Cover Carnet de Curiosités : Lectures 2026
Liste de

42 livres

créée il y a 3 mois · modifiée il y a environ 15 heures
Les Anneaux de Saturne
8

Les Anneaux de Saturne (1995)

Die Ringe des Saturn

Sortie : 1999 (France). Récit

livre de W.G. Sebald

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

7.8

::Les Anneaux de Saturne est sans doute l'un des plus anciens livres de ma PAL, du moins dans l'une des strates les plus profondes ; en-dessous ce sont les livres du lycée, de début de fac qui se sont, je l'avoue fossilisés, rejoins les étagères, les cartons, les maisons et, éloignés du mouvement, ne sont plus vraiment dans la pile. Et à chaque choix de livre, le rappel de la possibilité de lire celui-ci, repoussée pour d'autres temps enfin venus !::

Livre de l'un de cette race d'écrivains-lecteurs ou de lecteurs-auteurs, comme Borges le maître à tous, qui paraissent ne pas pouvoir écrire sans érudition échevelée, sans socle littéraire sur lequel rebondir. Ennui pour certains, délices assurées pour moi. C'est pourtant un livre très froid ou plutôt distant, atone parfois si ce n'est terne dans sa retenue, son manque d'humour peut-être aussi. Entre son titre, sa couverture en poche, son résumé, l'on s'attendrait à quelque chose d'autrement plus mélancolique et de nostalgique, de concerné. Il pourrait continuer cent, mille pages encore, comme ça. Mais il ne le fait pas, il se referme dans un claquement gris oubliant l'ouverture noire. Krasznahorkai ne pousse-t-il pas ce bouchon flottant, le teintant et le chargeant d'autres saveurs ?

(Je suis peu loquace, pour une fois.)

Idée pour un été : lire enfin les Mémoires d'outre-tombe dont j'avais acheté les quatre épais volumes en poche après la lecture joyeuse des Mémoires de ma vie au lycée.

Critique d'ailleurs :
https://revuefemur.com/les-anneaux-de-saturne-le-reseau-larchive-lauteur-archeologue/

L'Usage des armes - La Culture, tome 3
7.6

L'Usage des armes - La Culture, tome 3 (1990)

Use of Weapons

Sortie : 1996 (France). Roman

livre de Iain M. Banks

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Oh, he sais bien que la Culture est un monument, depuis longtemps un classique. Mais non rien à faire, Banks et moi ça ne sera jamais le grand amour. Même avec Excession souvent présenté comme son meilleur après cet Uda. Oh ce n’est pas une histoire de haine pour autant, juste un manque d'alchimie entre ses textes et moi car ce n'est absolument pas ce que je recherche dans la science-fiction, et même son pur contraire. Peut-être est-ce l’âge aussi.

500 pages de blaster, de héros taciturne, de course-poursuites et je décroche.
Cela me fait toujours rire quand je vois des lecteurs faire une énième critique automatique des soi-disant si longues descriptions de Zola, Balzac puis voir qu’à côté ils lisent de la science-fiction tant le genre est friand, lui aussi, de descriptions à rallonge. Le SO tire bien plus à ligne que le Naturalisme. Je préfère des intérieurs parisiens du XIXe à des dizaines de pages de la chute d’une voiture dans un déversoir. Pourtant ses descriptions à défaut de lisibilité et clarté ont du caractère, un allant certains, un sens de la formule, un style.

Oh je sais également que Banks est pétri d'humour noir, qu'il détourne tout ça, à tout le moins garde de la distance ironique, mais n'empêche qu'il tartine sur des pages. Comme dans Une forme de guerre c'est très erratique, l'on passe d'une scène à l'autre en une succession de vignettes (où notre héros est en très mauvaise posture) même si cela est justifié par la structure. Blaster, drones, couteaux... *baille* Oui il y a un propos derrière mais tout l'enrobage, l'épais enrobage reste l'attrait pour beaucoup, non ?

Ah et je savais qu’il y avait un grand twist, censé tout chambouler, rebattre les cartes. Je l’ai donc deviné dès la première mention du truc impliqué. Cela n’a pas aidé à être époustouflé. Surtout qu’il reste très classique. Je pense ainsi à un texte de Reynolds très similaire dans son protagoniste, dans ses descriptions mastoc, son twist donc et un peu son propos sur la violence. (La chaise par contre est plus marquante.)

Or à l’inverse de Reynolds qui revient sans cesse aux 3 mêmes planètes, Banks semble refuser d’esquisser un début de géographie galactique, d’en préciser sa topographie, reluctant même à donner des noms aux planètes, villes.

Comme Pratchett, il me passe donc à côté malgré l’évidente qualité et comme Pratchett, je trouve sa communauté de fans très respectueuse, dans l'envie de partage plus que dans le snobisme.

L'Opoponax
7.4

L'Opoponax (1964)

Sortie : 1964 (France). Roman

livre de Monique Wittig

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

7.8

L'Opoponax est un livre tendre, dans tous les sens du terme. Tendre comme de la chair : on, lecteur, s'y enfonce, enveloppé, engoncé, ouateux dans cette phrase sèche pourtant, scandée et blanche. Bien que ce soit très 'nouveau roman', permettez-moi d'évoquer, outre le W, Woolf même si la sensualité et l'éclatement narratif et égotique, des deux autrices ne sont pas précisément les mêmes.

« On se dit que possible elle est ailleurs, tirée par des mouvements d’étoiles elle dérive, on la voit s’éloigner, c’est un gel brillant qu’on regarde tourner sur soi, elle voyage à la place d’une galaxie. »

Tendre mais pas dans la mièvrerie, celle que l'on accole trop souvent au monde fantasmé, incorrect toujours, de l'enfance. Il manquerait même peut-être un brin de violence et une brassée de chagrins ; Catherine Legrand reste stoïque dans les grandes largeurs.

(Il ne se passe rien dans cet opoponax et dans un grand écart je lis un roman de SF, space-opera appartenant à un cycle devenu classique, pleine de blasters et ça m'ennuie royalement.)

*

« On dit, mon enfant ma sœur songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble aimer à loisir aimer et mourir au pays qui te ressemble. On dit qu’il n’y a pas de rentrée où les marronniers ont une odeur triste où on ne regarde que le vert des tilleuls. On dit qu’il n’y a pas de rentrée où du groupe où on est on regarde les figures des autres groupes. Si les allées sont ratissées, si on a rangé les brouettes, les fourches, les balais à gazon, s’il n’y a pas de feuilles par terre, s’il n’y a pas de fleurs, si le sol du préau est sans poussière, on dit qu’on ne le voit pas. On dit l’heure où on n’a pas pu sortir avec le soleil vertical, le ciel indigo, le ciel outremer, le ciel blanc, le vent des après-midis dans les arbres. L’image. Les collines ou les bancs de nuages ou les pluies. Les déplacements vers les rivières. Les marches dans les forêts, les jeux. »

The Art of Final Fantasy XVI
-

The Art of Final Fantasy XVI (2023)

Sortie : 2023 (Japon). Beau livre & artbook, Jeu vidéo

livre

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

4.3

The Art of Final Fantasy XVI est un artbook à la japonaise ET à l'ancienne, c'est-à-dire littéralement sans aucun texte, pas même une introduction ou note d'intention pour se passer de la pommade corporate. De jolis dessins, oui, mais par qui ? Quand dans le pipeline de la production ? Et pourquoi ? que pouic.

On sait que la direction artistique est en partie de Kazuya Takahashi notamment, au rendu peint, pastel en coulées de brushes striées dans le droit fil d'Akihiko Yoshida. Sobriété loin, loin, de Nomura et ses mèches shonenesques (urgl ma découverte du chara-design de Weiss). Dommage que le jeu soit une daube.

+ Surprise sur les illustrations de décors et paysages très sombres et ocres, tons éteints notamment Oriflamme, capitale de l'empire Sanbrèque et son grand cristal Chefdrac qui, en jeu et sur le même concept-art disponible en ligne, ressemble à un glacier blanc éclatant, est ici brun, terne. Rétropédalage d'une DA à la "game of throne" trop bresom ?

Hyperborée & Poséidonis
7.8

Hyperborée & Poséidonis

Mondes premiers

Sortie : juin 2017 (France). Recueil de nouvelles, Fantastique

livre de Clark Ashton Smith

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Le traducteur a changé par rapport à Zothique et le résultat en est plus fluide et lancéolé, que celui, très rigide, de Zothique. Est-ilpour autant plus proche du texte ? Peut-être ce traducteur aura-t-il lissé pour le rendre plus digeste ?

En fait, avec CAS il y a décalage entre ce qu'en disent les gens qui est ce que je veux lire, à savoir du Dunsany, des descriptions envoutantes, des mondes construits avec minutie, réellement exotiques, lointains, plus étrangers qu'étranges simplement le tout dans une ironie fin-de-siècle et ce que je lis. C'est un peu comme avec Abeille pour lequel j'ai l'impression que les quelques phrases en volutes vaguement gracquiennes font voile sur le peu de corps (et le beaucoup de chair) de ses textes.
Une critique nous dit, à contre-courant : « Bon, je suis en train de terminer péniblement le 3e livre de l’intégrale de Clark Ashton Smith… Aussi, je lis, ici et là, des critiques qui se pâment sur son style envoûtant et sur sa poésie ; tout ça par ce qu’il remplit des pages de descriptions maladroites, qu’il y a une rose noire, un soleil jaune, un ciel bleu, un rideau vert et que, comble de la finesse lyrique, il dit vermillon au lieu de rouge de temps à autre. » [
https://ephemeridebouteille.blogspot.com/2017/12/gandahar-n-8-robert-f-young.html]

Sous la diatribe cinglante, il met le doigt sur ce qui me gêne. Je trouve Smith plutôt avare en descriptions, en construction d'univers même par petites touches (nous sommes loin d'un panthéon clairement constitué, d'une géographie cohérente, d'une ébauche de chronologie), en psychologie. Ses récits sont donc toujours à l'os sans pour autant avoir les faux airs de récits antiques, archaïques ou de contes folkloriques d'autres auteurs proches. Les textes de CAS me semblent juste trop simplistes, linéaires et peinent à exploiter ses idées. On sait, car c'est avant tout poésie en prose à lire comme litanie.

J'ai préféré car moins dans les simples histoires de sortilèges bourrins des plus grands sorciers du monde. À hauteur d'artisans et de voleurs, dans un monde sur la fin, la mélancolie et le cynisme sont plus prégnants.

Le Bouffon de la couronne, Livre I
7.5

Le Bouffon de la couronne, Livre I (2025)

Sortie : 11 mars 2025. Roman, Fantasy

livre de Thibault Lafargue

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

Médiocre. Du sous-Hobb. Précisions que j’aime le style lent, descriptif, et nonchalant de cette dernière. Sebrain est un ersatz de Fitz avec la même propension à s'évanouir pour se réveiller ailleurs avec l'intrigue avancée. Mais si Fitz malgré tout subissait et s’activait, Sebrain reste passif, flasque, sans agentivité. Du sous-Dumas aussi puisque ça ressemble pas mal à la trilogie de la Reine Margot, il y a même les quarante-cinq !

Le château vole. Pourquoi ? Cela n'apporte rien à part des incohérences, n'a aucun impact sur le reste du royaume, sa politique, son économie, ses techniques de guerre. Sans doute qu'il aime beaucoup Laputa. Il y a une carte de la Bretagne en début de tome, idem, passage obligé mais sans intérêt puisqu'on ne voyage pas et que le world-building est maigrichon.

Ah, par contre, il s'enquiquine sur des pages et des pages à réinventer laborieusement (plutôt renommer) le christianisme pour nous sortir une Saint-Barthélemy fadasse ! Gros soupir à la lecture de Torquemachain… Cet iconoclasme du pouvoir en place est au demeurant très mal décrit, peu crédible, en surface : ils ont tout de même des arcs trilobés, des tentures, de l'héraldique, de jolis souliers à perles.

Sans parler d’un orientalisme au numéro, éculé et séculaire alors que l'on sait d'où viennent tous ces tropes. 2025 et pas le moindre pas en arrière, regard critique alors que son protag' est métisse. Oh dans le tome 2 il y aura ... des eunuques ! un harem ! On est encore au XIXe ? J'ai du mal à croire qu'il puisse en tirer quelque chose de nuancé ou de pertinent.

In fine, il ne fait rien de sa prémisse d'un bouffon du roi (encore d’un bouffon métisse) qui inverserait le POV pour offrir un regard acéré et piquant, pertinent sur le pouvoir et ses arcanes, ses coulisses.
En vérité c’est écrit et composé comme le shonen, comme Radiant qui a aussi son inquisition caricaturale et anachronique. Le style est non simple mais simpliste, pourtant maladroit. Dans ce pavé de 600 pages, il n’y a pas une ligne originale et j'ai l'impression que l’auteur n'a pas lu grand chose. C'est très juvénile.

Le Lien et la Grâce
-

Le Lien et la Grâce (2025)

Sortie : 21 novembre 2025. Essai, Peinture & sculpture, Culture & société

livre de Philippe Comar

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Avec le nom et la couverture, je m'attendais à des articles sur la Renaissance, le XVIIe siècle, le MA... que nenni. Comment l'art s'entremêle à la science, celle positiviste du XIXe, la criminologie, la psychiatrie naissante, Freud, dans un va-et-vient constant ? Parfois les frontières se brouillent : telle peinture influencée par telles avancées (perçues) scientifiques et, à l'inverse, tels dessins scientifiques cherchant l'esthétique.
Ce n'est pas un essai mais un recueil d'articles, d'essais, préfaces publiées dans des catalogues. Il en ressort malgré tout une cohérence nette. Les essais se suivent et s'ils se ressemblent et se répètent c'est parce qu'ils se superposent, s'enchevêtrent.

« Il n'existe pas plus de 'générations spontanées' en art qu'en biologie. »

Intéressant, stimulant mais plusieurs points d'agacement et aveugles :

- Cela parle beaucoup de peinture, de société, de crimes, de violence, de Charcot et de psychiatrie mais le regard masculin et de manière plus générale la domination n'est jamais vraiment interrogé, certes évoqué mais dissout dans un nous faussement indéfini, imposé - sauf dans quelques répliques très gueganiennes.
(« Les scènes de rapt, de viol, de martyre sont légion dans la peinture. La jouissance que nous éprouvons à les regarder ...» Sans même parler du fait que tout le monde n'a pas nécessairement cette réaction cathartique face à ce type d'images.)

- Corollaire. Trop de Freud, certes sous-couche et arrière-fond de la première moitié du XXe siècle (et encore d'aujourd'hui en France et au cinéma US) mais qu'il utilise tout autant comme grille de lecture et d'analyse. Tout est donc refoulement.

- Comar n'est pas neutre, il marque son agacement voire son rejet, notamment du retour au primitif, à l'origine, via quelques adjectifs (Kandinsky présomptueux). Il conclut toujours ses articles par une sorte de petite morale cynique (réac) sur "notre époque". ILs jurent. En ça, des échos de Jean Clair, parfois de Guégan. Surtout qu'il colle à une fourchette d'un gros siècle entre le début du XIX et les 30 premières années du XXe et laisse béant le trou chronologique où les artistes contemporains, à peine nommés, et les nouveaux scientifiques ont pourtant aussi opéré.

Festin de larmes
7.1

Festin de larmes (2025)

Sortie : 13 mai 2025 (France). Fantastique

livre de Vincent Tassy et Morgane Caussarieu

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

Pourquoi suis-je allé lire ça ? Trop long, flasque, situé à la NO mais déchargé de tout propos. Embryons jamais poussés jusqu'au bout. Cela ne réinvente pas grand chose. Sous forme de novella avec un narrateur moins fiable, une intertextualité moins superficielle, pourquoi pas ?

La Vie méconnue des temples mésopotamiens
-

La Vie méconnue des temples mésopotamiens (2017)

Sortie : 10 avril 2017. Essai, Histoire

livre de Dominique Charpin

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Reconstruire la vie d'un temple à partir de ses archives : la véritable histoire, d'autant plus en assyriologie, ce sont comptes d'apothicaires, lettres diplomatiques, dettes, créances. Fastidieux, précis, laborieux.« Il faut enfin réfléchir aux conséquences de cette approche sur notre façon d’évaluer la religiosité des anciens Mésopotamiens. Nos catégories 'sacré' et 'profane' sont à l’évidence inadéquates face aux réalités mésopotamiennes mises en évidence dans ce livre. Les dieux mésopotamiens n’étaient pas conçus comme « patronnant » différentes activités, c’était plus que cela. »


Charpin ne fait pas qu'une synthèse dans cet ouvrage : il affirme que contrairement à ce que l'on pouvait lire avant le temple n'était pas une forteresse verrouillée, une citadelle au cœur de la cité où seuls seraient admis quelques membres mystérieux du clergé (à la façon des temples de Zothique, tiens !). Il défend sa thèse et pour cela réfute les autres archéologues, prompt à dégainer des "donc" qui ne semblent pas mérités, ce qui donne l'impression qu'il force quelque peu pour faire coller les fragments de texte à sa démonstration. Il va souvent vite en besogne. Mais c'est ce qui est drôle avec l'histoire.

Charpin avance en épigraphiste et ne refait pas le détail de l'architecture des temples de la région. Ce qui est est dommage car son intégration dans le tissu urbain via des portes, voies, poternes, pourrait appuyer ou nuancer son propos d'un temple ouvert aux quatre vents de la ville urbaine mésopotamienne.

« On relève toutefois l’existence d’offrandes "à Nusku, [à…], au divin Écritoire et au divin Calame". »

(On s'attend à voir Boucheron débarquer pour nous dire à quel point les temples étaient ouvert, et modernes, si proches de notre époque pour les comparer à nos supermarchés ou que sais-je encore...)

« Une telle vision de temples mésopotamiens avant tout fermés sur eux-mêmes est-elle vraiment juste ? Je voudrais dans cet ouvrage montrer qu’en réalité les temples étaient beaucoup plus ouverts sur la société qu’on ne l’a écrit jusqu’à présent. L’idée centrale que je développerai est que les temples mésopotamiens remplissaient en quelque sorte des fonctions de service public, qui sont dans nos sociétés assurées par des organismes d’État, ou déléguées à des entreprises de statut particulier, sous le contrôle de la puissance publique. »

Gerhard Richter
-

Gerhard Richter (2025)

Sortie : 15 octobre 2025. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Ludovic Delalande, Dietmar Elger, Nicholas Serota, Dieter Schwarz et Georges Didi-Huberman

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Fiou, un pavé éreintant. À l'image de son exposition trop longue, étirée. Car dieu que c'est verbeux et saturé de verbiage sans fin et de l'habituel sabir de l'art cont. (Derrida, Deleuze évidemment), ça philosophe à coup de concepts pas rappelés, de termes non définis, ça psychanalyse (fond coloré de tous ces essais) et ça se contredit l'un l'autre. On ne sera pas surpris d'un épilogue rédigé par Didi-Huberman. Il faut batailler contre chaque intervenant pour en retirer des informations pertinentes.

« Richter pouvait désormais partir dans une quête incessante d'une profusion d'images. Ce qu'il a fait. En 1989, il qualifie Atlas de "déluge d'images", où "aucune image ne sort du lot". »

Comme pour Quayola, infra, c'est une pure analyse géomorphologique qui complexifie inutilement, conceptualise plus que de raison, et jamais topologique comme si le peintre vivait dans un vide artistique, sans influence dans une chambre sans échos.

*

« Le paradoxe, aujourd'hui, réside dans le fait que le peintre (Maler) lui-même est devenu un "monument", non seulement de l'histoire de l'art, mais encore de l'histoire allemande elle-même. Et c'est justement à un tel titre que l'œuvre de Richter se trouve désormais soumise aux injonctions contradictoires - par nature excessives - de la monumentalisation et du soupçon moralisateur. Mais des surfaces de toile recouvertes de pigments liquides sont-elles choses à être jugées comme des réponses définitives aux grandes questions historiques et politiques du siècle, pour être unanimement adoptées ou, alors, agressivement condamnées pour n'avoir pas tenu des promesses qu'elles n'avaient d'ailleurs jamais faites ? Certainement pas. Richter lui-même n'a jamais cessé de penser sa pratique - et de la présenter - sur le double registre du doute et de la persévérance mêlés. »

Au royaume des vivants
-

Au royaume des vivants (2020)

Sortie : 1 octobre 2020. Roman, Science-fiction

livre de Emmanuel Quentin

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Oui bon j'ai donc lu ce petit livre. C'est un polar : un narrateur avec un peu de gouaille polissée, un ou deux cadavres dans le placard, quelque peu loser. Hommage ? Parodie ? Rien de ça ? Je ne sais pas.
Je n'ai certes pas venu voir la fin, car ne suis pas lecteur de polar ; je partais plus sur une histoire à la the Jaunt de Stephen King. L'auteur nous explique bien tout en long et en travers. Une fin ouverte qui laisse l'imagination jouer vaut mieux qu'une mauvaise description.

« Les vivants sont aussi pourris que les morts, si ce n’est plus. Tu n’as pas le temps de te retourner que, déjà, on t’enfonce un, puis deux, puis trois couteaux dans le dos. »

Cliché trop répandu dans la SF et que je déteste : dire qu'"on se croirait dans un holorreur" ou évoquer des ficelles faciles de scénaristes.... En les utilisant. Facile, pas si drôle.

*

« Cette histoire de brume me met mal à l’aise. Elle suppose une explication qui n’a rien de rationnel et je refuse de céder à la facilité. Le fait qu’un policier n’ait pas jugé opportun d’en faire état dans son rapport me trouble d’autant plus. Cependant, je ne dois pas tirer de conclusions trop hâtives. La détermination est une chose, la frustration en est une autre. Cette dernière peut faire d’une fausse idée une certitude à laquelle on s’accroche sans retenue. Après il est trop tard, ou presque. On fonce tête baissée, persuadé d’être dans le juste et, pour finir, on se prend les pieds dans le tapis. On s’étale de tout son long. On ne bouge plus. On a peur de se relever, de se confronter encore au faisceau des possibles, à de nouvelles questions sans réponses. »

L'Art de Clair Obscur: Expedition 33
7.3

L'Art de Clair Obscur: Expedition 33 (2025)

Pour ceux qui viendront après

Sortie : 5 octobre 2025. Beau livre & artbook, Jeu vidéo

livre de Marine Macq

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

En vrac (manque de place) :

Macq oblige l’équipe est mise en valeur dans des interviews. Je reste sur ma faim avec un manque de densité ; m’attendant à plus de croquis préparatoires, concepts, rigs, planches de textures ou d’éléments d'UI. Il met en lumière à quel point ce jeu aura été un truc bricolé.

Le texte insiste trop sur la passion, le rêve d'enfance enfin réalité, les étoiles dans les yeux... le dream quoi. Beaucoup de "cool" et de "stylé" L’écriture de Macq perd en sobriété, voire en neutralité ainsi émaillée d’expressions familières pas toujours heureuses et qui jurent ("précipités à 20.000 lieues sous les mers" : ce n'est pas la profondeur mais la distance parcourue...) avec un côté on est tous copains, Sandfall sont les seuls et les premiers a faire ceci où cela. C'était déjà le cas avec Jusant. Oui une illustration qui fluence le scénario ; oui tout un background des persos. N'est-ce pas le cas de tous les studios ? Elle se rapproche de ce que j’avais détesté dans l’ouvrage sur Dead Cells. Objet promotionnel, il manque le versant critique. (Bon même les livres 3rd Edition, maison indépendante, ressemblent trop souvent à des autels à la gloire de.)

TOUS les concepts sont de Nicolas. Habituellement on voit passer 3, 4 ou plus de personnes. Les questions du type "CO est-il... ?" ne sont-elles donc pas à reformuler au singulier ?

Le point sur l'originalité de leur steampunk m'a fait grincer des dents et rappelé les discours du créateur insupportable de The Order qui répugnait à admettre qu'ils faisaient bel et bien du SP. « Le motif du ballon dirigeable fait office de signature graphique » ? Le dirigeable est l'un des tropes les plus prégnants du genre ! Difficile de trouver une illustration sans de Schuiten à Graffet, une affiche des Imaginales sur trois.

Peu étonné par le fait que ses refs. ne soient pas tant les peintres attendus ou que l'on croyait que... des céramiques tant le rendu fait la part belle aux textures. Un jeu "archéologique" (unchartedesque) de Sandfall me plairait fort car je sais que j'y trouverais mon bonheur de ce côté-là !

À lire ainsi, crûment, en pleine lumière, sans le vernis du jeu, les fiches persos, le scénario résumé, les psychologies apparaissent d'autant plus juvéniles et basique, et le scénario confus (qui s'explique par cette écriture en couches).

Ce livre m'aura encore plus éloigné du jeu. L'inverse des objectifs ce type d'ouvrage.

Kœnigsmark
6.9

Kœnigsmark (1918)

Sortie : 1918 (France). Roman, Histoire

livre de Pierre Benoit

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Bien écrit mais uniquement par contraste, par patine du temps, comme les choses prennent d'autres atours atones avec les siècles.
De faux airs du Grand-Meaulne, les lumières colorées qui dansent dans l'air frais, frottées de buée ; aussi un certain cousinage, au début, avec les débuts de romans de Gadenne (jeune étudiant errant dans le quartier latin, désœuvré). Du mélodrame, propice à des adaptations en costumes.

(Son Atlantide ne me fait absolument pas envie.)

*

« La rue de Hanovre, la plus belle de Lautenbourg, était bondée de monde. Cette foule allait et venait sur les trottoirs, selon un mouvement de tiroir remarquablement ordonné. Soudain, les quartiers déconsignés y mêlèrent tout le luxe des uniformes. Les dolmans rouges des hussards de Lautenbourg alternaient avec les dolmans bleus des dragons de Detmold et les tuniques sombres des fantassins. Des étudiants, venus tout exprès de Hanovre, promenaient leurs casquettes différentes et leurs estafilades avec une arrogance qui tombait soudain lorsqu’ils croisaient un officier. »

Rogier van der Weyden
-

Rogier van der Weyden (2025)

La danse des corps et des âmes

Sortie : 17 octobre 2025. Essai, Peinture & sculpture

livre de Guy Boley

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Guy Boley c'est le fanboy de Michon qui avait osé publier sa lettre de Stan et la réponse sans ambage ni tendresse du maître qui s'y refusait.

« Aux discours et controverses de l'histoire de l'art, Guy Boley substitue l'histoire d'une vie » ça partait mal. Et perso j'aurais préféré un article dense, austère, sur le peintre.

Non pas attiré mais repoussé et je dirais même allergique à ces phrases d'accroche du genre "pas académique" ou "loin des études universitaires" et d'une promesse d'aller au-delà. Je sais bien qu'il s'agit d'un petit artifice d'écriture mais il m'agace à chaque coup. C'est un gimmick un peu bateau de la vie d'artiste d'ainsi taquiner les chercheurs avec le sous-entendu accolé qu'ils seraient trop secs, desséchés, sérieux pour parler bien peinture. Comme si la discipline ou plutôt le cadre où elle se déploie, serait délétère nécessairement, mortifère par essence.
Or je trouve toujours le rapport de la radiographie, l'essai très précis sur le commerce des pigments, un rappel sur telle finasserie iconographique plus intéressant que les divagations promises — à part ceux qui assument la part purement littéraire, les vrais écrivains, en somme — qui ne font que des petits battements dans l'eau et jouent à faire des bulles.

Boley michonnise donc à fond les ballons et les roulettes, en fait trop, des tartines, cherchant sa même gouaille soutenue pour imiter les Goya, Van Gogh, Piero, Corentin. C'est-y donc pas du Rimbaud le fils ça ? « Qu'est-ce qui fait qu'un enfant, ne dans une famille modeste, à Tournai, dont le père fabrique des couteaux que la mère, peut-être, aiguise, ensache, promeut ou vend, s'entiche du désir de peindre ? »

Les passages sur les tympans comme "Bible de pierre" me semblent aussi naïfs et quelque peu dépassés ; on en est revenu ; c'est d'ailleurs la tarte à la crème d' insister sur le fait que ces peintures, dans la pénombre de chapelles privées et sous le tremblement des bougies, se voyaient très mal.

Et Rogier là dedans ? L'impression qu'en changeant le nom par Van Eck, Bouts, Pourbus, Campin et les quelques indices biographiques et le texte serait dans les grandes largeurs le même.

Quayola /
-

Quayola / (2021)

Re-coding

Sortie : 2021 (Italie). Beau livre & artbook, Peinture & sculpture, Version originale

livre de Valentino Catricalà et Nadim Julien Samman

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Dans les musées je passe rapidement l'art numérique — à peine un coup d'œil pour les installations... vieilles TV cathodiques au sol de Beaubourg... 3D ressemblant au clip des Red Hot ou faux jeux vidéo des navets des années 90/00. Ce médium vole mon rythme : passer devant un tableau en une seconde ou y rester longuement, y revenir : là, niet, il faut s'asseoir ou rester debout. Subir. Il me paraît toujours, visuellement, à la traine des esthétiques et des techniques des graphistes, d'internet, de la société.

Pourtant je suis resté longuement, deux fois, à plusieurs années d'intervalle devant Quayola.

"I am essentially developing systems. By changing the rules of these systems I achieve certain kind of results. It's rather like operating a musical instrument, or a synthesiser that I calibrate in order to achieve what I consider to be a meaningful and coherent composition."

Mélange d'ancien, de sculpture et peinture classiques et de prospective. Cela me parle me paraît cohérent avec le reste. Bon les triangles colorés m'évoquent les fonds d'écran low poly à la mode au début des années 2010.

Il n'est assurément pas le premier à ainsi détourner, déstructurer les œuvres passées : Samori raclant la peinture baroque, Richter et la dissolution de Titien, Ashram et ses sculptures éclatées. Quayola rajoute l'aspect algorithmique dans la sauce mais n'innove pas dans les intentions. Dans les autres mailles : Berrada , Darrot, Ugo , artistes qui mélangent artefacts, ruines, copy of a copy of a, jouant de la frontière entre le minéral, végétal, l'organique, apprentis sorciers.

Les essais, courts, se suivent et se répètent malgré des auteurices différents. Ils et elles glosent à vide et en rond sur l'entre la tradition et la modernité, la technique comme ci et les algorithmes pour ça, agrémentés de quelques échappées sur l'I.A, tout ça sans grand recul ni donner une vision d'ensemble.

La critique peut-être géologique ou géographique. La première s'intéresse aux plissements de l'œuvre, leurs forces internes et comment elles s'assemblent, s'affrontent, se modifient chez un artiste ; la seconde cherche à tracer les frontières, les territoires, les interfaces, chemins et autres bassins versants au-delà de l'artiste seul. L'une n'empêche pas l'autre, l'encourage mais cette dernière a mes faveurs.

https://quayola.com/ / https://www.galeriecharlot.com/fr/57/Quayola / https://www.reperes-numeriques.org/artiste/quayola/

L’Art du dénudement
-

L’Art du dénudement (2025)

Pierre Soulages, le cistercien

Sortie : 2025 (France). Essai, Peinture & sculpture

livre de Georges Duby

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Rédigé dans les années 1970 mais pas publié, du moins tout seul, avant 2025. Un médiéviste parler de peinture contemporaine ? Pas si étonnant. Outre leur amitié, il y a Conques, l'absence de peinture cistercienne.
Où l'on apprend que Soulages a rebuté sans ménagement et totalement une préface de Butor.

Running Man
7.4

Running Man (1982)

The Running Man

Sortie : janvier 1987 (France). Roman

livre de Stephen King / Richard Bachman

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

J'aurais peut-être adoré fin collège, lorsque j'avais lu les autres Bachmann. Le film est plutôt fidèle, jusqu'à la fin dans l'avion qui trainasse, perd pied.

Je vous épargne l'habituel et obligatoire laïus de toute dystopie, à quel point c'est encore d'actualité, prophétique, glaçant à la lumière des actualités de notre époque, etc. Il peut s'appliquer à beaucoup trop de textes ou d'épisodes de Black Mirror pour retenir toute pertinence. Surtout car il n'est pas tant que ça applicable au livre. Tout comme l'adaptation de la Longue marche, l'effacement du grand autel TV au profit des réseaux sociaux et au-delà de la critique générale du capitalisme (pub, grosses corpos, etc.) rebat les cartes, les dynamiques.
Le film de Wright aurait probablement dû prendre en compte cette nouvelle accélération ?

{Jouant, à côté, à Cyberpunk 2077, j'ai imaginé Co-op City avec le skin et les lumières de Night City.}

*

« Il portait un caleçon tout déchiré ― Sheila tenait absolument à ce qu’il en mît un ― mais la plupart des hommes n’avaient rien sous leur pantalon. Ils se remirent en file, nus et anonymes, leurs pénis se balançant tristement entre leurs jambes, pareils à des massues inutiles. Chaque homme tenait sa carte à la main. Une légère et nostalgique odeur d’alcool emplissait l’air. »

Veneris memories
-

Veneris memories (2025)

Sortie : 7 novembre 2025. Autobiographie & mémoires

livre de Pierre Cendors

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

5.5

« Rares sont les rencontres qui nous transforment.
Plus rares les rendez-vous qui nous trouvent mûrs pour la rencontre. »

Cendors c'est vraiment cet auteur que j'aime avant de le lire, rien que son nom m'enchante, écrivant des livres que j'écrirais sans doute si je savais écrire mais c'est aussi l'auteur que je n'aime pas tant lire. Il y a ainsi une petite communauté d'auteurs dont j'aime plus l'idée, la promesse que les lignes réelles. Cela en dit sur mon incapacité à sortir de moi, de mes attentes, d'un certain cadre et sans doute d'aprioris.

« Le souvenir de chacune, et de quelques autres dont tu n'auras pas même connu le prénom, se lève parfois en toi, se lève aux heures de solitude, comme une flamme qui ne brûle ni n'éclaire, et que rien n'éteint. »

Cendors nous fait-il une René Sapin-Defour ? Loup des steppes performatif. Regardez regardez, loin de la foule et de la technologie, je sais gouter le monde, la Nature (avec majuscule). Ou pas tant, je surinterprète. Cendors surprend, délaissant cultes chtoniens, temples anciens et contrées orientalisantes pour une simili-autofiction. Réelle, inventée, mélangée, qu'importe ? Son écriture peut-elle convenir à la vie réelle, à la crudité du quotidien ? D'un coup ses adjectifs collé sur la guitare d'un groupe de rock, cela jure, sonne presque vulgaire.

Tout ça pour retomber dans une énième variation sur la femme diaphane et lointaine, muette, Vénus clouée sur des cimaises, réifiée dans son hommage, figée. (infra, supra Abeille) C'est pour ça que j'ose espérer qu'elle existe, sinon quel manque d'imagination et d'intérêt !

De toute manière, avec lui, je m'attends toujours à un style plus riche, plus dense, alors qu'il est simple... comme énervé au sens d'absence de nerfs. Sont-ce ses années écossaises mais en dépit de ces adjectifs, l'écriture de Cendors m'apparaît très crue, nue, un peu factieuse et sonnant si peu, ou si grêle. Un paradoxe que je n'arrive guère à m'expliquer.

La Reine d'Attolie
7.5

La Reine d'Attolie (2000)

Le Voleur de la Reine, tome 2

The Queen of Attolia

Sortie : 3 octobre 2025 (France). Roman, Fantasy

livre de Megan Whalen Turner

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

C'est le coup classique : il faudrait passer outre le premier tome, la suite est mieux. Combien de sagas, cycles dont on dit ça, de Banks à Pratchett en passant par tant de séries ? J'avais lu la même chose pour cette Saga du Voleur de la Reine. Un premier livre faible pour une prise d'ampleur par la suite.

Or avec mon esprit de contradiction je n'ai pas retrouvé en entièreté ce qui m'avait plu dans le Voleur de la reine, ce qui avait déplu aux critiques négatives, à savoir cet aspect basique, simple, linéaire, ouvert aux descriptions, aux détails d'un road trip.

Pourtant pas plus d’action dans cette suite, nous sommes non plus dans l'odyssée mais dans l'Iliade, sous les remparts à tourner en rond, nous avons là complots de palais et manigances d’alcôves mais répétitives, dans un faux huis-clos avec les mêmes cinq personnages. Paradoxalement, en quittant le seul point de vue du voleur, l’univers mis en place perd de son échelle. La chronologie est très hachée, boiteuse, les distances, jamais nommées, à peine évaluées, parcourues trop vite, entre les chapitres. Une lecture moins fluide, un brin lassée. De fait, il me manque un aspect « quotidien », tranche de vie matérielle pour donner corps et chair aux machinations régulières — ce qui aurait freiné d’autres lecteurs. Cela me fait vraiment penser aux passages plus lents, enfermés, de l’Assassin Royal sans le contre-rythme. Une gestion similaire des petits twists narratifs prévisibles mais pas désagréables.

5.4 ?

[J'aime toujours autant le choix de détails de peintures classiques pour les couvertures. Plus élégant que les dagues et cartes d'Abercrombie !]

*

« Elle avait jaugé les hommes et les femmes de sa cour, à qui elle avait méticuleusement distribué son trésor. Les abeilles dorées – des boucles d’oreilles couleur miel plus anciennes que la monarchie –, les broches et les fibules, les boucles d’oreilles en rubis, les colliers en or et les bracelets avaient tous été déposés dans des mains sélectionnées avec soin. Au cours de l’année précédente, elle avait appris tout ce qu’il lui fallait savoir sur les puissants, et, pendant qu’ils se disputaient pour désigner le prochain roi, elle s’était autoproclamée reine. »

Soulages, une autre lumière
-

Soulages, une autre lumière (2025)

Peintures sur papier

Sortie : 10 septembre 2025. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Alfred Pacquement, Camille Morando, Michel Ragon et Benoît Decron

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Visite intéressante : au milieu du tumulte silencieux et des vieillards bruyants prenant des photos de traviole, avec flash et bruit, deux types visiteurs performatifs chacun à l'opposé du spectre : un père de famille chuchotant bien fort que lol sa fille de 6 ans peut faire pareil. Ok, oui bon on avait jamais entendu ça, il n'y a pas cette phrase proférée chaque jour à Beaubourg ou ailleurs, passons vite et un groupe de jeunes femmes un peu chic se demandant à chaque nouvelle salle, arrêtée en plein milieu des passages : "mais qu'est-ce qu'il cherche à la fin ?". Sans doute suis-je la troisième face du triangle. Car j'avoue que si j'aime beaucoup Soulages, ses Outrenoirs, ces dessins redécouverts, c'est pur plaisir esthétique, textures et compositions. Les hiéroglyphes et la calligraphie, il l'aura répété, sont faussées, voire des contresens.

*

« Dans tous les cas, comme le dit Soulages, la forme s'appréhende d'un seul coup sans qu'il s'agisse de retracer le geste qui l'a produite. L'artiste utilise le matériel des peintres en bâtiment : brosses larges, couteaux. Il étale la couleur, la retire en laissant une trace. Selon que le brou est plus ou moins dilué, la tonalité est plus ou moins sombre, d'un brun léger jusqu’à un brun très foncé, quasi noir. Le jeu des transparences est très subtil. Comparer ces premiers papiers à des calligraphies, tel que cela a été débattu du fait d'une ressemblance fortuite, est bien entendu s'engager sur une fausse piste. La coïncidence, très relative, omet de remonter à la source de ces graphismes. Les uns relèvent d'une réflexion sur la peinture nourrie d'un parcours qui remonte aux pratiques ancestrales de l'art, d'une réflexion à propos d'une abstraction ancrée dans le présent. Comme lorsque Soulages raconte qu'il préfère la figure dessinée par Rembrandt lorsqu'il en dissimule le visage et ne retient que la vivacité des coups de pinceau. Les autres, inséparables d'une tradition venue d'Extrême-Orient, correspondent à une démarche scripturale
ancrée dans une culture très spécifique.
L'œuvre sur papier de Soulages est autonome, il a sa logique propre, son parcours bien identifié. Il constitue une œuvre en soi, mais non une œuvre à part, car des interférences ou des correspondances peuvent naturellement se produire avec l'ensemble de ses peintures. »

Passion Renaissance
-

Passion Renaissance (2025)

Légendes d'artistes au XIXe siècle

Sortie : 2 janvier 2025. Beau livre & artbook, Essai, Peinture & sculpture

livre de Yohan Rimaud, Grégoire Hallé, Oriane Beaufils, Olivia Voisin et François-René Martin

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Depuis sa réouverture récente les expositions du MBA de Draguignan propose des exposions intéressantes, cohérentes et précises qui vont au-delà de thématiques bricolées avec leurs fonds de réserve comme c'est parfois le cas ailleurs. Malheureusement, ce n'est pas la porte à côté et n'ai pas pu encore m'y rendre.

Bien sûr l'exposition et son catalogue restent aux dimensions d'un musée de province. Il y aurait de quoi remplir le hall Napoléon ou le grand parcours d'Orsay sur ce thèmes et ses variantes ! Je recherche d'ailleurs le diptyque L'invention du passé dont j'avais, là encore, raté les périodes d'exposition.
L'avantage de ce genre d'exposition c'est que cela nous (me) sort des stars du XIXe siècle. Foin des ismes ! Je découvre des pompiers et des académiques.

-

« Le choix de tels sujets par les artistes, et surtout par les peintres, n'est pas anodin. En effet, en représentant les moments clés de la vie de leurs illustres aïeux, c'est la peinture même et leur propre statut d'artiste qu'ils abordent. Aussi, les artistes valorisent leurs commanditaires en les mettant en parallèle avec les grands mécènes du XVIe siècle. Tous ces sujets sont éminemment populaires et diffusés. Les peintres du XIXe siècle contribuent ainsi à forger l'image des artistes de la Renaissance, dont nous dépendons encore beaucoup aujourd'hui. Léonard est associé à François 1er et à sa Joconde, Raphaël est amoureux de la Fornarina, Michel-Ange tutoie les papes et est vu comme une figure préromantique. L'exposition […] souhaite ainsi aborder la question de la représentation des vies des artistes de la Renaissance dans les arts - et surtout la peinture - au XIXe siècle. Les recherches effectuées doivent beaucoup aux travaux d'Ernst Kris et Otto Kurz, Francis Haskell, Richard Verdizo, Rudolf et Margot Wittkower, Alain Mérot, Stephen Bann, et Marc Gottlieb ainsi qu'aux expositions ‘Les années romantiques. La peinture française de 1815 à 1850’ qui inclut notre sujet dans un propos plus général, ’Romance and Chivalry. History and Literature reflected in early Nineteenth-Century French Paintings’ et ‘L'invention du passé. »

https://mba-draguignan.fr/expositions/passion-renaissance/
https://www.educavox.fr/accueil/breves/draguignan-exposition-passion-renaissance-les-legendes-des-artistes-racontees

Le Triomphe et la chute des dinosaures
7.3

Le Triomphe et la chute des dinosaures

La nouvelle histoire d'un monde oublié

Sortie : 7 octobre 2021 (France). Sciences

livre de Steve Brusatte

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

S'il y a bien une chose qui me fait fuir en histoire, ce sont ces bloopers aguicheurs : se lit comme un roman ! Bidule est un enquêteur ! Enfin telle discipline n'est plus barbante ! Ils en disent plus sur le lecteur que sur le livre ... Quoique ils en disent parfois long : simplification, raccourcis, démagogie, bref livres pop-histoire. Chute et triomphe frôle cette approche, y tombe parfois.

Anglo-saxon oblige, Brusatte nous raconte sa vie mais pour ramener la lumière sur un collègue, un chercheur qui, anglo-saxon oblige, est le best du world, le meilleur de tous, etc. C’est l’un des attraits du livre : il nous conte aussi les découvertes, les collègues, comment la paléontologie se fait avec, certes beaucoup de légèreté et de rapidité, ses questions épistémologiques. Le savoir ne tombe pas comme une manne, la connaissance se remet en question, s'interroge, s'actualise internationalement. Peut-être insiste-t-il trop sur la génialitude (et la coolitude) de ces collègues, rejetant les anonymes, préparateurs et post-doc en remerciements finaux.
Vulgarisation oblige, il offre un humour bateau, pour tout ramener à nous, à notre vie quotidienne, à nos dimensions (comme Cassé qui voulait comparer supernova, trous noirs avec une tasse de café). Le climat est humide. Plus qu'à Miami ! Ah c'est presque du post-apo. Parfois l'incommensurable a du bon.

Originalité de l’ouvrage, je crois : le point de vue distant : une courbe, une trajectoire où les dinosaures sont pris comme un toron et non comme une galerie de portraits (à part le long chapitre sur le t-rex) qu'il s'agirait de présenter, avec leurs paysages et leurs psychologies.

Grand public (vaguement) motivé et pourtant très peu d'images. Beaucoup de noms de lieux et pas de cartes, rien qu'une chronologie très très simplifiée, pléthore de noms d'espèces et pas de dessins des squelettes, silhouettes, vues d'artistes. Même lorsqu'il présente les matrices de disparités et leurs représentations visuelles, il n'y en a pas en exemple. Manque en bref une sorte de mini-encyclopédie, trombinoscope, gueuloscope dinosaurien...

Avec la vulgarisation, au-delà de la passion et de la curiosité, il est impossible de démêler ce qui sera véritable consensus scientifique ou avis tranchés de l'auteur, raccourcis trompeurs. Ce que suggèrent quelques retours et recensions critiques. Seule solution, aller en lire d'autres, aussi récents, pour tisser un maillage critique à mon pauvre niveau.

Pascal Convert
-

Pascal Convert (2020)

Memento

Sortie : 2020 (France). Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Philippe Dagen, Georges Didi-Huberman et Clément Thibault

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

L'un de mes artistes contemporains préférés, à tout le moins l'une de mes installations préférées. Même si je l'ai découverte il y a déjà quelques années c'est la jaquette de cette liste.

Des livres fondus en verre ? Ce n'est plus de la fonte à la cire perdue mais de la fonte au livre perdu. Traces, présences, strates. Il y a du Boltanski, du Kiefer, sorte d'inversion de la bibliothèque fantôme de Parmiggiani. Borgésien et cercasien avec une touche d'Eco. Levé a dû avoir l'idée dans son catalogue d'œuvres. J'aurais aimé y penser. On voudrait l'intégrer dans un livre parlant de civilisations perdues, de ruines antédiluviennes, Cendors ou Smith, un poème à la Keats.

D'habitude je ne connais guère les auteurs conviés à rédiger des notices pour ce type d'ouvrage. Convert a les heures de messieurs Dagen et Didi-Huberman !
Sauf que Didi-Huberman semble ne sortir qu'un fond de tiroir ou d'avantage un haut de tiroir, puisqu'il est précisé que c'est un fragment d'un travail en cours qui sans surprise mâche encore Benjamin, Warburg et où le nom de Convert n'est jamais cité. J'imagine qu'il aurait put glisser un autre texte, à l'inverse glisser ce texte pour n'importe quel autre catalogue. Enfin le texte de Thibault est pénible de verbosité, très caricatural, un peu puéril je trouve, qui cache ses allusions et qui dit beaucoup sans ne rien dire.

*

« Soit. Mais, jusqu'ici, on a seulement écrit ‘les bibliothèques’, sans autre précision de forme, ni de matière. Or, de toute évidence, il existe bien des moyens artistiques de se saisir des livres pour en faire des œuvres. Ce peut être avec du bois, du noir de fumée, de la peinture, de l'assemblage, de la vidéo ou des ready-made. Pour Convert, c'est le verre. »

« On avance donc ici l'hypothèse que les livres de verre sont des fossiles. c'est-à-dire des substituts imparfaits qui accordent à des objets voués à la disparition - mort organique, dégradation lente ou rapide - une durée inespérée: la probabilité ou la promesse d'une très longue survie, infiniment plus longue que celle à laquelle ils étaient initialement voués. Il s'en suit que l'opération de vitrification, si elle est matérielle, est tout autant temporelle. Le verre résiste au temps. II n'est que de se rendre dans les collections archéologiques des musées pour le vérifier. Le verre fait preuve d'une endurance au vieillissement qu'il partage avec un autre des plus anciens composés chimiques inventés par l'humanité, le bronze. Mais la sienne parait plus remarq

James Ensor
-

James Ensor (2024)

Satire, parodie, pastiche

Sortie : 15 novembre 2024 (Belgique). Beau livre & artbook, Essai, Peinture & sculpture

livre de Xavier Tricot

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Malgré le thème, évident, toujours insaisissable, loin de sa propre caricature, 'amant de la couleur'.

*

« Ce voisinage magnifique, les couleurs, cette opulence de reflets et de rayons contribuèrent, certes, à faire de moi un peintre amant de la couleur et sensible aux éblouissants de la lumière ? »

« Le grotesque est devenu une catégorie que la réflexion esthétique est incapable d'assimiler, mais qu'elle ne peut pas pour autant rejeter. Davantage, elle ne parvient pas non plus à s'en accommoder comme d'un mal nécessaires. »

« Interpréter les œuvres de James Ensor relève d'une gageure tant elles sont variées, non seulement par leur sujet mais également par leur esprit. Il faut étudier attentivement l'évolution de l’œuvre du peintre en fonction des influences qui la déterminent pour en saisir pleinement sa signification. Une herméneutique s'impose presque afin de pouvoir identifier chaque élément ou signé codé déterminant l'iconographie ensorienne Le peintre ostendais a été fortement marqué par les phénomènes de ‘transgression’, de ‘distorsion’ ou de ‘disparité’. De façon pertinente et dès 1895, Georges Lemmen a dévoilé les motifs du peintre :

"Et voici que vomissant d'horribles invectives, éjectant des flots d'ordures, il se venge des outrages que le public lui infligea, par des œuvres qui l'insultent, des œuvres où sous la cocasserie et l'apparente jovialité des conceptions, perce une haine féroce, une amertume cruelle. Le visage humain n'est plus pour lui que prétexte à hideuses déformations ; l'humanité, il la montre livrée à ses bas instincts, vautrée dans la fange. II perd tout respect, hue la sottise de la foule, (Bourgeois indignés sifflant Wagner), raille la science et le progrès, (Les mauvais médecins, La sensibilité en 1890 et la vivisection, La sensibilité en I590 et la roue, le bûcher, etc.), crache sur nos plus nobles institutions, la police, la magistrature, et ne voit dans l'imposant appareil de la Justice, qu'une solennelle bouffonnerie (Les bons juges)."

La caricature, par sa nature même, ne se définit précisément que par la transgression. Sa fascination pour la charge, l'exagération et l'outrance relève chez James Ensor, en partie, du ressort psychologique. Finalement, il en a fait sa signature. »

Tamas Dezsö
-

Tamas Dezsö (2025)

Sortie : 2025 (Hongrie). Beau livre & artbook, Photographie, Version originale

livre de Tamás Dezsö

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Les affinités électives et secrètes : il y a quelque semaines je découvrais je ne sais plus trop comment, sur Internet, via rebonds de Pierrette Bloch, les œuvres CODA et TRANSCRIPT, l'archivant dans mes dossiers de ces artistes vivants dont j'oublie immédiatement le nom mais conserve l'image. Quelques semaines plus tard, dans une exposition de photographie contemporaine, je découvrais Tout se met à flotter ; or quelle surprise en découvrant qu'il s'agissait de la même personne !

Tamás Dezső artiste-photographe-philosophe. Car ses œuvres sont directement et ouvertement inspirées de philosophes, de Sartre à Leibniz en passant par Deleuze. En toute finesse, légèreté et cohésion, vraisemblance. Ce qui est malgré tout bien moins pompeux que certains autres artistes sur lesquels on, j'entends critiques et galeristes et auteurs, va coller ces références après coup de manière artificieuse.

https://tamas-dezso.com/works

*

"A garden is a borderland between order characterising the conquered space and chaos beyond man's control. It is simultaneously a symbol of nature's perfection and our absolute power over the nonhuman. The two diptychs show a garden 'abandoned' several decades ago, which plants, having escaped control, cover with their characteristic rhizomatic expansive structure. The works were inspired by the rhizome metaphor introduced by Gilles Deleuze and Félix Guattari. It is a fundamental metaphor of centreless thinking, whereby human thinking is a part of the world's proliferating, heterogeneous functioning, in which processes have neither starting points nor beginnings, and they also lack teleology. Furthermore, they do not mirror reality, but rather constitute it."


"Tout se met à flotter, everything begins to float. So says Antoine Roquentin, lost in reverie over the root of a chestnut tree. The main protagonist of Jean-Paul Sartre's novel Nausea would soon realize that he himself was only one of the objects surrounding him and that jhe existed accessorily. His privileged, human point of view becomes insignificant. His personality dissolves in the infinite multitude of the impersonal, while existence with its disorder, absurdity and nakedness becomes alien."

Philippe Erouane Dumas
-

Philippe Erouane Dumas (2015)

La nature est un temple

Sortie : 15 janvier 2015. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Stéphane Erouane Dumas, Alin Avila et Gérard Barrière

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

[J'évacue mon habituel laïus sur l'AC, l'eau du bain, le bébé, #pasqueKoons]

Passons vite sur le titre, citation évidente, trop évidente, translucide, de Tonton Baubau. Stéphane Erouane Dumas n'est pas un impressionniste. Il peint la nature avec aspérité, granitée, granitique, calcaire, même sa vie végétale prend des atours et des airs de fossiles vivants comme ces empreintes prises en frottant du charbon sur du papier. J'aime la peinture mate, loin des effets de brillants, rappels de la tempura renaissance. Je reviens toujours à ces histoires de matières, matériaux, textures, grain.
Évitons la comparaison avec Monet, pourtant faite par l’un des auteurs du livre, par des journalistes : ses nymphéas dans les reflets pour ses vieux chênes ou ses cathédrales pour ses falaises. Facile, réducteur et peut-être pas à son avantage pour Dumas. Mais rien ne pourrait les opposer plus : l'un allant sur le motif, l'autre cherchant l'idée, l'essence, la surréalité de la chose.
Il ne fait pas des portraits de chênes, bouleaux, bouts de falaises comme au XVIIIe siècle comme le montrait Alexis Drahos dans son livre.

En ce moment Romain Bernini fait son petit buzz, d'abord à Fontevraud puis à la Fondation Cartier-Bresson avec ses belles peintures d’arbres aux branches colorées. L'écorce, le bois aura toujours bon dos chez les peintres. Hirst, lui, tartouille des centaines de fleurs crouteuses, déjà peintes, comme si c'était la seconde venue du Christ. Je préfère ce que fait Liron.

Je serais curieux (content) de le voir lancer des séries archéologiques, paléontologiques, couches sédimentaires, ruines, fossiles.

*

https://www.stephaneerouanedumas.com/oeuvres

« Il faut voir de près cette patience butineuse du peintre à ses pigments, ses matières, sa propre vision d'une réalité qu'il transcende parce qu'elle le transcende. L'approche est liliputienne et le résultat... monumental. » (Roger Pierre Turine)

Son odeur après la pluie
7.2

Son odeur après la pluie (2023)

Sortie : 29 mars 2023. Roman

livre de Cédric Sapin-Defour

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Où l’on sait que j'aime les styles complexes, compliqués, les tournures alambiquées et les vocabulaires chantournés. En un mot ces livres que l'on va souvent dire pompeux, où la plume se situerait et se triturerait sous la table. Si Sapin-Defour a une phrase bien tournée, trop souvent la grammaire ou la syntaxe tremblotent-elles.

Son odeur après la pluie m'aura laissé de marbre. Oh bien sûr c’est tragique et Ubac a l’air d’avoir été une créature magnifique. Même sans avoir de chien, tout lecteur rêverait de pouvoir le côtoyer.

Et si papa Delerm avait eu un chien ? Car on retrouve cette sorte de hauteur morale, d’auteur dressé sur un piédestal de bonne vivance, de connexion aux choses vraies : moi je sais profiter de la vie, contrairement à eux, ces gueux en ci et comme ça, et contrairement à vous ; je critique les coach en développement personnel mais je ne fais que dire la même chose en plus littéraire. Je ne doute pas que c'est n'est pas de là que souhaite parler Sapin-Defour. C'est néanmoins de la que je l'entends. J’ai aussi pensé à René Fregni, similaire dans cette leçon de moraline , fausse sagesse trempée de simili-bon sens, fustigeant mais profitant de la « modernité » sous toutes ses formes, comme par réflexe. Les mêmes que Jaccottet d'ailleurs. Sûrement l'air de la montagne.

J'ai trouvé le temps long dans tout cet enrobage, emberlificotage sans fin comme si son auteur peinait et se refusais à finir, non pour rester avec Ubac, mais pour enfiler au maximum les aphorismes cinglants et définitif sur la vie, la mort, le bonheur répété chaque jour, dans ses détails les plus menus. Certes. Agréons.

J'ai été plus clément avec la BD ; en me disant que le livre serait bien mieux !

*

« Je n’ai que faire des confirmations futures mais je m’y plie. Comme toutes les noblesses estampillées, le pedigree m’indiffère et je sais que je n’imposerai jamais à une bête notre manie des communions et des breloques. Que l’idée de pureté domine celle du métissage m’effraie mais je m’en fiche, je paie. »

Les Vagues
8.2

Les Vagues (1931)

(traduction Marguerite Yourcenar)

The Waves

Sortie : 1937 (France). Roman

livre de Virginia Woolf

Nushku a mis 9/10.

Annotation :

"Et pourtant, je ne puis nier que la vie prenne pour moi des prolongements mystérieux."

Dans la Promenade au phare j'avais lutté, malgré moi, avec plaisir souvent, contre le semblant de récit, ses allusions impressionnistes, son allusif, son voile narratif tout pailleté de sensations bigles. Mais déjà cette écriture de peintresse : nous pourrions multiplier les exemples, de Monet à Vallotton en passant par Backer plus que Hammershoi jusqu'aux intérieurs de Munch. Elle nous met avec tendresse le nez dans les sensations, les paupières ouvertes sur les couleurs, les doigts passés, râclés sur les textures des objets ; aveuglement et suracuité en même temps.

En dissolvant dans l'écume, totalement, le récit pour n'en garder que la structure, le noyau, d'une vie multiple, Woolf parvient à une extrême clarté, pureté cristalline (on retrouve ces lames vitrées de Jaccottet. Il y a du Woolf chez ce dernier), à une limpidité rassérénante. La fiole translucide, retenant l'étincelle, plus que le coffret à rubans.

Il aura été dur de revenir à la surface, à d'autres choses.


« — Le mariage, la mort, les voyages, l’amitié, dit Bernard, la ville et la campagne, et les enfants, et tout le reste : une substance dont les mille facettes sont taillées à même les ténèbres ; une fleur aux mille pétales. Arrêtons-nous un instant : contemplons notre œuvre. Laissons-la resplendir au pied des ormes. Une vie. Voilà… C’est fini… C’est éteint. »

« Voyez : à chaque instant, la lumière déploie de nouvelles richesses, et la perfection s’épanouit et mûrit à la surface des choses. Nos yeux, lorsqu’ils parcourent la salle meublée de petites tables, paraissent écarter autant de rideaux rouges, orange, couleur d’or, et d’autres encore aux étranges teintes indéfinissables, qui cèdent comme des voiles et se referment derrière nous. Et chaque chose se fond en un tout. »

La Seconde Semaison
7.7

La Seconde Semaison (1996)

Carnets 1980-1994

Sortie : 13 février 1996. Poésie

livre de Philippe Jaccottet

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

'L'éclat du ciel est impudent.'

Il y a des peintres, dessinateurs, bédéistes qui donnent envie de prendre les pinceaux, de gratter le papier ; parfois des écrivains aussi donnent l'envie d'aller poser des images (des châteaux, des paysages, des bêtes, des arches stellaires) et Jaccottet lui, donnerait envie de tenir un journal.

Il remit Giono, "avec joie".

Devenir Jaccottet. Ah quel mal sa lumière d'hiver. Car tout le reste c'est moi (pas tout moi, il y a des manques, il parle si peu tant peu de poésie, d'archéologie, de fossiles, d'orient ; là est le trou où me glisser) Jaccottet, et ce n'est guère si facile, me donne l'envie de (re)devenir poète.
Chez lui l'idée d'écran de slides, tranches de verre dans PaFA, tessons frangés, de voile ou d'échancrure entre le regard et la pulpe des choses.

Quelques freins cependant, sa familiarité, forcément, avec les Allemands qui me dépasse un peu. Un brin d'agacement sur la fin, quelques réactances, il s'acidifie.

(Lire, plus, Dhôtel ? (Dhôtel / Walser) Je m'étais arrêté à son demi-réalisme magique un peu décevant)

*

« La lumière émanée de cet autre monde ne peut être qu'entrevue par des déchirures, des intervalles, elle est comme un éclair qui nous parviendrait « d'une région étrangère » (mais pas si étrangère que nous ne puissions en parler). »

« Une autre pensée encore qui me retient est l'hypothèse d'un monde constitué de réseaux, hétérogènes peut-être, mais qui interfèrent. »

Vie de David Hockney
6.9

Vie de David Hockney

Sortie : 11 janvier 2018 (France). Roman

livre de Catherine Cusset

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

J'ai raté la grand rétrospective 25 à la Fondation Vuitton. Oh vous savez comment c'est avec ces grandes expositions phénomènes (et phénoménales). Ça dure plusieurs mois. Ça va ! on a le temps, oui et il y aura du monde au début. Allez c'est bon encore 3 mois et puis la fin approche. Ah zut tout est réservé, il n'y a plus de place et pas, étonnement, de prolongation exceptionnelle.

La Fièvre Hockney. La Radiance Hockney ? Drôle comme au-delà du style, de l'époque, du contexte, de la manière, ce livre a le même ton, similaire tonalité, rythme voisin, même rythme d’une chronologie ourlée, frappée du coin de la passion et des vicissitudes, martelée de phrases que la Fièvre Masaccio de Chauveau. La peinture invite aux truismes.
Livre froid malgré le soleil de la Californie et les couleurs pétaradantes de la peinture de Hockney. L'émotion est entre les lignes dit-elle dans un entretien. J'entends. Cela en rebute certains dans les retours. Quant à moi j'aime, l’approche et attends précisément cela. Est-ce une réussite. Le roman n’est pas mauvais, pas affreux, un peu fade. Est-ce la faute à mon goût modéré pour le peintre Hockney ?

« David était sûr d’une chose : le plaisir, dans le travail comme dans la vie, était l’unique boussole. Les mêmes critiques qui avaient établi une équivalence entre plaisir et superficialité le portaient maintenant aux nues. Leur retournement paradoxal – ou leur manque de cohérence – avait de quoi le satisfaire, mais il ne peignait pas pour eux : il ne désirait rien tant que se surprendre lui-même. »

Je connais très mal la peinture de Hockney. A-t-il en France l’aura dorénavant sacré qu'il a dans les pays anglo-saxons ? Je ne crois pas. Ses séries les plus célèbres, les plus lumineuse. J’aime bien sa peinture mais elle ne me touche pas. Plaisir glacé, intellectualisé ; comme ce livre.

*

« Et c’était simultanément une explosion de formes et de couleurs où les teintes chaudes l’emportaient maintenant sur les teintes froides et où l’œil était attiré, absorbé, sans même savoir encore ce qu’il regardait. »

Nushku

Liste de

Liste vue 303 fois

15
24