et autres smartphones. Mais cela n’empêche pas de faire les ponts entre cette vision passéiste du futur et notre présent. Lorsque l’on regarde le concept qui porte The Running Man, on pense évidemment à Mr. Beast, roi du médium qui à détrôné la télévision et dont les concepts sont les mêmes que la myriade de battle royales fictifs qui peuplent nos écrans, de The Long Walk à Squid Game, en passant par l’oeuvre de Fukasaku ayant donné son nom au genre et autres Hunger Games. Un décalage qui fonctionne, mais profère au film un cachet résolument old school (ce qui n’est pas forcément pour me déplaire).


Edgar Wright était également attendu au tournant pour une nouvelle démonstration de sa folle créativité, et il faut admettre qu’il y a là une certaine retenue, un défaut d’inventivité qui “normalise” le film. Toutes proportions gardées, évidemment. Car l’action est menée tambour battant avec un sens du rythme irréprochable, et que le film recèle tout de même de très bonnes idées. On pensera par exemple à ce montage en début de métrage, qui alterne entre les tests d’aptitude physique et les métiers prolos passés de Ben Richards afin de justifier ses prouesses physiques. Les scènes de l’hôtel et de la maison piégée font quant à elle parmi ce que l’on a vu de mieux en matière d’action ultra-ludique ces dernières années.


Et puis il y a cette belle image de la forêt rasée au profit d’une banlieue pavillonnaire Monopoly en construction. Le rêve américain dynamité par tout ce qui précède cette vision dans laquelle se projette Ben. C’est l’illusion d’une issue basée sur la violence qui a construit ce pays, l’hypocrisie des classes aisées qui se sont installées au détriment des plus pauvres, l’artificialité d’un home sweet home venu écraser tout un écosystème pour remplir les poches de quelques promoteurs immobiliers. C’est pour moi le cœur du film qui se trouve dans cette scène courte mais charnière. Toutes les motivations de notre héros colérique, simples et pures, sont alors remises en question, et la nécessité d’agir pour des raisons plus grandes que lui devient alors évidente.


Vient alors l’heure de traiter la thématique révolutionnaire. A mes yeux, elle est un échec total dans la diégèse, mais un outil efficace au service du nihilisme dans le processus d’écriture.

Car je pense que tout ce qui suit le crash de l’avion relève du fantasme. Des couleuvres bien trop grosses à avaler fournies par un vidéaste amateur conspirationniste (quand bien même c’est la plupart du temps à raison), et gavées en images symboliques et héroïsantes auxquelles le film ne nous avait pas habitué ne pouvant être que les deep fakes, qui ont eux pullulé jusque là. On n’aura pas de mal à imaginer que la bourgeoise enlevée aura été cueillie par le Network à son atterrissage, et qu’il en serait de même pour une éventuelle capsule de sauvetage. La fin prise au premier degré ne tient pas debout. Richards est mort sans rien accomplir, et le système continue de tourner comme si de rien n’était. Un fatalisme courant chez King, dont le roman s’achève par le crash de l’avion tuant Richards et Killian.


J’attendais beaucoup de The Running Man, et si ma première impression était mi-figue mi-raisin, le fait de laisser décanter et de le décortiquer réhaussent mon appréciation du film. Et puis Glen Powell, je suis vraiment preneur depuis Everybody Wants Some !!, et il porte là le film sur ses épaules sans flancher, et avec en prime une scène de serviette particulièrement caliente.


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le 8 déc. 2025

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Frakkazak

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